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l’opinion publique

ciné répertoire
A Woman of Paris
Usa - 1923 - 1h18
film - film muet
de

Charles Chaplin

scénario : Charles Chaplin
direction de la photographie : Roland Totheroh
musique ou chansons : Charles Chaplin, Louis F. Gottschalk
avec : Edna Purviance (Marie Saint Clair), Clarence Geldart (le père de Marie), Carl Miller (Jean Millet), Lydia Knott (la mère de Jean), Charles K. French (le père de Jean), Adolphe Menjou (Pierre Revel), Betty Morrissey (Fifi), Malvina Polo (Paulette), Harry Northrup (le valet de Revel)
séances : semaine du mercredi 24 mai 2017
mercredi 24 jeudi 25 vendredi 26 samedi 27 dimanche 28 lundi 29 mardi 30
19:00*
séance spéciale :
* "Charlot revient (6)" - en partenariat avec Hidden circle - tarif 3,50 €

synopsis

Deux jeunes amoureux se fréquentent contre l'avis de leurs familles respectives et décident de quitter la province pour Paris. Tandis que Marie s'impatiente à la gare, Jean, impuissant, assiste à la mort de son père à la suite d'une violente dispute. Jean rate Marie à la gare et celle-ci part donc seule et dépitée pour la capitale. Un an plus tard, installé avec sa mère à Paris, Jean retrouve par hasard celle qu'il a follement aimée. Entre temps, elle a fait la conquête du Paris chic et est courtisée par le riche Pierre Revel...

notes de production

Pour éviter tout malentendu, je tiens à annoncer que je n’apparais pas dans ce film. C’est le premier drame sérieux que j’ai écrit et réalisé.
C’est sur ce carton d’avertissement que s’ouvre L’Opinion publique.

Le premier titre prévu pour le film était Destiny, puis Public opinion ce qui explique le titre français.

Situé entre Le Kid (1) et La Ruée vers l’or (2), L’Opinion publique marque à la fois un tournant artistique dans la carrière de Chaplin et le premier échec commercial d’un auteur jusque-là adulé par les foules. Non seulement, fait sans précédent, Chaplin n’apparaît pas à l’image (excepté un bref caméo (3) en tant que portier dans la scène de la gare) mais circonstance aggravante le film est un drame qui évite résolument le burlesque auquel Chaplin avait accoutumé le public.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1819
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film1136
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cam%C3%A9o

Les innovations en matière de réalisation y furent nombreuses : utilisation des personnages hors champ, raffinement dans l’utilisation de l’ellipse, construction minimaliste du récit, absence d’effets scéniques, noirceur du propos, sobriété du jeu des acteurs. Autant d’éléments qui marquèrent une étape fondamentale dans l’histoire du cinéma et influencèrent directement un cinéaste comme Ernst Lubitsch (4). Avec ce film sans concession et d’une maturité évidente, l’auteur Chaplin se plaça au niveau des plus grands réalisateurs américains de son temps D. W. Griffith (5) et Cecil B. DeMille (6).
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film784
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/D._W._Griffith
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cecil_B._DeMille
Le public de l’époque, qui fut déconcerté par ce film sérieux et l’absence de son héros à l’image, bouda la sortie. Chaplin en fut extrêmement déprimé. Vexé, il fit retirer le film de l’affiche et ne le ressortit en salle qu’en 1976, un an avant sa mort.
Il s’agit également du premier film de Chaplin dans sa société de production United artists (7).
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/United_Artists
A première vue, l’histoire ressemble à un mélodrame conventionnel. Mais si on y regarde de plus près, on voit que Chaplin a retourné tous les stéréotypes de son époque. L’héroïne est, sans ambiguïté, une femme entretenue. Le héros est un faible, dominé par sa mère. Le méchant, au contraire, est charmant, attentionné et divertissant. Le Hollywood de l’époque vénérait les mères et les pères, mais ici les parents sont des bigots égoïstes. Ce sont eux qui déclenchent la tragédie...
http://www.charliechaplin.com/en/films/7-The-Great-Dictator/articles/77-L-Opinion-publique

Charles Chaplin, en partie affranchi du système des studios après avoir fondé en 1919 la United artists (7) avec Mary Pickford (8), Douglas Fairbanks (9) et D.W Griffith (5), prend effectivement un véritable risque en réalisant en 1923 un drame duquel le burlesque sera donc totalement absent et va même, par sécurité, jusqu’à faire distribuer aux spectateurs attendant d’obtenir leur billet, une note précisant ses intentions.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_Pickford
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Douglas_Fairbanks
Inspiré par sa rencontre et quelques semaines passées en compagnie de Peggy Hopkins Joyce (10), danseuse des Ziegfield follies (11) (et accessoirement célèbre pour divers mariages et divorces avec plusieurs milliardaires lui ayant laissé de confortables pensions), Chaplin dresse le portrait d’une provinciale devenue mondaine, une courtisane des temps modernes et à travers elle de la société dans laquelle elle évolue.
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Peggy_Hopkins_Joyce
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ziegfeld_Follies
Afin d’éviter les foudres de la censure, Chaplin, qui souhaitait initialement appeler son film Public opinion, le rebaptise A Woman of Paris pour ne pas trop clairement faire de son film une critique des mœurs d’une certaine partie de la haute société américaine. Cela ne suffira pas et L’Opinion publique sera tout de même censuré dans plusieurs états.
Si Chaplin a toujours su habilement intégrer des éléments dramatiques au cœur de ses comédies burlesques, L’Opinion publique est donc pour sa part un pur drame. Au delà du désir de s’essayer à un nouveau genre d’expression, Chaplin cherche surtout par ce film, selon ses propres mots, à explorer les limites de l’expressivité. Son sens de l’observation qui a si souvent fait mouche sera donc ici entièrement mis au service d’une économie de geste et d’un réalisme expressif inédits dans le cinéma de son époque. Incitant sans cesse ses acteurs à davantage de sobriété, Chaplin entièrement tourné vers sa mise en scène et sa direction d’acteurs, parvient à tirer de ses interprètes des trésors de subtilités. Et si Carl Miller (Jean Millet dans le film) reste d’une expressivité très théâtrale c’est qu’il est celui qui est traversé par les plus violentes émotions (émotions elles-même les plus "théâtrales")...
http://www.dvdclassik.com/critique/l-opinion-publique-chaplin

Est-ce qu’un seul geste peut suffire à faire basculer une histoire d’amour dans la tragédie ? C’est l’une des questions posées par L’Opinion publique, premier film de Chaplin dans lequel il ne joue pas, abandonnant son personnage de Charlot pour ce drame de société. Le film est également un saisissant portrait de femme, interprétée par Edna Purviance, actrice fétiche et compagne de Chaplin à cette époque...
Au-delà de ce geste, le film offre également un contraste ville/campagne (le titre original A Woman of Paris est beaucoup plus éloquent concernant l’impact de la ville sur l’héroïne) en évitant les écueils d’une comparaison manichéenne. En effet, si la haute société parisienne est présentée comme frivole, débauchée, hypocrite et où la loyauté n’a pas de place, la campagne reste bel et bien le lieu de l’autorité parentale dont l’intransigeance et l’étroitesse d’esprit auront raison du futur du jeune couple.
En plus de tous les aspects cités jusqu’ici qui font de L’Opinion publique une œuvre passionnante, le film marque également un tournant dans le jeu d’acteur. En effet, comme le relevait la critique française de l’époque, le jeu d’acteur s’affranchit des mimiques empruntées au théâtre qui ne conviennent plus aux exigences du cinéma s’appuyant d’avantage sur l’expressivité d’un regard que sur une gestuelle exacerbée. Le fait que le film soit construit en partie sur cet instant décisif où Marie St Clair, en l’espace de quelques secondes, prend la décision de partir, que le spectateur n’ait accès à son intériorité qu’à travers l’expressivité de son regard exprimant les subtilités de la psyché humaine, atteste de la force et de la puissance du jeu d’acteur. Pour toutes ces raisons, L’Opinion publique représentait un défi pour Chaplin convaincu que l’absence de dialogue ne nuirait pas à une certaine psychologie des personnages. Un défi qu’il a relevé grâce à son habilité dans la mise en scène et dans la direction d’acteur.
http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/l-opinion-publique/

Le film avait une préface qui éclaire bien la vision de Chaplin : l’humanité est composée, non de héros et de traitres, mais simplement d’hommes et de femmes. Et les passions qui les agitent, bonnes ou mauvaises, c’est la nature qui les leur a données. Ils errent dans l’aveuglement. L’ignorant condamne leurs fautes, le sage les prend en pitié.
A propos de cette dernière phrase, on pourra remarquer que tout jugement moral est effectivement absent du film.
- la scène qui fut la plus remarquée est celle de l’arrivée du train en gare : le train n’apparait pas à l’image, nous ne voyons que les lumières des wagons (c’est un train de nuit) qui se déplacent sur le mur de la gare alors que la caméra reste centrée sur Edna Purviance qui s’apprête à monter dans le train. Cette façon de placer l’action hors champ était inhabituelle dans le cinéma de l’époque (et rappelons qu’il n’y a pas de bruitages de train non plus puisqu’il s’agit d’un film muet).
- deux fins ont été tournées : celle que l’on connait (le croisement anonyme) destinée au public américain et une autre, moins morale, pour le public européen (Marie revient vers Pierre après le suicide de Jean)
- dans l’esprit de Chaplin, A Woman of Paris devait donner un nouvel élan à la carrière d’Edna Purviance en lui ouvrant la possibilité de rôles dramatiques car lui-même ne désirait plus la faire apparaitre dans ses films. Ce ne fut pas le cas mais Chaplin ne l’abandonna pas pour autant car il continua à donner un salaire à l’actrice jusqu’à la fin de ses jours.
- en revanche, le film fut un tremplin pour la carrière d’Adolphe Menjou (américain de naissance, français par son père et irlandais par sa mère) et il continuera à exceller dans ces rôles de playboy mondain, hédoniste et jouisseur.
- en réalité, Chaplin apparaît à l’écran quelques secondes en porteur à la gare mais il est impossible de le reconnaitre.
- il faudra attendre 1967 et La Comtesse de Hong Kong (12), son dernier film, pour voir un autre film de Chaplin dans lequel il ne joue pas (en fait il apparaît dans le rôle d’un steward victime du mal de mer dans le paquebot).
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Comtesse_de_Hong-Kong
- au registre de l’humour, il faut quand même citer la scène où la femme jette son collier par la fenêtre pour montrer son détachement des choses matérielles à son amant… avant de se précipiter dans la rue pour l’arracher des mains d’un vagabond qui venait de ramasser. Et, touche sublime, après quelques pas, elle fait demi-tour et revient donner une pièce au vagabond.
http://films.blog.lemonde.fr/2014/10/20/opinion-publique-chaplin/

Charles Chaplin
voir fiche du film Le Kid
http://www.citebd.org/spip.php?film1819

Roland Totheroh
voir fiche du film Le Kid
http://www.citebd.org/spip.php?film1819

Louis F. Gottschalk
Né Louis Ferdinand Gottschalk à Saint-Louis (Missouri) le 7 octobre 1864, décédé à Los Angeles le 15 juillet 1934.
Il est l’un des membres fondateurs (avec L. Frank Baum et d’autres) de la compagnie de cinéma indépendante The Oz film manufacturing company destinée à exploiter au cinéma muet les divers romans traitant du pays d’Oz...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_F._Gottschalk

Edna Purviance
voir fiche du film Le Kid
http://www.citebd.org/spip.php?film1819

Clarence Geldart
http://www.imdb.com/name/nm0312238/

Carl Miller
voir fiche du film Le Kid
http://www.citebd.org/spip.php?film1819

Lydia Knott
http://www.imdb.com/name/nm0461438/

Charles K. French
Né le 17 janvier 1860 à Columbus (Ohio) et décédé le 2 août 1952 à Hollywood.
http://www.imdb.com/name/nm0294058/

Adolphe Menjou
voir fiche du film Les Sentiers de la gloire
http://www.citebd.org/spip.php?film1222

Betty Morrissey
http://www.imdb.com/name/nm0607369/

Malvina Polo
Née le 26 juillet 1903 à San Juan Capistrano (Californie) où elle est décédée le 6 janvier 2000.
http://www.imdb.com/name/nm0689748/

Harry Northrup
Né Henri Stabo Wallace Northrup le 31 juillet 1875 à Paris (France), décédé le 2 juillet 1936 à Los Angeles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Northrup

extrait(s) de presse

Dvd classik - Cette complexité des caractères donne au film une approche inédite de la psychologie de ses personnages et leur confère une épaisseur qui sera amplement saluée par une critique unanimement enthousiaste...
Télérama - Aujourd'hui, ce film secret, rare et mal aimé, brille de l'éclat des grands classiques.
Sens critique - La musique, composée par Chaplin, enrobe merveilleusement bien l'ensemble...
Ciné-club de Caen - Invisible pendant des décennies, "L'Opinion publique" est stupéfiant de modernité, de sécheresse expressive, de sobriété dans le jeu, de concision dans le récit, d'acuité dans le découpage, rempli d'ellipses fulgurantes.
Cinémotions - Un chef d'oeuvre.
Dvd toile - Film peu connu donc, mais riche et à découvrir.
Il était une fois le cinéma - (...) c’est une œuvre importante dans la filmographie du cinéaste...