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en quatrième vitesse

ciné répertoire
Kiss me deadly
Usa - 1955 - 1h46
sorti en France le 7 septembre 1955
film - version originale sous-titrée en français
de

Robert Aldrich

scénario : A.I. Bezzerides
d'après l'oeuvre de : Mickey Spillane
direction de la photographie : Ernest Laszlo
musique ou chansons : Frank De Vol (Chanson du générique : "I'd rather have the blues" interprétée par Nat King Cole et Kitty White
avec : Ralph Meeker (Mike Hammer), Maxine Cooper (Velda), Nick Dennis (Nick, le garagiste), Wesley Addy (Pat Murphy), Paul Stewart (Carl Evello), Gaby Rodgers (Lily Carver / Gabrielle), Cloris Leachman (Christina), Albert Dekker (le docteur G.E. Soberin), Jack Elam (Charlie Max, à la solde de Carl Evello), Jack Lambert (Sugar Smallhouse, à la solde de Carl Evello), Fortunio Bonanova (Carmen Trivago), Percy Helton (Kennedy, le médecin légiste), Marian Carr (Friday), Juano Hernandez (Eddie Yeager, manager dans la salle de boxe), Mady Comfort (la chanteuse du night-club), Mort Marshall (Ray Diker), Silvio Minciotti (le vieux déménageur), Strother Martin (Harvey Wallace, le camionneur), James McCallion (Horace, gardien de l'immeuble où résidait Christina), Jesslyn Fax (la femme d'Horace), Marjorie Bennett (gardienne d'immeuble chez Trivago), Leigh Snowden (une fille chez Evello), James Seay (un homme du Fbi), Robert O. Cornthwaite (un homme du Fbi), Leonard Mudie (un employé du club d'athlétisme)
séances : semaine du mercredi 25 janvier 2017
mercredi 25 jeudi 26 vendredi 27 samedi 28 dimanche 29 lundi 30 mardi 31
18:30*
séance spéciale :
* aspect du film noir (1) - film couplé avec "La Soif du mal" - tarif préférentiel : 2 films = 7 € - soirée présentée avec Hidden circle

synopsis

Une nuit en rase campagne, Mike Hammer tente de venir en aide à une inconnue, Christina, femme en fuite et affolée. Ils sont rattrapés par les poursuivants et Hammer échappe de peu à la mort. À sa sortie de l'hôpital, il retrouve sa peu reluisante vie de détective privé. Par maladresse son ami policier Pat Murphy attire son attention sur les mystères qui entourent le faux accident dont il a été victime. Comprenant qu'il y a quelque chose d'important derrière cette affaire apparemment banale, Hammer mène alors sa propre enquête, avec l'aide de sa secrétaire et maîtresse Velda...

notes de production

Dès le début du projet, Robert Aldrich et le scénariste A.I. Bezzerides admettent qu’ils n’apprécient guère le roman Kiss me deadly (1) de Mickey Spillane. Bezzerides surenchérit en déclarant avoir seulement gardé le titre et jeté le reste. Il se réapproprie l’œuvre originale, l’enrichit et la rapproche de l’univers d’Aldrich.
Le tournage d’En quatrième vitesse commence le 27 novembre 1954 et dure à peine 21 jours. Le budget se limite à 425 000 $.
(1) publié en français sous le titre "En quatrième vitesse", Presses de la Cité, Un mystère no 134, 1953

En 1955, les spectateurs d’En quatrième vitesse restent médusés : le héros du film, Mike Hammer, et sa fidèle assistante Velda trouvent la mort dans l’explosion finale. C’est du moins ce que laisse croire la dernière scène : la maison dans laquelle Hammer cherche Velda explose, et le film s’arrête brutalement. Dans le scénario, les deux protagonistes survivent. C’est d’ailleurs le cas dans la version plus longue retrouvée par la suite. Dans la version raccourcie (2), la scène finale comporte quatre plans sur la maison qui brûle. Sur la copie retrouvée, elle comporte seize plans : on y voit Hammer et Velda agenouillés dans la mer.
(2) très controversée en raison de son nihilisme extrême, la fin d’En quatrième vitesse version 1955 est en réalité tronquée. Celle voulue par Aldrich, prolongeant le film de ces quelques secondes nécessaires pour comprendre que l’humanité a encore un espoir de salut, n’a été retrouvée qu’en 1996

Ce n’est pas un hasard si l’intrigue d’En quatrième vitesse est centrée autour de la menace nucléaire. Après des guerres successives et le traumatisme d’Hiroshima (3), le monde est plongé dans l’angoisse et le doute. Le film est tourné en 1954, dans un climat de guerre froide et de peur face à la bombe atomique.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardements_atomiques_d’Hiroshima_et_Nagasaki

En quatrième vitesse est un modèle de référence du film noir. La scène d’ouverture, d’une rare violence, donne le ton du film. La réussite d’En quatrième vitesse est due à la maîtrise et au savoir-faire de Robert Aldrich et de son scénariste A.I. Bezzerides. Aldrich excelle dans la violence tant physique que morale, comme en témoigne l’incroyable Qu’est-il arrivé a Baby Jane ? (4) en 1962.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu’est-il_arriv%C3%A9_%C3%A0_Baby_Jane_%3F

A.I. Bezzerides est à la fois script doctor (5) (il est appelé en cas de problème sur l’intrigue d’un film) et scénariste. En quatrième vitesse (1955) n’est ni sa première adaptation, ni son premier film noir. En 1951, il adapte le roman de Gerard Butler Mad with much heart pour Nicholas Ray. Le titre du film est La Maison dans l’ombre (6).
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Script_doctor
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maison_dans_l’ombre

Dans En quatrième vitesse, Ralph Meeker campe un héros des plus inhabituels : Mike Hammer est plutôt antipathique, dur et macho. En 1967, Meeker est un des Douze salopards (7) de Robert Aldrich.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Douze_Salopards

Robert Aldrich a choisi d’utiliser une musique à contre-emploi. Fait rare dans l’histoire des films policiers, c’est de la musique classique qui accompagne l’intrigue d’En quatrième vitesse.

Dans les années 40, Robert Aldrich est assistant réalisateur. Il a notamment travaillé sur L’Emprise du crime (8) de Lewis Milestone, Sang et or (9) de Robert Rossen et Bel ami (10) de Albert Lewin.
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Emprise_du_crime
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sang_et_Or_(film,_1947)
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Private_Affairs_of_Bel_Ami

Robert Aldrich connaît un succès critique constant, mais il connaît des hauts et des bas au box office français. En 1955, Le Grand couteau (11) reçoit le Lion d’or au festival de Venise (12), mais il rassemble seulement 220 000 spectateurs en France. La même année, Alerte à Singapour (13) et En quatrième vitesse totalisent chacun environ 440 000 entrées. En revanche, Vera cruz (14) dépasse la barre des 4 500 000 spectateurs. Malgré son échec commercial en France, Alerte à Singapour (13) est le film qui révèle Aldrich au public dans le monde.
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Couteau
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mostra_de_Venise_1955
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alerte_%C3%A0_Singapour
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Vera_Cruz_(film)

Le détective privé Mike Hammer (15) est très connu en France. Son créateur, Mickey Spillane, a publié bon nombre de ses aventures aux Presses de la Cité (16), dans la collection Mystère. C’est un auteur populaire dont les romans ont fait l’objet d’adaptations pour la télévision et le cinéma. Dans les années 80, Stacy Keach incarne le détective dans une série (17) qui connaît un grand succès. En 1963, Spillane interprète lui-même Mike Hammer dans Solo pour une blonde (18). En 1974, il joue dans un épisode de la série télévisée Columbo (19) intitulé Publish or perish.
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mike_Hammer
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Presses_de_la_Cit%C3%A9
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mike_Hammer_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e)
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Solo_pour_une_blonde
(19) https://tv-programme.com/columbo_telefilm/edition-tragique_e253705
Mike Hammer à l’écran
Biff Elliot a été le premier à prêter ses traits au détective, dans l’adaptation du premier roman dont le privé est le héros : J’aurai ta peau (20) de Harry Essex. Fait assez exceptionnel dans le domaine de la littérature et du cinéma, Mickey Spillane a eu l’occasion d’interpréter sa propre création, dans le film Solo pour une blonde (18) ; il faut pourtant avouer que son Mike Hammer rustaud n’était pas le plus mémorable, n’est pas acteur qui veut… Ensuite, le privé de ces dames a été joué par Armand Assante, dans le remake de la première aventure de l’invincible Hammer : J’aurai ta peau (21) de Richard T. Heffron. Enfin, Stacy Keach, dans une série tv. S’il ne faut en garder qu’un, Ralph Meeker semble s’imposer...
http://www.filmdeculte.com/cinema/film/En-quatrieme-vitesse-2064.html
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/J’aurai_ta_peau_(film,_1953)
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/J’aurai_ta_peau_(film,_1982)

Jack Elam mène une carrière de comptable lorsqu’il est repéré dans une société de production pour laquelle il travaille. Possédant un physique charismatique et un regard inquiétant, il devient rapidement un habitué des rôles de tueurs. Robert Aldrich lui offre des rôles sur mesure dans Vera cruz (14) et En quatrième vitesse. Il est un bandit patibulaire dans Règlement de comptes à O.K. Corral (22) de John Sturges, mais peut aussi se retrouver du côté de la loi, comme dans Rio Lobo (23) d’Howard Hawks.
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8glements_de_comptes_%C3%A0_OK_Corral
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rio_Lobo

Jack Lambert, Albert Dekker et Strother Martin tiennent des rôles de méchants dans En quatrième vitesse. En 1946, Lambert et Dekker interprètent déjà des gangsters brutaux dans Les Tueurs (22) de Robert Siodmak). En 1969, Dekker et Martin se retrouvent en bandits sans scrupules dans La Horde sauvage (23) de Sam Peckinpah.
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tueurs_(film,_1946)
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Horde_sauvage_(film,_1969)

Victor Saville, qui est le producteur exécutif d’En quatrième vitesse est plus connu pour ses réalisations : en 1954, il tourne Nettoyage par le vide (24) avec Anthony Quinn. Le film est à nouveau tiré d’un roman de Spillane : The Long wait.
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nettoyage_par_le_vide_(film,_1954)

Cinquième long-métrage de Robert Aldrich, En quatrième vitesse date de la période la plus fertile (1952-1956) de la carrière de ce réalisateur.
Comme pour plusieurs séries B (25) des années 1950, le tournage est assez rapide. Ni Aldrich ni le scénariste Al Bezzerides n’appréciaient l’œuvre de Spillane et l’adaptation diverge du livre sur certains points. Ainsi, là où le roman présentait un réseau de trafiquants de drogue, le film fait plutôt référence aux dangers nucléaires. La finale apocalyptique, restée célèbre, est également absente du roman. Dans une entrevue donnée à Positif (26), Aldrich explique : nous ne voulions pas faire une adaptation de Spillane. Nous nous sommes servis de lui pour faire passer certains commentaires.
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9rie_B
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Positif_(revue)

Par son âpreté et son pessimisme, En quatrième vitesse constitue un tournant dans l’histoire du film noir. Comme l’indique le critique Claude Beylie (27) dans son ouvrage Les Films clés du cinéma, le film marque la fin de la tradition romantique du film noir, ouverte par Le Faucon maltais (28). Il annonce un courant réaliste, illustré par les films de Richard Fleischer (29), Don Siegel (30) et Clint Eastwood (31).
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Beylie
(28) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Faucon_maltais_(film,_1941)
(29) http://www.citebd.org/spip.php?film333
(30) http://www.citebd.org/spip.php?film1250
(31) https://fr.wikipedia.org/wiki/Clint_Eastwood

Aux Usa, le film est un échec commercial et se voit dénoncé par la commission présidée par le sénateur Kefauver (32) qui lui reproche sa brutalité.
(32) https://fr.wikipedia.org/wiki/Estes_Kefauver

Il n’en va pas de même en Europe, et en particulier en France où, à la sortie du film, les Cahiers du cinéma (33) sont extrêmement enthousiastes. Ce film est pour eux un des films américains les plus marquants de ces dix dernières années. Ils y voient l’influence d’Orson Welles et considèrent que par rapport à La Dame de Shanghai (34) Welles est égalé sur le plan formel. Aldrich, phénomène de la caméra dont l’imagination visuelle n’a d’égale que l’assurance, n’arrête pas de nous étonner et de nous plonger dans la plus totale perplexité. Pour lui, plus de lois, plus de tabous : les plans peuvent être aussi vertigineux que diamétralement opposés (…) Désintégration du montage, explosion de l’image : voilà le premier cinéaste de l’ère atomique.
Mais ils précisent aussi que ce sera un film maudit car qui va oser prendre au sérieux une histoire de Mickey Spillane où les cadavres alternent avec les jolies filles, futurs cadavres ?
(33) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cahiers_du_cin%C3%A9ma
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Dame_de_Shanghai

(...) Dans la forme, Kiss me deadly atteint à une certaine flamboyance ; profusion et grande diversité des idées, exubérance créatrice, sens plastique, sensualité, qui l’apparente aux authentiques génies du lyrisme baroque, Orson Welles ou King Vidor (35), un King Vidor qui voudrait encore faire joujou avec sa caméra. Le qualificatif d’hystérique par lequel Sîght and sound (36) voudrait le reléguer au rang des écervelés boursouflés, comme Kazan (37), est donc particulièrement injuste. Si hystérie il y a, elle ne peut être qu’intelligemment assumée, forme hyperbolique d’un langage constamment cinématographique...
Roger Tailleur in Positif n° 16 (mai 1956)
(35) https://fr.wikipedia.org/wiki/King_Vidor
(36) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sight_and_Sound
(37) https://fr.wikipedia.org/wiki/Elia_Kazan

(...) En quatrième vitesse est donc d’une hardiesse et d’une nouveauté de style encore surprenantes de nos jours.
Et d’une manière remarquable. c’est la richesse de ce style. qui va à contre-courant des structures narratives traditionnelles, (à l’image du générique que Aldrich fait défiler à l’envers). qui imprime au film une progression d’un genre inusité :non plus logique et chronologique, mais ressentie d’une manière viscérale. En une constante agression
visuelle. le spectateur est ballotté entre les images fortes. les soudaines variations de l’échelle des plans. les discontinuités de rythme (un long plan fixe est suivi de plusieurs plans courts. en plongée ou en contre-plongée).
C’est ainsi qu’il est d’abord introduit dans une ambiance de peur (au sens physiologique du mot) dans cene admirable séquence d’ouverture. où Christina. supposée nue sous son imperméable clair. court sur les lignes blanches de la route. Alors que la bande-son ne retient que les halètements dus à une course éperdue. Puis c’est le sentiment d’insécurité qui gagne chacun des spectateurs. alors que la menace se précise sous formes de tenures. d’assassinats. de sabotages criminels. Enfin cette atmosphère d’inquiétude se sublime bientôt dans les hauteurs de la parabole philosophique. Comme l’écrit Max Egly, nous aboutissons à l’angoisse métaphysique. Celle qui ressuscite les grands mythes : la boîte de Pandore (38), la femme de Loth (39), la tête de la Méduse (40)... Et Aldrich, premier cinéaste de l’ère atomique comme le dit Charles Bitsch dans sa critique des Cahiers du cinéma (33), nous invite à une lecture beaucoup plus profonde de son film. L’histoire fictive de Mike Hammer n’est-elle pas l’expression générale du destin de l’homme vaincu par les secrets qu’il a mis en évidence ? Ici. l’énergie atomique. Ce que j’ignore ne peut me nuire, dit un des personnages à propos de la simple intrigue policière. Mais n’est-ce pas là une autre clé du film ? Celle qui. au sein d’une lecture plurielle. se révèle la plus importante ?
On comprend maintenant que nous n’avions pas le droit de laisser passer dans l’indifférence une telle réédition....
Raymond Lefèvre in La Revue du cinéma n° 293 (février 1975)
(38) https://fr.wikipedia.org/wiki/Pandore
http://mythe.canalblog.com/archives/2010/08/05/18749693.html
(39) https://fr.wikipedia.org/wiki/Loth
(40) https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9duse_(mythologie)

(...) La force du film tient à ce que le climat de menace provient non de la menace ressentie par l’intermédiaire du héros, puisque celui-ci, nous l’avons dit, ne nous émeut guère, mais de la structure même du récit et du style de la mise en scène. Chaque séquence est nécessaire à la progression du récit ni temps mort ni moment de relâche. Cela crée une densité particulière. Chaque séquence a sa valeur dramatique propre. Même lorsque la séquence décrit l’intimité, elle repose sur une tension : Velda et Hammer s’embrassent avec la crainte d’être épiés ; les mouvements de Velda à la danse et le geste de Hammer pour écarter la jambe de Velda créent une violence dans leurs rapports ; de même pour la visite nocturne à la secrétaire. Aldrich et Bezzerides semblent pousser à l’extrême les principes de construction de l’enquête dans le récit noir. Ils procèdent par accumulation telle nuit est ainsi formée de trois grands moments enchaînés que d’autres eussent séparés par des pauses. Il se crée une tension de séquence à séquence, chacune tendant à se séparer de la précédente et de la suivante, et le rôle de la mise en scène est de maintenir la cohésion de l’ensemble par le style...
Kiss me deadly appartient bien au genre du film noir. Il se fonde sur ses règles pour intéresser le spectateur. Il est aussi une étape de son évolution. Le personnage de Hammer, par son égocentrisme et son absence d’idéal, annonce les détectives des années soixante-dix. Par la richesse de son style, il est à la fois un des plus beaux exemples du genre et l’un des plus beaux films d’Aldrich, où se marque le mieux son style. Il faudrait encore beaucoup de place pour relier ce film-ci aux autres achèvements d’un metteur en scène aujourd’hui mésestimé parce que mal connu. Kiss me deadly rappelle ce dont nous sommes depuis longtemps convaincus : le cinéma hollywoodien ne fut jamais si grand que lorsque les cinéastes pouvaient créer à l’intérieur des genres.
Alain Garsault in Positif n° 415 (septembre 1995)

Robert Aldrich transpose l’histoire de New York à une autre ville qui ne dort pas, Los Angeles. La nuit est essentielle, elle est omniprésente et souligne le côté obscur des personnages et de leurs desseins. Mike Hammer évolue de nuit, quand les honnêtes gens dorment du sommeil du juste. La psychologie du personnage du détective est fondamentale dans le renouveau du genre. Ici, pas de héros au grand cœur, pas de bons sentiments. Hammer est un personnage égoïste et sarcastique, intelligent et calculateur, bref le contraire du défenseur de la veuve et de l’orphelin. Le dialogue d’ouverture entre Mike Hammer (Ralph Meeker, belle gueule de l’époque connu pour ses seconds rôles) et Christina Bailey (Cloris Leachman, dont c’est le premier rôle au cinéma) met d’ailleurs tout de suite les choses en place. Bailey apparaît à l’écran, vêtue d’un imper et courant seule, de nuit, au milieu d’une route. Éclairée de dos par les phares d’une voiture, elle interrompt sa course, se retourne et force le véhicule à s’arrêter. Son conducteur, Mike Hammer, n’a d’autre choix que de lui offrir un lift. Au fil des discussions, Bailey perce rapidement Hammer à jour et le taxe de narcissisme. Sa dégaine, sa voiture, tout souligne le côté égoïste et macho du détective. Bezzerides utilise le personnage de Christina afin que le spectateur ne se trompe pas : Hammer est un homme immoral...
http://www.dvdclassik.com/critique/en-quatrieme-vitesse-aldrich

Entretien avec Robert Aldrich
"Kiss me deadly" est peut-être le film qui a le plus contribué à votre célébrité en Europe. Je crois pourtant me souvenir d’une interview aux "Cahiers du cinéma" (33) où vous exprimiez le regret de l’avoir tourné.
Je n’ai jamais rien dit de tel. En réalité, bien que ce film renferme énormément d’allusions symboliques au maccarthysme (38) à l’adresse des Américains, les Français y ont lu encore d’autres symboles. On est toujours très heureux de ce genre de réactions mais il est gênant d’avoir à justifier ou expliciter des éléments que l’on ne comprend pas soi-même. Je pense que c’est un bon film. J’en suis très fier. Je crains seulement que ce ne soit pas un aussi bon film que certains ne le croient simplement
parce qu’ils y lisent plus que ce qu’il contient réellement. Il traite de l’atroce période que ce pays a traversée pendant McCarthy (38) et des suites qu’elle a eues. McCarthy (38) n’était pas encore liquidé. Le procès commença à l’époque où le film sortit mais l’angoisse était encore là pendant que nous tournions. La référence au maccarthysme était notre seule justification théorique pour faire ce film. Nous ne voulions pas faire une adaptation de Spillane. Nous nous sommes servis de lui pour faire passer certains commentaires.

Vos films antérieurs, quels que soient leurs mérites, étaient de structure assez classique. Dès l’ouverture, "Kiss me deadly" s’oriente vers une direction tout à fait nouvelle. Des angles très contrastés, un générique à l’envers...
Nous avons cherché à conjuguer un impact énergétique très grand et une forme hautement stylisée. Jusqu’alors, à l’exception peut-être de World for Ransom (13), j’avais été prisonnier d’une certaine conception du matériel et de son élasticité. Avec Kiss me deadly, j’avais la possibilité de travailler dans un style staccato, nerveux, énergique, avec des plans courts. Ce n’était pas totalement original en soi, mais c’était nouveau par rapport à ce type de film.
Jusqu’à quel point aviez-vous préparé la structure visuelle ? Était-elle déjà fixée à la lecture du script ?
J’ai une méthode, qui n’est pas neuve non plus, et que beaucoup utilisent. Je répète de façon assez poussée, généralement deux semaines. A mesure que la mise en place s’organise, la conception visuelle se développe et je commence à trouver les moyens de rendre une scène plus efficace. Mais il faut garder une certaine souplesse. On ne peut pas de façon péremptoire déclarer : "c’est ainsi que je vais tourner", parce que cela s’avère parfois impossible. Cette méthode m’a été très profitable. Je sais que certains ne considèrent pas que les répétitions soient utiles. Pour moi, elles font la différence entre ce que le script dit et ce que le film va communiquer. Elles sont une période de transition durant laquelle les conceptions ne sont pas encore complètement définies et pendant laquelle il est possible d’expérimenter sans qu’il vous en coûte...
Pierre Sauvage in Positif n° 182 (juin 1976)
(38) https://fr.wikipedia.org/wiki/Maccarthysme

Robert Aldrich
voir fiche du film L’Ultimatum des trois mercenaires
http://www.citebd.org/spip.php?film1170

A.I. Bezzerides
Né Albert Isaac Bezzerides le 9 août 1908 à Samsun (Turquie), décédé le 1er janvier 2007 à Los Angeles.
Principalement connu pour sa carrière de scénariste sur plusieurs classiques du film noir étatsunien au cours des années 40 à 60. Son roman La Longue route a été adapté au cinéma par Raoul Walsh (Une Femme dangereuse)...
https://fr.wikipedia.org/wiki/A.I._Bezzerides
Mickey Spillane

Ernest Laszlo
voir fiche du film Le Voyage fantastique
http://www.citebd.org/spip.php?film1554

Frank De Vol
Né le 20 septembre 1911 à Moundsville (Virginie), décédé le 27 octobre 1999 à Lafayette (Californie).
Fréquent partenaire de Robert Aldrich pour qui il signa un certain nombre de partitions...
http://www.imdb.com/name/nm0006030/

Nat King Cole
Né Nathaniel Adams Coles le 17 mars 1919 à Montgomery (Alabama), décédé le 15 février 1965 à Santa Monica.
Associé au courant du jazz vocal, un des plus grands crooners des années 50...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nat_King_Cole

Kitty White
http://www.imdb.com/name/nm0925090/

Ralph Meeker
Né le 21 novembre 1920 à Minneapolis, décédé le 5 août 1988 à Woodland hills.
http://www.imdb.com/name/nm0576127/

Maxine Cooper
http://www.imdb.com/name/nm0178253/

Nick Dennis
Né le 26 avril 1904 en Thessalie (Grèce), décédé le 14 novembre 1980 à Los Angeles.
http://www.imdb.com/name/nm0219528/

Wesley Addy
voir fiche du film L’Opération diabolique
http://www.citebd.org/spip.php?film1381

Paul Stewart
Né Paul Sternberg à New York le 13 mai 1908, décédé à Los Angeles le 17 février 1986.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Stewart_(acteur)

Gaby Rodgers
http://www.imdb.com/name/nm0734707/

Cloris Leachman
voir fiche du film Frankenstein junior
http://www.citebd.org/spip.php?film727

Albert Dekker
Né Albert Van Ecke le 20 décembre 1905 à New York, décédé le 3 mai 1968 à Hollywood.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Dekker

Jack Elam
voir fiche du film Pat Garrett et Billy le kid
http://www.citebd.org/spip.php?film1695

Jack Lambert
Né le 13 avril 1920 à Yonkers (État de New York), décédé le 18 février 2002 à Carmel (Californie).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Lambert_(acteur_am%C3%A9ricain)

Fortunio Bonanova
Né Josep Lluís Moll le 13 janvier 1895 à Palma de Majorque, décédé le 2 avril 1969 à Los Angeles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fortunio_Bonanova

Percy Helton
Né à New York le 31 janvier 1894, décédé à Los Angeles le 11 septembre 1971.
http://www.imdb.com/name/nm0375887/

Marian Carr
http://www.imdb.com/name/nm0139792/

Juano Hernandez
http://www.imdb.com/name/nm0379621/

Mady Comfort
http://www.imdb.com/name/nm1104145/

Mort Marshall
http://www.imdb.com/name/nm0551067/

Silvio Minciotti
http://www.imdb.com/name/nm0591035/

Strother Martin
Né le 26 mars 1919 à Kokomo (Indiana), décédé le 1er août 1980 à Thousand oaks (Californie).
http://www.imdb.com/name/nm0001510/

James McCallion
http://www.imdb.com/name/nm0564706/

Jesslyn Fax
http://www.imdb.com/name/nm0269537/

Marjorie Bennett
voir fiche du film Tuez Charley Varrick !
http://www.citebd.org/spip.php?film1250

Leigh Snowden
http://www.imdb.com/name/nm0811357/

James Seay
http://www.imdb.com/name/nm0709478/

Robert O. Cornthwaite
Né le 28 avril 1917 à St. Helens (Oregon), décédé le 20 juillet 2006 à Woodland hills (Californie).
http://www.imdb.com/name/nm0180452/

Leonard Mudie
Né le 11 avril 1882 à Manchester (Gb), décédé le 14 avril 1965 à Los Angeles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Leonard_Mudie

extrait(s) de presse

Critikat - "En quatrième vitesse", avec son final apocalyptique très surprenant, est une œuvre visionnaire qu’il faut revoir de toute urgence.
Télérama - Ce puzzle misanthrope est en phase avec l'époque - la guerre froide -, mais annonce aussi les mystères du cinéma moderne, Lynch compris. Un film stupéfiant.
àVoir-àLire - "En quatrième vitesse" est un petit bijou de finesse et d’inventivité...
Dvd classik - Martin Scorsese n’hésite pas à qualifier le film d’exemple primordial de cinéma subversif...
Film de culte - Dès l’introduction, Aldrich surprend: ce qui n’est qu’un passage convenu dans le roman devient fascinant une fois mis en image...
Ciné-club de Caen - Toutes les séquences du film sont remarquables, déjouant sans cesse l'attente du spectateur...
Sueurs froides - Si Claude Chabrol fut à l'époque le plus ardent défenseur de "En quatrième vitesse" (...), on peut aussi souligner que Jean-Luc Godard lui rendra un hommage appuyé dans Alphaville...
Le Monde - Refusant la psychologie des personnages souvent corrompue par la psychanalyse à cette époque, En quatrième vitesse propose un monde primitif et poétique en même temps, loin des déterminations humaines habituelles...