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julieta

Espagne - 2016 - 1h36
sorti en France le 18 mai 2016
sélection officielle Cannes 2016
film - version originale sous-titrée en français
de

Pedro Almodóvar

scénario : Pedro Almodóvar
d'après l'oeuvre de : Alice Munro
direction de la photographie : Jean-Claude Larrieu
musique ou chansons : Alberto Iglesias, Chavela Vargas
avec : Emma Suárez (Julieta aujourd'hui), Adriana Ugarte (Julieta jeune), Daniel Grao (Xoan), Inma Cuesta (Ava, amie sculptrice de Xoan et Julieta), Michelle Jenner (Beatriz, amie d'enfance d'Antía), Darío Grandinetti (Lorenzo, amant actuel de Julieta), Rossy de Palma (Marian, gouvernante de la maison de Xoan), Susi Sánchez (Sara, mère de Julieta), Joaquín Notario (Samuel, père de Julieta), Pilar Castro (Claudia, mère de Beatriz), Nathalie Poza (Juana, membre d'une communauté spirituelle dans les Pyrénées), Mariam Bachir (Sanaa, l'aide-ménagère des parents de Julieta)
séances : semaine du mercredi 18 janvier 2017
mercredi 18 jeudi 19 vendredi 20 samedi 21 dimanche 22 lundi 23 mardi 24
18:30*
21:00
18:30
14:00
séance spéciale :
* Festival Télérama / Afcae du 18 au 24 janvier 2017. En échange du Pass, complété de vos noms et adresses, une carte valable pour 2 personnes durant toute la durée de la manifestation vous sera remise à la caisse du cinéma. Sur présentation de cette carte, tous les films du festival Télérama / Afcae sont au tarif de 3,50 € la place (par personne). Tarif unique 3,50 € pour tous grâce au Pass (valable pour 2 personnes) à découper dans le magazine Télérama des 11 et 18 janvier 2017 - séances "Ciné passion 16" au Club de Barbezieux le 20 à 21h00, le 22 à 18h00.

synopsis

À la veille de quitter Madrid pour s'installer au Portugal avec son amant Lorenzo, Julieta rencontre fortuitement Beatriz, amie d'enfance de sa fille Antía. Elle apprend ainsi que cette fille qui est partie sans plus donner de nouvelles il y a plus de douze ans vit encore, en Suisse, avec trois enfants. Julieta décide alors de rester à Madrid, dans l'immeuble qu'elle occupait autrefois, et de se confronter à ses souvenirs, à sa solitude, à sa folie. Elle écrit à Antía tout ce qu'elle n'a pas eu l'occasion de lui dire, en commençant par la nuit où elle a rencontré son père Xoan, lors d'un voyage en train...

notes de production

Le film Julieta est adapté de trois nouvelles du recueil Fugitives (1) d’Alice Munro : Hasard, Bientôt et Silence. Pedro Almodóvar explique : dès que j’ai lu "Fugitives" (1), j’ai eu envie d’adapter pour le cinéma trois des nouvelles du recueil. Les trois ont Juliette pour héroïne, mais ne se suivent pas. Ce sont trois histoires distinctes et j’ai inventé ce qui manquait pour qu’elles n’en fassent qu’une.
(1) http://www.telerama.fr/livres/alice-munro-fugitives,33852.php

Pedro Almodóvar a commencé à réfléchir à cette adaptation déjà pendant le tournage de La Piel que habito (2) sorti en 2011. Le recueil de nouvelles Fugitives figurait d’ailleurs déjà parmi les accessoires de cet original thriller.
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film754

Lorsqu’il a commencé l’écriture du scénario, Pedro Almodóvar voulait situer l’intrigue à New York alors que les nouvelles se passent à Vancouver (deux villes où, contrairement à l’Espagne, les jeunes s’éloignent très tôt du foyer parental). Finalement, après avoir connu une période d’incertitude par rapport à ce scénario qu’il travaillait en anglais, le metteur en scène décida de changer de langue, de culture et de géographie. C’est ainsi qu’il choisit de transposer l’histoire originale en Espagne : au fur et à mesure que la version espagnole avançait, je m’éloignais d’Alice Munro, je devais voler de mes propres ailes. Ses nouvelles restent à l’origine de Julieta, mais si déjà il est difficile de transposer le style de l’écrivaine canadienne dans cette discipline quasiment opposée à la littérature qu’est le cinéma, faire passer cette histoire pour une histoire espagnole relève de l’impossible. Les admirateurs d’Alice Munro verront dans ma Julieta un hommage à la nouvelliste canadienne.

Initialement intitulé Silencio, Pedro Almodovar a décidé de changer le titre de son 20ème film pour qu’il n’y ait pas de confusion avec le prochain long métrage de Martin Scorsese, Silence (3). Depuis le début, j’avais à l’esprit que Julieta était un drame, pas un mélodrame, genre pour lequel je montre de l’inclination. Un drame dur avec un parfum de mystère : quelqu’un cherche quelqu’un qui est parti sans donner d’explications, quelqu’un avec qui on a vécu toute sa vie disparaît sans dire un seul mot. C’est impossible à comprendre. Ça arrive, c’est dans notre nature, mais c’est incompréhensible et inacceptable. Sans parler de la douleur que cela provoque.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Silence_(film,_2016)

La plupart des actrices de la longue distribution du film sont nouvelles pour Pedro Almodóvar sauf Rossy de Palma et Susi Sánchez. Il a cherché dès le début à utiliser deux actrices différentes pour le rôle de Julieta : Adriana Ugarte lorsque le personnage a entre 25 et 40 ans et Emma Suárez à partir de 40 ans. Le réalisateur explique ce choix de par son manque de confiance dans les effets du maquillage pour faire vieillir.

Pedro Almodóvar collabore une fois de plus avec son compositeur depuis vingt ans Alberto Iglesias. Ce dernier lui a dit que le film achevé n’avait pas besoin de musique. Le cinéaste lui a tout de même demandé de composer de petites transitions pour accentuer les changements d’époque ou les répétitions du personnage principal de Julietta. Il souhaitait quelque chose de délicat dans la veine de ce que l’on entend dans Million dollar baby (4) ou Lettres d’Iwo Jima (5). Le résultat n’ayant pas été convaincant, Almodóvar a alors choisi le travail de Toru Takemitsu pour La Femme des dunes (6) de Hiroshi Teshigahara : nous l’avons essayé, le tempo n’était pas celui de Julieta, mais je trouvais qu’il y avait quelque chose qui lui convenait. Alberto était d’accord avec moi. Takemitsu l’a mené à Mahler (7) et à Alban Berg (8). Cela nous a ouvert la voie, a été l’étincelle. À partir de là, tout est venu naturellement. Je crois qu’Alberto Iglesias a écrit l’une de ses meilleures musiques originales. Je voulais fuir la musique qui colle aux changements de plans, Alberto l’a adaptée aux voix et aux regards des personnages.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Million_Dollar_Baby
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lettres_d’Iwo_Jima
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Femme_des_sables
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gustav_Mahler
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alban_Berg

Fasciné depuis toujours par les trains, que ce soit dans la vraie vie ou au cinéma via Hitchcock (Une Femme disparaît (9), L’Inconnu du nord-express (10), La Mort aux trousses) (11) et Fritz Lang (Désirs humains) (12), Pedro Almodóvar a décidé de faire de ce moyen de transport le cadre spatial d’une partie du film. Plus précisément, il a construit le scénario de Julieta autour des séquences du train de nuit. Le cinéaste confie : c’est dans ce lieu si métaphorique et significatif que Julieta entre en contact avec les deux pôles de l’existence humaine : la mort et la vie. Et l’amour physique comme réponse à la mort. Les deux fois où l’on voit Julieta faire l’amour de façon torride avec Xoan, quelqu’un vient de mourir. C’est leur réponse à eux deux à l’idée de la mort.
Mais, au moment des répétitions, Pedro Almodóvar s’est rendu compte à quel point il est difficile de tourner dans un train : quand je suis entré dans un des compartiments d’un vieux train des années 80 pour répéter avec les acteurs, j’ai pris conscience de la difficulté que représenterait le fait de travailler dans un espace où la caméra et le chef-op tiendraient à peine. Tout naïf que j’étais, je n’imaginais pas que l’espace réel de ces trains de 1985 était si exigu. Un enfer plein d’acariens.
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_femme_dispara%C3%AEt
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Inconnu_du_Nord-Express_(film)
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mort_aux_trousses
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sirs_humains

Pedro Almodóvar écrit à propos de ce film qu’il parle du destin inéluctable, du complexe de culpabilité et de ce mystère insondable qui fait que nous abandonnons les personnes que nous aimions, que nous les effaçons de notre mémoire comme si elles n’avaient jamais rien signifié. Et de la douleur que cet abandon engendre chez la victime.

Le réalisateur annonce dans un article d’El País (13) un drame sombre et intime, moins baroque, moins drôle que certains de ses films précédents, et dans une palette de couleurs tournant cette fois autour du vert, du gris et du brun. Il s’entoure d’acteurs populaires du petit écran espagnol dont Adriana Ugarte, Daniel Grao et Michelle Jenner. Cette dernière raconte lors d’une interview qu’elle a passé le casting sans savoir qu’il s’agissait d’un film de Pedro Almodovar.
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/El_Pa%C3%ADs

Les sculptures de Ava sont en réalité des œuvres du valencien Miquel Navarro (14), dont des pièces figuraient déjà dans En chair et en os (15).
(14) https://en.wikipedia.org/wiki/Miquel_Navarro
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/En_chair_et_en_os

En France, le film est très bien accueilli dans la presse. Positif (16) parle d’un chef-d’œuvre et les Cahiers du cinéma (17) consacre un texte et un entretien à ce que le critique Stéphane du Mesnildot considère comme le film le plus sombre, le plus dur et en un sens le plus essentiel d’Almodóvar.
(16) http://www.revue-positif.net/
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cahiers_du_cin%C3%A9ma

La promotion du film en Espagne est très perturbée par l’apparition du nom du réalisateur et de son frère Agustín dans l’affaire des Panama papers (18) quelques jours avant la sortie en salles. Afin de ne pas avoir à répondre à des questions à propos de ce scandale, Pedro Almodóvar décide d’annuler toutes ses apparitions publiques autour du film (conférences de presse, interventions à la télévision…).
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Panama_Papers

Julieta sort sur seulement 203 écrans espagnols, moins que pour les précédents films du réalisateur. Le fait qu’il s’agisse d’un drame et non d’une comédie a en effet incité son distributeur à miser sur une stratégie d’un nombre plus restreint de salles que pour Les Amants passagers (19) mais en s’assurant qu’il resterait plus longtemps à l’affiche. Le nombre total d’entrées est par conséquent relativement faible lors de sa sortie pour un film de Pedro Almodóvar (c’est la première fois qu’un film de ce réalisateur n’est pas le film espagnol à faire la meilleure sortie de la semaine), mais cette combinaison restreinte de salles fait que le nombre de spectateurs par écran est le meilleur de la semaine. Le 11 avril, trois jours après sa sortie, El País (13) indique que le film a réuni 79 523 spectateurs, ce qui équivaut à 585 989 € de recettes.
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Amants_passagers

Le film commence par un gros plan d’un morceau de tissu rouge. Très vite, on découvre que, dessous, un cœur palpite, le cœur de Julieta. La deuxième image correspond à une sculpture de texture et de couleur de terre cuite représentant un homme nu assis (jambes et torse robustes et compacts). Julieta pose la statuette sur un carton et l’emballe soigneusement dans du papier bulles. La statuette ressemble à un bébé que sa mère est en train d’habiller. Nous sommes en 2016.
On reverra la sculpture plus tard, c’est-à-dire avant, en 1985, dans l’atelier de la sculptrice qui l’a créée. La sculptrice s’appelle Ava, probablement en hommage à Ava Gardner. Ava est très belle et aussi libre que l’actrice qui interpréta Vénus dans Un Caprice de Vénus (20). Vénus est la déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité. Les trois qualités sont présentes dans l’atelier d’Ava...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/julieta,345634
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_caprice_de_V%C3%A9nus

Entretien avec Pedro Almodóvar
Qu’avez-vous aimé dans l’univers de la Canadienne Alice Munro, dont vous adaptez trois nouvelles dans "Julieta" ?
Elle s’intéresse beaucoup aux relations à l’intérieur de la famille, moi aussi. Évidemment, il n’y a rien de plus différent qu’une famille canadienne et une famille espagnole. J’ai donc été obligé d’acclimater ses nouvelles et j’ai insufflé de la chaleur aux personnages, particulièrement à Julieta. Je pense qu’Alice Munro est une conteuse beaucoup plus cruelle que moi. Mais je me sens parfois très proche d’elle.
J’ai lu une interview où elle disait que les femmes, lorsqu’elles se retrouvent entre elles, ont besoin de parler en détail de ce qu’elles vivent. Elles affrontent le monde en le verbalisant. Les hommes, eux, avancent sans se poser de questions, dit Alice Munro. Ils affrontent la réalité sans avoir besoin de la verbaliser. En lisant cette interview, j’ai reconnu ma propre inspiration. Cette différence entre hommes et femmes correspond exactement à la réalité que j’ai connue quand j’étais enfant à La Mancha (21)...

http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2016/pedro-almodovar-sur-les-panama-papers-ce-fut-horrible-de-voir-mon-nom-surgir-sur-cette-liste-infame,141733.php
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Manche_(province_historique_d’Espagne)

Pedro Almodóvar
voir fiche du film La Piel que habito
http://www.citebd.org/spip.php?film754

Alice Munro
Née Alice Ann Laidlaw le 10 juillet 1931 à Wingham (Ontario, Canada).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alice_Munro

Jean-Claude Larrieu
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Larrieu_(directeur_de_la_photographie)

Alberto Iglesias
voir fiche du film La Piel que habito
http://www.citebd.org/spip.php?film754

Chavela Vargas
Née María Isabel Anita Carmen de Jesús Vargas Lizano le 17 avril 1919 au Costa Rica et décédée le 5 août 2012 à Cuernavaca (Mexique).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chavela_Vargas

Emma Suárez
Née à Madrid le 25 juin 1964.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Emma_Su%C3%A1rez

Adriana Ugarte
Née Adriana Sofía Ugarte Pardal le 17 janvier 1985 à Madrid.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Adriana_Ugarte

Daniel Grao
http://www.imdb.com/name/nm1268637/

Inma Cuesta
Née à Valence le 25 juin 1980.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Inma_Cuesta

Michelle Jenner
Née à Barcelone le 14 septembre 1986.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michelle_Jenner

Darío Grandinetti
Né le 5 mars 1959 à Rosario (Argentine).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dar%C3%ADo_Grandinetti

Rossy de Palma
Née Rosa Elena García Echave le 16 septembre 1964 à Palma de Majorque.
C’est pour sa beauté particulière, alors qu’elle est serveuse de café que Almodovar lui propose d’apparaître dans La Loi du désir...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rossy_de_Palma

Susi Sánchez
voir fiche du film La Piel que habito
http://www.citebd.org/spip.php?film754

Joaquín Notario
http://www.imdb.com/name/nm0636541/

Pilar Castro
Née à Madrid le 12 octobre 1970.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pilar_Castro

Nathalie Poza
voir fiche du film Truman
http://www.citebd.org/spip.php?film1715

Mariam Bachir
http://www.imdb.com/name/nm6541301/

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Jamais avant Julieta Almodovar n’avait rabattu sur ses personnages le piège du fatum avec une telle résolution. Du grand art, digne d’une tragédie grecque.
Le Monde - De cet alliage entre la banalité de la douleur et les formes fantastiques que peut lui donner le cinéma, ­Almodovar fait un beau film d’une tristesse très pure...
Positif - Quand la chanson d'amour du générique final nous donne congé, nous nous jurons de revenir vite revoir "Julieta" et ce chef-d'oeuvre qui confirme Almodovar au rang des plus grands.
Télérama - Avec sa conclusion abrupte et amère, qui suggère une transmission de la culpabilité, le film s’éloigne des réussites consensuelles du cinéaste comme "Parle avec elle" ou "Volver". Mais il fascine par cette alchimie entre la noirceur désenchantée du fond et l’éclat rédempteur de la forme.
Critikat - Almodóvar signe son film le plus grave, le plus doux aussi.
Ouest France - Le vingtième film du réalisateur espagnol est une pure merveille.
La Croix - Film sur la perte, Julieta s’empare avec une rare élégance du substrat de la passion amoureuse, de l’amour filial, de la tentation de la fusion, de la transmission, de la répétition, de la fatalité – Rossy de Palma, cheveux frisés et tablier de femme de ménage, se voyant confier le rôle d’une rugueuse Cassandre.
Paris match - Non seulement on renoue avec jubilation et émotion avec son univers esthétique et psychologique, mais on retrouve avec plaisir son inénarrable actrice fétiche, Rossy De Palma, dans un rôle de composition domestique à la Alice Sapritch.