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sueurs froides

Vertigo
Usa - 1958 - 2h08
sorti en France le 12 décembre 1958
film - version originale sous-titrée en français
de

Alfred Hitchcock

scénario : Alec Coppel, Samuel A. Taylor
d'après l'oeuvre de : Boileau-Narcejac
direction de la photographie : Robert Burks, Loyal Griggs, Irmin Roberts
musique ou chansons : Bernard Herrmann
avec : James Stewart (John "Scottie" Ferguson,), Kim Novak (Madeleine Elster / Judy Barton), Barbara Bel Geddes (Marjorie "Midge" Wood), Tom Helmore (Gavin Elster), Henry Jones (le coroner), Raymond Bailey (le docteur), Ellen Corby (la tenancière de l'hôtel McKittrick), Konstantin Shayne (Pop Leibel), Jean Corbett (la véritable Madeleine Elster), Sarah Taft (la nonne), Lee Patrick (la conductrice prise pour Madeleine)
séances : semaine du mercredi 7 décembre 2016
mercredi 7 jeudi 8 vendredi 9 samedi 10 dimanche 11 lundi 12 mardi 13
18:30*
séance spéciale :
* ciné mardi : "l’esprit d’Alfred (1)" - séance présentée par Hidden circle - couplé avec "Obsession" - tarif préférentiel 2 films = 7 €

synopsis

Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, possédée selon lui par l'esprit de son aïeule. Scottie s'éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu'il ne peut contrôler...

notes de production

Hitchcock présentait ainsi son film à François Truffaut dans leur fameux livre d’entretiens (1) en ces termes : il y a la volonté qui anime cet homme de créer une image sexuelle impossible ; pour dire les choses simplement, cet homme veut coucher avec une morte, c’est de la nécrophilie.
https://vimeo.com/109625784
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hitchcock/Truffaut

Inspiré du roman noir D’entre les morts (2) de Boileau-Narcejac (1954), Sueurs froides jouit d’une adoration particulière de la part des cinéphiles et des cinéastes du monde entier. Le film se classe d’ailleurs régulièrement au sommet des classements des meilleurs films de toute l’histoire du cinéma (la revue anglaise Sight and sound (3), par exemple, ou les revues françaises Positif (4) et Les Cahiers du cinéma) (5). L’American film institute (6) le classe dans la liste des dix meilleurs films américains de tous les temps. Le réalisateur Chris Marker (7) en a fait son film préféré et le cite dans plusieurs de ses œuvres (La Jetée (7), Sans soleil (8), Immemory (7)). Dans L’Armée des douze singes (9), Terry Gilliam fait entrer ses personnages dans un cinéma où le film est projeté et certaines images sont réutilisées dans Un Baiser avant de mourir (10). Brian De Palma (11) considère Sueurs froides comme l’un de ses trois films préférés et bon nombre de ses propres films s’en inspirent, dans ses thèmes ou dans ses traits esthétiques. Le film a influencé beaucoup de films hollywoodiens, dont Sang chaud pour meurtre de sang-froid (12), Basic instinct (13), Lost highway de David Lynch (14) ou The Game de David Fincher (15). Le plasticien Les Leveque a également détourné le film dans son œuvre homonyme (4 Vertigo) (16), où les images d’Hitchcock sont reproduites et kaléidoscopées dans un montage hypnotique. En août 2012, le magazine de cinéma britannique Sight and sound (3) le classe meilleur film de tous les temps, détrônant ainsi Citizen Kane (17), qui occupait ce titre depuis 1962...
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/D’entre_les_morts
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sight_and_Sound
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Positif_(revue)
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cahiers_du_cin%C3%A9ma
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/American_Film_Institute
(7) http://www.citebd.org/spip.php?film1005
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sans_soleil
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Arm%C3%A9e_des_douze_singes
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_baiser_avant_de_mourir
(11) http://www.citebd.org/spip.php?film379
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sang_chaud_pour_meurtre_de_sang-froid
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Basic_Instinct
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lost_Highway_(film)
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Game_(film)
(16) https://www.youtube.com/watch?v=0C2QMWETNKI
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Citizen_Kane

Pour illustrer les scènes de vertige, Alfred Hitchcock utilise la caméra subjective, mais d’une façon particulière : alors qu’il filme, vers le bas, la profondeur de la cage d’escalier que James Stewart est censé voir avec angoisse, la caméra opère deux mouvements simultanés : un mouvement d’appareil vers l’arrière (travelling arrière) et un zoom avant (augmentation de la longueur focale de l’objectif de la caméra). Le résultat de cet artifice technique appelé travelling contrarié, utilisé ici pour la première fois dans un film, est une image qui se déforme, comme si la cage d’escalier s’allongeait.
Cet effet sera repris à de nombreuses reprises comme par Steven Spielberg dans Les Dents de la mer (18) ou par Martin Scorsese dans Les Affranchis (19).
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film1347
(19) http://www.citebd.org/spip.php?film636

- Alfred Hitchcock passe devant le portail d’entrée du chantier naval à 10 min 50 s du début du film.
- Hitchcock aurait forcé Kim Novak à faire semblant de se noyer alors qu’il savait qu’elle ne savait pas nager, lors de la scène au Presidio (20) de San Francisco.
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Presidio_de_San_Francisco
- tourné en VistaVision (21), le film a été tiré sur film 70 mm avec un son stéréophonique à six pistes magnétiques.
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/VistaVision
- le générique de Sueurs froides a été utilisé pour le début du clip (22) de Lady Gaga Paparazzi.
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Paparazzi_(chanson)
- le thème du film est également utilisé dans la dernière scène du film The Artist (23) avec Jean Dujardin.
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Artist
- dans la série Arrow (24), (saison 1 épisode 19), le personnage du Comte, dealer d’une drogue appelée Vertigo, et frappé de folie, parle quasiment uniquement en utilisant des répliques du film.
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Saison_1_d’Arrow
- le clip Last cup of sorrow de Faith no more (25) reprend sur un mode parodique plusieurs scènes clés du film avec Jennifer Jason Leigh (26) dans le rôle de Madeleine.
(25) https://vimeo.com/37349314
(26) http://www.citebd.org/spip.php?film390

Pour que l’image de Sueurs froides paraisse par moment moins réaliste, Alfred Hitchcock a utilisé de nombreux filtres pour les apparitions de Kim Novak, rendant ses personnages encore plus énigmatiques aux yeux des spectateurs.
Sueurs froides a été tourné en grande partie en extérieur dans les alentours de San Francisco. Alfred Hitchcock aurait manifesté un intérêt pour la ville de Californie dès la première de L’Inconnu du nord-express (27). Les tournages en extérieurs ont eu lieu du 28 fevrier 1957 au 15 octobre. Le reste fut réalisé en studio du 16 octobre au 19 décembre de la même année.
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Inconnu_du_Nord-Express_(film)
Pour travailler à l’adaptation du roman, Alfred Hitchcock a fait appel à Samuel A. Taylor qui venait de San Francisco et avait déjà travaillé sur Sabrina (28) de Billy Wilder ainsi que Tu seras un homme, mon fils (29) de George Sidney avec Kim Novak. Comme le cinéaste, le scénariste était surtout intéressé par les troubles psychologique du personnage masculin. Pour l’ancrer dans la réalité avant de se laisser emporter dans son rêve, Samuel A. Taylor eut l’idée d’ajouter le personnage de la confidente Midge qui n’existe pas dans le roman. Avec Hitchock, il a également modifié toute la deuxième partie. Dans le livre, la révélation de la véritable identité de la femme vient à la fin. Dans le film, seul le personnage principal est laissé dans l’ignorance. Ce choix très contesté par son entourage sera maintenu jusqu’au bout par Hitchcock. Samuel A. Taylor travaille à nouveau avec Hitchcock en 1969 sur L’ Étau (30).
(28) https://fr.wikipedia.org/wiki/Sabrina_(film,_1954)
(29) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tu_seras_un_homme,_mon_fils
(30) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’%C3%89tau

Sueurs froides marque la quatrième et dernière collaboration de James Stewart et Alfred Hitchcock. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur La Corde (31), Fenêtre sur cour (32) et la deuxième version de L’ Homme qui en savait trop (33). Sueurs froides présente ici un héros diminué et pervers, en décalage avec l’image sympathique que le public pouvait avoir du comédien.
(31) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Corde
(32) http://www.citebd.org/spip.php?film835
(33) http://www.citebd.org/spip.php?film1714

La Paramount (34) achète les droits d’Entre les morts (2) en 1956 pour Alfred Hitchcock. Le cinéaste traverse une période difficile aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Mais qui a tué Harry ? (35) et Le Faux coupable (36) n’ont séduit ni la critique ni le public américain. Pour maintenir son indépendance financière, il a besoin de retrouver le succès.
(34) https://fr.wikipedia.org/wiki/Paramount_Pictures
(35) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mais_qui_a_tu%C3%A9_Harry_%3F
(36) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Faux_Coupable
Le premier scénariste pressenti pour Sueurs froides est Maxwell Anderson qui vient de collaborer au Faux coupable. Son scénario est jugé intournable et incompréhensible. Hitchcock doit alors être opéré pour une hernie pendant qu’Alec Coppel travaille à une nouvelle adaptation du roman (37). Son scénario ne plaît pas au cinéaste qui traverse une convalescence très difficile. Il est opéré de la vésicule biliaire en mars. Ses ennuis de santé ont sans aucun doute eu une influence sur le personnage de Scottie Ferguson. Hitchcock fait alors appel à Samuel A. Taylor qui livrera la version définitive du scénario, travaillant à partir des visions du cinéaste.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maxwell_Anderson
(37) Alec Coppel est crédité au scénario de Sueurs froides. Il n’a pourtant écrit aucune ligne de la version finale du script. Samuel A. Taylor n’a travaillé qu’à partir d’indications d’Alfred Hitchcock.

Kim Novak était déjà une star quand elle tourne Sueurs froides. Dès 1954, elle tient le rôle principal de Du plomb pour l’inspecteur (38) de Richard Quine. L’année suivante, elle tourne L’Homme au bras d’or (39) sous la direction d’Otto Preminger et Picnic (40) de Joshua Logan. Elle enchaîne ensuite trois films avec George Sidney : Tu seras un homme, mon fils, Un Seul amour (41) et La Blonde ou la rousse (42). En 1958, elle est prêtée par la Columbia (43) à la Paramount (34) pour les besoins de Sueurs froides. En échange, James Stewart retrouvera Kim Novak la même année dans L’ Adorable voisine (44) de Richard Quine. La comédienne s’est montrée rapidement très intéressée par ce double personnage de femme. Elle identifiait le traitement que Scottie fait subir à Judy à celui qu’un cinéaste utilise avec ses actrices. Elle tournera ensuite notamment Les Liaisons secrètes (45) et L’Inquiétante dame en noir (46) de Richard Quine, Embrasse moi, idiot (47) de Billy Wilder et Le Démon des femmes (48) de Robert Aldrich.
(38) https://fr.wikipedia.org/wiki/Du_plomb_pour_l’inspecteur
(39) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Homme_au_bras_d’or
(40) https://fr.wikipedia.org/wiki/Picnic_(film,_1955)
(41) https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_seul_amour_(film,_1957)
(42) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Blonde_ou_la_Rousse
(43) https://fr.wikipedia.org/wiki/Columbia_Pictures
(44) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Adorable_Voisine
(45) https://fr.wikipedia.org/wiki/Liaisons_secr%C3%A8tes
(46) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Inqui%C3%A9tante_Dame_en_noir
(47) https://fr.wikipedia.org/wiki/Embrasse-moi,_idiot_(film,_1964)
(48) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9mon_des_femmes

Une scène importante de Sueurs froides se déroule au restaurant Ernie’s (49). Si celui-ci existait bien à l’époque à San Francisco, il a été entièrement recréé en studio pour les besoins du film, aussi bien les intérieurs que les extérieurs.
(49) http://moncinemaamoi.over-blog.com/2015/04/vertigo-sueurs-froides-alfred-hitchcock-1958-kim-novak-james-stewart.htm
La tour de la mission San Juan Batista (50) où se rendent à deux reprises James Stewart et Kim Novak dans Sueurs froides ayant été détruites par un incendie au début du siècle, Alfred Hitchcock a dû truquer les images du bâtiment pour les besoins de son film.
(50) http://voyages.michelin.fr/node/25951

Sueurs froides, tout comme La Corde (31), Fenêtre sur cour (32), Mais qui a tué Harry ? (35) et L’Homme qui en savait trop (33), était invisible pendant plusieurs décennies après sa sortie. Les droits appartenaient à sa fille qui ne les exploitait pas. Ces longs métrages ont été redécouverts au milieu des années 1980 en salles. Sueurs froides a ensuite été restauré en son format original 70mm VistaVision (21) en 1996.

Alfred Hitchcock a attaché une très grande importance aux choix de couleurs dans Sueurs froides. Le gris des vêtements de Madeleine expriment son étrangeté, le réalisateur ayant estimé qu’une blonde portait rarement ce type de choses. Son écharpe noire sert également de contraste à sa veste blanche. Dans un autre registre, tous les emplois de couleur verte, la préférée du cinéaste, rattachent les personnages au passé.

Barbara Bel Geddes qui joue dans Sueurs froides Midge, l’amie de Scottie, n’en était pas à son premier rôle. Elle avait notamment joué avant dans Ciel rouge (51) de Robert Wise avec Robert Mitchum et Panique dans la rue (52) d’Elia Kazan. En 1955, elle fait plusieurs apparitions à la télévision dans la série Alfred Hitchcock presents (53). Elle connaîtra à la fin des années 70 un grand succès populaire en interprétant Ellie Ewing dans la série Dallas (54).
(51) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ciel_rouge
(52) https://fr.wikipedia.org/wiki/Panique_dans_la_rue
(53) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Hitchcock_pr%C3%A9sente_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e,_1955)
(54) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dallas_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9e,_1978)

Une scène finale supplémentaire a été tournée pour répondre aux exigences de certains pays européens dans lesquels aucune mauvaise action ne doit rester impunie. Une voix à la radio annonçait que Gavin Elster était sur le point d’être extradé vers les Usa. Scottie rentrait ensuite chez Midge où il contemplait l’horizon à travers la fenêtre.
Si Herrmann a composé la musique de Sueurs froides, à cause de problèmes légaux liés aux restrictions de certains syndicats il n’a pas pu dirigé lui-même les orchestres. Les séances d’enregistrement pour le film ont eu lieu à Londres et à Vienne.

Le générique de Sueurs froides a été réalisé par Saul Bass (55) qui travaille ici pour la première fois avec Alfred Hitchcock. Il collabore par la suite deux nouvelles fois avec le réalisateur sur La Mort aux trousses (56) et Psychose (57). Saul Bass qui a crée le générique une fois le tournage terminé met en avant ici le motif de la spirale qui travaille tout Sueurs froides.
(55) https://fr.wikipedia.org/wiki/Saul_Bass
(56) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mort_aux_trousses
(57) http://www.citebd.org/spip.php?film1783

Sueurs froides a été reçu très timidement par les critiques américains de l’époque. Si le public n’a pas suivi en masse, les recettes du film ont dépassées le budget. Sueurs froides a coûté 2,5 millions $ et en a rapporté 7 millions au final. Le film est aujourd’hui considéré comme un des plus importants de la carrière du cinéaste.
Sueurs froides n’a reçu que deux nominations à l’Oscar sans remporter de prix.

Tom Helmore qui joue ici Galvin Elster, l’ami de Scottie qui l’engage pour surveiller sa femme, avait déjà été dirigé par Alfred Hitchcock. Sans considérer sa participation à plusieurs épisodes de la série Alfred Hitchcock presents (53), il tenait déjà un rôle secondaire de colonel dans Quatre de l’espionnage (58). Son nom n’était alors pas crédité au générique. Everett Sloane (59) était initialement prévu pour tenir le rôle de Galvin Elster.
(58) https://fr.wikipedia.org/wiki/Quatre_de_l’espionnage
(59) https://fr.wikipedia.org/wiki/Everett_Sloane

Alfred Hitchcock souhaitait originellement que Vera Miles, qu’il venait de diriger dans Le Faux coupable (36), tienne le rôle principal féminin de Sueurs froides. La comédienne étant tombé enceinte, le cinéaste doit se résoudre à engager Kim Novak. Après le tournage, Hitchcock a déclaré que ce changement de casting lui a fait perdre tout intérêt pour le personnage et le film en lui-même. Les relations entre le réalisateur et son actrice n’avaient pas été au mieux pendant le tournage (60). Kim Novak questionnait les choix des vêtements pour son personnage et était un peu désorientée par le manque de directives du cinéaste. Elle expliquait ainsi récemment au journal Le Monde (61) sa mésentente avec son réalisateur : Hitchcock espérait retrouver en moi une blonde à la Grace Kelly, ce qui n’était pas le cas, tout en croyant qu’il arriverait à changer ma nature. Du coup, on retrouve cette résistance à l’écran.
(60) lors de ses entretiens avec Hitchcock, Truffaut déclarait : je vous assure que tous les gens qui admirent Vertigo aiment Kim Novak dans le film. On ne voit pas tous les jours une actrice américaine aussi chamelle sur un écran. Quand on la retrouve dans la rue, en Judy, avec sa chevelure rousse, elle est très animale par son maquillage et probablement aussi parce que sous son chandail elle ne portait pas de soutien-gorge... Ce à quoi Hitchcock avait répondu : effectivement, elle n’en porte pas, et du reste elle s’en vante constamment.
(61) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Monde

Les titres de travail de Sueurs froides étaient Illicit darkening, Listen duckling et Among the dead (traduction littérale du titre du livre de Pierre Boileau et Thomas Narcejac). Alfred Hitchcock a insisté auprès des producteurs pour imposer Vertigo contre l’avis de ses producteurs qui lui préféraient Behind the mask, Carlotta, Dream without ending, My Madeleine, Steps on the stairs ou Two kinds of women. Samuel A. Taylor avait lui proposé To lay a ghost.

Sueurs froides a inspiré de nombreux cinéastes qui ne cessent de s’y référer dans leurs œuvres. Brian De Palma a écrit avec Paul Schrader une variation autour du film d’Alfred Hitchcock avec Obsession (62). Cliff Robertson y est attiré par deux femmes aux similitudes étranges. Pulsions retravaille la scène de filature dans un musée. Dans Body double (63), le réalisateur reprend l’idée d’un héros diminué. Il est lui aussi attiré par la sosie de celle qu’il a perdu. Femme fatale (64) toujours de Brian de Palma joue à nouveau avec une femme à l’identité double.
Cette thématique se retrouve dans d’autres longs métrages comme Mulholland drive (65) et surtout Lost highway de David Lynch (14). Dans ce dernier film, un homme aux multiples personnalités est tour à tour piégé par la même femme, une fois brune, une fois blonde.
Dans Le Syndrome de Stendhal (66) de Dario Argento, certains plans de la jeune femme dans le musée rappellent Sueurs froides.
Suzhou river (67) du cinéaste chinois Lou Ye est lui aussi une réadaptation du long métrage d’Alfred Hitchcock.
(62) https://fr.wikipedia.org/wiki/Obsession_(film,_1976)
(63) https://fr.wikipedia.org/wiki/Body_Double
(64) https://fr.wikipedia.org/wiki/Femme_fatale_(film,_2002)
(65) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mulholland_Drive_(film)
(66) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Syndrome_de_Stendhal
(67) https://fr.wikipedia.org/wiki/Suzhou_River

Le film comporte deux parties. La première partie se termine après la mort de Madeleine, sa chute simulée depuis le haut du clocher et la longue dépression de Scottie. La seconde commence lorsque Scottie croit voir Madeleine en chaque femme. Ce sera le cas pour Judy qu’il croise dans la rue et à laquelle il demande un rendez-vous. Le flash-back qui révèle au spectateur l’identité de Judy marque la césure entre les deux parties. A la fin de celui-ci, le spectateur en sait plus que Scottie, le personnage principal. C’est la définition que donne Hitchcock au suspens qui se différentie ainsi de la surprise. Le spectateur ne se pose en effet alors plus qu’une question : quand est-ce que Scottie va comprendre ce que lui sait déjà ?
La révélation vendra avec le fameux bijou gardé par Judy,malheureusement pour elle. Ce bijou devient l’une des quelques icônes majeures du cinéma d’Hitchcock avec le verre de lait de Soupçons (68) ou le briquet de L’Inconnu du Nord express (27). Ce découpage en deux parties est aussi caractéristique de la place qu’occupe le film dans la filmographie d’Hitchcock. A partir de 1948, Hitchcock passe à la couleur et surtout devient son propre producteur en collaboration avec les principaux studios hollywoodiens. Treize films marquent cette période classique de La Corde (31) à La Mort aux trousses (56) en 1959. Suivent ensuite, de 1960 à 1975, sept films baroques, de Psychose (57) à Complot de famille (69). Hitchcock accentue la nature irrémédiablement mauvaise des méchants. Leurs actes criminels ne s’expliquent pas par des raisons psychologiques mais par des névroses plus profondément enfouies.
Vertigo, réalisé en 1958 appartient à la période classique par sa première partie et à la période baroque par sa seconde. La première partie combine des ingrédients de films de genre : le film policier (filature), fantastique (l’appel d’une morte), d’amour (la constitution d’un couple). Dans la seconde Scottie s’abandonne alors à la nécrophilie. Il assume l’idée de faire l’amour avec une morte. Scottie essaie de faire de Judy l’image vivante de Madeleine qu’il a tant aimée. C’est la réincarnation de celle-ci qu’il souhaite avoir sous les yeux lorsqu’il persuade Judy de s’habiller et de se coiffer comme elle, afin de faire l’amour avec l’une en pensant à l’autre. L’expressionnisme de la couleur, la figure de la spirale, la musique donnent néanmoins une grande unité formelle à l’ensemble.
https://www.cineclubdecaen.com/realisat/hitchcock/vertigo.htm
(68) https://fr.wikipedia.org/wiki/Soup%C3%A7ons
(69) https://fr.wikipedia.org/wiki/Complot_de_famille

Tout comme Fenêtre sur cour (32) et L’Homme qui en savait trop (33), Vertigo est une sorte de parabole de la Connaissance. Dans le premier, le photographe tournait le dos au vrai soleil (entendez la vie) et ne voyait que des ombres sur la paroi de la caverne (l’arrière cour). Dans le second, le médecin trop confiant dans la déduction policière ratait aussi son but, là où réussissait l’intuition féminine. Ici, le détective fasciné dès le début par le passé (figuré par le portrait de Carlotta Valdès à laquelle la fausse Madeleine prétend s’identifier) sera continuellement renvoyé d’une apparence à une autre apparence amoureux non d’une femme, mais de l’idée d’une femme. ( ... ) Et c’est parce que la forme est pure, belle, rigoureuse, et étonnamment riche et libre, qu’on peut dire que les films d’Hitchcock, et Vertigo au premier chef, ont pour objets ( .. ) les Idées, au sens noble, platonicien, du terme.
Éric Rohmer in Les Cahiers du cinéma n° 93 (mars 1959).

Dans la scène-clé au cours de laquelle Judy, par son maquillage, devient tout à fait
telle que le souhaite Scottie, Hitchcock la fait apparaître, au sortir de la salle de bains, nimbée de l’étrange lumière verte diffusée par l’enseigne au néon de l’hôtel
où elle habite. Cette couleur façonne d’elle une image transparente et spectrale semblable à celle offerte par Madeleine lorsque Scottie l’avait vue pour la première
fois. Pour cette scène avait été construit spécialement un décor qui, lorsque la caméra opère son travelling de 180° autour des amants, nous permet de voir ce
que James Stewart imagine à ce moment, à savoir l’intérieur de la mission du haut de laquelle Madeleine s’était jetée. Il n’y a ni fondu ni surimpression, aucune astuce photographique qui vienne surcharger l’image, rien que le mouvement souple de la caméra décrivant une courbe harmonieuse.
Le suspense s’accroît quand, Hitchcock nous ayant fait. comprendre que Judy est vraiment Madeleine déguisée, nous attendons que Scottie fasse la même découverte. Pour nous montrer les effets du vertige sur celui-ci, lors des scènes situées dans le clocher, à la fin du film et dans la première partie, Hitchcock procéda par une combinaison de travellings arrière et de zooms avant sur une maquette de l’intérieur de la tour, après avoir écarté la possibilité d’installer une caméra dans
le véritable décor, en raison du coût trop élevé de l’opération. James Stewart incarnait avec beaucoup de conviction son rôle de policier accablé de remords dans ce
film où Kim Novak trouvait l’occasion d’une de ses meilleures interprétations - dont peu la croyait capable.
La bande originale est devenue aujourd’hui une pièce de collection ; en effet, si la musique de Bernard Herrmann s’adapte parfaitement aux images, on peut malgré tout l’écouter seule sans qu’elle perde son intense pouvoir d’émotion.
in Hitchcok de Robert A.Harris & Michaël S. Lasky (ed. Henri Veyrier, 1980)

Alfred Hitchcock
voir fiche du film Le Crime était presque parfait 3D
http://www.citebd.org/spip.php?film1670

Alec Coppel
Né le 17 septembre 1907 à Melbourne, décédé le 22 janvier 1972 à Londres.
Également l’auteur de six romans policiers dont trois titres ont été traduits en France...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alec_Coppel

Samuel A. Taylor
Né le 13 juin 1912 à Chicago, nom de plume de Samuel Albert Tanenbaum, décédé le 26 mai 2000 à Blue hill (Maine).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_A._Taylor

Boileau-Narcejac
Signature commune de Pierre Louis Boileau (Né à Paris le 28 avril 1906, décédé à Beaulieu-sur-Mer le 16 janvier 1989) et Pierre Ayraud (dit Thomas Narcejac, né à Rochefort-sur-mer le 3 juillet 1908, décédé à Nice le 7 juin 1998).
Leur tandem a été prolifique en matière de romans policiers, y compris en continuant (en hommage à Maurice Leblanc) les aventures d’Arsène Lupin...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Boileau-Narcejac

Robert Burks
voir fiche du film Le Crime était presque parfait 3D
http://www.citebd.org/spip.php?film1670

Loyal Griggs
Né Loyal (Allen) Griggs le 15 août 1906 au Michigan, décédé le 6 mai 1978 à Laguna hills (Californie).
contribue à une quarantaine films étatsuniens dont Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Loyal_Griggs

Irmin Roberts
Né le 30 juin 1904 (Californie), décédé le 26 octobre 1978 à Riverside (Californie).
http://www.imdb.com/name/nm0731173/

Bernard Herrmann
voir fiche du film Les Nerfs à vif (1962)
http://www.citebd.org/spip.php?film1655

James Stewart
voir fiche du film L’Homme qui en savait trop
http://www.citebd.org/spip.php?film1714

Kim Novak
Née Marilyn Pauline Novak le 13 février 1933 à Chicago.
D’abord mannequin, elle rencontre le succès grâce à notamment L’Homme au bras d’or et La Blonde ou la rousse...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Kim_Novak

Barbara Bel Geddes
Née le 31 octobre 1922 à New York, décédée le 8 août 2005 à Northeast harbor (Maine).
Paradoxalement, malgré une filmographie non négligeable, elle restera dans la mémoire collective comme la femme de Jock dans la série Dallas...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Bel_Geddes

Tom Helmore
voir fiche du film La Machine à explorer le temps
http://www.citebd.org/spip.php?film1792

Henry Jones
Né Henry Burk Jones le 1er août 1912 à Philadelphie,décédé le 17 mai 1999 à Los Angeles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Jones_(acteur)

Raymond Bailey
Né le 6 mai 1904 à San Francisco, décédé le 15 avril 1980 à Irvine (Californie).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Bailey

Ellen Corby
Née le 3 juin 1911 à Racine (Wisconsin), décédée le 14 avril 1999 à Los Angeles.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ellen_Corby

Konstantin Shayne
Né le 29 novembre 1888 à Kharkiv (Ukraine), décédé le 5 novembre 1974 à Los Angeles.
http://www.imdb.com/name/nm0790164/

Jean Corbett
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_et_Joan_Corbett

Sarah Taft
http://www.imdb.com/name/nm0846448/

Lee Patrick
Née Lee Salome Patrick le 22 novembre 1901 à New York, décédée le 21 novembre 1982 à Laguna beach (Californie).
Elle fait un de ses premiers pas dans le rôle d’Effie Perine, la secrétaire du détective Sam Spade dans Le Faucon maltais de John Huston...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Patrick

extrait(s) de presse

Télérama - "Sueurs froides" se savoure avec amertume, comme un brouet maléfique et génial.
Critikat - Si le réalisateur a souvent fait preuve d’un certain sadisme dans le traitement de ses personnages féminins, il propose ici une réflexion passionnante sur la femme-objet et nous livre une œuvre profondément romantique...
Dvd classik - Film éminemment visuel, tant dans son aspect que dans sa réflexion, "Sueurs froides" est et restera pour toujours un chef-d’oeuvre du cinéma. Tout y est proche de la perfection, et si un seul regret se dégage de notre esprit après avoir vu le film, c’est bien qu’Alfred Hitchcock ne soit plus là aujourd’hui...
àVoir-àLire - Hitchcock réalise la synthèse parfaite de toute son œuvre dans ce film magnifique, beau comme un requiem et qui nous hante longtemps après la projection...
Elle - "Sueurs froides", c’est aussi tout Hitchcock dans un seul film...
Arte - Objet de vénération pour de nombreux cinéphiles et cinéastes, "Sueurs froides" est devenu un titre séminal de l’histoire du cinéma.
Ecran large - Revoir Sueurs froides , c'est se rendre compte du nombre d'informations véhiculé de manière totalement implicite par un découpage d'une virtuosité indécente, prompt à renverser l'empathie du spectateur en un raccord, ou d'éclairer la psyché d'un personnage sous un angle inédit au détour d'un changement de valeur de plans...