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le dernier combat

France - 1983 - 1h32
sorti en France le 6 avril 1983
prix spécial du jury, prix de la critique Avoriaz 1983
copie 35mm
film - film francophone
de

Luc Besson

scénario : Pierre Jolivet, Luc Besson
direction de la photographie : Patrick Camboulive
musique ou chansons : Éric Serra
avec : Pierre Jolivet (l'homme), Jean Bouise (le docteur), Fritz Wepper (le capitaine), Jean Reno (la brute), Christiane Krüger (la copine du capitaine), Maurice Lamy (le nain), Pierre Carrive (un des hommes du capitaine), Jean-Michel Castanié (un des hommes du capitaine), Michel Doset (un des hommes du capitaine), Bernard Havet (un des hommes du capitaine), Marcel Berthomier (un des hommes du capitaine), Petra Müller (la femme en cellule), Garry Jode (un des hommes du capitaine)
séances : semaine du mercredi 30 novembre 2016
mercredi 30 jeudi 1er vendredi 2 samedi 3 dimanche 4 lundi 5 mardi 6
20:30*
séance spéciale :
* séance présentée par Hidden circle dans le cadre du festival "Le Rayon fantastique" en présence de Fawzi, dessinateur de Monster club tome 2 - tarif 3,50 €

synopsis

Après une apocalypse nucléaire, les rares survivants sont en majorité des hommes, les femmes ayant pratiquement disparu. Ils semblent n'avoir qu'une seule obsession : s'entretuer ou asservir leur prochain. Les hommes ne peuvent plus parler, sans que l'origine de ce handicap soit révélée au spectateur. Parmi eux, un homme tente de survivre dans une ville dévastée. Il se réfugie auprès d'un vieux médecin, qui détient une jeune femme dans une pièce de son logement. Ils sont bientôt assiégés par un colosse aux intentions hostiles...

notes de production

Ne pas confondre avec Le Dernier combat (1) de Michael Curtiz (1937).
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_Combat_(film,_1937)

Avec Le Dernier combat, Luc Besson entame sa carrière de réalisateur de longs métrages. Pour l’occasion, il recrute Jean Réno dont il avait fait la connaissance lors de la phase de pré-production des Bidasses aux grandes manœuvres de Raphaël Delpard (2), où Luc Besson était premier assistant. La carrure et la haute stature du comédien impressionnèrent Besson, qui fit logiquement appel à lui pour incarner la Brute de son premier court métrage.
Avant de réaliser son premier long métrage, Luc Besson avait signé L’Avant-dernier (3), un court métrage sur le même sujet. Ce film réunissait déjà Pierre Jolivet et Jean Réno dans les rôles principaux. Eric Serra composa les partitions des deux films.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Bidasses_aux_grandes_man%C5%93uvres
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Avant-dernier

Disposant d’un budget de 600 000 F (15 245 €), Luc Besson réalisa finalement son film pour la somme de 3 289 949 F (501 549 €). Le réalisateur, gérant de sa société de production Les Films du Loup (4), obtint un délai pour payer sa dette et évita ainsi la faillite. Détail cocasse : son banquier n’accorda à Luc Besson qu’un découvert de 2 500 F (375 €) lorsque celui-ci réclama son soutien.
(4) http://rafcart.free.fr/loup.html

Collaborateur de la première heure de Luc Besson, Pierre Jolivet ne se contenta pas jouer dans le film. Il co-signa le scénario du film et participa à la production. Le travail de Besson et Jolivet paracheva celui qu’il avait accompli sur L’Avant-dernier (3). Le rôle tenu par Pierre Jolivet devait initialement être incarné par François Cluzet (5). Mais, engagé sur d’autres projets, dut décliner la proposition de Besson.
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Cluzet

La présence de Jean Bouise a également été déterminante. Alors qu’il était le seul acteur de renom de la distribution, il a accepté de ne toucher qu’un cachet modique pour sa prestation. Besson le dirigera par la suite dans Subway (6), Le Grand bleu (7) et Nikita (8). Jean Bouise mourut peu de temps après la fin du tournage de Nikita (8), et ne vit jamais le film fini.
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Subway_(film)
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Grand_Bleu
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikita_(film)
Luc Besson raconte sa rencontre avec Jean Bouise : pour le personnage du vieux médecin fou, on a pensé à Jean Bouise. J’aimais beaucoup cet acteur, qui correspondait exactement au rôle, mais je ne le connaissais pas... Le problème, c’est qu’il était à l’époque dans l’agence d’acteurs la plus importante de Paris, Artmedia (9), et que son agent nous avait dit qu’il ne voulait pas faire le film... On l’a contacté par un autre biais - un ami qui le connaissait - et là, on a appris que Jean n’était même pas au courant du projet. Il est venu avec Isabelle Sadoyan (10), sa femme, à un rendez-vous fixé dans un café. Je lui ai raconté notre histoire, fait lire le scénario de vingt pages, et il m’a dit oui, avec enthousiasme ! C’était quand même gonflé de sa part ! Longtemps après, il m’a raconté : "c’est vrai, tu étais tout jeune, mais on sentait que tu n’étais pas là pour faire le malin, pour briller, tu étais vraiment là pour ton film, tu y croyais, tu l’avais en toi !..." Bien sûr, à l’époque, je n’avais guère d’arguments, si ce n’est la foi, l’envie, la pêche, mon court métrage et mes vingt pages ! Mais, quelque part, il y avait l’essentiel... Après cette rencontre, c’est Jean Bouise qui s’est battu contre Artmedia (9) pour négocier son cachet, en demandant qu’on n’assomme pas ces jeunes sans le sou avec les exigences habituelles : il a fait ça cent fois dans sa vie. Les gens de la profession ne savent pas combien ils doivent à cet homme-là. Il a aidé, encouragé, épaulé tous ceux qu’il a croisés... C’était un être formidable.
Luc Besson in L’histoire du Dernier combat (éd. Bordas)
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Artmedia
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Sadoyan

Ce premier film français de science-fiction, muet et en noir et blanc fut sélectionné au festival du cinéma fantastique d’Avoriaz en 1983 (11) ce qui ouvrit les portes à Luc Besson de la société Gaumont (12), qui produira son deuxième long métrage, Subway (6), un projet que la firme à la marguerite avait tout d’abord écarté.
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_international_du_film_fantastique_d%27Avoriaz_1983
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaumont

Les scènes qui montrent des ruines ont été tournées à Paris, et plus précisément dans les chantiers qui fleurissent dans la capitale. Le tournage était fonction de l’état d’avancement de ces chantiers. Ainsi, certaines séquences du film furent-elles tournées à l’endroit où fut érigé le siège de Canal + (13), le long de la Seine. La dune du Pilat (14) fut choisie pour tourner le plan sur l’avion. Les autres paysages désertiques du film furent tournées dans le désert tunisien.
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Canal%2B
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dune_du_Pilat

Le Dernier combat a la particularité de ne contenir aucun dialogue, mis à part une scène où Jean Bouise et Pierre Jolivet, ayant inhalé un gaz qui permet brièvement de parler, se disent Bonjour.
Sa sortie occasionne cependant une brouille entre Luc Besson et Pierre Jolivet. Ce dernier, qui a mal vécu que le réalisateur ne l’appelle pas à ses côtés au moment d’accepter le prix à Avoriaz (11), en vient à le soupçonner d’avoir délibérément saboté l’exploitation commerciale du film - dont les résultats au box-office sont décevants - sa théorie étant que Besson était gêné de devoir partager la paternité de son premier long-métrage et souhaitait se concentrer sur Subway (6). Jolivet, qui avait accepté un salaire réduit pour Le Dernier combat en échange d’un intéressement sur les bénéfices, en arrive à porter plainte contre Besson pour non-exploitation du film, avec le soutien du coproducteur Constantin Alexandrov (15) ; il est cependant débouté une première fois, puis à nouveau en appel en 1999, la cour estimant que Besson n’était pas tenu à une obligation de résultat.
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Constantin_Alexandrov

Dédale de ruines instables, de souterrains aveugles, pièges cruels, affrontements ludiques sanctionnés par la mort, et, dans ce tragique d’apocalypse, une sorte de train-train quotidien à base de camping-gaz, de poêles à frire, d’armes bricolées, de poupées gonflables usées sous les assauts amoureux, de repas animés d’un rituel désuet. L’humour naît férocement de cette confrontation entre le drame définitif - la disparition d’une société, d’une civilisation - et les gestes dérisoires des survivants. La mort elle-même a un visage absurde, surtout lorsque l’espoir a pu naître quelque peu d’un début d’entente entre deux hommes provisoirement associés dans leur combat pour la vie. Les miracles venus du ciel - une évasion en ulm, une pluie de poissons - sont illusoires. Sur terre - sur ce qui en reste - la fin est proche, mais, jusqu’au bout, l’homme, à jamais aveugle, continue à obéir à la loi de toute société : conquérir le pouvoir et réduire l’autre à l’état de sujet. Nulle porte de sortie, nul espoir ... Tant de folie au bord de l’abîme ne peut déclencher qu’un rire atroce. C’est ce rire, au plus fort de la cruauté, qui fait la force de ce Dernier combat.
Ses maladresses quelques emballements de caméra, un récit qui vagabonde tout en cherchant un peu artificiellement à se boucler - n’empêchent nullement ce premier film de faire la différence dans le cinéma fantastique.
Les décors choisis par Luc Besson, ses acteurs - et notamment Jean Bouise et Pierre Jolivet, co-auteur du scénario -, la musique d’Erice Serra, et le noir et blanc au
format du cinémascope (16) y sont pour beaucoup.
Jacques Chevallier in La Revue du cinéma n° 382 (avril 1983)
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/CinemaScope

Le noir et blanc se marie au spectacle des ruines ; il en accuse la décrépitude. Il suggère que ce monde où les gaz ont privé les hommes de l’usage de leurs cordes vocales - gageure tenue que de faire un film sans parole sauf en un moment d’intense émotion - ce monde a perdu en même temps ses couleurs ; partant. deux fois la vie. Les personnages se meurent dans le clair-obscur de l’agonie ou de l’enfer.
Le format scope (16), en intérieur comme à l’extérieur. renforce l’impression de vide et de solitude. mais par à-coup : trop de gros plans de visages nous rapprochent des hommes.
La part de description qu’implique le sujet est supérieure à la part de l’action. Une propension à la comédie entache celle-ci. Le maintien, par le médecin. des formes de notre civilisation prend une allure cocasse. qui détonne. De plus, lors du séjour à l’hôpital. le nombre des petits détails sur la vie quotidienne s’accroit ; le réalisme augmente le comique. En ces moments. les tiraillements internes du scénario sont très sensibles.
La violence contrebalance la comédie avec bonheur. Brêve, concise. elliptique au début ou au cours d’une boucherie. elle se développe en un duel au cours duquel Luc Besson se révèle l’un des rares cinéastes français à savoir filmer et monter un affrontement tout physique…
Au regard des qualités, ce sont là défauts mineurs. Le Dernier combat prouve un double talent dans la manière de traiter un sujet de science-fiction et dans la manière, tout court.
Alain Garsault in Positif n° 268 (juin 1983)

Le scénario est peu étoffé, ce qui n’est pas forcément un défaut : Luc Besson évite ainsi le prêche, la moralisation. Tout se réduit à une suite de comportements primaires, d’où l’allégorie n’est pas forcément absente. Le choix du noir et blanc accentue ce dépouillement, cette amnésie de la couleur, ici parallèle à la perte de la parole. Trouver un équilibre interne à ce genre où tout repose sur l’analogie et la métaphore est une chose périlleuse, le cinéaste y réussit presque. Toutefois, on note un curieux mélange entre des séquelles de dramaturgie à la Mad Max (17) et un traitement formel proche de certains films de Garrel (18).
Luc Besson tente de trouver d’autres grilles, d’autres schémas à la conception du film de science-fiction. Et, comme à l’accoutumée, pour ne pas perdre notre contenance devant un objet esthétique encore non identifié, nous jouons au jeu de la reconnaissance, de la référence. Même s’il y a emprunt, l’univers généré pour ce Dernier combat fait preuve d’un louable effort pour renouveler le genre.
Raphaël Bassan in La Saison cinématographique 1983
(17) http://www.citebd.org/spip.php?film1576
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film732

Entretien avec Luc Besson
Croyez-vous en l’avenir d’un cinéma fantastique français ?
Pas du tout ; les réalisateurs et les écrivains sont fermés au fantastique. Le fantastique ne correspond pas aux français. Nous sommes trop ancrés, trop conservateurs, nous avons une civilisation qui existe depuis des siècles et des siècles, à la différence des Américains. Ils n’ont pas de passé, ils ne sont là-bas que depuis deux ou trois siècles. Cette absence de passé les rend plus accessibles à l’avenir. Leur imagination est beaucoup plus ouverte, ils n’ont pas d’attaches. Les vaisseaux spatiaux et tout ça, ils rentrent dedans comme du petit lait. E.T. (19) devient une star sans que cela leur pose de problème. C’est le même comportement que les orphelins, ceux qui n’ont pas de parents ont plus d’ouverture sur les gens ; il s’agit du même principe. La Belle captive (20) n’est même pas du fantastique, c’est du délirium. Pourquoi faire un film comme Le Démon dans l’île (21) ? Je ne comprends pas, car couper des têtes, crever des yeux, etc…, les Américains et les Anglais le font beaucoup mieux depuis 30 ans…. Alors pourquoi se fatiguer ?
http://www.forgottensilver.net/2013/07/08/luc-besson-interview-a-propos-du-dernier-combat-1983/
(19) http://www.citebd.org/spip.php?film1795
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Belle_Captive
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9mon_dans_l%27%C3%AEle

Luc Besson
Né le 18 mars 1959 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Luc_Besson

Pierre Jolivet
Né le 9 octobre 1952 à Saint-Mandé.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Jolivet

Patrick Camboulive
http://www.imdb.com/name/nm0131356/

Éric Serra
Né le 9 septembre 1959 à Saint-Mandé.
Compositeur attitré de la musique des films de Luc Besson depuis le début des années 1980...
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_Serra

Jean Bouise
voir fiche du film Monsieur Klein
http://www.citebd.org/spip.php?film1389

Fritz Wepper
Né le 17 août 1941 à Munich.
Surtout connu pour avoir été Harry Klein dans la série Inspecteur Derrick...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fritz_Wepper

Jean Reno
Né le 30 juillet 1948 à Casablanca.
Découvert par Luc Besson, il est l’un des rares acteurs français à faire une carrière importante aux Usa...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Reno

Christiane Krüger
Née le 8 septembre 1945 à Hambourg.
http://www.imdb.com/name/nm0473218/

Maurice Lamy
Né le 17 novembre 1963 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Lamy

Pierre Carrive
http://www.imdb.com/name/nm0140614/

Jean-Michel Castanié
http://www.imdb.com/name/nm0144477/

Marcel Berthomier
http://www.imdb.com/name/nm0078015/

Petra Müller
http://www.imdb.com/name/nm0618274/

extrait(s) de presse

Voir et manger - Le manque d’argent a poussé Luc Besson à trouver des idées parfois très originales pour mettre en place son univers et son histoire, et l’absence totale de parole en est une, incontestablement...
L'Express - Pour posséder la seule femme qui reste sur Terre, les mâles sont prêts à déclencher "Le Dernier combat"...
àVoir-àLire - Devant cet objet filmique non identifié, quelque part coincé entre un univers commercialement connu et un traitement très intimiste, la critique est globalement positive...