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une aussi longue absence

ciné répertoire
L'inverno ti farà tornare
France, Italie - 1961 - 1h34
sorti en France le 17 mai 1961
Palme d'or (ex-aequo avec "Viridiana" de Luis Buñuel) et prix Louis-Delluc 1961
film - film francophone
de

Henri Colpi

scénario : Henri Colpi, Marguerite Duras, Gérard Jarlot
direction de la photographie : Marcel Weiss
musique ou chansons : Georges Delerue
avec : Alida Valli (Thérèse Langlois), Georges Wilson (le clochard amnésique), Charles Blavette (Fernand), Amédée (Marcel Langlois), Jacques Harden (Pierre, un camionneur), Paul Faivre (le retraité), Catherine Fonteney (Alice Langlois), Diane Lepvrier (Martine), Nane Germon (Simone), Pierre Mirat (l'épicier), Charles Bouillaud (Favier), Georges Bielec (un jeune homme), Pierre Parel (l'agent), Anna Rey (madame Favier), Corrado Guarducci (un ouvrier), Michel Risbourg (un autre jeune homme), Paul Pavel (un ouvrier chez Renault), Pierre Vernet (le "politique")
séances : semaine du mercredi 24 février 2016
mercredi 24 jeudi 25 vendredi 26 samedi 27 dimanche 28 lundi 29 mardi 1er
18:30*
séance spéciale :
* L'Agence pour le développement régional du cinéma (Adrc) et l'Association française des cinémas d'Art et d'Essai (Afcae) s'associent à la 4ème édition du festival "Toute la mémoire du monde" organisé par la Cinémathèque française, pour proposer, à partir du 3 février et jusqu'au 8 mars 2016, un « hors-les-murs » dans plus de 20 cinémas Art et Essai en Île-de-France et en régions. http://www.cinematheque.fr/cycle/toute-la-memoire-du-monde-4eme-festival-international-du-film-restaure-268.html.

synopsis

En banlieue parisienne, la patronne d'un bistrot est intriguée par un clochard qui passe tous les jours devant son établissement. Frappée par sa ressemblance avec son mari déporté quinze ans plus tôt, elle se met à le suivre et de nombreux indices la persuadent que c'est bien son époux. Patiemment, elle cherche à apprivoiser cet homme sans mémoire...

notes de production

Palme d’or à Cannes en 1961 (1) (ex-æquo avec Viridiana de Luis Buñuel) (2), vu par un peu plus de 750 000 spectateurs français lors de sa sortie en salles, Une aussi longue absence fait pourtant partie de ces films injustement tombés dans l’oubli. Très rarement diffusé à la télévision, le film est pourtant l’œuvre de deux grands noms : le réalisateur Henri Colpi, célébré pour son travail de monteur aux côtés d’Alain Resnais sur Hiroshima mon amour (3) et L’Année dernière à Marienbad (4), et l’écrivaine Marguerite Duras, alors nouvelle coqueluche d’un cinéma français chamboulé par l’arrivée en fanfare de la Nouvelle vague (5). C’est d’ailleurs à ce courant que ce chef d’œuvre fut opposé par quelques critiques de l’époque, certains de voir dans l’attention d’orfèvre que Colpi portait pour son cadre et sa photographie les symptômes persistants d’une qualité française déconnectée de son époque. Pourtant, dans le sillage du cinéma de Resnais qui cherchait à exhumer les traumatismes d’après-guerre dans un objectif de responsabilisation de ses contemporains sans pour autant tomber dans la leçon de morale, Une aussi longue absence est sans conteste un film de son temps, nourri des enjeux sociaux et politiques de 1960. Après un plan large sur les champs de région parisienne au bout desquels poussent les premiers grands ensembles, la caméra de Colpi déambule silencieusement dans les rues d’un quartier populaire d’une ville de la banlieue ouest dont l’activité semble rythmée par le travail et les vacances d’août qui débutent. Mais sur cet instantané des Trente glorieuses (6) planent pourtant d’autres ombres : la guerre d’Algérie (7) qui fait dire à l’un des personnages que la France n’a jamais connu de période de paix depuis plus de vingt ans, mais surtout le lourd souvenir de l’occupation allemande (8) et son lot de disparus qui ne cessent de hanter les vivants. Pour Thérèse, immigrée italienne et tenancière d’un petit bar, le temps semble s’être arrêté en 1944 lorsque son mari, arrêté puis torturé par la Gestapo (9), fut déporté puis définitivement porté disparu. Seize ans plus tard, elle croit reconnaître en un clochard qui traîne depuis quelques jours dans le quartier l’homme qu’elle a autrefois aimé. Sauf que celui-ci semble avoir tout oublié de sa vie passée…
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_1961
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Viridiana
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hiroshima_mon_amour
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Ann%C3%A9e_derni%C3%A8re_%C3%A0_Marienbad
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_Vague
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Trente_Glorieuses
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27Alg%C3%A9rie
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_de_la_France_par_l%27Allemagne
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Gestapo

Enjeu central à Une aussi longue absence, le recoupement de deux mémoires et de deux subjectivités face à l’horreur de la Seconde guerre mondiale (10) a souvent nourri l’œuvre de Marguerite Duras. Dans son essai autobiographique La Douleur (11), elle se confrontait au retour des camps de Robert Antelme (12), son mari déporté pour raisons politiques, prenant la mesure de tout ce qu’il avait pu endurer en hors-champ tandis qu’elle tombait amoureuse d’un autre homme. Dans Hiroshima mon amour dont elle signa le scénario pour le compte d’Alain Resnais, elle confrontait le regard culpabilisé d’une Française convaincue d’avoir compris le drame d’Hiroshima (13) face à un amant japonais qui ne cessait de lui répondre que tout s’était finalement dérobé à son regard. Pour Thérèse, c’est l’incertitude quant au destin de son mari et l’incommensurable solitude qui s’en est suivie qui l’ont conduite à nourrir l’espoir secret de voir revenir un jour le disparu, sans plus d’explication. Mais cet homme qui se présente à elle et que personne d’autre ne peut reconnaître (pas même sa famille lors d’une scène typiquement durassienne dans sa manière de marteler les noms, les dates et les lieux dans l’espoir vain de faire coïncider le mot et la vérité) lui oppose une impitoyable amnésie dressée comme un mur infranchissable. Bien qu’obstinée au point de contredire les doutes de son entourage, Thérèse ne cherche néanmoins jamais à s’imposer à l’étranger. Elle lui tourne autour, tente de l’apprivoiser, accepte de sortir du temps pour mieux rejoindre le souvenir de son mari. À l’écran, cela se traduit par des choix de réalisation minimalistes où le café et les bords de Seine deviennent le théâtre de ces retrouvailles dont on ne sait jamais si elles sont réelles ou fantasmées, tandis que le monde poursuit sa marche, indifférent aux espoirs de Thérèse. Les scènes s’étirent, charriant avec elles leur lot d’incertitudes et d’inexactitudes (une identité impossible à confirmer, une description mise à l’épreuve du temps passé), au point de faire de la femme notre seul point d’entrée dans le film. Et pourtant, c’est avec fébrilité qu’elle se confronte au fantôme de son mari : il est passé, j’ai eu peur dit-elle d’ailleurs la première fois qu’elle le voit, seule capable de construire un pont avec ce passé que tout le monde avait oublié ou voudrait désormais occulter.
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Douleur
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Antelme
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardements_atomiques_d%27Hiroshima_et_Nagasaki

C’est ce refus de la commodité qui fait toute la beauté d’Une aussi longue absence. À l’image de l’héroïne de Hiroshima mon amour, Thérèse refuse d’être raisonnable et poursuit son obstination. Cela passe par une somme de détails et subterfuges dont la femme use pour tenter de réveiller les souvenirs de l’hypothétique mari et qui se traduisent au montage par des scènes où les deux personnages, souvent séparés par un champ/contrechamp, tentent d’exister dans le même plan : un fromage seulement fabriqué dans le Maine-et-Loire - là où le couple aurait vécu avant la guerre et dont l’époux appréciait le goût unique - ces airs d’opéra que ce dernier aimait et dont il avait appris les paroles, la célèbre chanson Trois petites notes de musique sur laquelle le couple se met à danser dans une tentative désespérée de retrouver une intimité disparue. Comme le spectateur, Thérèse attend le déclic qui permettra aux deux âmes solitaires de recouper leurs souvenirs et de retrouver une mémoire commune. Mais en dépit d’un rebondissement qui donne un éclairage nouveau mais furtif sur le passé du clochard, Une aussi longue absence n’apporte pas de réponse plus claire que celle du délitement du temps. La quête est vaine, le temps perdu impossible à rattraper : bien que pleine d’empathie envers ces deux accidentés de l’histoire, la mise en scène de Colpi n’occulte jamais le fait que c’est la force de conviction de Thérèse, admirablement interprété par Alida Valli, qui demeure la principale force pour conduire le récit.
Récompensé à Cannes et par le prestigieux prix Louis-Delluc, le film aurait pu marquer le début d’une fructueuse carrière pour Henri Colpi. Seulement, celle-ci ne comprendra que quatre longs-métrages de cinéma jusqu’en 1970, ce qui pourrait expliquer pourquoi le film n’est pas passé à la postérité qu’il méritait.
On ne peut que remercier les Archives du Film pour la Société cinématographique Lyre d’avoir mené à bien cette restauration.
http://www.critikat.com/actualite-cine/critique/une-aussi-longue-absence.html
Trois petites notes de musique (14), paroles d’Henri Colpi et musique de Georges Delerue, interprétée par Cora Vaucaire. Elle a été reprise par Juliette Gréco (15) et Yves Montand (16).
(14) http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-mort-de-cora-vaucaire-et-trois-101151
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Juliette_Gr%C3%A9co
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Montand

Henri Colpi
Né le 15 juillet 1921 à Brigue (Suisse) et décédé le 14 janvier 2006 à Menton.
Ami proche de Georges Brassens, il a collaboré comme monteur notamment avec Charles Chaplin, Alain Resnais et Henri-Georges Clouzot...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Colpi

Marguerite Duras
Née Marguerite Germaine Marie Donnadieu le 4 avril 1914 à Gia Định (près de Saïgon, alors Indochine française), décédée le 3 mars 1996 à Paris.
Auteur important de la seconde moitié du XXe siècle, quelles que soient les critiques qui aient pu être adressées à ses œuvres...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marguerite_Duras

Gérard Jarlot
https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Jarlot

Marcel Weiss
Né le 27 juillet 1912 à Paris, décédé le 22 octobre 2009 à Saint-Lubin-des-Joncherets (Eure-et-Loir).
Collabore en particulier avec Jean-Pierre Mocky sur onze de ses films...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Weiss

Georges Delerue
voir fiche du film Sanglantes confessions
http://www.citebd.org/spip.php?film634

Alida Valli
Née Alida Maria Laura Altenburger von Marckenstein, le 31 mai 1921 à Pola (Croatie) et décédée le 22 avril 2006 à Rome.
Merveilleusement belle et douée, la fiancée de l’Italie sera inoubliable dans Le Procès Paradine de Hitchcock...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alida_Valli

Georges Wilson
Né Georges Willson le 6 octobre 1921 à Champigny-sur-Marne et décédé à Rambouillet le 3 février 2010.
Successeur de Jean Vilar à la direction du Tnp, il est aussi le père de l’acteur Lambert Wilson...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Wilson

Charles Blavette
Né le 24 juin 1902 à Marseille et décédé le 21 novembre 1967 à Suresnes.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Blavette

Amédée
Né Philippe de Chérisey le 13 février 1923 à Paris où il est décédé le 17 juillet 1985.
Comme humoriste à la radio et/ou comme écrivain, il s’est illustré dans la création de faux documents et dans l’élaboration d’un canular concernant l’histoire des Templiers...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Ch%C3%A9risey

Jacques Harden
Né Jacques, Marie Elie Hérisson le 8 août 1925 à Paris où il est décédé le 20 mars 1992.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Harden

Paul Faivre
Né Paul Henri Faivre le 3 mars 1886 à Belfort, et décédé le 5 mars 1973 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Faivre

Catherine Fonteney
Née Marie Alexandrine Catherine Fontaine le 23 juin 1879 à Paris et décédée le 29 avril 1966 à Dijon.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_Fonteney

Diane Lepvrier
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diane_Lepvrier

Nane Germon
voir fiche du film La Belle et la bête
http://www.citebd.org/spip.php?film441

Pierre Mirat
Né à Montauban le 12 février 1924 et décédé à Couilly-Pont-aux-Dames (Seine-et-Marne) le 16 juillet 2008.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Mirat

Charles Bouillaud
Né à Nointot le 11 mai 1904 et décédé à Paris le 12 juin 1965.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Bouillaud

Georges Bielec
http://elvifrance.fr/Logos/HistEF/Hist-EF.htm

Pierre Parel
http://www.imdb.com/name/nm0661245/

Corrado Guarducci
https://fr.wikipedia.org/wiki/Corrado_Guarducci

Michel Risbourg
http://www.imdb.com/name/nm0728202/

Paul Pavel
Né Paul Kriatchko à Paris le 17 juillet 1920, et décédé en novembre 2012 dans le Gard.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Pavel

extrait(s) de presse

Télérama - Déchirante réflexion sur le doute et sur l'espoir obstiné d'une femme, au-delà de la logique, à la frontière de la déraison...
Critikat - Une aussi longue absence est sans conteste un film de son temps, nourri des enjeux sociaux et politiques de 1960...
àVoir-àLire - La beauté du cadre, l’utilisation du cinémascope, l’intelligence du montage composent une méditation sur la mémoire inoubliable, mais aussi une belle leçon de vie : à travers le personnage de Thérèse, Duras et Colpi nous parlent de l’espoir fou, de la passion qui transfigure le quotidien et lui donne son sens...
Dvdtoile - Un film atypique dans le paysage cinématographique français de 1961, ni vraiment typique de la qualité française, ni vraiment typique de la nouvelle vague. Un film inclassable primé, admiré, oublié avant de renaître à présent...
Jeune cinéma - "Une aussi longue absence" portait une casserole, celle d’avoir été choisi par le ministère de la Culture - c’était encore l’époque où les sélections cannoises étaient, pour chaque pays, gouvernementales -, alors que "Hiroshima..." avait été écarté par le même ministre (mais présenté hors compétition)...