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chant d’hiver

France, Géorgie - 2015 - 1h57
sorti en France le 25 novembre 2015
film - film francophone
de

Otar Iosseliani

scénario : Otar Iosseliani
direction de la photographie : Julie Grünebaum
musique ou chansons : Nicolas Zourabichvili
avec : Rufus (concierge), Amiran Amiranashvili (anthropologue), Mathias Jung (préfet), Enrico Ghezzi (baron), Altinaï Petrovitch-Njegosh, Sarah Brannens, Samantha Mialet, Fiona Monbet, Claudine Acs, Josef Roumanet-Monbellet, Fanie Zanini, Pierre Etaix, Tony Gatlif, Milé Stevic, Baptiste Blanchet, François Pain-Douzenel, Manuela Dalle, Hans Peter Cloos, Katja Rupé, Muriel Motte, Martine Marignac
séances : semaine du mercredi 6 janvier 2016
mercredi 6 jeudi 7 vendredi 8 samedi 9 dimanche 10 lundi 11 mardi 12
11:00*
18:30
séance spéciale :
* matinale 3,50 €
séances : semaine du mercredi 13 janvier 2016
mercredi 13 jeudi 14 vendredi 15 samedi 16 dimanche 17 lundi 18 mardi 19
21:00
16:15*
séance spéciale :
* dernière séance

synopsis

Certaines ressemblances sont troublantes. Ainsi celle de ce vicomte guillotiné, pipe au bec, pendant la terreur, d'un aumônier militaire au torse tatoué comme un truand et baptisant à la chaîne des militaires, pilleurs et violeurs, avec un clochard parisien réduit à l'état de planche par un rouleau compresseur et finalement d'un concierge lettré - mais aussi trafiquant d'armes - d'un gros immeuble. Presque tous les personnages du film se croisent dans cet immeuble, sauf bien sûr les sans-abri que les flics transbahutent d'un lieu à l'autre sans ménagement. Et pourtant au milieu de tout ce chaos, il y a des espaces de rêve, des histoires d'amour, de solides amitiés qui peut-être nous permettent d'espérer que demain sera mieux qu'aujourd'hui...

notes de production

Chant d’hiver s’ouvre avec une scène en costumes qui reconstitue une décapitation à la guillotine pendant la Révolution française (1). Ce qui peut faire penser qu’il s’agit d’une fiction historique. Or, ça n’est pas du tout le cas comme l’explique Otar Iosseliani : il s’agit tout simplement de créer un passé à un de mes personnages principaux qu’on retrouvera ultérieurement curé dans un régiment militaire, chevalier d’un ordre occulte très important, ami avec des bourreaux ou rescapé d’on ne sait trop quel massacre. On a tous en nous ce genre d’ascendance qui doit mêler la gloire et la crapulerie, l’héroïsme le plus fou et la lâcheté la plus noire. Évidemment on préfère se souvenir du meilleur : une victime c’est sympathique, un bourreau ce n’est pas très plaisant et guère fréquentable.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise

C’est ce même genre de paradoxe qui se retrouve dans le film lorsque l’histoire se déroule dans la Géorgie (2) contemporaine où la guerre entre ce pays et la Russie fait rage. Otar Iosseliani note à ce sujet : cette autochtonie est pour ainsi dire anecdotique. Car ce n’est pas la guerre en particulier, celle qui par exemple a opposé les Géorgiens aux Russes, mais la guerre en général, la guerre comme parabole, la guerre éternelle, infatigable, increvable si j’ose dire, pendant laquelle se succèdent fatalement des épisodes épouvantables : meurtres, pillage, viols. Qu’est-ce qu’ils volent mes soldats minables ? Justement des choses qui leur ressemblent, des objets misérables : des matelas, des tapis, des pots de chambre, des jouets d’enfants. Pour moi le pillage, le viol, sont toujours la quintessence de ce phénomène indestructible qu’on nomme la guerre.
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9orgie_%28pays%29

Après la Révolution française et la guerre, le film change de cadre pour se situer à Paris. C’est un nouvel épisode ou plus exactement une troisième époque à la manière d’un de ces feuilletons du XIXème siècle : un "nouveau mystère de Paris" (3). C’est une façon de poursuivre la narration en la faisant rebondir, mais aussi une manière de dire et de filmer la même chose : le paradoxe, l’ambigüité, la dualité de toute chose et de toute personne. Ce serait tellement triste si on n’était qu’une seule chose à la fois. Toutes ces histoires d’identité obligatoire, d’appartenance à telle ou telle communauté, de racine, d’origine, dont on nous accable de toute part, explique le réalisateur.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nouveaux_Myst%C3%A8res_de_Paris

Le personnage principal est un ex-aristocrate devenu, entre autres, concierge à Paris, mais qui est aussi un lettré qui collectionne les vieux livres rares qu’il échange contre des armes. Un tel personnage peut paraître loufoque mais Otar Iosseliani ne le voit pas comme cela : j’ai connu des types de ce genre. Ce qui peut mieux qualifier ce personnage c’est le terme d’hypostasie, un mot très ancien qui nous vient du grec en passant par le latin. Dans la religion chrétienne, cela désigne la fameuse Trinité où Dieu est la fois, le père, le fils et le Saint Esprit. Mon bonhomme est un cas d’ultra hypostasie, il est au minimum cinq choses à la fois. Je filme aussi la descendante d’une des tricoteuses de la Révolution, autre cas d’hypostasie.

Le personnage du voisin et meilleur ami-ennemi du concierge qui collectionne les crânes est une idée qui est venue à Otar Iosseliani alors qu’il était à Moscou et qu’un journaliste l’avait reçu dans son bureau. Sur ce dernier était posé un crâne... dans lequel il écrasait ses cigarettes ! : j’ai réussi à le convaincre que nous allions enterrer ce crâne dans un terrain à côté de chez lui. Il l’a fait en grinçant des dents mais finalement pour lui c’était un grand soulagement. Voilà d’où me viennent quelques-unes des histoires que je raconte. On devrait toujours filmer en pensant à autre chose, en regardant ailleurs.

Compte tenu de l’aspect étrange du film, on peut penser qu’il n’a pas été très organisé à l’avance. Mais c’est en fait tout le contraire puisque Otar Iosseliani confie que chaque plan et chaque détail est auparavant dessiné sur un storyboard (4) sur lequel le cinéaste se tient scrupuleusement pendant le tournage : ce qui fait qu’aucun plan ne se répète deux fois. La seule chose que j’évite, c’est l’arsenal lourdingue du gros plan ou des champs/contre champs. Ça ne sert à rien sinon à expliquer ce que le spectateur est assez futé pour avoir deviné tout seul.
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Storyboard

Otar Iosseliani cite comme références plusieurs metteurs en scène incontournables comme René Clair (5), Jean Vigo (6), Vittorio De Sica (7), Federico Fellini (8), Jean Renoir (9), Jacques Tati (10), Buster Keaton (11)... : tous emploient une méthode qui consiste à raconter une myriade d’histoires comme on tisse un tapis fait de mille fils entrelacés. Mon film, je l’espère, est comme un tableau sur le phénomène diffracté de la vie. (...) Chant d’hiver est une comédie mais une comédie humaine où le propos est parfois tellement sérieux qu’on ne peut pas le filmer sérieusement. Tel le fameux Diogène (12), je cherche l’homme en plein jour avec une lanterne à la main.
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Clair
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Vigo
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Vittorio_De_Sica
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Federico_Fellini
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Renoir
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film54
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Buster_Keaton
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Diog%C3%A8ne_de_Sinope

Dans Chant d’hiver, les clochards occupent cette place de regardants critiques. Otar Iosseliani nous en dit plus sur le rapport qu’il a avec eux et qui incarnent selon lui une vieille tradition parisienne de gavroches à la langue bien pendue : quand je suis arrivé à Paris au début des années 80, j’ai tout de suite eu beaucoup de sympathie pour les clodos plus ou moins volontaires qui trainaient du côté de la rue Mouffetard (13) et de la Montagne Sainte Geneviève (14). En 1984, j’en ai embauché quelques-uns pour Les Favoris de la lune (15), mon premier film en France. Le jour de l’avant-première, on avait affrété un minibus pour les emmener voir le film. Pendant la projection, ils n’arrêtaient pas de se lever pour aller aux toilettes. Et à la fin du film, l’un d’entre deux, un certain Ringo, vient me voir et me dit : « Tu as vu, on a beaucoup aimé, personne n’a pissé par terre. » Quelle délicatesse ! Dans le fond, le message de mon film est très clair : vive l’amitié mais pas avec n’importe qui. Parfois je me sens comme un chien qui dort sur un tas de foin. Dès qu’une vache s’approche du tas de foin, le chien se réveille et aboie. Pourtant les chiens ne mangent pas de foin.
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_Mouffetard
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Montagne_Sainte-Genevi%C3%A8ve
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Favoris_de_la_lune

Chant d’hiver est le titre d’une vieille chanson géorgienne qui dit C’est l’hiver, ça va mal, les fleurs sont fanées, mais rien ne nous empêchera de chanter. On peut donc aussi chanter Chant d’hiver en été.

Entretien avec Otar Iosseliani
Vous ouvrez votre film par une scène en costumes qui reconstitue une décapitation à la guillotine pendant la Révolution française. Nous autres spectateurs, on imagine que vous vous aventurez dans la fiction historique. Or pas du tout.
C’est un prologue mais qui n’est pas pour autant un égarement même si j’ai un certain goût
pour les labyrinthes. Il s’agit tout simplement de créer un passé à un de mes personnages principaux qu’on retrouvera ultérieurement curé dans un régiment militaire, chevalier d’un ordre occulte très important, ami avec des bourreaux ou rescapé d’on ne sait trop quel massacre. On a tous en nous ce genre d’ascendance qui doit mêler la gloire et la crapulerie, l’héroïsme le plus fou et la lâcheté la plus noire. Évidemment on préfère se souvenir du meilleur : une victime c’est sympathique, un bourreau ce n’est pas très plaisant et guère fréquentable. Dans cette scène d’ouverture où figure une exécution à la guillotine, le contrepoint ce sont ces femmes qu’on appelait pendant la Révolution française les tricoteuses (16), parce qu’elles venaient assister aux exécutions avec leur ouvrage. C’était une sorte de réunion de jacassières au pied de l’échafaud, quelque chose d’assez atroce où ces dames, spectatrices d’un drôle de spectacle, discutaient des mérites de tel ou tel bourreau, de l’allure des condamnés dont la tête allait être tranchée, le tout avec de fortes insultes. Mais j’ai voulu aussi que dans cette scène une des tricoteuses aille récupérer la tête du guillotiné dans un linge et la serre sur ses genoux comme on bercerait un nouveau-né. C’est ma façon de suggérer que même au cœur de l’horreur, il peut y avoir un soupçon d’étrange humanité...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/chant-d-hiver,344485
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/Tricoteuses

Otar Iosseliani
Né le 2 février 1934 à Tbilissi (Géorgie).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Otar_Iosseliani

Julie Grünebaum
http://www.imdb.com/name/nm1292499/

Nicolas Zourabichvili
Né le 27 octobre 1936 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Zourabichvili

Rufus
Né le 19 décembre 1942 à Riom.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rufus

Amiran Amiranashvili
http://www.imdb.com/name/nm0024971/

Mathias Jung
http://www.imdb.com/name/nm0432568/

Enrico Ghezzi
http://www.imdb.com/name/nm0315712/

Altinaï Petrovitch-Njegosh
http://www.imdb.com/name/nm1277007/

Sarah Brannens
http://www.imdb.com/name/nm4832997/

Samantha Mialet
http://www.imdb.com/name/nm1459478/

Fiona Monbet
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fiona_Monbet

Claudine Acs
http://www.imdb.com/name/nm1641171/

Fanie Zanini
http://www.imdb.com/name/nm4645107/

Pierre Etaix
Né le 23 novembre 1928 à Roanne (Loire).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_%C3%89taix

Tony Gatlif
voir fiche du film Geronimo
http://www.citebd.org/spip.php?film1363

Milé Stevic
http://www.imdb.com/name/nm6523596/

Manuela Dalle
http://www.imdb.com/name/nm0198058/

Hans Peter Cloos
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans-Peter_Cloos

Katja Rupé
http://www.imdb.com/name/nm0750530/

Muriel Motte
http://www.imdb.com/name/nm2306828/

Martine Marignac
http://www.imdb.com/name/nm0547376/

extrait(s) de presse

Positif - Ce chant pour toutes les saisons résonne juste, et si parfois les notes se font stridentes ou inaudibles, c'est pour mieux nous tenir éveillés face à un monde toujours plus indéchiffrable.
Télérama - "Chant d'hiver" emprunte son titre à une chanson géorgienne : « C'est l'hiver, ça va mal, les fleurs sont fanées, mais rien ne nous empêche de chanter. » C'est la morale de ce film léger et fou : si la mélancolie s'y introduit, par inadvertance, elle est aussitôt désamorcée par un gag de dessin animé.
Critikat - Tout sémillant et tout inégal que soit ce "Chant d’hiver", Iosseliani nous rappelle que le cinéma peut être à la fois un lieu d’imagination, un art de la coupe qui est une arme tranchante, un art servant à la circulation des espaces-temps et à la conservation – un théâtre utopique, un théâtre communautaire, un théâtre de la révolution, un théâtre anachronique.
Culturopoing - Le grand cinéaste fait fi des modes, des diktats de la pensée et de la narration. Avec une élégance crane et insurrectionnelle qui galvanise.
Libération - Cette drôlerie, à laquelle on peut être parfois complètement étanche, surtout au regard de la filmographie passée du même Iosseliani et du panthéon qu’il convoque (Tati, Etaix…), va aussi avec une dimension satirique.
Tf1 news - Si on veut bien prendre son temps avec lui (...) son "Chant d'hiver" provoque une douce et agréable euphorie.