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une histoire de fou

France - 2014 - 2h14
sorti en France le 11 novembre 2014
film - film francophone
de

Robert Guédiguian

scénario : Robert Guédiguian, Gilles Taurand
d'après l'oeuvre de : José Antonio Gurriaran
direction de la photographie : Pierre Milon
musique ou chansons : Alexandre Desplat
avec : Simon Abkarian (Hovannes), Ariane Ascaride (Anouch), Grégoire Leprince-Ringuet (Gilles), Syrus Shahidi (Aram), Razane Jammal (Anahit), Robinson Stévenin (Soghomon TehlIrian), Siro Fazilian (Arsinée), Amir Abou El Kacem (Vahé), Rania Mellouli (Nounée), Hrayr Kalemkerian (Vrej), Lola Naymark (Valérie), Serge Avédikian (Arménak)
séances : semaine du mercredi 11 novembre 2015
mercredi 11 jeudi 12 vendredi 13 samedi 14 dimanche 15 lundi 16 mardi 17
14:00
18:30
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séances : semaine du mercredi 18 novembre 2015
mercredi 18 jeudi 19 vendredi 20 samedi 21 dimanche 22 lundi 23 mardi 24
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séances : semaine du mercredi 25 novembre 2015
mercredi 25 jeudi 26 vendredi 27 samedi 28 dimanche 29 lundi 30 mardi 1er
16:00
16:00
16:00
20:30

synopsis

Berlin 1921, Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté dans la rue par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, il témoigne du premier génocide du 20ème siècle tant et si bien que le jury populaire l’acquitte... Soixante ans plus tard, Aram, jeune marseillais d’origine arménienne, fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Un jeune cycliste qui passait là par hasard, Gilles Tessier, est gravement blessé... Aram, en fuite, rejoint l’armée de libération de l’Arménie à Beyrouth, foyer de la révolution internationale dans les années 80. Avec ses camarades, jeunes arméniens du monde entier, il pense qu’il faut recourir à la lutte armée pour que le génocide soit reconnu et que la terre de leurs grands-parents leur soit rendue...

notes de production

A la base, raconter uniquement le génocide arménien (1) qui s’est déroulé il y a cent ans n’intéressait pas Robert Guédiguian plus que ça. Ce qu’il voulait c’était se pencher sur cent ans d’histoire, autrement dit le génocide et ses conséquences, ce qu’il a produit sur plusieurs générations. C’est suite à sa rencontre avec l’écrivain Jose Antonio Gurriaran, à l’occasion de la présentation de son livre La Bombe (2) qui raconte son histoire, que le cinéaste a décidé de faire le film. Le livre se centre sur le parcours d’un jeune journaliste espagnol qui, en 1981 à Madrid, a sauté sur une bombe posée par des militants de l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie :
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien
(2) http://www.editionsthaddee.com/livres_24_la_bombe.html
Il a réchappé de cet attentat à moitié paralysé. Et alors qu’il ne savait absolument rien de la question arménienne, et pour s’en sortir, il va vouloir comprendre. Il se met à travailler sur le génocide et sa négation, il lit, il se renseigne, il se documente… Et au bout de ce processus, convaincu que la cause arménienne est juste, il décide de rencontrer les responsables de l’attentat. Après beaucoup d’échecs, parce que ses différents interlocuteurs ont peur, bien sûr, qu’il soit manipulé par les services secrets turcs ou par Interpol… il reçoit un coup de fil : rendez-vous à Beyrouth (3) tel jour à telle heure. Il s’y rend avec un photographe et passe une journée entière à discuter avec deux dirigeants de l’Asala (4), qui vont ensuite l’emmener dans un camp de la Bekaa (5) où il rencontrera ceux qui ont posé la bombe…
Cette histoire a ainsi donné à Robert Guédiguian un angle pour son film.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Beyrouth
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_secr%C3%A8te_arm%C3%A9nienne_de_lib%C3%A9ration_de_l’Arm%C3%A9nie
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Plaine_de_la_Bekaa

Une Histoire de fou est centré autour du génocide arménien et ses conséquences. De ce fait, il aborde des thèmes faisant écho à l’histoire personnelle de Robert Guédiguian. Cependant, le film vient tard dans sa filmographie du fait de deux raisons : d’abord parce que, pendant longtemps, le cinéaste qui était communiste voyait ces questions liées aux identités importantes mais secondaires. Ensuite parce que cette thématique de l’identité n’est devenue prégnante que depuis les années 1990 et c’est en rapport avec cette évolution que Robert Guédiguian s’est petit à petit senti obligé, en tant qu’Arménien, de la traiter via un film.

Robert Guédiguian explique que le génocide arménien est le plus ancien des génocides et c’est en partie pour cette raison que la mémoire de ces évènements nous est si rarement rappelée : tous les génocides, et celui-ci en fait partie, ont les mêmes caractéristiques : il faut bien déporter les gens, donc les regrouper, les exiler, les mettre dans des camps de concentration, trouver des manières pour les tuer… Mais les génocides ont tous, également, une unicité. Celle du génocide arménien, c’est sa négation (6). Une négation d’Etat, la Turquie, avec toutes les armes d’un État en termes économiques, médiatiques, diplomatiques, commerciaux, juridiques. Un État qui mobilise des moyens énormes pour faire campagne depuis cent ans pour nier le génocide partout et de manière directe, organisée et financée.
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9gation_du_g%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien

C’est par le biais de la fiction que Robert Guédiguian a choisi de traiter ce sujet et non par le documentaire. Le réalisateur a opté pour la fiction parce qu’il dit ne pas maîtriser le genre documentaire même s’il en a produit plusieurs. De plus, la fiction permet d’universaliser le propos auprès des gens. Elle possède ainsi un pouvoir d’impact plus fort (si elle est réussie bien sûr).

Le film a été présenté en Séances spéciales, Hors compétition du Festival de Cannes 2015. Robert Guédiguian est un habitué du festival puisqu’il a été récompensé par le prix Un certain regard (7) pour son film culte Marius et Jeannette (8). Les Neiges du Kilimandjaro (9), L’Armée du crime (10) et Marie-Jo et ses deux amours (11) ont aussi été sélectionnés au célèbre festival.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Un_certain_regard
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marius_et_Jeannette
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film733
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Arm%C3%A9e_du_crime
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Jo_et_ses_deux_amours

Pour conférer à l’ensemble une dimension universelle de l’ordre de la tragédie, Robert Guédiguian ne s’est pas limité à parler du génocide et ses conséquences. Dans cette optique, Une Histoire de fou est également une histoire de famille, de diaspora (12), de culture déracinée sur tout un siècle.
(12) https://fr.wikipedia.org/wiki/Diaspora

Robert Guédiguian a tourné à Marseille (13), en Arménie (14) et à Beyrouth, autrement dit dans des lieux authentiques, le cinéaste cherchant à tout prix à éviter toute reconstitution : je voulais les lieux mais aussi les langues, les accents, les lumières, la morphologie de la ville. Même si, dans un cas comme celui-ci, le piège serait de filmer les décors avant la narration car on a très envie de tout filmer. Mais je me retiens ! Il faut être vigilant et toujours s’en tenir à un principe : mettre le récit au premier plan.
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marseille
(14) https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9nie

La signification du titre est à chercher dans la folie des génocides mais surtout au niveau de l’Histoire des Arméniens au fil du XXe siècle dans tout ce qu’il y a d’admirable et miraculeux par rapport à ce qu’ils sont parvenus à faire.

Une Histoire de fou comporte bien évidemment une visée idéologique pour la reconnaissance du génocide arménien, qui est malheureusement encore trop souvent ignoré dans plusieurs pays, comme en témoignent les propos du cinéaste : je pense qu’il faut continuer l’encerclement diplomatique ! C’est-à-dire la pression sur tous les pays du monde. Beaucoup ne l’ont pas encore reconnu, les Etats-Unis par exemple (à l’exception de la Californie). Parallèlement, il faut continuer la démarche de rapprochement avec la société civile turque. (...) Je pense que peu à peu, grâce notamment à internet, la vérité peut se répandre. J’ai rencontré des intellectuels turcs de ma génération qui, et cela peut paraître incroyable, n’ont jamais entendu parler du génocide avant d’être adultes ! Je crois aussi que la reconnaissance du génocide arménien ferait énormément de bien à la Turquie parce que c’est la mère de tous les tabous. Beaucoup de ce qui ne va pas en Turquie, me semble-t-il, procède de ce déni originel.

Avec Une Histoire de fou, Robert Guédiguian fait une fois de plus tourner sa femme et actrice fétiche Ariane Ascaride dans l’un de ses films. Ils se sont rencontrés dans les années 1970 et en 1980 le réalisateur l’avait fait jouer dans son premier long métrage Dernier été (15). Depuis, Ariane Ascaride a été à l’affiche de la quasi-totalité des films de son époux.
(15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Dernier_%C3%89t%C3%A9_%28film,_1981%29

Plusieurs films se sont déjà centrés sur le génocide arménien : c’est le cas par exemple de The Cut (16) de Fatih Akin, Ararat (17) de Atom Egoyan et bien sûr Le Voyage en Arménie (18) de Robert Guédiguian qui est son premier film à prendre comme sujet central l’Arménie. L’idée du film lui est venue suite à une visite de lui et Ariane Ascaride à Erevan (19) à l’occasion d’une rétrospective qui lui était consacrée. Les Arméniens sur place lui réclamaient un film sur leur pays parce qu’ils avaient besoin d’être visibles, d’exister. Robert Guédiguian n’a lancé son projet qu’après qu’Ariane Ascaride lui ait offert l’idée d’une histoire autour d’un père et de sa fille qui ne s’entendent pas.
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film1385
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ararat_%28film%29
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Voyage_en_Arm%C3%A9nie
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Erevan

Entretien avec Robert Guédiguian
Pourquoi la mémoire de ces événements nous est-elle si rarement rappelée, quand elle n’est pas purement et simplement niée ?
C’est le plus ancien des génocides, ce qui explique en partie ce phénomène. Rappelons-nous que le mot génocide n’existait pas à l’époque des faits. On parlait alors d’exterminations de masse, avant que la notion de “crime contre l’humanité” n’apparaisse à la fin de la Première Guerre (20).
 Le concept de génocide a été créé par Raphaël Lemkin (21) au sortir de la Deuxième Guerre mondiale (22). En tant qu’avocat stagiaire, Lemkin était au procès de Soghomon Tehlirian (23), meurtrier à Berlin en 1921 de Talaat Pacha (24), l’un des responsables du génocide, dont on parle dans le film. Et il avait médité cette question, comme d’autres de cette génération, à l’exemple de Jaurès (25) ou de Gramsci (26)...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/une-histoire-de-fou,326108
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/Raphael_Lemkin
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_Guerre_mondiale
(23) https://fr.wikipedia.org/wiki/Soghomon_Tehlirian
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/Talaat_Pacha
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Jaur%C3%A8s
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/Antonio_Gramsci

Robert Guédiguian
voir fiche du film Au fil d’Ariane
http://www.citebd.org/spip.php?film1265

Gilles Taurand
voir fiche du film L’Enfant d’en haut
http://www.citebd.org/spip.php?film844

José Antonio Gurriaran
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_Antonio_Gurriar%C3%A1n

Pierre Milon
voir fiche du film Au fil d’Ariane
http://www.citebd.org/spip.php?film1265
http://www.imdb.com/name/nm0590471/

Alexandre Desplat
voir fiche du film The Grand Budapest hotel
http://www.citebd.org/spip.php?film1229

Simon Abkarian
voir fiche du film The Cut
http://www.citebd.org/spip.php?film1385

Ariane Ascaride
voir fiche du film Au fil d’Ariane
http://www.citebd.org/spip.php?film1265

Grégoire Leprince-Ringuet
voir fiche du film Les Neiges du Kilimandjaro
http://www.citebd.org/spip.php?film733

Syrus Shahidi
http://www.agencesimpson.fr/spip.php?article325

Razane Jammal
http://www.imdb.com/name/nm3943919/

Robinson Stévenin
voir fiche du film Le Secret de l’enfant fourmi
http://www.citebd.org/spip.php?film823

Amir Abou El Kacem
http://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/402075-amir-el-kacem.html

Rania Mellouli
http://www.imdb.com/name/nm5362815/

Lola Naymark
voir fiche du film Casanova variations
http://www.citebd.org/spip.php?film1356

Serge Avédikian
voir fiche du film Le Scandale Paradjanov ou la vie tumultueuse d’un artiste soviétique
http://www.citebd.org/spip.php?film1401