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le convoi de la peur (director’s cut)

ciné répertoire
Sorcerer
Usa - 1977 - 2h01
sorti en France le 15 novembre 1978
interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France en 1978
film - version originale sous-titrée en français
de

William Friedkin

scénario : Walon Green
d'après l'oeuvre de : Georges Arnaud
direction de la photographie : Dick Bush, John M. Stephens
musique ou chansons : Michel Colombier, Tangerine Dream
avec : Roy Scheider (Jackie Scanlon / Juan Dominguez), Bruno Cremer (Victor Manzon / Serrano), Francisco Rabal (Nilo), Amidou (Kassem / Martinez), Ramon Bieri (Charles Corlette), Peter Capell (Lartigue), Karl John (Marquez), Friedrich von Ledebur (Carlos), Chico Martínez (Bobby Del Rios), Joe Spinell (Spider), Rosario Almontes (Agrippa), Richard Holley (Billy White), Anne-Marie Deschodt (Blanche, épouse de Manzon), Jean-Luc Bideau (Pascal), Jacques François (Lefèvre), André Falcon (Guillot), Gerard Murphy (Donnelly), Desmond Crofton (Boyle), Henry Diamond (Murray), Ray Dittrich (Ben), Cosmo Allegretti (Carlo Ricci), Frank Gio (Marty), Randy Jurgensen (Vinnie)
séances : semaine du mercredi 28 octobre 2015
mercredi 28 jeudi 29 vendredi 30 samedi 31 dimanche 1er lundi 2 mardi 3
18:30*
séance spéciale :
* Ciné mardi : "coup de chapeau à William Friedkin" - couplé avec "French connection" - tarif préférentiel : 2 films = 7 € - en partenariat avec Hidden circle

synopsis

Trois hommes sont amenés à fuir leur pays pour des motifs divers. Manzon, banquier à Paris, risque la prison pour cause de spéculation ; Scanlon, minable escroc new-yorkais, est recherché par des truands ; Kassem, terroriste palestinien, a la police israélienne à ses trousses. On les retrouve tous les trois gagnant péniblement leur vie en travaillant comme ouvriers dans une raffinerie de pétrole au fin fond de l'Amérique du Sud. Repaire des damnés de la terre, le petit village où ils vivent est un bidonville insalubre et sordide. Ils ne tardent pas à vouloir quitter cet enfer. Mais une importante somme d'argent, qu'ils ne possèdent naturellement pas, leur est nécessaire pour y parvenir. Une occasion inespérée de la gagner se présente pourtant. Il s'agit de transporter à bord de deux camions de la nitroglycérine à travers la jungle. En dépit de l'immense danger que présente l'expédition (la nitroglycérine explose au moindre choc) nombreux sont ceux qui participent au concours destiné à trouver les meilleurs chauffeurs. Les trois hommes sont sélectionnés ; Nilo, un tueur professionnel, est le quatrième (en réalité, il a vraisemblablement assassiné celui qui devait initialement conduire le camion). Les hommes réparent de vieux camions et y chargent la nitroglycérine...

notes de production

Le film d’Henri-Georges Clouzot, Le Salaire de la peur (1), a fortement marqué dans son adolescence le réalisateur William Friedkin. Il expliquera par la suite qu’il ne s’agit néanmoins pas pour lui du meilleur film de Clouzot même s’il apprécie beaucoup l’histoire et qu’il trouve que c’est un film très bien fait, plein de suspense. Lors de la sortie en France de son grand succès, L’Exorciste (2), il émet le vœu de rencontrer à Paris des cinéastes français pour lesquels il a une forte admiration, parmi lesquels Clouzot (à qui il s’adresse en disant Maestro). Il lui apprend qu’il a pour projet de refaire Le Salaire de la peur. Le réalisateur français tente de l’en dissuader, en qualifiant l’œuvre de vieux truc fatigué. Clouzot accepte néanmoins de lui donner les droits (qu’en vérité il ne possède pas) et Friedkin lui dit : je vous promets que je ne ferai pas aussi bien que vous. Le cinéaste français qui a donné son aval n’a malheureusement pas pu voir le résultat du film puisqu’il est décédé avant sa sortie.
(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Salaire_de_la_peur
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Exorciste

Il s’agit pour Friedkin de faire non pas un remake (3), mais une nouvelle version de ce qu’il considère comme une histoire classique avec des personnages qui sont d’ailleurs différents de ceux du film d’ H.-G. Clouzot. Il travaille au scénario avec Walon Green qui s’inspire du roman Cent ans de solitude (4) de Gabriel García Márquez pour ajouter à l’histoire une part de réalisme magique. Après les succès des deux précédents films de William Friedkin, French connection (5) (qui lui a valu un oscar du meilleur réalisateur) et L’Exorciste (troisième meilleure recette de tous les temps), William Friedkin est un des rois du Nouvel Hollywood. Les deux hommes se sentent donc très libres pour écrire ce qu’ils veulent. Ils arrivent à une version finale du scénario en quatre mois de travail. Il doit au départ s’agir d’un film au budget moyen (environ 2 millions $). Friedkin a en effet en projet un film plus ambitieux sur Triangle des Bermudes et les extraterrestres, projet qu’il abandonnera après la sortie de Rencontres du troisième type (6) de Steven Spielberg.
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Remake
(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Cent_ans_de_solitude
(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/French_Connection_%28film%29
(6) https://fr.wikipedia.org/wiki/Rencontres_du_troisi%C3%A8me_type

Le casting du film est long et difficile. Trois des quatre personnages principaux doivent être incarnés par des stars internationales : Steve McQueen (7), qui a donné un accord de principe pour le personnage de Jackie Scanlon ; Lino Ventura (8) (Victor Manzon) et Marcello Mastroianni (9) (Nilo) auxquels se joint Amidou (Kassem). C’est pour ce quatuor que les rôles ont été écrits. Alors que Steve McQueen juge qu’il s’agit du meilleur scénario qu’[il ait] jamais lu, l’idée d’un tournage en dehors des États-Unis l’inquiète : il vient d’épouser Ali MacGraw (10), il a peur qu’elle ne l’attende pas et qu’elle le quitte. L’acteur demande à ce que soit trouvé un rôle pour sa femme mais William Friedkin lui répond qu’il s’agit [d’]une histoire de mecs. Il demande alors à ce qu’elle soit productrice associée afin d’être présente sur le tournage ou encore à ce que le film se fasse sans quitter les États-Unis. Toutes ces demandes sont refusées par le réalisateur et l’acteur se retire du projet.
(7) https://fr.wikipedia.org/wiki/Steve_McQueen
(8) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lino_Ventura
(9) https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcello_Mastroianni
(10) https://fr.wikipedia.org/wiki/Ali_MacGraw
D’autres comédiens furent envisagés pour jouer dans ce film comme Paul Newman (11), Kris Kristofferson (12), Clint Eastwood (13), Jack Nicholson (14).
(11) https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Newman
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film917
(13) https://fr.wikipedia.org/wiki/Clint_Eastwood
(14) http://www.citebd.org/spip.php?film859

D’autres défections vont suivre : Marcello Mastroianni vient d’avoir une enfant dont la mère, Catherine Deneuve (15), refuse qu’elle soit emmenée en Équateur (16) où une grande partie du tournage doit avoir lieu. Robert Mitchum (17) refuse le rôle de Scanlon. William Friedkin choisit finalement pour ce rôle Roy Scheider, acteur qui vient de connaître un grand succès avec le rôle principal des Dents de la mer (18) et qu’il avait dirigé dans French connection. Scheider lui tient néanmoins un peu rigueur de lui avoir refusé le rôle du père Karras dans L’Exorciste. Ce choix ne convient pas à Lino Ventura qui s’interrogeait déjà sur sa participation à ce film et décide de quitter le projet. Il est remplacé par Bruno Cremer, que William Friedkin juge bon acteur même s’il n’a aucune notoriété aux États-Unis. Et il engage Francisco Rabal, qu’il avait envisagé pour un rôle dans French connection, pour incarner ici le personnage de Nilo.
(15) http://www.citebd.org/spip.php?film1315
(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29
(17) http://www.citebd.org/spip.php?film1012
(18) http://www.citebd.org/spip.php?film1347

Le réalisateur dira par la suite qu’il s’agissait d’un film qui réclamait des stars, et que c’est aussi parce qu’il voulait à l’époque se montrer indépendant par rapport aux studios qui demandaient à ce qu’il en engage qu’il n’a pas nécessairement voulu en embaucher.

Pendant la préproduction, le budget du film augmente jusqu’à atteindre 12 millions $. Lew Wasserman (19), qui dirige Mca à qui appartient Universal (20), ne veut pas confier un tel budget à William Friedkin, en particulier pour un tournage en pleine jungle. C’est alors que Charles Bluhdorn (21), qui dirige le conglomérat Gulf+Western auquel appartient la Paramount pictures propose de faire le film en partenariat avec la Paramount. Le film est alors produit à la fois par Universal et par la Paramount, ce que Peter Biskind (22), dans son livre Le Nouvel Hollywood (23), qualifie [d’]exceptionnel.
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Lew_Wasserman
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Universal_Pictures
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Bluhdorn
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Biskind
(23) http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/28358

Charles Bluhdorn propose de tourner le film en République dominicaine (24), où la Gulf+Western a des intérêts. William Friedkin accepte cette proposition car il juge que la Gulf+Western est une compagnie qui exploite de manière scandaleuse les ressources des pays d’Amérique latine, en oppressant leurs populations et leurs gouvernements. Bien que L’Exorciste (2) l’ait rendu millionnaire, il estime qu’en travaillant pour cette société là où elle exerce ainsi son pouvoir il lui sera plus facile de ressentir ce que ressentent ses personnages. Sur place, Friedkin constate à quel point la Gulf+Western exploite et maintient dans la pauvreté les dominicains, traitant le gouvernement du pays comme ses salariés. Il fait afficher sur un mur, dans le décor du bureau du président de la compagnie pétrolière, une photo du siège de la Gulf+Western.
(24) https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_dominicaine

Le film est ainsi tourné en République dominicaine, ainsi que dans le New Jersey (25), à Jérusalem (26) et à Paris (27). Sur le tournage, William Friedkin, très exigeant, n’hésite pas à faire refaire les prises de très nombreuses fois pour arriver à ce qu’il désire. Sa personnalité, son caractère perfectionniste, irascible et colérique, rendent l’ambiance invivable sur le plateau. Le réalisateur renvoie et remplace de nombreux collaborateurs (le film aura notamment cinq producteurs exécutifs, avant que Friedkin lui-même ’assure cette fonction).
(25) https://fr.wikipedia.org/wiki/New_Jersey
(26) https://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9rusalem
(27) https://fr.wikipedia.org/wiki/Paris

La lumière naturelle dans la jungle est très changeante, ce que Friedkin n’a pas prévu et ce qui explique selon lui qu’il s’agit d’un tournage long : le réalisateur veut garder l’unité lumineuse de ses scènes et doit donc attendre que la lumière souhaitée revienne. La séquence du pont de corde demande trois mois de tournage. Elle ne peut en effet être filmée que le matin, entre 7 heures et 11 heures pour retrouver la lumière grise avec laquelle son tournage a débuté ; plus tard il y aurait trop de soleil. La pluie est artificielle, créée avec des machines qui pompent l’eau de la rivière avec des ventilateurs qui la diffusent sur la scène.
Le budget final atteint 22,5 millions $.

William Friedkin choisit d’engager le groupe allemand Tangerine dream pour composer la bande originale du film. Le réalisateur a découvert le groupe en 1973 à Munich où il était venu assister à une projection de son film L’Exorciste. Un an plus tard, Friedkin les rencontre à Paris et leur raconte l’histoire. Le groupe est emballé et décide de signer. C’est leur première collaboration avec le cinéma hollywoodien.

Lors du montage du film, William Friedkin, se sentant toujours sûr de lui grâce au succès et à l’argent récoltés par ses précédents films, refuse de prendre en compte les demandes de la production. Lorsque le directeur du département film d’Universal, Ned Tanen (28), voit le film, il est extrêmement déçu et juge que le résultat n’est pas à la mesure des efforts déployés.
(28) http://www.imdb.com/name/nm0849232/

Par ailleurs Roy Scheider juge que le retrait de séquences, où son personnage se lie d’amitié avec un enfant, porte gravement préjudice à l’image qu’il dégage dans le film. L’acteur ne pardonnera jamais cet acte à Friedkin et ce jusqu’à sa mort en 2008.

Le Convoi de la peur ne rapporte que 9 millions $ de recettes dans le monde, ce qui est un cuisant échec public. L’époque a changé depuis les précédents succès de Friedkin comme French connection, en 1971 ; le film est trop déstructuré et trop sombre pour un public qui fait un triomphe à La Guerre des étoiles (29), sorti une semaine avant. Certains cinémas, comme le Chinese theatre (30) à Los Angeles, ne gardent Le Convoi de la peur à l’affiche qu’une semaine avant de reprogrammer le film de George Lucas.
(29) https://fr.wikipedia.org/wiki/Star_Wars,_%C3%A9pisode_IV_:_Un_nouvel_espoir
(30) https://fr.wikipedia.org/wiki/Grauman’s_Chinese_Theatre

Par la suite, William Friedkin regrettera son attitude lors du casting, disant qu’il aurait par exemple pu tourner le film aux États-unis, près de la frontière mexicaine, afin que Steve McQueen puisse incarner le personnage principal mais qu’il a refusé de le faire par arrogance. Selon lui, le système hollywoodien réclamait une star de ce calibre : j’ai fait une erreur avec Steve McQueen. Je n’avais pas compris que les gros plans à Hollywood étaient plus importants que les plans d’ensemble. Le visage de Steve sur grand écran valait mieux que tous les paysages du monde.

- Jennifer Nairn-Smith, qui est alors la compagne de William Friedkin, le rejoint pendant le tournage à Jérusalem pour lui annoncer qu’elle est enceinte et désire l’épouser, ce qu’il refuse.
http://www.imdb.com/name/nm0619788/
- c’est le dernier film de l’acteur allemand Karl John qui décède six mois après la sortie du film.
- un épisode des Simpson intitulé Mr Plow parodie le film de Friedkin. Homer Simpson se retrouve sur un pont qui tangue dangereusement accompagné d’une musique parodiant les envolées synthétiques de Tangerine dream.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Chasse-neige
- un pourcentage des bénéfices aurait dû être versé à Henri-Georges Clouzot, mais le film n’en fit point.
- le tournage de Sorcerer fut pour le moins aussi épique que celui du Salaire de la peur qui fut interrompu à cause de la noyade accidentelle de deux soldats. Le tournage du film de William Friedkin dut composer avec l’une des maladies tropicales les plus rudes, la malaria, au moment où il fut tourné en Amérique Centrale..
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paludisme
- de l’aveu même de William Friedkin, Sorcerer est, de toute sa filmographie, le film qu’il préfère puisque correspondant exactement au rendu qu’il souhaitait.

L’adaptation cinématographique du remarquable roman paru en 1950 de Georges Arnaud, réalisée par Henri-Georges Clouzot en 1952, fait figure de Classique avec un C majuscule. De fait, la nécessité d’une nouvelle version ne se faisait guère sentir. On sait que peu de remakes (3) égalent et encore moins surpassent leur modèle. Or, Le Salaire de la peur (1) en dépit de ses indéniables qualités fait figure d’édifiant spectacle de patronage en comparaison du Sorcerer (littér. sorcier), titre à l’obscure signification (31), de William Friedkin. Clouzot, pourtant passé maître dans le sordide racoleur est battu sur son propre terrain.Ce qui frappe au premier chef, c’est le coefficient de réalisme physique atteint par Friedkin, tant sur le plan de la violence que sur celui du climat, du labeur, de l’effort, de la nourriture, etc. Si le film de Clouzot demeure fidèle, quasiment à la lettre, au roman et en conserve les personnages, comme les péripéties et le décor ou les objets, rétrospectivement, il n’apparaît que comme une très belle et efficace illustration du récit. Par contre, Friedkin s’est permis toute liberté avec son sujet et n’a conservé du roman que les grandes lignes narratives. Et loin de trahir le livre, il en respecte l’esprit surtout au niveau du fantastique dont a fait abstraction Clouzot. Arnaud prête constamment vie aux éléments, aux objets, à la nuit, aux obstacles, aux camions, à la nitroglycérine. Avec cette façon unique de filmer une mécanique ou un engin (avion, camion, locomotive ou moissonneuse batteuse) qui n’appartient, à quelques exceptions près (Alain Corneau (32) par exemple), qu’aux cinéastes américains, Friedkin redonne vie à la matière inerte : la roue mord, le moteur gronde, le camion gémit et la nitroglycérine respire. Et l’étrange rapport qui ainsi se crée entre l’objet (et les éléments) et l’humain rend plus probante encore la peur massive, présente et stupide qui collent aux camionneurs...
Alain Garel in La Revue du cinéma n° 334 (décembre 1978)
(31) En fait, c’est le nom du camion conduit par Kassem et Manzon.
Gilles Marchal
(32) https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Corneau

Entretien avec William Friedkin
Vous avez dit de ce film adapté du roman culte de Georges Arnaud "Le Salaire de la peur", que c’était étonnamment l’un de vos films les plus personnels. Comment vous êtes-vous approprié ce roman et en quoi est-il un film personnel ?
Je trouvais que l’idée et le thème central à la fois du livre et du film de Clouzot, était un thème qui m’était extrêmement proche. D’abord, j’ai voulu rencontrer Clouzot parce que je considérais que son film était un chef d’œuvre. Et je lui ai dit « Votre film est un tel chef d’œuvre que je ne vais pas essayer de refaire la même chose. Je ne veux pas faire un remake ». C’est comme Hamlet. Énormément de productions théâtrales ont été faites autour de Hamlet mais à chaque fois, il ne s’agit pas de remake mais de nouvelles versions, de nouvelles visions originales. Et c’est ce que j’ai voulu faire avec Le Salaire de la peur, car je considérais que ce thème était éternel. L’idée que quatre personnes qui sont de parfaits étrangers, qui ne s’aiment pas particulièrement, doivent absolument coopérer s’ils ne veulent pas en quelque sorte exploser, je trouvais qu’à l’époque et encore bien plus aujourd’hui, c’était un thème extrêmement important et contemporain. Parce que c’est un peu comme la situation dans le monde finalement, avec toutes ces nations qui se menacent entre elles. Comme les Etats-Unis qui, je crois, ont menacé à peu près tout le monde. Si l’on ne s’entend pas davantage, si l’on ne coopère pas davantage, on va finir par exploser. Et pour moi, c’est ça l’essence du Salaire de la peur...
http://mondocine.net/rencontre-avec-william-friedkin-convoi-de-la-peur/

... Il convient de saluer en Wages of fear un régal pour les sens. Friedkin parvient à passer sans difficulté d’un réalisme quasi-documentaire, dans les scènes d’émeutes en particulier, ou encore dans ces quelques gros plans furtifs de visages saisis au hasard (33), à une conception proche du fantastique.
Les paysages lunaires où semble vous guetter la folie, dans lesquels aboutit Roy Scheider à la fin du film, sont à cet égard remarquables. Mais si une seule scène doit être mise en avant, il ne peut s’agir que de la traversée des camions sur une passerelle suspendue, faite de cordes et de rondins, et cela sous une pluie battante (34). Etirée tant qu’il est possible dans le temps, sans cesse en équilibre entre le ridicule et le sublime, rehaussée par la très belle musique de Tangerine dream, paroxysmique dans sa présentation, cette scène est sans aucun doute l’un des atouts maîtres du film.
La dilatation d’une telle scène contraste d’ailleurs étrangement avec la concision de certains autres moments, et ce n’est pas le moindre mérite de Friedkin que de savoir adapter sa mise en scène aux circonstances. Les différentes introductions du film, qui permettent de situer chaque personnage dans son environnement d’origine, sont à cet égard des exercices de style tout à fait intéressants.
La mise en scène inquiète de mise à Jérusalem se transforme en froideur dans l’épisode parisien, puis en classicisme lorsque nous arrivons à New York. Et là, Friedkin nous rappelle qu’il est, entre autres, le réalisateur de French connection (5). Le mini-thriller qu’il nous montre est tout à fait digne de son prédécesseur. Il faut quelques minutes à peine au réalisateur pour brosser le tableau complet d’un hold-up minable, perpétré par des loosers rêvant de la Californie.
Les qualités de l’épisode new-yorkais se retrouvent ensuite dans la description du village sud-américain dans lequel sont venus s’échouer les hommes présentés auparavant. Là aussi, en quelques minutes, nous comprenons tout : la sueur, la crasse, la dictature en place, le sous-développement et la présence économique des Etats unis. On ne nous épargne même pas un petit tour à la prison du coin (35).
(33) On pense à la mise en scène extrêmement heurtée d’un Peter Watkins cherchant à offrir à son cinéma une caution de vérité.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Watkins
(34) Cette scène rejoindra, soyons en sûrs, la cabine de bateau des Marx, la douche de Psychose, ou le bizarre, bizarre de Jouvet à Michel Simon, dans les anthologies.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychose_%28film%29
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dr%C3%B4le_de_drame
(35) Après Midnight express, voici de nouveau une dénonciation des prisons de pays se situant dans la mouvance politique des Etats unis. Serions-nous en présence de l’aspect hollywoodien de la croisade de Carter pour les droits de l’homme ?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Midnight_Express
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jimmy_Carter
Yves Alion in Ecran 78 n° n° 75 (décembre 1978)

Ainsi, il en existe encore. Des cinéastes qui savent filmer classique, du moins relativement, qui ne sacrifient pas tout au montage heurté, volontairement débraillé. Quoi, va-t-on s’écrier, William Friedkin, ce (cinéaste) gaga pour (spectateurs) gogos, ce pourvoyeur de rêves hollywoodiens, vous n’y pensez pas ? D’ailleurs il ne filme pas Litte Italy (36). Et alors ? Oui, on n’aime guère Friedkin parmi la critique, peut-être tout simplement parce que, chez lui, l’image a toutes les vertus, et qu’il est capable de tout pour être à son service, et non l’inverse, comme ce qui se pratique couramment aujourd’hui. Il faut dire que Friedkin n’a jamais revendiqué le statut d’auteur, et, en cela, il se rapproche des cinéastes américains d’autrefois, un Siegel (37), un Fleischer (38), ou mieux un Frankenheimer (39). A la façon de Hawks, Friedkin explore les seules contrées qui en valent la peine, celles dont la teneur en rêve fait chavirer la raison. Après l’Egypte de L’Exorciste, voici, l’Amérique du Sud du Convoi de la peur...
Cette sorte de tragédie existentielle, Friedkin sait bien la dépeindre dans le climat moite de la forêt interdite... Style sobre, d’une mise en scène pondérée, quoique d’une retenue assez glaciale. A la fin du film, le cinéaste réussit à basculer le récit dans le fantastique. Donc, on peut volontiers se perdre dans ce convoi de la peur comme dans un fleuve en cru, d’autant qu’il s’agit d’un puissant travail d’équipe. Dick Bush, le chef-opérateur s’affirme, de film en film, comme un grand technicien, fans la foulée d’un John A. Alonzo (40).
Jonathan Farren in Cinéma 78 n° 240 (décembre 1978)
(36) https://fr.wikipedia.org/wiki/Little_Italy_%28New_York%29
(37) http://www.citebd.org/spip.php?film1250
(38) http://www.citebd.org/spip.php?film1325
(39) http://www.citebd.org/spip.php?film1381
(40) http://www.citebd.org/spip.php?film1196

Tout concourt à mésestimer et à sous-estimer ce film. L’échec aux Etats unis, qui entraîne une sortie en Europe longtemps différée et sans publicité ; l’auto-critique de l’auteur après le désastre financier accusé, et l’acceptation d’un montage abrégé (sauf en France), solution qui comme d’habitude n’en est pas une, ainsi que la mésaventure boormanienne de L’Hérétique (41) l’a encore montré récemment ; enfin la dédicace de Friedkin à Clouzot qui, à travers l’hommage rendu, invite à juger le film par rapport à un modèle - comme s’il s’agissait d’un remake - et non en toute indépendance. Or Friedkin a consciemment voulu faire un autre film, un film d’atmosphère et non de suspense...
Michel Sineux in Positif n° 214 (janvier 1979)
(41) https://fr.wikipedia.org/wiki/L’Exorciste_2_:_L’H%C3%A9r%C3%A9tique

Excepté la référence du film fictionnel qui se rentabilise bien autour du camion (Duel (42), Convoi (43), Convoi de la peur) le dernier film de Friedkin me semble assez significatif du cinéma hollywoodien contemporain, qu’avec lui Lucas et Spielberg dominent incontestablement. Pourquoi bouder le plaisir et l’intelligence d’un cinéma qui renoue avec le grand professionnalisme, ce dernier enrichi du développement technologique de la dernière décennie (nouvelles techniques d’enregistrement du son, de trucages, utilisation de l’électronique de pointe) et d’une récupération idéologique par des producteurs ou des réalisateurs ?...
Dominique Païni in Cinéma 79 n° 241 (janvier 1979)
(42) http://www.citebd.org/spip.php?film542
(43) https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Convoi

Ce remake du Salaire de la peur de Clouzot, injustement éreinté par la presse (Télérama et Le Monde entre autres), est pourtant une réussite, tant au plan de la mise en scène - celle de Friedkin ravira davantage les amateurs d’émotions fortes que la précédente, à laquelle elle n’a d’ailleurs rien à envier, bien au contraire - qu’au plan du thème très intellectuellement actualisé par le scénariste Walon Green.
Le sens certain de la mise en scène que possède le réalisateur de French connection et de L’Exorciste est en effet une fois de plus au rendez-vous, et ce dès le début, avec de très bonnes séquences d’exposition qui durent pourtant quarante minutes mais sans jamais lasser. Il suffit en outre à Friedkin, qui privilégie toujours la représentation par rapport au discours, de nous montrer les visages constamment en sueur des protagonistes, des lézards géants ou des crabes pris en gros plan, des personnages s’épiant sans cesse, pour rendre compte de l’étouffante et insupportable moiteur, des menaces de l’environnement, du climat de méfiance et d’hostilité qui règnent dans ce village du bout du monde. Il lui suffit encore de faire vivre, en leur donnant une existence véritablement physique, les pluies diluviennes, les ponts pourris, le gigantesque baobab qui barre le chemin aux trois hommes, pour transformer l’expédition dans la jungle en voyage au bout de la nuit et de l’horreur. Rythmée par la lancinante musique de Tangerine dream, la mise en scène est d’une efficacité constante à laquelle l’aspect apocalyptique du film doit beaucoup.
Reste l’heureuse actualisation du thème, que ce soit au niveau des personnages devenus ici spéculateur, truand, terroriste, c’est-à-dire à la fois symboles et produits de nos sociétés décadentes - ou du thème même prolongé, élargi - car si les quatre hommes se révèlent pris au piège d’un système, ils le sont aussi et surtout du monde et d’eux-mêmes, de leur condition d’homme.
Marie-Line Portel-Dorget in La Saison cinématographique 79

William Friedkin
voir fiche du film Killer Joe
http://www.citebd.org/spip.php?film884

Walon Green
Né le 15 décembre 1936 à Baltimore.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Walon_Green

Georges Arnaud
Né Henri Girard le 16 juillet 1917 à Montpellier, décédé le 4 mars 1987 à Barcelone.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Arnaud

Dick Bush
Né le 2 décembre 1931 à Devonport où il est décédé le 4 août 1997.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dick_Bush

John M. Stephens
http://www.imdb.com/name/nm0827063/

Michel Colombier
Né le 23 mai 1939 à Lyon, décédé le 14 novembre 2004 à Santa Monica.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Colombier

Tangerine dream
voir fiche du film Le Solitaire
http://www.citebd.org/spip.php?film841

Roy Scheider
voir fiche du film Les Dents de la mer
http://www.citebd.org/spip.php?film1347

Bruno Cremer
Né le 6 octobre 1929 à Saint-Mandé, décédé le 7 août 2010 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Cremer

Francisco Rabal
Né le 8 mars 1926 à Águilas (Espagne), décédé le 29 août 2001 à Bordeaux.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Francisco_Rabal

Amidou
Né Hamidou Benmessaoud le 2 août 1935 à Rabat, décédé le 19 septembre 2013 à Clichy.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Amidou

Ramon Bieri
http://www.imdb.com/name/nm0081560/

Karl John
Né le 24 mars 1905 à Cologne, décédé le 22 décembre 1977 à Gütersloh.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_John

Friedrich von Ledebur
Né Friedrich Anton Maria Hubertus Bonifacius Graf von Ledebur-Wicheln le 3 juin 1900 à Nisko (Pologne), décédé le 25 décembre 1986 à Linz (Autriche).
https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_von_Ledebur

Chico Martínez
http://www.imdb.com/name/nm0555039/

Joe Spinell
Né le 28 octobre 1936 à New York où il est décédé le 13 janvier 1989.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Joe_Spinell

Richard Holley
http://www.imdb.com/name/nm0391016/

Anne-Marie Deschodt
Décédée le 21 septembre 2014, elle fut la femme de Louis Malle...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne-Marie_Deschodt

Jean-Luc Bideau
Né le 1er octobre 1940 à Genève.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Bideau

Jacques François
Né Henri Jacques Daniel Paul François le 16 mai 1920 à Paris où il est décédé le 25 novembre 2003.
Première apparition au cinéma dans Entrons dans la danse aux côtés de Fred Astaire et Ginger Rogers...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Fran%C3%A7ois

André Falcon
Né le 28 novembre 1924 à Lyon, décédé le 22 juillet 2009 à Paris.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Falcon

Gerard Murphy
http://www.imdb.com/name/nm0614283/

Ray Dittrich
http://www.imdb.com/name/nm0228589/

Cosmo Allegretti
http://www.imdb.com/name/nm0020185/

Frank Gio
http://www.imdb.com/name/nm0320203/

Randy Jurgensen
http://www.imdb.com/name/nm0432921/

extrait(s) de presse

Télérama - Avec ses outrances formelles (dantesque traversée d'un pont de jungle par les camions), ses choix drastiques (acteurs inconnus aux Etats-Unis), ses héros antipathiques, sa mise en scène sur le fil du rasoir, le film constitue une sorte de paroxysme de ce que le cinéma américain des années 1970 n'avait pas peur de tenter, même dans des productions censées s'adresser au grand public...
Critikat - "Sorcerer", qui fit en son temps un four cuisant au box-office, contrastant avec les succès des précédents French Connection et L’Exorciste, apparaît comme son meilleur film à ce jour et peut-être à jamais...
Plans américains - Œuvre possédée et fiévreuse, ce film maudit (dans une ironie cocasse) jouit aujourd'hui d'un véritable "culte".
Télé loisirs - Le film est aujourd'hui devenu culte et on ne saurait que trop vous conseiller de le visionner...
Europe 1 - La version remasterisée est donc l'aboutissement d'un long combat de la part du réalisateur qui s'est battu, toute sa vie, pour donner une seconde chance à son film.
Arte - Il s’agit sans doute du film le plus passionnant de Friedkin et d’un titre majeur du cinéma américain contemporain...
Le Figaro - "Le Convoi de la peur", chef-d'œuvre maudit de Friedkin...
Sud ouest - "Un film qui, malgré un tel échec, connaît une vie aussi longue, ce n'est pas un film maudit mais un film béni ! " William Friedkin