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Rabi

ciné môme
Burkina faso, Gb - 1992 - 1h02
sorti en France le 24 mars 1993
accessible aux enfants à partir de 5 ans
film - film francophone
de

Gaston Kaboré

scénario : Gaston Kaboré
direction de la photographie : Jean-Noël Farragut
musique ou chansons : René B. Guirma, Wally Badarou
avec : Yacouba Kaboré (Rabi), Tinfissi Yerbanga (Pugsa), Joséphine Kaboré (Tusma), Joseph Nikiema (le père), Colette Kaboré (la mère)
séances : semaine du mercredi 27 mai 2015
mercredi 27 jeudi 28 vendredi 29 samedi 30 dimanche 31 lundi 1er mardi 2
14:00*
14:00
14:00
séance spéciale :
* Dans le cadre de "Cinémétis", en partenariat avec le Festival Musiques métisses et Cp 16

synopsis

Rabi, dix ans, vit avec sa famille dans un village de pleine brousse. Il partage les jeux et les obligations des garçons burkina-bé de son âge. Deux rencontres, avec un homme et avec un animal, vont changer la vie de l'enfant : un jour, son père lui demande d'aider Pugsa, vieux sage à la santé fragile qui va initier le garçon au respect de la vie et de la nature... Rabi joue le messager entre le vieil homme et son ancienne amoureuse, la vieille Tusma… Et puis, son père lui apporte une tortue…

notes de production

Rabi, film limpide, couleur de safran, est délicat comme est délicat son réalisateur, Gaston Kaboré, qui donne à voir en douceur la vie d’un enfant de dix ans, dans un pays très lointain pour nos jeunes spectateurs, le Burkina-Faso (1). Dire combien il est important qu’à travers l’enfant Rabi s’exprime la découverte d’une vie, d’un paysage, de coutumes, d’une économie différents de ceux du monde occidental, semble une évidence. Mais, sans doute plus important encore, est l’émergence dans ce contexte inconnu, d’une universalité des sentiments : rêve, révolte contre l’injustice d’un père, espièglerie, désir de liberté, etc. Et plus encore, la nuance personnelle de Gaston Kaboré, réalisateur-conteur, qui peint à petites touches, jamais dénuées d’humour, jamais dénuées d’amour.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Burkina_Faso

Elle est tout entière dans les yeux du vieux Pugsa lorsqu’il la regarde au loin, la grande colline, la première fois que Rabi vient s’occuper de lui, selon la promesse de son père faite au vieil homme. Pourtant, dit Rabi, on la voit à peine ! Les journées, au village, bien rythmées par les travaux de chaque jour et que Gaston Kaboré filme telle une chronique paysanne, se répètent : la mère et la sœur de Rabi mixent la terre pour fabriquer les poteries que le père ou elles-mêmes iront vendre au marché, elles pilent le mil et préparent les feuilles d’oseille... Le père et son apprenti activent le feu de la forge et travaillent le fer, les jeunes filles vont chercher et rapportent l’eau, la marchande de tabac prépare sa marchandise, et Rabi se partage entre son apprentissage au métier de forgeron, les petits services à rendre à Pugsa (lui apporter sa ration quotidienne de tabac et de noix de kola râpée), les tâches qui reviennent aux enfants comme aller chercher la terre sèche des termitières que les potières travailleront, et les jeux de leur âge. La ronde du soir les réunit au crépuscule. Chaque jour aussi, les coupeurs de bois déboisent un peu plus la région. Et chaque nuit apporte le repos. Même l’averse, la récolte du mil et les règles de Laalé sont inscrites dans ce qui doit arriver ! Et pendant ce temps, quoi qu’il advienne, la grande colline est toujours là, présente dans les pensées et les regards de Pugsa et de Rabi, telle un appel à une mystérieuse et large appréhension de l’univers. Très attaché au respect des valeurs rurales, c’est de manière simple et juste, documentée pour ne pas dire documentaire, que Gaston Kaboré approche ses personnages bien ancrés dans leur environnement pour lequel ils ont quelques inquiétudes : le charbon de bois ne va-t-il pas manquer pour continuer à alimenter le feu de la forge ou la cuisson de la poterie ? Le vieil homme, Pusga se souvient de la forêt, des grands animaux sauvages qui l’habitaient, la tortue se rappelle les histoires que les hirondelles rapportent de leurs voyages lointains… Car la tortue parle, fantasmatique mais logique aboutissement de tout un cheminement mental et moral, fait par l’enfant et qui inscrit le film dans la tradition du conte.

Gaston Kaboré connaît bien ce qu’il met en scène. Il sait comment rendre, par une caméra dont il ne multiplie pas les mouvements inutiles - ils peuvent être souples comme les allées et venues de ses protagonistes dans la cour, s’arrêter le temps d’« enregistrer » un échange de paroles, une gestuelle liée au travail - sans que, pour autant, le rythme du film en souffre. Car le temps ne s’arrête jamais, lui, et la répétition des faits, qui se ritualisent (comme la corvée d’eau des jeunes filles - ou encore les visites de Rabi à Tusma ou à Pugsa), en n’étant jamais filmés, ou montés, de la même manière, font que quelque chose dans le récit avance doucement, à partir d’une réalité qui permet l’accession aux fantasmes. De même que Gaston Kaboré nous fait imaginer la rivière avant de nous la montrer dans toute sa tranquille splendeur, en un panoramique qui suit le retour au village de Rabi portant sa tortue fugueuse, de même il travaille l’idée de la grande colline comme un pur fantasme de Pugsa, qui prend forme quand l’enfant décide d’y mettre sa tortue à l’abri.

C’est l’arrivée au village, par accident, de la première tortue - de taille raisonnable - qui donne corps à bien des fantasmes, à bien des rêves. La seconde, énorme, ne fait que les accroître ou les renforcer. Chez Pugsa d’abord, que hante déjà le souvenir du moment précis où sa vie d’homme amoureux ne s’est pas accomplie. Sur quoi ses yeux se fixent-ils lorsque Rabi lui apprend que cette tortue a été trouvée en brousse ? Sur une colline invisible vers laquelle s’échappe son esprit. Plus que les mots, le silence et les regards disent cet invisible dont Rabi, à son tour va devoir faire l’apprentissage. Car la grande colline, pour Gaston Kaboré, chacun de nous la porte en lui, c’est un lieu imaginaire et redouté qu’il faut prendre d’assaut. Pour Pugsa, c’est faire face à Tusma, demander pardon de n’avoir pas su réaliser leur amour, de n’avoir pas vécu avec elle. Et pour Rabi ? Cet enfant que le cinéaste nous présente dès la première séquence comme ayant du caractère - l’altercation qu’il a avec les garçons de son âge le montre bien, comme la remarque qu’il fait à son père sur son rapide retour du marché - s’est mis, lui aussi, à penser à cette colline qui, dans un premier temps, ne représente rien pour lui. Avant ce jour où il décide de faire ce long chemin pour rendre la tortue à la liberté, dans un endroit sûr, Rabi a reproduit, d’une manière concrète, les rapports de pouvoir que sa famille entretient avec lui : il a construit un abri à cette tortue, essayé de l’éduquer, il l’a nourrie, l’a retenue auprès de lui, exprimant de cette façon les fantasmes qui lui permettent d’échapper à l’emprise des siens. Non pas que ses parents soient de mauvais parents : ils représentent la loi parentale à laquelle Rabi a besoin de se référer et de s’opposer.
Extrait du Cahier de notes écrit par Luce Vigo
http://www.enfants-de-cinema.com/2011/films/rabi.html

Gaston Kaboré
http://www.citebd.org/spip.php?film1305