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Le Grand embouteillage

ciné répertoire
L'Ingorgo - una storia impossibile
Italie, France - 1979 - 2h01
sorti en France le 21 novembre 1979
Compétition officielle Cannes 1979
film - version originale sous-titrée en français
de

Luigi Comencini

scénario : Luigi Comencini, Bernardino Zapponi, Ruggero Maccari
d'après l'oeuvre de : Julio Cortázar
direction de la photographie : Ennio Guarnieri
musique ou chansons : Fiorenzo Carpi
avec : Annie Girardot (Irene), Fernando Rey (Carlo), Miou-Miou (Angela), Gérard Depardieu (Franco), Ugo Tognazzi (le professeur), Marcello Mastroianni (Marco Montefoschi), Stefania Sandrelli (Teresa), Alberto Sordi (De Benedetti), Orazio Orlando (Ferreri, le secrétaire de De Benedetti), Gianni Cavina (Pompeo, le mari de Teresa), Harry Baer (Mario), Ángela Molina (Martina), Ciccio Ingrassia (le mourant), Patrick Dewaere (le monologant)
séances : semaine du mercredi 22 avril 2015
mercredi 22 jeudi 23 vendredi 24 samedi 25 dimanche 26 lundi 27 mardi 28
21:00*
séance spéciale :
* Festival Play it again (1ère édition) organisé en partenariat avec l’Adfp (Association des distributeurs de films de patrimoine) - tarif unique 3,50 € - séance unique présentée par Hidden circle

synopsis

Sur une voie rapide en périphérie de Rome, à proximité d'une station-service et d'une casse automobile, des centaines d'automobilistes sont pris dans un énorme embouteillage qui n'en finit pas. Sur cette portion de route, des personnages d'origines sociales différentes sont obligés de cohabiter et leurs comportements évoluent au gré de la poursuite de l'embouteillage, certains profitant parfois du désordre aux dépens d'autres personnages...

notes de production

Le scénario du film Le Grand embouteillage est basé sur une nouvelle écrite par Julio Cortázar, L’Autoroute du sud (1), qui fut publiée en 1966 dans le recueil au titre énigmatique de Tous les feux le feu (2). Ce n’était pas la première fois que le cinéma s’intéressait à l’univers du brillant écrivain argentin (naturalisé français en 1981), puisque Blow-up (3), l’un des plus célèbres films de Michelangelo Antonioni, brode (très librement) à partir de la nouvelle Les Fils de la vierge (4), du même Cortázar...
http://www.citizenpoulpe.com/le-grand-embouteillage-luigi-comencini/
(1) http://cecile.ch-baudry.com/2011/07/22/lautoroute-du-sud-de-julio-cortazar/
(2) http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/L-Imaginaire/Tous-les-feux-le-feu
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Blow-Up
(4) http://baisers.free.fr/cortazar.html

Un hélicoptère survole l’embouteillage, faisant penser que les autorités contrôlent la situation. D’autre part, deux personnages circulent à travers l’embouteillage, à rebours du sens de circulation : un homme pratiquant la marche athlétique et un cycliste. Une télévision installée dans une caravane permet d’apprendre que l’embouteillage est très important car il a des conséquences dans plusieurs domaines.
Parmi les passagers bloqués, figurent notamment :
- De Benedetti, un homme politique socialiste et entrepreneur, égoïste et hypocrite, qui revient d’Afrique et se trouve à bord de sa Jaguar de luxe avec son secrétaire, Ferreri, à qui il demande toutes sortes de services ;
- Martina, une jeune fille féministe, voyageant seule avec sa guitare ;
- Mario, un jeune routier, transportant de la nourriture pour bébé, qui sympathise avec Martina ;
- un groupe de trois jeunes hommes, qui convoitent Martina et l’épient constamment ;
quatre hommes, sans doute des bandits mafieux (l’un d’entre eux au moins étant armé) ;
- la famille Gargiulo, originaire de Naples et faisant route vers Rome, dont le père, Peppino, essaie de forcer sa fille Germana à avorter pour sauver l’honneur de la famille car elle n’est pas mariée, cette fille ayant par ailleurs pour objectif de participer à une audition pour devenir chanteuse ;
- Irene et Carlo, un vieux couple qui part en voyage et se chamaille à cause de clés de maison égarées ;
- un blessé, accidenté de la route, qu’une ambulance tentait de transporter à l’hôpital, véhicule également occupé par deux infirmiers, dont l’un veille constamment sur le blessé alors que l’autre se plaint régulièrement de la gêne sonore qu’il occasionne, notamment quand il l’empêche de suivre correctement l’évolution d’un match de football à la radio ;
- Marco Montefoschi, un acteur connu, qui échappe à la foule des admirateurs en acceptant d’être recueilli provisoirement par un couple, Teresa et Pompeo, dans une petite maison située à proximité de la route ;
- Franco et Angela, un jeune couple qui voyage avec un professeur, plus âgé qu’eux, qui s’avère être l’amant d’Angela ;
- un homme seul, qui soliloque et évoque régulièrement une femme dont il est amoureux et qu’il souhaite rejoindre ;
- une jeune femme qui est contrainte à quitter son taxi, faute d’argent, et qui rejoint un autostoppeur, lequel continue à chercher un véhicule malgré l’embouteillage ;
- un prêtre ouvrier, voyageant avec plusieurs jeunes personnes...
Durant la nuit puis au petit matin, les différents personnages sont confrontés à plusieurs évènements ou aux comportements de certains d’entre eux...
À la fin, un hélicoptère revient et annonce par haut-parleurs que la circulation va reprendre et qu’il faut redémarrer les véhicules. Le film se termine alors que les véhicules n’ont toujours pas avancé et qu’il commence à pleuvoir.

Le Grand embouteillage est un des plus grands films de Comencini et aussi l’un des plus importants de l’année, ce qui aurait dû lui valoir la distinction suprême au Festival de Cannes (5). S’y rencontrent en effet les deux grandes lignes de force du réalisateur italien : sa vision noire du monde moderne (Qui a tué le chat ?) (6) et son analyse critique du système capitaliste (L’Argent de la vieille) (7) laquelle sous-tend le pessimisme foncier.
On sort de la projection de ce film aussi écrasé, aussi commotionné qu’après le Salo (8) de Pasolini, mais le malaise métaphysique, existentiel, que secrète ce dernier fait place ic à un choc où l’affectivité et l’intellect entrent en jeu.
A part un ou deux cas, qui trouvent leur justification par ailleurs (Dewaere et Girardot - Fernando Rey), tous les épisodes mettent en cause la misère matérielle et morale des rapports basés sur l’argent et sur le respect des valeurs traditionnelles...
André Cornand in La Saison cinématographique 80
(5) la concurrence était rude cette année-là. Ce sont Apocalypse now et Le Tambour qui ont obtenu la Palme d’or ex-æquo.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_de_Cannes_1979
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Qui_a_tu%C3%A9_le_chat_%3F
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Argent_de_la_vieille
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sal%C3%B2_ou_les_120_Journ%C3%A9es_de_Sodome

Luigi Comencini est un réalisateur assez étonnant par le fait de pouvoir passer avec une facilité déconcertante de la fantaisie au pamphlet, du mélodrame à la comédie. Qui pourrait penser que c’est le même homme qui nous a fait sourire avec Pain, amour et fantaisie (9) , pleurer avec L’Incompris (10) ou Cuore (11), fait grincer des dents avec L’Argent de la vieille ou effrayer avec ce Grand embouteillage, film atypique et dérangeant, critique virulente de notre civilisation toujours plus soucieuse d’efficacité et de productivité au détriment de l’homme, fable moderne et visionnaire toujours autant d’actualité ? Un film mosaïque très ambitieux dans sa démarche (dresser un tableau complet de la société italienne de la fin des années 70) qui débouche sur un triste constat...
Erick Maurel in Dvdclassik
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pain,_Amour_et_Fantaisie
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Incompris
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuore_%28film,_1984%29

A l’origine du Grand embouteillage, il y a un tableau de Pieter Bruegel (12) : La Parabole des aveugles (13). La parabole illustre un verset de l’évangile selon Saint Matthieu (14) : si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous les deux dans une fosse. Dans le tableau six mendiants aveugles avancent s’appuyant l’un sur l’autre dans un paysage désert. Le premier tombe dans une mare, et le destin des autres est tracé. Le drame est créé par la marche de ces malheureux vers la mort. Symboliquement apparaissent au loin une église et son clocher. Luigi Comencini songea utiliser le tableau de Bruegel pour y inscrire le générique du film. Il y renonça parce qu’à la place de l’église, il y a une usine de produits chimiques, et les aveugles de son histoire n’ont pas comme ceux de Bruegel, le pressentiment de leur fin tragique. C’est en 1972 que Luigi Comencini eut l’idée de montrer ce qu’il voyait par les vitres de sa voiture lorsqu’il était coincé dans un embouteillage. Il expliqua : pour des raisons financières, je n’ai pas pu faire ce film à cette époque, fort heureusement d’ailleurs. Entre 1972 et aujourd’hui beaucoup de choses ont changé en Italie, comme partout. Le chômage, le terrorisme, la violence se sont accentués dans des proportions inimaginables. Aussi mon film commence dans le rire et se poursuit dans l’horreur. Pour mes personnages, il n’y a pas d’issue.
Le tronçon d’autoroute fut entièrement reconstitué au studio de Cinecitta (15) par le décorateur Mario Chiari (16).
Images et loisirs
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieter_Brueghel_l%27Ancien
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Parabole_des_aveugles
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Matthieu_%28ap%C3%B4tre%29
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cinecitt%C3%A0
(16) http://www.imdb.com/name/nm0157061/

Entretien avec Luigi Comencini
Au fond, "Le Grand embouteillage" renferme l’illusion de se projeter vers une société erronée en montrant le tableau en négatif...
Oui, mais c’est autre chose. Heureusement que le film fait un peu rire ! S’il n’y avait pas Sordi... Sordi a été très intelligent, parce que je le voulais pour le personnage qu’a fait finalement Fernando Rey. Sordi a lu le scénario et a dit, "mais moi je j’aimerais mieux faire l’industriel !" Et il a eu raison, parce que si ç’avait été un acteur sérieux, type Noiret (17), ou Piccoli (18), cela n’intéressait plus, parce que le personnage de l’homme d’affaires cynique et impitoyable, ne fonctionne que sous forme de caricature. Ainsi Sordi va très bien. Il y avait une scène que j’ai coupée parce que le film était trop long, où il téléphonait, achetait et prenait le contrôle de cette société immobilière et puis il s’apercevait qu’elle était déjà à lui !
Paul-Louis Thirard in Positif n° 218 (mai 1979)
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Noiret
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Piccoli

Luigi Comencini
Né le 8 juin 1916 à Salò, décédé le 6 avril 2007 à Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Luigi_Comencini

Bernardino Zapponi
Né le 4 septembre 1927 à Rome où il est décédé le 11 février 2000.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernardino_Zapponi

Ruggero Maccari
Né le 28 juin 1919 à Rome où il est décédé le 8 mai 1989.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ruggero_Maccari

Julio Cortázar
Né Julio Florencio Cortázar Descotte le 26 août 1914 à Ixelles (Belgique), décédé le 12 février 1984 à Paris.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Julio_Cort%C3%A1zar

Ennio Guarnieri
Né à Rome le 12 octobre 1930.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ennio_Guarnieri

Fiorenzo Carpi
Né le 19 octobre 1918 à Milan, décédé à Rome le 21 mai 1997.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fiorenzo_Carpi

Annie Girardot
Née le 25 octobre 1931 à Paris où elle est décédée le 28 février 2011.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Girardot

Fernando Rey
Né Fernando Casado Arambillet le 20 septembre 1917 à La Corogne, décédé le 9 mars 1994 à Madrid.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fernando_Rey

Miou-Miou
voir fiche du film Landes
http://www.citebd.org/spip.php?film1083

Gérard Depardieu
voir fiche du film Le Grand soir
http://www.citebd.org/spip.php?film839

Ugo Tognazzi
Né le 23 mars 1922 à Crémone (Italie), décédé le 27 octobre 1990 à Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ugo_Tognazzi

Marcello Mastroianni
Né Marcello Vincenzo Domenico Mastroianni le 28 septembre 1924 à Fontana Liri, décédé le 19 décembre 1996 à Paris.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcello_Mastroianni

Stefania Sandrelli
Née le 5 juin 1946 à Viareggio.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stefania_Sandrelli

Alberto Sordi
Né à Rome le 15 juin 1920 où il est décédé le 24 février 2003.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alberto_Sordi

Orazio Orlando
Né le 14 juin 1937 à Naples, décédé le 18 décembre 1990 à Rome.
http://www.imdb.com/name/nm0650010/

Gianni Cavina
Né le 9 décembre 1940 à Bologne.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gianni_Cavina

Harry Baer
Né Harald Zöttl le 27 septembre 1947 à Biberach an der Riß (Allemagne).
http://www.imdb.com/name/nm0006781/

Ángela Molina
voir fiche du film Blancanieves
http://www.citebd.org/spip.php?film972

Ciccio Ingrassia
Né le 5 octobre 1922 à Palerme, décédé le 28 avril 2003 à Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciccio_Ingrassia

Patrick Dewaere
Né Patrick Jean Marie Henri Bourdeaux le 26 janvier 1947 à Saint-Brieuc, décédé le 16 juillet 1982 à Paris.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Dewaere

extrait(s) de presse

Arte - Un film culte qui réunit une pléiade de vedettes européennes dans des rôles à contre-emploi...
Le Canard enchaîné - Un film qui mêle avec art la clairvoyance, la dérision et la férocité. Un chef d’œuvre de critique sociale comme les cinéastes italiens en font souvent (...). Et qu’on n’accuse pas Luigi Comencini d’exagérer. Même dans ses moments les plus ahurissants, ce n’est pas "Le Grand embouteillage" qui pousse à la roue. C’est la vie moderne qui jette loin le bouchon.
Citizen poulpe - Si "Le Grand embouteillage" est souvent drôle, il s’agit d’un humour acerbe, acide...
Dvd classik - Comencini nous fait comprendre in fine qu’il reste un tout petit espoir de sauver cette humanité défaillante, cette société de consommation qui nous rend de plus en plus individualiste. Faisons-lui confiance aujourd'hui encore !
Télé loisirs - Une parabole éblouissante sur la civilisation occidentale d'une rare férocité et d'un profond pessimisme sur la nature humaine.
Le Monde - Le film est assez sombre sur le fond, pas vraiment optimiste dans son propos tout en restant très facile d’accès. C’est en tout cas un film qui interpelle.
Arte - Luigi Comencini, cinéaste pourtant réputé pour son humanisme, signe ici un monument de noirceur au point que Le Grand Embouteillage n’a plus grand-chose à voir avec la comédie, et se transforme progressivement en fable apocalyptique sans aucun espoir.
Mad movies - Du grand cinoche.