The Servant - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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The Servant

ciné répertoire
Gb - 1963 - 1h56
sorti en France le 10 avril 1964
Bafta 1964 du meilleur acteur (Dirk Bogarde), de la meilleure photographie (Douglas Slocombe), révélation de l'année (James Fox)
film - version originale sous-titrée en français
de

Joseph Losey

scénario : Harold Pinter
d'après l'oeuvre de : Robin Maugham
direction de la photographie : Douglas Slocombe
musique ou chansons : John Dankworth
avec : Dirk Bogarde (Hugo Barrett), Sarah Miles (Vera), Wendy Craig (Susan), James Fox (Tony), Catherine Lacey (Lady Mounset), Richard Vernon (Lord Mounset), Patrick Magee (l'évêque), Alun Owen (le vicaire), Doris Knox (femme âgée), Jill Melford (jeune femme), Derek Tansley (maître d'hôtel), Hazel Terry (femme dans la chambre), Philippa Hare (fille dans la chambre), Dorothy Bromiley (fille dans la cabine téléphonique), Alison Seebohm (fille dans le pub), Chris Williams (caissier), Gerry Duggan (serveur), Ann Firbank, Harold Pinter
séances : semaine du mercredi 22 avril 2015
mercredi 22 jeudi 23 vendredi 24 samedi 25 dimanche 26 lundi 27 mardi 28
16:15*
18:30
séance spéciale :
* Festival Play it again (1ère édition) organisé en partenariat avec l’Adfp (Association des distributeurs de films de patrimoine) - tarif unique 3,50 €

synopsis

À Londres, Tony, un jeune aristocrate paresseux emménage dans une confortable maison de ville, il engage Hugo Barrett comme domestique. Ce dernier se révèle être un valet modèle, travailleur et intelligent. Une certaine complicité s'établit peu à peu entre le maître et son serviteur. Les femmes entrent en jeu : Susan, la fiancée de Tony, et Vera, d'abord présentée comme la sœur d'Hugo. La tension monte inexorablement car Susan, jalouse, détecte la face malsaine de ces intrus. Rapidement les rôles s'inversent et le maître se retrouve l'esclave de son serviteur, abandonnant tout caractère et toute volonté...

notes de production

C’est une erreur trop souvent commise en territoire cinéphile : croire que Joseph Losey était anglais. Il faut bien reconnaître que son association avec Harold Pinter, le temps de trois chefs-d’œuvres (The Servant, Accident (1), Le Messager) (2), constitue l’une des analyses les plus fines et les plus aiguisées des contradictions de la haute société britannique.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_%28film,_1967%29
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Messager_%28film,_1971%29
D’ailleurs Losey lui-même acceptait aisément cette méprise et l’expliquait en affirmant que son scénariste et lui avaient été élevés assez loin des bourgeois anglais pour pouvoir les observer avec l’objectivité adéquate. (...) Joseph Losey est déjà un cinéaste engagé quand il choisit de s’exiler en Grande-Bretagne pour échapper à une dénonciation d’anciens camarades devant la Commission des activités anti américaines en pleine Chasse aux sorcières (3).
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Maccarthysme
En Angleterre, il débute avec quelques films remarqués pour leur mise en scène parmi lesquels Les Criminels (4). Certains célèbres cinéphiles français baptisés les Mac Mahoniens (5), alors particulièrement influents, intègrent même le cinéaste dans leur Panthéon aux côtés de Fritz Lang (6) et Otto Preminger (7). Avec Eva (8), il signe son film le plus personnel selon lui.
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Criminels
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_Mac_Mahon
(6) http://www.citebd.org/spip.php?film1244
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_Preminger
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Eva_%28film,_1962%29
Dans cette œuvre malaisante avec Jeanne Moreau (9) percent déjà quelques thèmes de The Servant dont la lente dégradation d’un personnage par un autre qui le manipule sans scrupules. Malheureusement ses producteurs français l’amputent de plus d’une vingtaine de minutes sans l’en avertir et effectuent des retouches auxquelles Losey répugne après l’avoir forcé à renoncer à ses droits sur le film.
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film961
C’est donc un cinéaste gonflé à bloc par la rancœur qui se décide en 1963 à adapter le roman de Robin Maugham dont il existait déjà une première mouture de scénario. (...) Losey, Pinter et leur comédien fétiche, Dirk Bogarde, se rencontrent dans un café et leurs premiers échanges se déroulent fort mal. Pinter, orgueilleux et imbibé d’alcool, ne se laisse pas dicter sa conduite par cet américain qui lui impose de recommencer à réécrire le script à ses côtés, page par page. Après cet échange initial et houleux, les deux hommes ne sont pas certains de se revoir. Et pourtant, dès le lendemain débute une collaboration qui ne connaîtra presque plus aucun heurt pendant 14 ans et où ils se feront une entière confiance fondée sur un respect mutuel...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/the-servant-drame,7944-note-86726

Le tournage commence le 28 janvier 1963, dans les studios de Shepperton (10), à une trentaine de kilomètres de Londres. C’est un hiver terrible, et Losey tombe malade une quinzaine de jours plus tard - une broncho-pneumonie qu’il doit soigner au fond de son lit. Pendant quelques temps, le film est donc laissé aux mains du décorateur Richard MacDonald et de Dirk Bogarde. A son retour, depuis un lit installé sur le plateau, Losey refilme quasiment tous les plans qu’ils avaient tournés… Techniquement, les effets de miroir et d’ombres voulus par le cinéaste posent problème au chef opérateur Douglas Slocombe. Lequel fait l’impossible pour travailler avec le fameux miroir convexe dont la réflexion inverse la place des personnages dans le champ et donc, le rapport maître / serviteur.
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Studios_de_Shepperton

Joseph Losey a déclaré que The Servant s’inspire librement de la célèbre fable de Goethe. Le cinéaste dit avoir cherché à en proposer une variante moderne. Avec un Méphistophélès (11) sous les traits de Dirk Bogarde.
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Faust

The Servant fonctionne sur un huis-clos ou presque, digne d’une pièce de théâtre, et pour cause : c’est Harold Pinter qui a mis sur pied l’adaptation cinématographique du roman de Robin Maugham. Par ailleurs, le célèbre dramaturge anglais y joue un petit rôle.

La relation entre les deux personnages principaux est de nature homosexuelle et sado-masochiste de surcroît. Joseph Losey le confirme : c’est un sujet tragique comme tout ce qui est plus fort que la société, que la règle ; que soi. Pour moi, le jeune homme (Tony, l’aristocrate joué par James Fox) est l’innocence, et c’est pour cela qu’il est un homosexuel fondamental. Tout homme doit vaincre une partie de lui-même pour aller vers la femme.
Bien évidemment, du fait du puritanisme et des censures d’époque, Joseph Losey est obligé de traiter du sujet de façon implicite et souterraine : entre les deux hommes, il ne se passe rien pendant la durée du film. Après ? Tout est possible.
Mais cela n’a pas empêché le film de scandaliser un grand nombre de spectateurs.

Révélé pour son rôle d’avocat bisexuel dans La Victime de Basil Dearden (12), Dirk Bogarde a été alors nominé aux Bafta (13) mais ne remportera pas le prix convoité. Il a néanmoins attiré l’attention de Joseph Losey qui lui confie le rôle du domestique dans The Servant. Fort du plébiscite dont le film a bénéficié, les deux hommes tourneront ensuite en 1966 un film d’aventure grand public, Modesty Blaise (14). L’année suivante, ils retravailleront une dernière fois ensemble sur un drame psychologique, Accident.
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Victime
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/British_Academy_of_Film_and_Television_Arts
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Modesty_Blaise_%28film%29

Le point de départ de The Servant n’est guère différent de celui des Bonnes (15). Comme dans l’œuvre de Genêt (16), il s’agit des relations entre maîtres et serviteurs, et, au delà, d’une dialectique de la domination et de l’asservissement qu’on peut être tenté de considérer (symboliquement), comme une transposition de la lutte des classes. Certes Losey refuse de voir dans son œuvre une démonstration didactique, et il dénie à ses personnages tout caractère représentatif et symbolique. Le symbole, en effet, se situe à un niveau moins élémentaire : il est suggéré par l’œuvre toute entière, par sa dynamique intérieure, par son pouvoir poétique...
Jacques Chevallier in La Saison cinématographique 64 (Ufoleis)
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Bonnes
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Genet

Choquante et fascinante à la fois, cette œuvre tout en nuances mérite une grande attention pour son sujet peu commun et la manière subtile dont elle est traitée. Quel est en fait le véritable propos du film que Losey reconnaît avoir tourné exactement comme il l’avait souhaité ? Les êtres qui sont décrits dans ce film, explique le cinéaste, participent d’un monde archaïque, mais qui n’a point réellement disparu de nos jours. Ce sont des gens qui vivent dans un autre siècle et ne peuvent échapper aux normes anciennes. Le titre du film lui-même pose un problème de traduction insurmontable ; c’est la raison pour laquelle l’œuvre est sortie en France sous son titre original. Titrer en français servant, valet ou domestique serait un contresens : le Servant désigne avec précision en Angleterre une position sociale attachée au XIXéme siècle. Beaucoup de cinéphiles considèrent The Servant comme le chef d’œuvre de Joseph Losey.
Images et loisirs

Jospeh Losey, lui, se souvient du tournage comme d’un pur moment de bonheur : ce film a été très agréable à faire : tout le monde aimait tout le monde. Parfois même trop… Ainsi la relation amoureuse tumultueuse qu’entretiennent James Fox, alias Tony, et Sarah Miles, qui joue Vera, la sœur du valet, apporte son lot de coups de théâtre sur le plateau. Losey se souvient du tournage de la fameuse scène du fauteuil pivotant, où Vera séduit Tony : c’était une vraie garce ce jour-là. Il fallut faire venir sur le plateau son agent, Robin Fox (le père de James, qui joue Tony), qui était aussi le mien. Le voyant flanqué d’un kimono court et de bottes en fourrures - les mêmes que celles de Stanley Baker (17) dans Eva - Sarah Miles s’en prend à son amant : grande folle puante, si tu crois que je vais jouer avec toi dans cette tenue grotesque, tu es fou ! Tancée par son agent, recadrée par Losey, Sarah Miles finit par se calmer. Quant au malheureux James Fox, qui ressemble de plus en plus à son personnage sadisé, il refuse catégoriquement de jouer avec les fameuses bottes...
http://www.telerama.fr/cinema/the-servant-de-joseph-losey-la-grande-histoire-d-un-film-au-parfum-de-soufre,115980.php
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Stanley_Baker

Entretien avec Joseph Losey
En fait, à sa sortie, The Servant a été très sous-estimé. Il a concouru à Venise, où il n’a remporté aucun prix, rien. Même, il a été très attaqué, et j’ai été très déçu. Mais quand il fut programmé à Paris et à Londres il eut de bons résultats. Et de tous les films sur lesquels je devais toucher un pourcentage, c’est l’un des rares sur lesquels j’ai vraiment touché quelque chose...
Y-a-t-il eu des coupes dans "The Servant" ?
Personne d’autre que moi n’a rien coupé au Servant. Mon monteur, Reginald Mills (18), et moi-même trouvions le film trop long. Il durait à l’origine 2h20, et il dure finalement 2h02 à peu près. Certaines séquences étaient légèrement répétitives, surtout à cause du travail de Harold. Il écrivait de façon très personnelle, mais il arrivait qu’une scène ressemble à une autre. De ce que j’ai tourné, j’ai donc coupé près de 20 minutes, y compris une séquence qui est l’une des meilleures que j’ai faites de ma vie, sur la vie privée du serviteur avant son arrivée dans la maison, quand il habitait avec le gérant d’une pension de famille au sud de Londres. J’ai aussi coupé une ou deux scènes répétitives vers la fin - un souper avec Tony et quelques autres moments...
Michel Ciment in Le Livre de Losey (Stock, 1979)
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Reginald_Mills

Joseph Losey
Né le 14 janvier 1909 à La Crosse (Wisconsin), décédé le 22 juin 1984 à Londres.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Losey

Harold Pinter
Né le 10 octobre 1930 à Londres où il est décédé le 24 décembre 2008.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Harold_Pinter

Robin Maugham
Né Robert Cecil Romer Maugham le 17 mai 1916, décédé le 13 mars 1981 à Brighton.
http://en.wikipedia.org/wiki/Robin_Maugham,_2nd_Viscount_Maugham

Douglas Slocombe
voir fiche du film Cyclone à la Jamaïque
http://www.citebd.org/spip.php?film710

John Dankworth
Né le 20 septembre 1927 à Woodford (Essex), décédé le 6 février 2010.
http://en.wikipedia.org/wiki/John_Dankworth

Dirk Bogarde
Né Derek Jules Gaspard Ulric Niven van den Bogaerde le 28 mars 1921 à Londres où il est décédé le 8 mai 1999.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dirk_Bogarde

Sarah Miles
Née le 31 décembre 1941 à Ingatestone (Essex).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sarah_Miles

Wendy Craig
Née le 20 juin 1934 à Sacriston (Gb).
http://www.imdb.com/name/nm0186048/

James Fox
Né William Fox le 19 mai 1939 à Londres.
http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Fox_%28acteur%29

Catherine Lacey
Née le 6 mai 1904 à Londres où elle est décédée le 23 septembre 1979.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_Lacey

Richard Vernon
Né le 7 mars 1925 à Reading (Berkshire), décédé le 4 décembre 1997 à Londres.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Vernon_%28acteur%29

Patrick Magee
Né le 31 mars 1922 à Armagh (Irlande du Nord), décédé le 14 août 1982 à Londres.
Disparaît dix ans après un rôle essentiel dans Orange mécanique de Stanley Kubrick...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Magee

Alun Owen
Né le 24 novembre 1925 à Menai Bridge (Gb), décédé le 6 décembre 1994 à Londres.
http://www.imdb.com/name/nm0654079/

Doris Knox
Née le 14 juillet 1916 à New York, décédée le 29 juillet 1998 à Berwick-Upon-Tweed (Gb).
http://www.imdb.com/name/nm0461615/

Jill Melford
Née le 23 novembre 1934 à Londres.
http://www.imdb.com/name/nm0577657/

Derek Tansley
Né le 7 juillet 1917 à Brighton.
http://www.imdb.com/name/nm0849817/

Hazel Terry
Né le 23 janvier 1918 à Londres où il est décédé le 12 octobre 1974.
http://www.imdb.com/name/nm0855993/

Dorothy Bromiley
Née le 18 septembre 1930 à Manchester.
Fût mariée à Joseph Losey...
http://www.imdb.com/name/nm0111321/

Alison Seebohm
Née Alison Patricia Seebohm le 5 mai 1939 à Luton (Gb).
http://www.imdb.com/name/nm0780377/

Ann Firbank
Née le 9 janvier 1933 à Secunderabad (Inde).
http://www.imdb.com/name/nm0278615/

extrait(s) de presse

Télérama - Ce film sulfureux, véritable bombe baroque, secoue le cinéma anglais contemporain...
Critikat - "The Servant" est probablement l’exemple le plus criant de l’absorption totale de la verve pinterienne par le cinéma d’un Losey qui conçoit le politique comme un premier stade métaphysique...
àVoir-àLire - "The Servant" est un chef d’oeuvre du thriller domestique, trouble, ambigu, subversif...
Courte focale - Losey aime à tirer le maximum d’une situation à priori simple, peu sujette au drame ou à quelque grand retournement que ce soit...
Télé loisirs - Un authentique chef-d'oeuvre parfaitement inquiétant et subtil dans son analyse des rapports humains et plus précisément de domination. C'est à coup sûr l'une des plus remarquables réussites de Joseph Losey. L'interprétation de Dirk Bogarde est tout simplement exceptionnelle.
Ciné club de Caen - Ce huis-clos étouffant, filmé dans un magnifique noir et blanc, est une illustration sophistiquée de la dialectique du maître et de l'esclave par Hegel dans "La Phénoménologie de l'Esprit"...