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Rue Cases-Nègres

ciné môme - ciné répertoire
France - 1983 - 1h41
sorti en France le 21 septembre 1983
Lion d'argent spécial meilleure première œuvre, Coupe Volpi de la meilleure actrice (Darling Légitimus) Venise 1983 - César 1984 de la meilleure première œuvre - Prix du public Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou 1985
accessible aux enfants à partir de 8 ans
film - film francophone
de

Euzhan Palcy

scénario : Euzhan Palcy, avec les conseils de François Truffaut
d'après l'oeuvre de : Joseph Zobel
direction de la photographie : Dominique Chapuis
musique ou chansons : Malavoi
avec : Garry Cadenat (José), Darling Legitimus (M’man Tine, grand-mère de José), Douta Seck (Médouze), Joby Jobba (Mr. Saint Louis), Marie Ange Farot (Mme Saint Louis), Francisco (le géreur), Marie-Jo Descas (mère de Léopold), Laurent Saint Cyr (Léopold), Henri Melon (Mr. Roc, l'instituteur), Eugène Mona (Julien "douze-orteils"), Joël Palcy (Carmen, conducteur du bateau), Mathieu Crico (Gesner), Tania Hamel (Tortilla), Maïté Marquet (Aurélie), Dominique Arfi (patronne de Carmen), Emilie Blameble (Mme Fusil)
séances : semaine du mercredi 1er avril 2015
mercredi 1er jeudi 2 vendredi 3 samedi 4 dimanche 5 lundi 6 mardi 7
14:00
14:00
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synopsis

En Martinique dans les années 30. Le jeune José vit avec sa grand-mère, M'man Tine, rue Cases-Nègres. Pour eux, comme pour tous les autres, l'existence est très rude. Leurs seules ressources proviennent de l'exploitation des champs de canne à sucre qui appartiennent aux Blancs. José va à l'école communale, où son instituteur lui enseigne le sens d'une certaine liberté et l'aide à obtenir son certificat d'études. Il passe avec succès le concours et obtient une bourse, à la plus grande joie de M'man Tine. Celle-ci, en effet, n'a d'autre ambition que de permettre à son petit-fils d'échapper à leur condition misérable...

notes de production

Premier long-métrage de la réalisatrice martiniquaise Euzhan Palcy, Rue Cases-Nègres est l’adaptation passionnée du grand roman antillais de Joseph Zobel. Sous le regard d’un jeune garçon situé à un âge charnière, c’est une page de l’histoire coloniale qui se raconte. Soutenue à l’époque par François Truffaut (1) et Aimé Césaire (2), Euzhan Palcy filme ce récit de cœur avec une justesse naturelle, sans misérabilisme ni édulcoration et en laissant le champ à la réalité nue. Rue Cases-Nègres demeure un symbole de l’identité collective antillaise et un classique universel.
(1) http://www.citebd.org/spip.php?film1411
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Aim%C3%A9_C%C3%A9saire

Le film débute à Rivière-Salée (3), un village d’ouvriers agricoles du Gouvernorat (4) de Martinique, en août 1930. Il met en scène le combat d’une grand-mère, M’man Tine, afin que son petit-fils José, qu’elle élève seule, jouisse d’une bonne éducation et d’une instruction lui permettant de devenir fonctionnaire et, ainsi, lui éviter de travailler sa vie durant dans les champs de cannes à sucre. José est initié à la tradition et aux cultes des anciens par son ami Médouze, le vieux sage du village. Monsieur Roc l’instituteur sera un soutien constant pour le jeune garçon. La fin du film est placée à mi-mai 1932 (le vendeur du journal Le Temps (5) crie : « le président Dou-mer (6) as-sas-siné » : no 25823 du 8 mai 1932).
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Rivi%C3%A8re-Sal%C3%A9e
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_gouverneurs_de_la_Martinique
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_%281861-1942%29
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Doumer

Avant d’être un film, Rue Cases Nègres est une œuvre célèbre de la littérature antillaise, écrite par Joseph Zobel. En 1947, Zobel est professeur adjoint au Collège François 1er de Fontainebleau et commence à écrire La rue Cases Nègres (7), qu’il termine en 1949. Les éditeurs auxquels il présente son manuscrit - Julliard (8), Albin Michel (9), La table Ronde (10) - n’en veulent pas pour des motifs divers : pas de public pour un tel ouvrage, trop progressiste, style entaché de créolismes. Publié finalement par les éditions Jean Froissart (11), il obtient le Prix des lecteurs en octobre 1950, décerné par un jury composé de mille lecteurs de la Gazette des lettres.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rue_Cases-N%C3%A8gres : du fait d’une différence entre le titre du livre La Rue Cases-Nègres et celui du film Rue Cases-Nègres (tel qu’il apparaît à l’écran), un certain flottement s’est installé : le registre public du Centre national de la cinématographie (Cnc) le connaît sous La Rue Cases-Nègres, l’Internet Movie database sous Rue cases nègres, AlloCiné sous Rue Cases Negres. La typographie respectueuse des règles toponymiques devrait être Rue Cases-Nègres.
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_Julliard
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_Albin_Michel
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_de_la_Table_ronde
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ditions_Jean_Froissart

Séduit par l’œuvre, François Truffaut participa à l’écriture du scénario, aux côtés de la cinéaste martiniquaise Euzhan Palcy qui avait à ses côtés Guy Deslauriers (12) comme stagiaire à la mise en scène.
(12) http://www.citebd.org/spip.php?film24

Le film est empreint d’un profond humanisme. Visiblement, Euzhan Palcy a voulu demeurer fidèle à l’esprit du livre et à l’époque évoquée sans en recontextualiser les données. Rue Cases Nègres est une œuvre réalisée très professionnellement, parfois même de manière académique, mais que l’on regarde avec un certain intérêt. Présentée en milieu scolaire (13), elle offrirait une bonne introduction à l’initiation à la biculturalité.
Raphaël Bassan in La Revue du cinéma n° 387 (octobre 1983)
(13) le film est inscrit au dispositif Collège au cinéma depuis 2010
http://www.cnc.fr/web/fr/college-au-cinema1/-/ressources/4275894

Les scènes d’école sont excellentes. On retrouve des locaux tout pareils à ceux qui existaient chez nous et les instituteurs se ressemblent comme des frères, tels qu’étaient hommes et locaux sous cette bonne vieille Troisième République (14). Les programmes aussi sont les mêmes. Le film est bien trop discret pour faire allusion à nos ancêtres les gaulois, mais certaines citations sont aussi éloquentes. C’est un rien mélancolique de voir ainsi notre école de la République dans le contexte colonial...
Ginette Delmas in Jeune cinéma n° 153 (octobre 1983)
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_R%C3%A9publique_%28France%29

Rue Cases Nègres est un peu Les Travaux et les jours (15) de la conscience antillaise contemporaine. La vie de ses personnages se déploie au rythme des récoltes et des pluies, entre cases et canneraies. Le monde antillais prend ses racines là, dans cette répétition sans espoir d’un geste hérité de l’esclavage. Au-delà un paysage se découvre, qui laisse apparaître ses stratifications, l’enchevêtrement et la hiérarchie des races et des classes. Une équation simple parcourt le roman comme le film : l’école contre le champs de cannes, ou l’espoir, l’infini des possibles contre une servitude imposée...
Alain Menil in Cinématographe n° 93 (octobre 1983)
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Travaux_et_les_Jours

Ce que ce film nous dit au fond, c’est que l’homme blanc a créé chez le noir antillais une dichotomie au niveau de la personnalité, qui pour être un résultat de l’histoire, n’en continue pas moins à peser sur les êtres. A cet égard, l’utilisation de la chanson J’ai deux amours (16), interprétée par Joséphine Baker, est d’une force remarquable dans la dérision amère, aussi bien que, simplement, dans la référence culturelle d’époque...
Henri Micciollo in Cinéma n° 298 (octobre 1983)
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/J%27ai_deux_amours_%28chanson%29

Le tournage de Rue Cases Nègres a duré 9 semaines à la Martinique, avec 800 figurants, 500 costumes créés spécialement pour le film et une équipe de 40 techniciens, dont Euzhan Palcy déclare qu’ils étaient tous motivés et conscients de l’importance que représentait ce projet pour les antillais. D’autre part, en ce qui concerne la couleur, Euzhan Palcy a choisi le procédé sépia pour éviter ce qu’elle appelle le doudouïsme, c’est-à-dire le côté carte postale.
Images et loisirs

Rue Cases Nègres est une touchante illustration de la mémoire collective d’un peuple, présentée sous la forme d’un conte moderne, un brin édifiant. La bande nous dépeint, dans un style très classique mais où le plaisir de filmer n’est jamais évacué, la saga du petit José, conduit vers la libération par le savoir grâce aux efforts de sa grand-mère et à sa propre volonté de s’instruire. Comme les célèbres trilogies de Mark Donskoï (17), sur la jeunesse de Maxime Gorki (18), et de Satyajit Ray (19) (Pather Panchali (20) et la suite), Rue Cases Nègres, inspiré d’un texte homonyme de Joseph Zobel, un classique de la littérature antillaise, est une œuvre d’apprentissage...
Raphaël Bassan in La Saison cinématographique 1984
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Donsko%C3%AF
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Maxime_Gorki
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Satyajit_Ray
(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Complainte_du_sentier

Entretiens avec Euzhan Palcy
"Rue Cases-Nègres" est votre premier long-métrage au cinéma mais vous aviez déjà réalisé des fictions pour la télévision ?
J’avais réalisé une fiction dramatique de 52 minutes, de manière totalement autodidacte et c’est après ça que je suis partie en Métropole, pour continuer mes études.
Au début des années quatre-vingt ?
Oui, je suis arrivée à Paris, que je n’ai pas trouvé très accueillant. A l’époque, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas du tout de respect pour les Noirs. Je trouvais la ségrégation très forte, en matière de logement, de travail, etc. Plus d’une fois je me suis confrontée au racisme des citadins. J’étais vraiment interloquée, choquée, notamment par la lâcheté des gens, car à chaque fois que j’étais victime du racisme, il y a avait des témoins, mais ces gens là ne bougeaient pas d’un pouce. Je crois qu’à leurs yeux c’était une situation banale. Aux Antilles nous avons un sens de l’accueil qui n’a absolument rien à voir, les gens s’entraident, nous sommes toujours contents de voir arriver des gens de la Métropole. Je pense que les choses ont changé depuis, mais à l’époque cela m’avait vraiment choquée. J’ai détesté ma première année à Paris, et je me posais beaucoup de questions sur la signification d’être Français. Il faut savoir qu’aux Antilles, on nous gavait de culture française, de leçons d’histoire et de géographie mais aussi de civisme, etc. Le choc a été rude...
http://lci.tf1.fr/cinema/news/entretien-avec-euzhan-palcy-rue-cases-negres-5696058.html
Que ressentez-vous alors que "Rue Cases-Nègres" va être présenté à la prestigieuse sélection Cannes classics en présence du ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand ?
C’est un grand honneur, un réel plaisir, surtout quand on voit à quel point cette sélection est prestigieuse. Quand le film était sorti, je rêvais d’être dans une sélection cannoise mais cela n’avait pas été le cas. Je comprenais qu’il y a tellement de bons films et que la concurrence était rude mais en tant qu’Antillaise française, j’étais déçue car j’avais très envie que nous existions sur les écrans. Mais il fut sélectionné à Venise et fut en 1983 le film français le plus vendu à l’étranger. Plus de 20 ans après, Cannes reconnaît le film : la boucle est bouclée !
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=10158

Euzhan Palcy
Née le 13 janvier 1958 en Martinique.
Première réalisatrice noire produite par un studio hollywoodien et seule femme qui ait dirigé Marlon Brando...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Euzhan_Palcy
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=11271

Joseph Zobel
Né le 26 avril 1915 à Rivière-Salée (Martinique), décédé le 17 juin 2006 à Alès.
Considéré comme l’un des auteurs les plus significatifs de la littérature antillaise...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Zobel

Dominique Chapuis
Né en 1948, décédé le 4 novembre 2001.
http://www.afcinema.com/_Dominique-Chapuis_.html
http://www.imdb.com/name/nm0152683/

Malavoi
http://fr.wikipedia.org/wiki/Malavoi

Garry Cadenat
http://www.imdb.com/name/nm0128161/

Darling Legitimus
Née Mathilda (Marie-Berthilde) Paruta le 21 novembre 1907 au Carbet (Martinique), décédée le 7 décembre 1999 au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne). Grand-mère de Pascal Légitimus...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Darling_L%C3%A9gitimus

Douta Seck
Né le 4 août 1919 à Saint-Louis (Sénégal), décédé le 5 novembre 1991.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Douta_Seck

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Ce succès du trop rare cinéma antillais est indéniablement une belle œuvre...
L'Express - Vingt-sept ans après le succès de "Rue Cases-Nègres", rien n'a vraiment changé. Malheureusement.
Télérama - Parmi les acteurs de ce film plein d'émotion et de chaleur, on appréciera particulièrement la merveilleuse Darling Légitimus et le jeune Garry Cadenat. Une réussite.
Africultures - Soutenue à l'époque par François Truffaut, Euzhan Palcy filme ce récit de coeur avec une justesse naturelle, sans misérabilisme ni édulcoration. Récompensé par de très nombreux prix à travers le monde, "Rue Cases-Nègres" demeure un classique universel.
Jeux actu - Aujourd'hui, "Rue Cases-Nègres" demeure un film débordant d'amour et d'optimisme, un classique universel sur l'âge tendre...
Il était une fois le cinéma - "Rue Cases-Nègres" est un aperçu rare - trop rare dans le cinéma français - de la société antillaise, salué à travers le monde, dont l’acuité reste aussi vivace qu’il y a 27 ans, au moment de sa sortie. Beaucoup souhaitaient le revoir au cinéma. Leur souhait est exaucé.
Tf1 news - "Rue Cases-Nègres" est un réservoir d'espérance et de souvenirs, ceux d'une culture et d'un mode de vie créoles rarement représentés au cinéma...