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Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper

Shirley: visions of reality
Autriche - 2013 - 1h33
sorti en France le 17 septembre 2014
film - version originale sous-titrée en français
de

Gustav Deutsch

scénario : Gustav Deutsch, Thomas Schlesinger
direction de la photographie : Jerzy Palacz
musique ou chansons : Christian Fennesz, David Sylvian
avec : Stephanie Cumming (Shirley), Christoph Bach (Stephen), Florentin Groll (Mr. Antrobus), Elfriede Irrall (Mrs. Antrobus), Tom Hanslmaier (portier), Yarina Gurtner Vargas, Peter Zech, Alfred Schibor, Jeff Burrell, Jim Libby, Dennis J. Kozeluh, Anne Weiner, Julien Avedikian

synopsis

Shirley est une actrice américaine, en couple avec un journaliste, Steve. De 1931 à 1963, elle visite Paris, traverse la crise des années 30, accepte des emplois alimentaires, joue pour Elia Kazan, subit le maccarthysme, voit son couple s'étioler, soutient la lutte pour les droits civiques, tout en exprimant ses sentiments et ses réflexions à propos de l'art, du cinéma, de la liberté, de l'engagement. Le film est composé de treize scènes tournées presque en plans fixes et presque entièrement en plans-séquences. Chaque scène reprend un tableau du peintre américain Edward Hopper, décor, cadrage, couleurs et lumières compris...

notes de production

Neuf années ont été nécessaires pour préparer et réaliser le film de Gustav Deutsch. Un travail inédit a été réalisé sur la construction des décors, la création des lumières, des costumes et des accessoires pour reconstituer les tableaux de Edward Hopper.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Hopper
Une exposition dédiée au film a été présentée à Vienne au musée Künsterhaus en novembre 2013.
http://www.austria.info/fr/art-culture/kunsthaus-de-vienne-2138427.html

Le réalisateur Gustav Deutsch décida que Shirley serait une femme forte, charismatique et volontaire à cause de la foi que les gens avaient à cette époque aux Usa : la confiance en une égalité possible entre les personnes et notamment entre les hommes et les femmes.

A la fin de la bande-annonce de Shirley : visions of reality, le spectateur est interpellé par la jeune femme de la peinture, qui le montre explicitement du doigt avant de dire : le conseil que je vous donne c’est de ne pas vous demander "pourquoi" ou "comment", mais de manger votre glace et d’en profiter tant qu’elle est dans votre assiette. Voilà ma philosophie. L’actrice brise ainsi le quatrième mur et inscrit le film dans le plaisir de la contemplation.

Gustav Deutsch décida de se pencher sur les œuvres picturales d’Hopper en partie à cause de l’importante influence qu’exercèrent les films noirs des années 30 sur le peintre, mais aussi parce que l’artiste influença à son tour nombre de réalisateurs passés et contemporains tels Hitchcock (1), Jarmusch (2), Scorsese (3) ou Wenders (4). L’œuvre du peintre fait par ailleurs parfois directement référence au cinéma comme avec Cinéma à New York (5) datant de 1939.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Hitchcock
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film1262
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film578
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1360
(5) http://transatlantica.revues.org/5966

Malgré le fait que le film se nomme Shirley : vision of reality, le véritable modèle d’Hopper ne portait pas ce doux nom. Il faisait en réalité poser sa femme, Josephine Verstille Nivison (6), chaque fois qu’il avait besoin d’un modèle féminin. C’est le réalisateur qui fit le choix de nommer ainsi l’idéal de femme imaginé d’après les toiles et à qui il donne vie dans le film.
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Josephine_Hopper

Alors que la filmographie de Gustav Deutsch se compose majoritairement de documentaires aux images d’archives, Shirley : vision of reality s’attache à une narration plus classique, fictionnelle, autour d’un personnage principal. Seulement, comme pour ses précédentes réalisations, le film se joue des œuvres sur lesquelles il se base pour construire un nouveau discours, des histoires inédites. Il introduit ainsi des éléments qui lui sont originaux dans des créations dès lors composites. Deutsch réalise selon lui une sorte de hors-champ du tableau, par le son ou le dialogue intérieur de la jeune femme.

Lorsque Shirley s’adresse directement à la caméra à l’entrée d’un hôtel, Gustav Deutsch fait référence à une pièce de théâtre vue étant jeune qui l’avait fortement marquée : The Skin of our teeth de Thornton Wilder (7). C’est cette pièce qu’est en train de répéter l’actrice et dont est tiré le son de la scène. Il s’avère que The Skin of our teeth est précisément sortie l’année de production du tableau de Hopper dont s’est inspiré le réalisateur pour cette séquence.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Thornton_Wilder

A défaut d’être écrit comme un scénario classique, Shirley : vision of reality s’est construit en deux temps. Deutsch a d’abord pensé à ce que faisait le modèle avant et après que l’artiste ait figé son instant sur la toile. Quels étaient ses mouvements, sa vitesse, ses gestes ? Il avait d’ailleurs pensé en premier lieu à prendre une danseuse plutôt qu’une actrice pour le rôle. Ce n’est que plus tard que le cinéaste réfléchit au caractère et à la vie active de son personnage, privée et professionnelle.

C’est dans les courts-métrages de Mara Mattuschka (8) que Deutsch découvre l’actrice Stéphanie Cumming. Il l’avait auparavant aperçue en tant que chorégraphe et danseuse à la compagnie théâtrale viennoise Liquid loft. Jeune femme très active, impliquée dans chaque projet dans lequel elle danse ou joue, elle accepta immédiatement de participer au film de Deutsch, convaincue par le projet. Il s’agit de son premier long-métrage en tant que comédienne.
(8) http://www.imdb.com/name/nm0560510/

Shirley est, à un moment du film, assise dans une salle de cinéma pendant l’entracte (le tableau original se nomme Intermission (9), de 1963). C’est le film de Henri Colpi, Une aussi longue absence (10) qu’elle regarde et que Hopper avait précisément vu.
(9) https://books.google.fr/books?id=0rxkd4bJnhIC&pg=PA65&lpg=PA65&dq=intermission+tableau&source=bl&ots=BZYLR6L3vf&sig=aT35s6__00IL1uR36dc00LXfHGk&hl=fr&sa=X&ei=92jGVMrbIsHOaIuFgegK&ved=0CDsQ6AEwBQ#v=onepage&q=intermission%20tableau&f=false
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Une_aussi_longue_absence_%28film,_1961%29

C’est Hanna Schimek (11), la compagne de Deutsch, qui s’occupa de rendre avec tant de fidélité les lumières et les couleurs tirées des tableaux de Hopper. Elle-même peintre, elle détermina durant un voyage aux Usa pour voir les vrais œuvres quelles seraient les teintes les plus adéquates à utiliser selon les matériaux pour se rapprocher des originales. A l’aide d’un guide des couleurs, elle travailla à la mise en place de chaque décor, avant et après ajout des lumières, ainsi qu’à la récupération fidèle des couleurs sur le film numérisé et visible sur écran.
(11) http://www.imdb.com/name/nm0771777/

Gustav Deutsch n’est pas seulement réalisateur, il est aussi architecte. De ce fait, il s’attaqua lui-même au passage des univers 2D spatialement subversifs d’Hopper sur un plateau en trois dimensions. Plusieurs modèles durent parfois être construits pour se rapprocher de ce qu’avait peint l’artiste.

Jerzy Palacz, le directeur de la photographie, passa bien des nuits blanches à mettre en place l’éclairage de chacun des plans inspirés d’un des treize tableaux du film. Un jour, voire un jour et demi étaient nécessaires à chaque scène et certaines lumières étaient impossibles à rendre dans la réalité : il fallait alors décider de la manière dont on pouvait les placer sans qu’elles ne compromettent l’intégralité de la scène. Elles devaient rester cinématographiques sans perdre de leur aspect pictural original.

Chaque tableau correspond à une date précise, année de création par Edward Hopper. Gustav Deutsch a respecté cet ordre chronologique et en a fait de courts chapitres de six ou sept minutes, donnant à voir ce qui se passe avant et après l’instant figé de l’œuvre initiale. En tout, 34 ans de vie ont été peints puis portés à l’écran, avec parfois des sauts d’une dizaine d’années, correspondant à des toiles solitaires ou avec plusieurs personnages que peignaient alors Hopper. Ainsi, Deutsch, pour les 13 tableaux servant de base à son histoire, a fait son choix dans des œuvres qui ne contenaient que la jeune femme, sauf pour une toile, Sun in a empty room (12).
(12) http://artifexinopere.com/?p=3188

La musique du film est réalisée par Christian Fennesz qui travaille avec Deutsch depuis ses quatre derniers films. Il utilisa les sons d’ambiance récupérés, fabriqués, téléchargés pour les besoins du film pour créer une musique originale, soulignant les états d’âmes des personnages. Il fut également aidé par David Sylvian, qui créa un thème à partir d’un poème d’Emily Dickinson (13), qui était justement l’auteur préféré d’Hopper.
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Emily_Dickinson

Sur Shirley : visions of reality, Gustav Deutsch cumule les casquettes de réalisateur, scénariste, monteur, décorateur, directeur artistique. Il est d’ailleurs fréquent qu’il se charge lui-même d’écrire et de monter les documentaires auxquels il s’attache, comme il l’avait fait pour Film is a girl & a gun (2009) et Film is 7-12 (2002).

Entretien avec Gustav Deutsch
Jusqu’à aujourd’hui, vous avez réalisé la plupart de vos œuvres à partir de “found footage” (séquences récupérées). Cette fois-ci, votre "objet récupéré" est Edward Hopper. Quelle fascination exerce-t-il sur vous ?
Ce n’était pas clair dès le départ mais deux choses me fascinent chez Hopper. Premièrement, il était passionné et fortement influencé par le cinéma. Sa façon d’utiliser la lumière et d’encadrer ses sujets fait clairement référence au film noir et ses peintures ont eu une influence importante sur des cinéastes. Quand Alfred Hitchcock tourne Psychose (14), il est clairement guidé par "House by the railroad" (15) de Hopper. Même aujourd’hui, des réalisateurs comme Jim Jarmusch et Wim Wenders se réfèrent à lui. Deuxièmement, Hopper est considéré comme un peintre réaliste, ce que j’ai fini par trouver faux après avoir fait une analyse plus approfondie de ses peintures. Hopper ne représente pas la réalité, il la met en scène. La mise en scène et le montage de la réalité sont aussi la nature même de mon film...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/shirley-un-voyage-dans-la-peinture-d-edward-hopper-documentaire,317704
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychose_%28film,_1960%29
(15) http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/hopper/25maisonpresdelavoieferree.htm

Gustav Deutsch
http://www.imdb.com/name/nm0222077/

Thomas Schlesinger
http://www.imdb.com/name/nm0772296/

Jerzy Palacz
http://www.imdb.com/name/nm0657291/

Christian Fennesz
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fennesz

David Sylvian
http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Sylvian

Stephanie Cumming
http://www.imdb.com/name/nm3447387/

Christoph Bach
http://www.imdb.com/name/nm1047726/

Florentin Groll
http://www.imdb.com/name/nm0343007/

Elfriede Irrall
http://fr.wikipedia.org/wiki/Elfriede_Irrall

Tom Hanslmaier
http://www.imdb.com/name/nm2450019/

Alfred Schibor
http://www.imdb.com/name/nm4697912/

Jim Libby
http://www.imdb.com/name/nm1101909/

extrait(s) de presse

La Voix du nord - L’illusion est parfaite et il convient, comme l’exprimait si bien Ingmar Bergman, ne pas négliger le pouvoir de l’illusion. Et se glisser dans son ombre à la faveur de la bienveillante obscurité d’une salle de cinéma.
Positif - C'est bluffant, fascinant, voire obsédant tant est grande la fidélité à l'esprit et à l'atmosphère des toiles.
àVoir-àLire - (...) une œuvre méticuleuse et singulière qui interroge en filigrane le médium cinéma sur sa propre histoire et sur son rapport aux autres arts.
Télérama - L'univers du peintre Edward Hopper se prête bien à une transposition au cinéma...
Film de culte - "Shirley : visions of reality" n’est pas que mystérieux ou décalé, il témoigne d’un talent pictural rare pour la composition et la mise en scène, et n’a en rien à rougir de la comparaison. Une révélation.
Critikat - Le ton est donné : nous plongeons ici dans une fiction réflexive, partant d’une œuvre picturale pour questionner la représentation...
La Croix - Quelques jolies scènes dont cette subtile allusion du mythe platonicien de la caverne, où les jeux d’ombres et de lumière ne nous laissent entrevoir qu’une image faussée du réel, exactement comme dans les toiles d’Hopper.
Abus de ciné - Ce film est avant tout une véritable expérience de cinéma, sensorielle, captivante et unique.