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Blue collar

ciné répertoire
Usa - 1978 - 1h54
sorti en France le 29 novembre 1978
film - version originale sous-titrée en français
de

Paul Schrader

scénario : Sydney A. Glass, Paul Schrader et Leonard Schrader
direction de la photographie : Bobby Byrne
musique ou chansons : Jack Nitzsche
avec : Richard Pryor (Zeke Brown), Harvey Keitel (Jerry Bartowski), Yaphet Kotto (Smokey James), Ed Begley Jr. (Bobby Joe), George Memmoli (Jenkins), Lucy Saroyan (Arlene Bartowski), Lane Smith (Clarence L. K. Hill), Cliff De Young (John Burrows), Borah Silver (Dogshit Miller), Chip Fields (Caroline Brown), Harry Northup (Hank), Leonard Gaines (Inspecteur de Irs), Milton Selzer (Sumabitch), Sammy Warren (Barney), Jimmy Martinez (Charlie T. Hernandez), Jerry Dahlmann (commissaire), Stacey Baldwin (Debby Bartowski), Steve Butts (Bob Bartowski), Stephen P. Dunn (Flannigan), Speedy Brown (Slim), Davone Florence (Frazier Brown), Eddie Davis Singleton (Ali Brown), Ava Singleton (Aretha Brown), Jaime Carreire (Little Joe), Victoria McFarland (Doris)
séances : semaine du mercredi 7 janvier 2015
mercredi 7 jeudi 8 vendredi 9 samedi 10 dimanche 11 lundi 12 mardi 13
18:30
16:15
20:45

synopsis

Detroit, 1978. La capitale de l’automobile n’est pas encore le cimetière des illusions de l’Amérique, du moins tel qu’on le connaît. C’est encore une cité industrielle en surchauffe permanente, où les cols bleus, prolos et fiers de l’être, n’ont pas encore compris qu’ils vivaient en surplomb d’une catastrophe économique qui allait les rayer de la carte. Trois ouvriers, deux Noirs et un Blanc, essaient de trouver un peu d’intérêt à une existence tiraillée entre travail à la chaîne, caprices d’un contremaître bileux, factures en souffrance, famille bruyante et, en guise d’exutoire, de rares soirées rock’n’roll entre mecs. Plutôt désabusé, le trio décide de cambrioler le local de son propre syndicat, corrompu jusqu’à l’os, histoire de se faire du fric, mais surtout de se donner une petite raison de continuer à espérer quelque chose de l’existence...

notes de production

Dès qu’un scénario se met à vivre, l’écrivain doit lui laisser suivre sa propre logique. Il ne devrait pas en pré-déterminer la conclusion. Si, en fin de parcours, l’histoire est morale, immorale, conservatrice ou révolutionnaire, qu’il en soit ainsi. Je n’ai pas commencé à écrire Blue collar dans l’idée d’en faire un film marxiste. Ce n’est qu’en y travaillant qu’il m’a parut évident que telle était la seule conclusion logique. Que cela fasse de Blue collar un film marxiste ou non, je n’en sais rien. Je ne le crois pas.
Paul Schrader

De nos jours, l’expression col bleu (1) est un terme d’argot utilisé pour désigner des individus faisant partie du bas de la hiérarchie de l’entreprise, en particulier les ouvriers et les exécutants des tâches manuelles, par opposition aux cols blancs qui en représentent les dirigeants et les cadres...
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Col_bleu_%28classe_sociale%29

Parler de Blue collar oblige avant tout à remettre le film en perspective dans la trajectoire personnelle de Paul Schrader, ainsi que l’histoire d’un certain cinéma des années 1970. Blue collar est la première réalisation de Schrader, sortie en février 1978 sur les écrans. À l’époque, Schrader a à peine dépassé la trentaine, mais peut déjà se targuer d’avoir collaboré à l’élaboration de deux piliers du cinéma américain de l’époque : après le four du Yakuza (2) de Sidney Pollack, il enchaîne coup sur coup Taxi driver (3) de Scorsese (Palme d’Or à la clé) et Obsession (4) de De Palma. Spielberg fait même appel à lui pour les ébauches du script de Rencontres du troisième type (5). Il est loin d’être un roi du pétrole (Obsession obtient, contrairement à Taxi driver, des résultats mitigés au box-office), mais est déjà en train de mettre discrètement sa patte sur la décennie...
http://www.cinematraque.com/2014/09/blue-collar-un-film-franc-du-collier/
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Yakuza_%28film%29
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Taxi_Driver
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Obsession_%28film,_1976%29
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Rencontres_du_troisi%C3%A8me_type

Le tournage de Blue collar s’est déroulé dans de piètres conditions. Les trois acteurs principaux, Richard Pryor, Yaphet Kotto et Harvey Keitel, ne cessaient de se chamailler et en seraient même venus aux mains à de nombreuses reprises. Le réalisateur, Paul Schrader, aurait quant à lui détesté le film et l’aurait renié de sa filmographie.

Le film n’a pas rencontré le succès attendu lors de sa sortie. Pourtant, Norma Rae (6), film portant sur le même thème (les syndicats corrompus), sorti juste un an après, a explosé au box-office américain.
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Norma_Rae

Aucune compagnie automobile n’a accepté de céder ses locaux à l’équipe de tournage. C’est donc le siège de la Checker cab company qui a servi de lieu de tournage. C’est d’ailleurs à cette fabrique que l’usine mise en scène dans le film doit son nom.

Après Taxi driver et La Dernière tentation du Christ (7), Blue collar est le troisième film écrit par Paul Schrader auquel participe Harvey Keitel.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_Tentation_du_Christ_%28film%29

En 1978, année de sortie de Blue collar, Richard Pryor était également à l’affiche de trois autres films parus sur les écrans la même année : la comédie musicale The Wiz (8) et California hôtel (9).
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Wiz_%28film%29
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/California_H%C3%B4tel

On pourra énumérer 173 occurrences du mot fuck (10) dans le film.
Blue collar a été tourné en à peine 35 jours, dans le Michigan (11).
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fuck
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Michigan

Film coup de poing qui laisse le spectateur assommé, Blue collar est avant tout un constat, un témoignage, qui ne saurait se confondre avec un quelconque déterminisme social (12) à la Zola (13). Servie par une caméra sans cesse à l’affût des personnages qui tels des mouches prises dans de la glu tentent vainement de s’échapper, la mise en scène menée de main de maître est vigoureuse et sans temps mort et nous tient en haleine de bout en bout.
Marie-Line Potrel-Doret in La Revue du cinéma n°333 (novembre 1978)
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9terminisme_social
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Zola

Comme dans Taxi driver, dont Schrader a signé le scénario, la violence physique et morale imprègne tout le film. La violence économique de l’exploitation tout d’abord. Paul Schrader insiste lourdement, c’est-à-dire avec des images qui pèsent leur poids, sur le climat de l’usine : ouvriers dans des positions d’assujettissement aux objets qu’ils fabriquent (des taxis jaunes (14) - ce n’est pas un hasard). Leur présence à l’écran est dévorée par la masse et le bruit des machines. Ils sont montrés en état d’infériorité perpétuelle (plongées les écrasant, bande son où leurs paroles ne peuvent lutter contre le bruit des presses). Caporalisation des rapports dans l’atelier, où le contremaître restreint encore un peu plus la parole et l’espace...
Un autre piège est tendu en permanence aux trois personnages, aussi bien par la direction de l’usine que par le syndicat : c’est celui du racisme. Diviser pour régner est la règle qui marche encore le mieux car elle fait appel à des instincts primaires d’agression qui, chauffés par un climat, ne demandent qu’à se développer. Le film se termine d’ailleurs comme un constat que cette violence fonctionne : ils dressent le vieux contre le jeune, le noir contre le blanc, pour nous tenir à notre place...
Jean-Pierre Le Pavec in Cinéma 78 n°240 (décembre 1978)
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Taxis_de_New_York

Blue collar est l’un des rares premiers films américains réalisés récemment qui témoignent d’un refus de se plier aux courants dominants et d’une personnalité forte. Cela dit, il faudrait bien mal connaître Hollywood pour voir dans la production d’un tel film le signe avant-coureur d’on ne sait quel changement dans le cinéma américain. C’est un jalon de plus dans un renouveau commencé il y a plus de dix ans. Qu’il apparaisse dans une période de vaches maigres ne le rend que plus remarquable, mais seuls les convertis de la dernière heure au cinéma américain y verront le témoignage d’une coupure radicale. Si coupe il y a, ce serait celle du nouveau prêt-à-porter de la mode cinéphilique. L’intérêt de Blue collar se situe bien au-delà de ces volte-face du goût, phénomène si parisien.
Michel Ciment in Positif n°213 (décembre 1978)

Blue collar se rattache étroitement à la critique sociale telle qu’elle a été pratiquée par les Vidor (15), Lang (16), Kazan (17) et autres Dassin (18) avant et après la guerre. Scénariste de Yakuza et de Taxi driver et critique de cinéma, après avoir fait des études de droit et de théologie, Paul Schrader entend témoigner au nom de principes moraux et, pour cela, il utilise le canal du cinéma populaire et romanesque tout en lui insufflant un sang nouveau...
Jacques Chevallier in La Saison cinématographique 79
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/King_Vidor
(16) http://www.citebd.org/spip.php?film1244
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Elia_Kazan
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Dassin

Entretien avec Paul Schrader
Avez-vous des liens avec le milieu que vous décrivez dans "Blue collar" ?
Je viens de cette région, le Michigan. Plusieurs de mes amis et leurs familles travaillent dans des usines d’automobiles. Beaucoup d’entre eux sont des manuels. Et c’est un monde que je connais bien. De toutes façons, je me sens plus à l’aise avec la classe ouvrière et la bourgeoisie qu’avec les nouveaux riches de Hollywood. Il est difficile d’avoir un rapport quelconque avec le monde de Los Angeles et quand je crée je reviens spontanément en pensée dans le Michigan qui est un milieu familier...
Michel Ciment et Michael Henry in Positif n°213 (décembre 1978)

Paul Schrader
Né le 22 juillet 1946 à Grand Rapids (Michigan).
Ses parents lui interdisent d’aller au cinéma...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Schrader

Sydney A. Glass
http://www.imdb.com/name/nm0322008/

Leonard Schrader
Né le 30 novembre 1943 à Grand Rapids (Michigan), décédé le 2 novembre 2006 à Los Angeles.
http://www.imdb.com/name/nm0775055/

Bobby Byrne
http://www.imdb.com/name/nm0126128/

Jack Nitzsche
Né à Chicago le 22 avril 1937, décédé à Los Angeles le 25 août 2000.
A particulièrement collaboré avec les Rolling Stones dont il était un intime, et avec Neil Young...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Nitzsche

Richard Pryor
Né Richard Franklin Lennox Thomas Pryor III le 1er décembre 1940 à Peoria (Illinois), décédé le 9 décembre 2005 à San Fernando (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Pryor

Harvey Keitel
Né le 13 mai 1939 à New York.
Ancien marine, commence sa carrière aux côtés de Martin Scorsese et Robert De Niro...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Harvey_Keitel

Yaphet Kotto
Né le 15 novembre 1939 à New York.
Le rôle qui le rendra célèbre est celui de Parker dans Alien - le huitième passager...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yaphet_Kotto

Ed Begley Jr.
Né le 16 septembre 1949 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ed_Begley_Jr.

George Memmoli
voir fiche du film Phantom of the Paradise
http://www.citebd.org/spip.php?film1330

Lucy Saroyan
Née le 17 janvier 1946 à San Francisco, décédée à Thousand Oaks le 11 avril 2003.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucy_Saroyan

Lane Smith
Né le 29 avril 1936 à Memphis (Tennessee), décédé le 13 juin 2005 à Northridge (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lane_Smith

Cliff De Young
Né le 12 février 1945 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cliff_De_Young
http://www.imdb.com/name/nm0002037/

Borah Silver
Né le 16 décembre 1927 à New York.
http://www.imdb.com/name/nm0798657/

Chip Fields
Née le 5 août 1951 à New York.
http://www.imdb.com/name/nm0276209/

Harry Northup
Né le 2 septembre 1940 à Amarillo (Texas).
http://www.imdb.com/name/nm0636140/

Leonard Gaines
Né le 13 septembre 1922, décédé le 15 février 2007 à Hollywood.
http://www.imdb.com/name/nm0301334/

Milton Selzer
Né le 25 octobre 1918 à Lowell (Massachusetts), décédé le 21 octobre 2006 à Oxnard (Californie).
http://www.imdb.com/name/nm0783670/

Sammy Warren
Né le 12 janvier 1906 à Galveston (Texas), décédé le 29 avril 1985 à Los Angeles.
http://www.imdb.com/name/nm0913030/

Jimmy Martinez
http://www.imdb.com/name/nm0553573/

extrait(s) de presse

Allo ciné - Rien que pour ce film personne ne devrait pouvoir dire que la carrière de réalisateur de Paul Schrader aura été vaine.
Libération - Formidable plongée dans une classe ouvrière au bord de l’agonie, "Blue collar" est aussi un film social qui ne verse jamais dans la fresque larmoyante souvent inhérente au genre...
Critikat - C’est sans concession que "Blue collar" dépeint un syndicalisme totalement absorbé dans le capitalisme libéral américain, jusqu’à reproduire en interne la même logique d’exploitation de l’homme par l’homme...
Dvd classik - Avec ce film, Schrader laisse sa sensibilité d’auteur de côté pour se mettre humblement au service de son histoire et la raconter du mieux possible...
Cinematraque - Le tournage est une épreuve : personne ne s’entend, tout particulièrement les deux acteurs principaux, Richard Pryor et Harvey Keitel, qui manquent régulièrement d’en venir aux mains...
àVoir-àLire - Le premier long-métrage de Paul Schrader, par le biais de la comédie de braquage, ose bousculer les idées reçues faisant de la classe ouvrière une martyre de l’histoire et des patrons des exploiteurs...
Chroniques du cinéphile... - Œuvre atypique de Schrader, "Blue collar" est pourtant souvent considéré (par ses détracteurs essentiellement) comme son meilleur film. Paradoxal non ? ?
Télérama - Plus qu'à la malhonnêteté des syndicats, c'est leur collusion avec le pouvoir que filme le cinéaste. Leur façon à eux de « fluidifier les rapports sociaux », en quelque sorte. Trente ans après, ce constat reste implacable.