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The Tribe

Плем'я
Ukraine, Pays-bas - 2014 - 2h12
sorti en France le 1er octobre 2014
Grand prix Semaine de la critique Cannes 2014
interdit aux moins de 16 ans
film - version originale sous-titrée en français
de

Myroslav Slaboshpytskiy

scénario : Myroslav Slaboshpytskiy
direction de la photographie : Valentyn Vasyanovych
avec : Grigoriy Fesenko (Sergei), Yana Novikova (Anna), Rosa Babiy, Alexander Dsiadevich, Yaroslav Biletskiy, Ivan Tishko, Alexander Osadchiy, Alexander Sidelnikov
séances : semaine du mercredi 17 décembre 2014
mercredi 17 jeudi 18 vendredi 19 samedi 20 dimanche 21 lundi 22 mardi 23
20:30
11:00
20:30

synopsis

Des étudiants sourds forment un gang mafieux sur fond de racket et de prostitution dans un pensionnat spécialisé pour sourds et malentendants. Un jeune, timide mais robuste, arrive au pensionnat. Il est rapidement repéré par le gang jusqu'à remplacer l'ancien proxénète. Il tombe alors amoureux d'une des filles prostituées, qui doit prochainement partir "exercer" en Italie. Ce que refuse le garçon…

notes de production

The Tribe est le premier long métrage que réalise Myroslav Slaboshpytskiy. Avant de passer au long, il a dirigé une série de courts (The Incident, Deafness, Nuclear waste, Diagnosis...), qui ont tous été bien reçus par la critique.

The Tribe mettant en scène des personnes atteintes de mutisme et de surdité, vous n’y entendrez quasiment pas de paroles, et ne comptez sur aucun sous-titre pour éclairer votre compréhension du film : la langue des signes est à l’honneur : il est important, à mes yeux, que le spectateur ne comprenne pas ce qui se dit mot à mot, mais plutôt ce qui se passe en général comme c’est le cas dans la pantomime ou le théâtre kabuki, explique Slaboshpytskiy, qui poursuit : je me suis dit que ce mélange de cinéma, de pantomime et de ballet pouvait être une proposition artistique très excitante ! Vous l’avez sans doute noté, les personnes sourdes ne communiquent pas seulement avec leurs mains. Elles le font avec tout leur corps. Ce processus peut captiver n’importe qui, même si on ne comprend pas la langue des signes.

Myroslav Slaboshpytskiy a non seulement dirigé le film, mais il l’a également écrit et produit.

Pour préparer le rôle éprouvant d’Anna, Yana Novikova a été emmenée, sur recommandation du réalisateur, à visionner quelques pépites du cinéma : 9 songs (1) de Michael Winterbottom, Antichrist (2) de Lars von Trier, Alabama Monroe (3) de Felix Van Groeningen et... La Vie d’Adèle (4) d’Abdellatif Kechiche.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/9_Songs
(2) http://www.citebd.org/spip.php?film19
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film1090
(4) http://www.citebd.org/spip.php?film1101

The Tribe n’est pas le premier film de Myroslav Slaboshpytskiy abordant le thème de la surdité. Son court-métrage Глухота (Surdité en ukrainien) ou Deafness, sélectionné et primé à la Berlinale de 2010, traitait déjà du sujet.
The Tribe est une déclinaison du court en version longue, et l’adaptation a pu être mise sur pied grâce à l’aide à la diffusion de la Fondation Gan.

The Tribe a été tourné dans une école de sourds à Kiev, en Ukraine. La production s’est installée dans un vieux quartier de la capitale nommé Stalinka, en référence à Staline. A l’origine, c’est une école bien réelle, que j’ai fréquentée entre 1982 et 1989. Elle ressemble exactement à ce que vous pouvez en voir dans le film, et je dois dire qu’elle n’a pas tellement changé en 25 ans. Nous recherchions des lieux qui nécessitaient le moins de décoration possible. J’ai choisi chacun de ces endroits parce qu’ils se trouvent à quelques rues de là où j’ai grandi, j’en connais chaque recoin, révèle Myroslav Slaboshpytskiy. Certaines journées de tournage ont duré 24 heures. C’est le cas de la scène de l’avortement, qui affiche une durée de huit minutes, mais dont l’enregistrement a duré une journée entière. Pour le film, l’équipe a retenu 23 plans-séquences.

Les comédiens du film sont réellement sourds et non-professionnels. Le réalisateur ne souhaitait pas diriger des performeurs, mais des personnalités charismatiques, capables de capter l’attention. Âgés entre 19 et 23 ans, ils ont été sélectionnés parmi près de trois cent candidats, grâce au concours du Centre Culturel de l’association ukrainienne des sourds et malentendants, dont le réalisateur rencontra les dirigeants en tournant Deafness (le court métrage qui a inspiré The Tribe) : la plupart des auditions se sont tenues dans leurs locaux, ce qui a permis, déjà, de désamorcer les craintes des candidats potentiels. Car la communauté des sourds muets est un groupe social assez fermé sur lui-même, et ils sont plutôt méfiants avec les étrangers. Les auditions se sont déroulées entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie, et se sont étendues sur une période d’un an.

The Tribe est le premier film ukrainien à concourir au Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes.

Peu de temps après le début du tournage de The Tribe, éclatait la crise ukrainienne, qui s’est soldée comme nous le savons tous par l’annexion de la Crimée par la Russie. Les manifestations contre le président Ianoukovytch qui ont secoué la capitale ont fortement compliqué le tournage : les conditions étaient assez tendues, confie le réalisateur. Certains membres de l’équipe, y compris les comédiens, ont d’ailleurs participé dans leur temps libre aux manifestations et aux échauffourées. Certains jours, nous avons dû annuler le tournage à cause des barrages routiers, les voitures contenant notre matériel ne pouvaient pas parvenir sur le tournage. L’ironie veut que les producteurs et moi vivons à 4 kilomètres de Maidan. Le lieu de tournage était à 15 km. D’une certaine manière, les répétitions et le tournage dans ce périmètre restreint de l’internat pouvaient s’apparenter à une fuite, loin de la zone de combat.

Myroslav Slaboshpytskiy souhaitait à travers ce premier essai, rendre un hommage au cinéma muet : j’ai toujours eu ce rêve de rendre un hommage au cinéma muet. (…) Pour moi, l’objectif était de faire un film muet contemporain et réaliste, qu’on comprendrait facilement sans qu’il soit fait usage de mots. (…) Pour The Tribe, j’ai suivi une autre voie, unique je crois, qui correspond au projet, et qui est un film à la fois sans paroles et facilement compréhensible.

Chacune des séquences qui composent le film ont été répétées à de nombreuses reprises, puis filmées avant d’être montées et ce travail a coûté six longs mois à l’équipe de production. Un interprète de la langue des signes était présent au moment des enregistrements, afin de s’assurer que les acteurs respectent leur texte. Le film ayant été tourné en plans séquences, des plans qui nécessitent systématiquement la participation de plusieurs comédiens, il n’y avait pas de place pour l’improvisation. Tout a été calibré au millimètre près ! affirme Myroslav Slaboshpytskiy.

C’est par ces propos élogieux que Myroslav Slaboshpytskiy décrit son actrice principale Yana Novikova. La comédienne, qui fait ici ses premiers pas dans le cinéma, était d’abord réticente à se lancer dans l’aventure, pensant que le métier d’acteur n’était pas l’apanage des personnes sourdes et muettes. Mais grâce à des amis, j’ai su qu’il était possible d’intégrer un théâtre professionnel pour sourds, au Centre culturel de l’Association ukrainienne des sourds-muets (Utog), par lequel on pouvait tenter le concours de l’Académie d’Art Théâtral à Kiev, confie-t-elle. Son audition ne fut malheureusement pas concluante, mais Myroslav Slaboshpytskiy qui y assista fut séduit par sa prestation et lui offra le rôle d’Anna.

Ne sachant comment s’y prendre pour la scène de l’avortement, Yana Novikova a demandé conseil à un spécialiste de la chose : un gynécologue. Je n’y connaissais rien, je n’y ai jamais été confrontée, admet-elle, en poursuivant : je ne savais pas comment me conduire, ni comment bouger. Je suis donc allée voir un gynécologue pour qu’il m’explique. Et puis on a répété la séquence plusieurs fois à l’hôpital. Ainsi, quand il a fallu tourner, je me sentais prête, je n’avais plus peur. J’avais compris.

Présenté en compétition à la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2014, The Tribe est reparti avec le Grand Prix, ainsi que le prix Révélation décerné par la chaîne France 4.
http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Tribe

Entretien avec Myroslav Slaboshpytskiy
"The Tribe" relate-t-il de près ou de loin une histoire vraie ? De quelle manière vos expériences ont-elles infusé le scénario ?
Si on parle de l’histoire en elle-même, c’est une fiction. Reste que le film repose beaucoup sur mes souvenirs d’école, mais aussi sur ce que m’ont raconté les représentants du monde sourd muet. Adolescent, je me suis bien sûr fait racketté, et moi aussi j’ai piqué l’argent d’autres gamins de l’école. L’épisode de la bagarre a été tourné exactement dans les toilettes où nos bagarres avaient lieu à l’époque. Mais je crois que ces histoires de bagarres sont universelles, ça se passe aussi bien en France qu’aux Usa. L’épisode de l’avortement m’a été inspiré par une femme qui m’a dit le pratiquer de cette manière. Quant à cette "mafia sourde" qui imprègne l’esprit du film, elle existe bel et bien dans la réalité. Une jeune enseignante d’institut pour sourds - les professeurs sont souvent eux-mêmes enfants de sourds muets - m’a raconté que ses parents devaient payer un parrain local pour qu’elle puisse étudier à Kiev. Quelqu’un d’autre, un sourd, m’a expliqué que quand il a trouvé son premier boulot rémunéré, la mafia locale est venue lui demander de payer un pourcentage mensuel...
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/the-tribe-drame,319356

Myroslav Slaboshpytskiy
Né Мирослав Слабошпицький le 17 octobre 1974 à Kiev.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Myroslav_Slaboshpytskiy

Valentyn Vasyanovych
http://www.imdb.com/name/nm5024832/

extrait(s) de presse

Ecran large - Malgré ses audaces quasi-expérimentales et ses thèmes borderline, le film nous saisit à la gorge pour ne jamais nous lâcher...
Le Jdd - Avertissement à ceux qui iront voir "The Tribe", entièrement tourné en langue des signes. Sa troupe d'acteurs sourds-muets n'est pas la seule singularité de ce film exceptionnel, il y a surtout le mouvement, la violence, la cruauté.
Le Parisien - Primé cette année à Cannes, ce drame en langage des signes est un choc. L'histoire crue, sombre et bouleversante d'ados sourds-muets dans un pensionnat ukrainien.
àVoir-àLire - (…) une œuvre radicale qui use des expérimentations pour distiller un vrai sentiment de malaise. Le choc est entier.
Positif - Un tour de force. Un premier film à nul autre pareil, qui affiche audace, résolution et grande maîtrise.
Télérama - Outre le travail sur le silence et le son, l'élégance de la mise en scène séduit, avec des plans-séquences maîtrisés à l'extrême. De toute évidence, le débutant est très doué. On sent qu'il le sait, mais qu'importe, puisque c'est vrai.
Tf1 news - Une expérience radicale et sidérante, comparable en raison de l'intensité de ses plans-séquences au cinéma de Alan Clarke, captant à travers le langage des signes (aucun dialogue et donc aucune balise) le langage universel des corps, ce qu'ils peuvent exprimer jusqu'à la monstruosité.
La Croix - Il est permis de voir le film comme l’expression brute de cette ex-Ukraine, corrompue, livrée à l’arbitraire d’un petit groupe dénué de scrupules, usant de tous les leviers pour s’enrichir. Barbarie silencieuse. Une métaphore politique et sociale saisissante d’effroi, sans lumière aucune.