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Johnny Guitare

ciné répertoire
Johnny Guitar
Usa - 1954 - 1h50
sorti en France le 11 février 1955
film - version originale sous-titrée en français
de

Nicholas Ray

scénario : Philip Yordan
d'après l'oeuvre de : Roy Chanslor
direction de la photographie : Harry Stradling Sr.
musique ou chansons : Victor Young
avec : Sterling Hayden (Johnny Guitare), Joan Crawford (Vienna), Scott Brady (Dancing kid), Mercedes McCambridge (Emma), Ward Bond (John McIvers), John Carradine (Old Tom), Ernest Borgnine (Bart Lonergan), Rhys Williams (Mr. Andrews), Will Wright ((Ned), Royal Dano (Corey), Frank Ferguson (shérif Williams), Paul Fix (Eddie), Ian MacDonald (Pete), Ben Cooper (Turkey Ralston)
séances : semaine du mercredi 3 décembre 2014
mercredi 3 jeudi 4 vendredi 5 samedi 6 dimanche 7 lundi 8 mardi 9
18:30*
séance spéciale :
* mar 9 à 18h30 : ciné mardi : "l’ouest, le vrai" - soirée en partenariat avec Hidden circle - tarif préférentiel : 2 films = 7 € (couplé avec "The Salvation").

synopsis

Arizona. Un homme à cheval, sans armes mais avec une guitare sur le dos (il se fait d'ailleurs appeler Johnny Guitar), arrive dans un saloon isolé qui appartient à Vienna. Cette dernière a acheté cet établissement, persuadée que le futur tracé du chemin de fer passera un jour à proximité. Elle refuse donc de quitter les lieux malgré le fait que les éleveurs de la région cherchent à la faire partir pour deux raisons : ils lui reprochent son intérêt pour les travaux du chemin de fer auxquels ils s'opposent, craignant l'arrivée massive de colons avec tout ce que cela implique (barbelés, partage des terres, des points d'eau... fin de leur règne) ; ils la soupçonnent également d'abriter l'équipe de Dancing Kid sur qui ils font reporter tous les maux. Pour se protéger de l’hostilité grandissante qui l’entoure, Vienna a donc fait venir Johnny (qu’elle sait fine gâchette) afin de l'embaucher comme garde du corps. Emma Small, une riche propriétaire terrienne dont le frère vient d'être tué lors d'une attaque de diligence, arrive en trombe dans le saloon à la tête d'un groupe d'hommes dont le shérif. Elle demande l’arrestation de Dancing Kid qu’elle accuse (par dépit amoureux) d’être l’assassin de son frère.…

notes de production

Ce film, considéré par beaucoup comme un des plus beaux du cinéma américain, est un western (1) étonnant dans la mesure où c’est l’un des rares, voire le seul, western féministe. Ce sont deux femmes qui en sont les protagonistes. Emma, riche propriétaire du village, est jalouse de la brune Vienna, tenancière d’un saloon, la belle étrangère et aventurière, fière et indépendante, qui vient de retrouver Johnny Guitar, son amant. Les passions du western - rivalité, haine, sont ici incarnées par ces deux femmes, jusqu’au duel habituel au revolver qu’elles se livreront. Le bien l’emportera.
Sterling Hayden incarne l’homme idéal pour femme indépendante : fort et tendre, il ne protège pas sa bien-aimée, la laisse vivre sa vie et courir les risques de son indépendance, mais est, tout simplement, à ses côtés.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Western
Ce western est tourné durant l’activité de la commission McCarthy (2). Nicholas Ray était soupçonné de sympathie pour les communistes mais Howard Hughes (3) son producteur le protégeait efficacement des enquêtes en cours. Le scénario même du film, officiellement attribué à Philip Yordan mais qui serait en réalité l’œuvre du blacklisté Ben Maddow (4), met en présence deux femmes dont l’une ne rechigne pas à manipuler les lyncheurs pour faire avancer sa propre cause.
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Maccarthysme
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Hughes
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ben_Maddow

D’aucuns voient dans cette histoire, la transposition dans ce qu’il y a de plus américain comme sujet, de la chasse aux sorcières. Johnny Guitare est aussi une très curieuse parabole sur la situation politique de l’Amérique de l’époque. Si l’on regarde la distribution, Sterling Hayden est passé devant la commission où il a craqué et reconnu des activités que l’on qualifierait aujourd’hui de dérisoires. Ward Bond, le chef des lyncheurs était lui membre de Motion picture alliance for the preservation of american ideals, et avait participé activement à la même chasse aux sorcières. Philip Yordan, le scénariste du film, déclara : nous avons joué un bon tour à Ward Bond, qui était, comme vous le savez, un des meneurs du parti fasciste à Hollywood. Nous lui avons fait jouer le rôle du chef de milice, un extrémiste fascinant faisant régner la terreur. Et lui croyait que son personnage était un héros, un bonhomme sympathique. Il n’avait rien compris ! Cela avait surpris beaucoup de gens que Nicholas Ray le fasse tourner compte tenu du peu de valeurs qu’ils partageaient.

Ce film se voudrait le pendant de Sur les quais (5) d’Elia Kazan qui faisait lui l’apologie des dénonciateurs.
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sur_les_quais

Jean-Luc Godard rend hommage au film de Ray au début de Pierrot le fou (6). Répondant à sa femme qui lui dit que si les enfants ne sont pas couchés, c’est parce qu’il les a autorisés une troisième fois à aller au cinéma, Ferdinand, le personnage joué par Jean-Paul Belmondo réplique : pour la troisième fois au cinéma… Évidemment, ils jouent Johnny Guitare en bas, il faut bien qu’ils s’instruisent !
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierrot_le_fou

Dans Barocco (7) d’André Téchiné, les personnages de Gérard Depardieu et d’Isabelle Adjani reprennent mot à mot le dialogue entre Sterling Hayden et de Joan Crawford : Dis-moi un mensonge. Dis-moi que toutes ces années, tu m’as attendu. Dis-le moi. - Toutes ces années, je t’ai attendu - Que si je n’étais pas revenu, tu serais morte - Si tu n’étais pas revenu, je serais morte. - Pas une seconde, tu n’as cessé de m’aimer. - Pas une seconde, je n’ai jamais cessé de t’aimer.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Barocco

Dans La Sirène du Mississippi (8) de François Truffaut, les personnages de Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo vont voir Johnny Guitare au cinéma.
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sir%C3%A8ne_du_Mississipi_%28film%29

Au début de Femmes au bord de la crise de nerfs (9) de Pedro Almodóvar on assiste au doublage en espagnol d’une séquence de Johnny Guitare.
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_au_bord_de_la_crise_de_nerfs

Dans le film Des Rats et des Lapins (10) de Lewis Furey 1999, mari de l’actrice québécoise Carole Laure, on peut la voir interpréter la chanson thème du film Johnny Guitare.
(10) http://www.filmsquebec.com/films/rats-rabbits-lewis-furey/

Joan Crawford et Mercedes McCambridge qui se crêpent le chignon à l’écran, n’ont pas fait que jouer la comédie dans le film, puisqu’un soir de tournage après une violente prise de bec, Joan emporta les costumes de sa partenaire pour les disperser le long d’une autoroute de l’Arizona. Ce fut à l’équipe technique et à quelques membres du casting d’avoir la lourde tâche de ramasser les costumes...

C’est Claire Trevor (11) qui, à l’origine, devait interpréter le rôle d’Emma Small.
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Claire_Trevor

Premier western de Nicholas Ray qui s’était distingué dans le film noir (12), Johnny Guitar est un hommage du réalisateur à Joan Crawford avec laquelle il avait eu une liaison trois ans auparavant.
La quarantaine de John Crawford brille ici d’un éclat sombre et métallique, comme les bleus d’Eugène Delacroix (13) remarque Henri Agel (14) (in Romance américaine, Ed. du Cerf). Cette couleur si particulière est dues à un procédé peu utilisé, le Trucolor, qui fut abandonné peu après pour des difficultés techniques - les fondus - les fondus enchaînés devaient être réalisés à la prise de vues. Ray a employé comme moyen dramatique le rendu franc des teintes comme l’explique François Truchaud (15) (in Nicholas Ray, Ed. universitaires, 1965) : le jeu des couleurs accentue le délire de ce film shakespearien (16) à plus d’un titre. Deux couleurs sont essentielles : le rouge d’abord, couleur de l’incendie, puis qui semble se communiquer à tout... le noir ensuite, constamment mêlé au blanc... Couleurs d’apocalypse, elles restituent la violence, la passion et la beauté.
Tourné durant le maccarthysme, Johnny Guitar est aussi un film qui dénonce à travers le personnage interprété par Mercedes McCambridge, la haine aveugle des chasseurs de sorcières. Johnny Guitar a eu beaucoup d’ennuis, d’abord avec la censure, ensuite avec la critique qui l’a littéralement éreinté. Devenu maintenant un classique, le film n’avait pas trouvé grâce aux yeux de tous lors de sa sortie.
La chanson Johnny Guitar est devenue célèbre. Son thème sans cesse repris par Victor Young est orchestré, déformé ou reformé en fonction des diverses scènes qu’il illustre.
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Film_noir
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_Delacroix
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Agel
(15) http://www.librairiedialogues.fr/personne/francois-truchaud/88295/
(16) http://fr.wiktionary.org/wiki/shakespearien
Ce fut avant tout l’occasion pour Joan Crawford de renouer avec un genre qu’elle n’avait plus abordé depuis ses débuts : le western. Vingt cinq ans séparent en effet The Law of the range (17) (le dernier western qu’elle avait tourné à l’époque du cinéma muet, en 1928, avec Tim Mc Coy et Rex Lease) de Johnny Guitar tourné en couleurs. Entretemps, Joan Crawford avait été la partenaire de Clark Gable (18) et de John Wayne (19), de Spencer Tracy (20) et de Robert Taylor (21), et l’héroïne par excellence des grands mélodrames noirs de la Warner bros. (22), sans avoir été amenée à retrouver le climat sauvage du far west (23) des conquérants de l’Amérique. Mercedes McCambridge, qui incarne l’adversaire de acharnée de Joan Crawford, est aujourd’hui plus connue pour être la voix diabolique et obscène (la voix de Pazuzu) de Linda Blair dans L’Exorciste (24).
Images et loisirs
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mauvaise_Route
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Clark_Gable
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Wayne
(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/Spencer_Tracy
(21) http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Taylor
(22) http://fr.wikipedia.org/wiki/Warner_Bros.
(23) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ouest_am%C3%A9ricain
(24) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Exorciste

Pour son premier film en couleurs depuis Les Diables de Guadalcanal, son premier film où les couleurs soient systématiquement pensées, enchaînées, affrontées en termes dramatiques, Ray va vers le temps des cataclysmes et s’engage dans le temps de la transformation des valeurs morales. Ces valeurs n’en étaient donc pas, elles ne sont pas cotées à une quelconque bourse du bien ou du juste ; elles ne sont que ce par quoi il s’agit d’être, et ce par quoi agit l’être. C’est entre l’eau et le rocher, la flamme et le souffle, entre les quatre éléments fondamentaux que Ray - de l’éruption des commencements aux apocalypses de la fin - balance ses personnages et balance sa caméra dans une démesure qui touche au cosmique comme le souligne Agel.
Johnny Guitare est le film des métamorphoses, de la liberté à l’action, du noir au blanc, du feu à l’eau (L’eau est un corps brûlé disait Balzac), cette éternelle référence rayenne, de l’oubli à la vérité, de la solitude à son absence.
Pierre Giuliani in Nicholas Ray (Edilig, février 1987)

En 2008, Johnny Guitare fut sélectionné pour son importance culturelle, historique ou esthétique avec 24 autres films, dans le National film registry (25) pour conservation à la Bibliothèque du Congrès (26) aux États-Unis.
(25) http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Film_Registry
(26) http://fr.wikipedia.org/wiki/Biblioth%C3%A8que_du_Congr%C3%A8s

Nicholas Ray
Né Raymond Nicholas Kienzle le 7 août 1911 à Galesville (Wisconsin), décédé le 16 juin 1979 à New York.
Un des initiateurs de l’évolution du cinéma hollywodien dans l’après-deuxième guerre mondiale, avec entre autres Elia Kazan...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Ray

Philip Yordan
Né le 1er avril 1914 à Chicago,décédé le 24 mars 2003 à La Jolla (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Yordan

Roy Chanslor
Né le 25 août 1899 à Liberty (Missouri), décédé le 16 avril 1964 à West Valley (California).
http://www.imdb.com/name/nm0151949/

Harry Stradling Sr.
Né le 1er septembre 1901 à Newark (New Jersey), décédé le 14 février 1970 à Los Angeles.
Quelquefois confondu avec son fils, Harry Stradling Jr. (né en 1925), également directeur de la photographie, et parfois lui-aussi crédité Harry Stradling...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Stradling_Sr.
Victor Young

Sterling Hayden
Né à Upper Montclair (New Jersey) le 26 mars 1916, décédé le 23 mai 1986 à Sausalito (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sterling_Hayden

Joan Crawford
Née Lucille Fay LeSueur le 23 mars 19051 à San Antonio, décédée le 10 mai 1977 à New York.
Nommée par l’American film institute dixième meilleure actrice de légende du cinéma...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joan_Crawford

Scott Brady
Né le 13 septembre 1924 à New York et décédé le 16 avril 1985 à Los Angeles.
Il est le shériff Frank dans Gremlins...
http://www.citebd.org/spip.php?film928
http://fr.wikipedia.org/wiki/Scott_Brady

Mercedes McCambridge
Née le 16 mars 1916 à Joliet (Illinois), décédée le 2 mars 2004 à La Jolla (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercedes_McCambridge

Ward Bond
Né Wardell Edwin Bond le 9 avril 1903 à Benkelman (Nebraska), décédé le 5 novembre 1960 à Dallas.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ward_Bond

John Carradine
Né le 5 février 1906 à New York et décédé le 27 novembre 1988 à Milan.
Père de 3 acteurs (David, Robert et Keith), il a joué dans environ 250 films...
http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Carradine

Ernest Borgnine
Né Ermes Effron Borgnino le 24 janvier 1917 à Hamden (Connecticut), décédé le 8 juillet 2012 à Los Angeles.
Méchant ou gentil, il laisse le souvenir d’un visage familier, lié à toute une conception du cinéma et de la cinéphilie, mais aussi celle d’un acteur à la présence impressionnante et dont la filmographie se lit comme une vaste page de l’histoire du cinéma américain (Christian Viviani in Positif).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Borgnine

Rhys Williams
Né le 31 décembre 1897 à Clydach-cum-Tawe (Pays de Galles), décédé le 28 mai 1969 à Santa Monica (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rhys_Williams_%28acteur%29

Will Wright
Né le 26 mars 1894 à San Francisco, décédé le 19 juin 1962 à Los Angeles.
http://www.imdb.com/name/nm0942926/

Royal Dano
Né Royal Edward Dano le 16 novembre 1922 à New York, décédé le 15 mai 1994 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Royal_Dano

Frank Ferguson
Né le 25 décembre 1899 à Ferndale (Californie), décédé le 12 septembre 1978 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Frank_Ferguson

Paul Fix
Né le 13 mars 1901 à Dobbs Ferry, décédé le 14 octobre 1983 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Fix

Ian MacDonald
Né le 28 juin 1914 à Great Falls (Montana), décédé le 11 avril 1978 à Bozeman (Montana).
http://www.imdb.com/name/nm0531756/

Ben Cooper
Né le 30 septembre 1930 à Hartford (Connecticut).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ben_Cooper

extrait(s) de presse

Dvd classik - Non seulement un western unique mais un film unique qui, une fois qu’il aura réussi à vous captiver, ne vous lâchera plus...
Critikat - "Johnny Guitar" est un somptueux western sentimental qui, au destin des entreprises collectives viriles, préfère l’amour.
Télérama - Une symphonie de couleurs que Nicholas Ray orchestre dans une mise en scène au baroque furieux. Et somptueux.
In the mood for... - Drame, splendide histoire d’amour, parabole politique, bien plus qu’un western, « Johnny Guitar » est un chef d’œuvre atypique, lyrique et baroque, sombre et flamboyant...
Le Mag cinéma - Le film de Ray annonce les westerns modernes des années soixante-dix et leurs personnages de femmes indépendantes et libérées...
Lumière 2014 - La beauté élégiaque des scènes d’amour et des dialogues de Johnny Guitare (« Five years ago, I loved a man / He wasn’t good, he wasn’t bad ») a quelque chose d’indépassable...