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Soleil vert

Soylent green
Usa - 1973 - 1h37
sorti en France le 26 juin 1974
Grand prix festival international du film fantastique Avoriaz 1974
film - version originale sous-titrée en français
de

Richard Fleischer

scénario : Stanley R. Greenberg
d'après l'oeuvre de : Harry Harrison
direction de la photographie : Richard H. Kline
musique ou chansons : Fred Myrow
avec : Charlton Heston (détective Robert Thorn), Leigh Taylor-Young (Shirl), Edward G. Robinson (Sol Roth), Chuck Connors (Tab Fielding), Joseph Cotten (William R. Simonson), Brock Peters (lieutenant Hatcher), Lincoln Kilpatrick (père Paul), Leonard Stone (Charles), Whit Bissell (gouverneur Santini), Paula Kelly (Martha Phillipson), Stephen Young (Gilbert), Mike Henry (sergent Kulozik), Roy Jenson (Donovan), Celia Lovsky (bibliothécaire)
séances : semaine du mercredi 8 octobre 2014
mercredi 8 jeudi 9 vendredi 10 samedi 11 dimanche 12 lundi 13 mardi 14
18:30*
séance spéciale :
* suivi de de "Young ones" dans le cadre du Mardi fantastique : "peurs du futur !" - soirée organisée en partenariat avec Hidden circle - tarif préférentiel : 2 films = 7 €

synopsis

2022. New York baigne dans une étrange lumière jaune, qui a détruit la faune et la flore. Très peu de terres sont encore cultivables et les habitants qui n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels, à cause de prix exorbitants, mangent un aliment de synthèse, le soylent green, produit par une multinationale. Des émeutes de citoyens affamés sont fréquentes et sévèrement réprimées. Thorn, policier de premier ordre, vit avec son ami Sol Roth, un vieillard, dans un petit appartement. Sol peste contre l'état du monde et a la nostalgie du passé tandis que Thorn se contente des seules choses qu'il a connues, à savoir la nourriture synthétique et la canicule perpétuelle. Un des dirigeants de la société agroalimentaire Soylent, est tué chez lui. Thorn, chargé de l'enquête, découvre que ce meurtre qui semblait passer pour un crime crapuleux se révèle en fait être un assassinat pour l'empêcher de révéler un terrible secret...

notes de production

Soleil vert, comme 2001, l’odyssée de l’espace (1), Orange mécanique (2), Fahrenheit 451 (3) ou THX 1138 (4), fait partie de ces films d’anticipation intellectuels, prophétiques, inspirés par un avenir lourd de menaces, en l’occurrence celle de la surpopulation et de l’épuisement des ressources naturelles. Soleil vert est, lui aussi, devenu un classique et, de surcroît l’un des films d’anticipation les plus sombres jamais réalisés. Il exprime parfaitement la peur, selon les mots de Krishnamurti (5), de vivre dans un monde semblable à la mort.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/2001,_l%27Odyss%C3%A9e_de_l%27espace
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Orange_m%C3%A9canique
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fahrenheit_451_%28film,_1966%29
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/THX_1138
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Jiddu_Krishnamurti

Le titre anglais Soylent green, bizarrement traduit par Soleil vert (peut-être un écho de greenhouse effect, effet de serre, alors que Soylent est la contraction de soybean-lentil soit lentille de soja), est le nom d’une multinationale imaginaire, la Soylent company, géant agro-alimentaire produisant des pastilles vitaminées sans goût ni texture, métaphore répugnante d’un progrès sans joie. Elle vient, au début du film, de lancer un nouvel alicament, le Soylent green, censé être à base d’algues.

Soylent green est tiré d’un roman peu connu de Harry Harrison, publié en 1962 : Make room ! make room ! (6) (en français : Dégagez, faites de la place !) qui décrit un New York surpeuplé où s’entassent des millions de chômeurs, où les automobiles ne roulent plus et où règnent le rationnement et la violence. L’action se situe non pas en 2022, mais en 1999. Cette date paraissait assez lointaine en 1966 pour être crédible.
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Soleil_vert
Make room ! make room ! diffère sensiblement du film. Le thème en est centré sur le risque d’explosion démographique, encore porteur à une époque où la dénatalité n’a pas encore remplacé le baby boom (boum des naissances de l’après-Seconde Guerre mondiale), et où l’opinion conservatrice (aux États-Unis) s’oppose au contrôle des naissances pour des raisons principalement religieuses. Le sujet était débattu à l’époque : la pilule va apparaître massivement comme moyen contraceptif et les pays en voie de développement sont encore loin de montrer le moindre signe de décollage économique : l’entassement, le manque de place (Make room !) menacent donc au Nord comme au Sud. Par ailleurs, la violence urbaine fait son apparition. Enfin une nouvelle culture est en train de naître dans le quartier bohème de San Francisco, résolument anti-industrielle : les hippies. C’est dans ce contexte que naît Make room ! make room !, un récit moins écologiste que malthusien (7). Le livre était un plaidoyer appuyé en faveur de la contraception et du contrôle des naissances, s’en prenant clairement aux églises et aux conservateurs.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Malthusianisme

Le film en revanche est tourné en 1973. Une décennie plus tard, l’air du temps a changé. Le thème de l’explosion démographique, qui s’éloigne dans les pays industrialisés, passe désormais, sans disparaître complètement, derrière une nouvelle peur millénariste : la destruction de l’environnement et la raréfaction des matières premières (le premier choc pétrolier a eu lieu) (8). La pollution devient un thème récurrent dans l’actualité, les partis et groupes de pression écologistes s’organisent. Les premiers producteurs de produits biologiques critiquent l’agriculture intensive, le club de Rome vient de sortir le rapport Meadows (1972) Halte à la croissance ? (9), puis Sortir de l’ère du gaspillage : demain ; enfin un essai terrifiant du sociologue britannique Gordon Rattray Taylor (10), Le Jugement dernier (11) (Calmann Levy, Paris, 1970) annonce la fin du monde si rien n’est fait pour inverser les tendances. Soleil vert arrive donc, commercialement, dans un contexte idéal.
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_choc_p%C3%A9trolier
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Halte_%C3%A0_la_croissance_%3F
(10) http://arp83.free.fr/rome.htm
(11) http://alerte-environnement.fr/2011/04/23/le-jugement-dernier/

Pourtant, comme souvent à Hollywood, Soleil vert a failli ne pas se faire. La Mgm (12) n’aime pas le scénario de départ, la seule utilisation du thème de la surpopulation leur paraît insuffisante : c’est une bonne idée, mais il faut rendre le film plus frappant. Harry Harrisson devra donc batailler pour éviter la dénaturation de son œuvre, puis reconnaîtra plus tard que les idées imposées par le studio, étaient excellentes : à la surpopulation seront donc ajoutées l’euthanasie des vieillards, puis une idée encore plus terrifiante : les tablettes vitaminées (le pain synthétique Soylent green) s’avèrent faites à partir de cadavres (industrialisation du cannibalisme) au lieu de plancton (l’océan agonise, hurle Charlton Heston, le plancton a cessé d’exister) ; et surtout sera créée (presque au dernier moment, avec des stock-shots choisis par le monteur du film) la scène la plus célèbre, où E.G. Robinson, avant d’être euthanasié, se voit montrer, dans un endroit qui fait penser aux dômes IMAX d’aujourd’hui (13), des documentaires animaliers, des films sous-marins, des paysages naturels magnifiques, images banales mais qui, après deux heures de plans généraux d’un New York à aspect de bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, agité d’émeutes dégagées au bulldozer, prennent une tonalité bouleversante : le spectateur comprend que tout cela n’existe plus, a été détruit par la pollution et l’empoisonnement planétaire qui en résulte. Le film décrit en outre des politiciens corrompus, des capitalistes cyniques et des scènes d’émeute qui, de façon subliminale, évoquent des images de camps de concentration. Richard Fleischer avait d’ailleurs déjà réalisé Le Génie du mal (14), avec Orson Welles, film contre la peine de mort.
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Metro-Goldwyn-Mayer
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Omnimax
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_G%C3%A9nie_du_mal

C’est encore Harry Harrison qui conseillera la réalisation du main title saisissant, qui montre en accéléré l’essor de la société industrielle moderne du XIXe siècle à nos jours et au-delà, par un montage de photos fixes, et son effondrement au XXIe siècle. Le film est bien plus compréhensible grâce à cette introduction servie par une musique de Fred Myrow, sorte de blues symphonique à la Lalo Schifrin (15).
(15) http://www.citebd.org/spip.php?film1250

Il s’agit de la première collaboration de Richard Fleischer avec Charlton Heston. Le réalisateur dirigera à nouveau ce dernier dans le film d’aventure Crossed swords (16) en 1978.
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Prince_et_le_Pauvre_%28film,_1978%29

En 1968, Charlton Heston et Edward G. Robinson ont failli se donner la réplique pour une première fois dans La Planète des singes (17). Ce dernier était en effet pressenti pour interpréter le Dr. Zaius, mais il préféra abandonner le rôle lorsqu’il prit connaissance des énormes contraintes de maquillage.
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Plan%C3%A8te_des_singes_%28film,_1968%29

Dans ce film apparaît le tout premier jeu vidéo, Computer space (18), conçu en 1971 par Nolan Bushnell, le fondateur d’un autre jeu célèbre, Pong, et industrialisé par la société Nutting associates.
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Computer_Space

Fleischer conte fort bien son histoire, et son film comporte d’excellents morceaux de cinéma. Charlton Heston dans un rôle voisin de celui qu’il tenait dans Le Survivant (19) est fidèle à lui-même. Mais on ne verra pas sans émotion mourir à l’écran Edward G. Robinson (la séquence est assez incroyable) dont ce devait être le dernier film. Et si l’on devine un peu trop facilement l’abominable secret du film, il est d’une logique presque parfaite dans l’avenir que les auteurs nous montrent. Ce cri d’alarme cinématographique peut-il être entendu ?
Guy Allombert in La Saison cinématographique 74
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Survivant

Soylent green fait partie de ces films de science-fiction dont la crédibilité repose moins sur des effets spéciaux élaborés que sur des des scénarios et des personnages cohérents. Fleischer suit en cela son ami de toujours, Robert Wise (20), qui avait montré la voie avec The Andromeda strain (21)...
Bien que futuriste, Soylent green rappelle curieusement l’atmosphère des films américains de la Dépression. L’obsession des américains était, là aussi, centrée sur la nourriture, l’habitat, le travail et le repos. De même, la fin de Soylent green, où Thorn, blessé, hurle son secret à des gens incrédules, évoque indubitablement Kevin McCarthy dans les ultimes moments du Invasion of the body snatchers (22) de Don Siegel.

Stéphane Bourgoin in Richard Fleischer (Edilig)
(20) http://www.citebd.org/spip.php?film622
(21) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Myst%C3%A8re_Androm%C3%A8de_%28film%29
(22) http://www.citebd.org/spip.php?film586

Soylent green a obtenu le Grand prix au festival international du film fantastique d’Avoriaz 1974.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Festival_international_du_film_fantastique_d%27Avoriaz

Richard Fleischer
voir fiche du film L’Etrangleur de Boston
http://www.citebd.org/spip.php?film333

Stanley R. Greenberg
Né le 3 septembre 1927, décédé le 25 août 2002.
http://www.cinemotions.com/Stanley-R-Greenberg-nm179041

Harry Harrison
Né Henry Maxwell Dempsey le 12 mars 1925 à Stamford (Connecticut), décédé le 15 août 2012 à Crowborough (Gb).
Un grand nombre de ses premières nouvelles furent publiées sous le pseudonyme de Wade Kaempfert. Ses plus grands succès sont ses récits de science-fiction, caractérisés par leur humour et leur esprit satirique...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Harrison

Richard H. Kline
Né le 15 novembre 1926 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_H._Kline

Fred Myrow
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=51904.html

Charlton Heston
Né le 4 octobre 1923 à Evanston (Illinois), décédé le 5 avril 2008 à Beverly Hills.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charlton_Heston

Leigh Taylor-Young
Née le 25 janvier 1945 à Washington.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Leigh_Taylor-Young

Edward G. Robinson
Né Emanuel Goldenberg le 12 décembre 1893 à Bucarest, décédé le 26 janvier 1973 à Hollywood.
Devient populaire en 1930 grâce à son rôle de gangster dans Little Caesar...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_G._Robinson

Chuck Connors
Né Kevin Joseph Aloysius Connors le 10 avril 1921 à New York, décédé le 10 novembre 1992 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chuck_Connors
http://www.tvrage.com/person/id-48865/Chuck+Connors

Joseph Cotten
Né Joseph Cheshire Cotten, est un acteur américain, né le 15 mai 1905 à Petersburg (Virginie) et mort le 6 février 1994 à Westwood (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Cotten

Brock Peters
Né George Fisher le 2 juillet 1927 à New York, décédé le 23 août 2005 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Brock_Peters

Lincoln Kilpatrick
Né le 12 février 1932 à Saint-Louis (Missouri), décédé le 18 mai 2004 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lincoln_Kilpatrick

Leonard Stone
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-76646/filmographie/

Whit Bissell
Né le 25 octobre 1909 à New York, décédé le 5 mars 1996 à Woodland Hills (Californie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Whit_Bissell

Paula Kelly
Née le 21 octobre 1943 à Jacksonville (Floride).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paula_Kelly

Stephen Young
Né le 19 mai 1931.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_Young_%28acteur%29

Mike Henry
Né le 15 août 1936 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mike_Henry

Roy Jenson
Né le 9 février 1927 à Calgary (Canada), décédé le 27 avril 2007 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Roy_Jenson

Celia Lovsky
Née Cäcilie Lvovsky le 21 février 1897 à Vienne (alors Autriche-Hongrie), décédée le 12 octobre 1979 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Celia_Lovsky

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - "Soleil vert" représente donc le dernier sommet dans la carrière d’un réalisateur totalement dévoué aux grands studios hollywoodiens. Une pièce maîtresse dans l’histoire de la science-fiction.
Telerama - Un film futuriste, légèrement démodé, qui reste, paradoxalement, prophétique.
Devil dead - Le message du film est malheureusement toujours d’actualité...
Cinéma fantastique - "Soleil vert" reste un monument du cinéma d’anticipation.
Objectif cinéma - "Soleil vert" repose sur la découverte d’un secret d’État, à la fois politique et industriel : la nourriture dont on abreuve la foule misérable de ce New York de cauchemar n’est pas composée de plancton, comme on le croit...
Ecran large - De l'interprétation à la réalisation, tout dans ce film est magnifique, spectaculaire et de haute tenue. Une des œuvres mythiques de la science fiction.
Paris-ci la culture - A voir et à garder parmi les plus grands films.
Scifi universe - Du très grand cinéma, un classique et surtout une grande claque !