Jacquot de Nantes - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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Jacquot de Nantes

ciné môme
France - 1990 - 1h58
sorti en France le 15 mai 1991
film - film francophone
de

Agnès Varda

scénario : Agnès Varda, Jacques Demy
direction de la photographie : Patrick Blossier, Agnès Godard, Georges Strouvé
musique ou chansons : Joanna Bruzdowicz
avec : Jacques Demy (lui-même), Philippe Maron (Jacquot 1re période), Edouard Joubeaud (Jacquot 2e période), Laurent Monnier (Jacquot 3e période), Brigitte De Villepoix (Marie-Louise, dite Milou, la mère), Daniel Dublet (Raymond, le père)
séances : semaine du mercredi 17 septembre 2014
mercredi 17 jeudi 18 vendredi 19 samedi 20 dimanche 21 lundi 22 mardi 23
17:00*
séance spéciale :
* séance mar 23 sept.à 17h00 suivie d'un débat en présence d'enseignants - Film inscrit au dispositif "Ecole et cinéma" - tarif unique : 3,50 €

synopsis

1939, à Nantes. Jacques Demy a 8 ans. Il coule une enfance heureuse auprès de ses parents, Marilou et Raymond, et de son petit frère, Yvon. Chez les Demy, tout le monde chante à longueur de journée, et le dimanche, on va au cinéma. C'est dans le garage familial que vient à Jacquot sa passion pour le septième art. Son père rêve de faire de lui un brillant mécanicien, lui ne pense qu'à projeter des films de Charlot. Pendant la guerre, il échange, dans un magasin d'occasion, son jeu de construction contre une caméra super-8, le rêve de son père contre le sien propre. Il réalise ses premiers films avec sa famille et ses amis. Bientôt, les combles du garage paternel accueillent un studio d'animation monté par Jacques, pour son seul plaisir, avec les cartons vides du marchand de bonbons...

notes de production

Jacques était malade, il peignait un peu et a eu envie d’écrire ses souvenirs. Il en écrivait un peu tous les jours et me les faisait lire. Après cinquante pages, j’ai dit tout
à coup : c’est un scénario formidable ! Il m’a répondu : je te les donne, si tu veux en faire un film, fais-en ce que tu veux. Ce texte d’environ 80 pages (Une enfance heureuse), est très bien écrit, dans une langue simple, pure et un peu distancée, sans indications psychologiques ni dialogues. Cette certaine distance m’étonnait. Je lui ai donc dit : je me lance. Je ferai les dialogues...
Agnès Varda

La narration est entrecoupée d’extraits de films réalisés dans le passé par Jacques Demy, comme Lola (1) ou Peau d’âne (2).
Le film évoque principalement les jeunes années de Jacques Demy, mais évoque aussi ses derniers mois, par des plans prolongés (parfois très rapprochés) de son visage et de son corps ; Jacques Demy est en effet mort peu de temps après la fin du tournage. Le film est empreint de l’affection qu’Agnès Varda porte à son mari, et de l’admiration qu’elle voue au réalisateur.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lola_%28film,_1961%29
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Peau_d%27%C3%A2ne_%28film,_1970%29

Réalisé par Agnès Varda, compagne de Jacques Demy, Jacquot de Nantes est d’abord la reconstitution fictionnelle de l’enfance heureuse du cinéaste et l’évocation de sa vocation précoce. Ce film mosaïque, alternant noir et blanc et couleurs, entrelace les événements de la vie du petite Jacques (ses jeux, les amours enfantines, les premiers essais de films…), des retours au présent (avec la présence réelle de Jacques Demy évoquant ses souvenirs) et des extraits de ses films. Car, selon Agnès Varda, la source d’inspiration du cinéaste provenait presque uniquement de sa propre enfance, certains épisodes de sa vie étant à la base de ses films ultérieurs.
Jacquot de Nantes, c’est une histoire de réussite, non pas au sens de l’argent et du social, c’est la réussite du rêve d’enfant.
Agnès Varda

Le film d’Agnès Varda pousse à un degré supplémentaire le rôle que joue l’enfance du cinéaste dans son œuvre ultérieure. Tout au long des dix ans de cette biographie imaginaire, elle intègre des fragments réels des films réalisés plus tard par Jacques Demy. Presque toute son œuvre est citée, à l’exception de Model shop (3) et de Trois places pour le 26 (4) pour les longs métrages. [...]
C’est, par la suite, certains épisodes de la vie de Jacquot, qui, selon l’hypothèse du film, sont à la base de ses films ultérieurs. Le rapport entre l’expérience vécue et sa transformation fictionnelle est plus ou moins complexe, médiatisé, transformé par la mémoire et l’imagination. Ainsi Agnès Varda opère certains rapports directs : une phrase du père garagiste le moteur cliquette encore à froid est reprise dans la séquence initiale des Parapluies (5). Le salon de coiffure de la mère est à la source du métier de l’héroïne de L’Événement le plus important... (6) De manière plus transposée, l’exubérante tante de Rio fascinée par la roulette et le casino serait à l’origine du personnage qu’incarne Jeanne Moreau dans La Baie des anges (7).
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...écrit par Michel Marie
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Model_Shop
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_places_pour_le_26
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Parapluies_de_Cherbourg
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89v%C3%A9nement_le_plus_important_depuis_que_l%27homme_a_march%C3%A9_sur_la_Lune
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Baie_des_Anges

Jacquot de Nantes connaît le même triste sort qu’une dizaine de titres du catalogue École et cinéma : c’est un film oublié, il ne trouve plus grâce aux yeux des programmateurs.
Quel cruel destin pour cette évocation de souvenirs à la troisième personne ! Car ce film singulier ne ressemble à aucun autre ; son mode de narration et ses choix stylistiques l’élèvent au rang de film "collages", d’hommage sensible, ou encore de biographie documentée et bienveillante… bref, on ne peut le classer dans aucune catégorie et c’est tant mieux !
Jacquot de Nantes est un film important pour nous, les passeurs de cinéma. Dans notre valeureux travail de faire aimer le cinéma aux enfants, il est réconfortant de croiser un film comme celui d’Agnès Varda.
D’abord parce que c’est un film qui déborde d’humanité et d’admiration à l’égard de son Sujet, Jacques Demy. Comme la cinéaste, nous aimons cet homme et son cinéma, nous voulons que des générations futures chantent encore « la recette du cake d’amour » pendant la récréation. Nous l’aimons infiniment pour avoir oser inventer un cinéma enchanté et coloré. Grâce à Agnès Varda, ce réalisateur a une vie de cinéma et AU cinéma, plus personne ne peut ignorer l’histoire personnelle de ce cinéphile entêté.
Jacquot de Nantes est ensuite un film qui relate avec justesse et élégance la naissance et l’éclosion d’un jeune spectateur. Jacques Demy, dès son plus jeune âge, fréquente la salle de cinéma de son quartier, à Nantes, en famille. Ce rituel dominical est émouvant parce qu’il a la saveur d’une émotion partagée. Les yeux du petit Jacquot sont brillants lorsqu’il sort de la salle obscure, il n’a de cesse de partager avec ses proches les meilleurs moments du film vu. Nous touchons du doigt l’essence du plaisir du spectateur de cinéma : vivre ses émotions collectivement pendant la séance, les retravailler, les amplifier, après la projection en en discutant.
On est touché aussi par le cérémonial que l’enfant met en œuvre pour recréer la salle de cinéma, chez lui, dans la cuisine, lorsqu’il projette ses premiers films d’animation. Chaque détail a son importance aux yeux de l’enfant, il faut que les spectateurs (ses parents et un voisin) aient l’impression de vivre une vraie projection de cinéma pour apprécier à sa juste valeur l’objet du spectacle.
Le film d’Agnès Varda montre aussi comment on peut aimer voir des films pour finalement vouloir en faire, le plaisir de spectateur n’excluant pas le désir de créer. Jacquot de Nantes est en effet l’évocation d’une vocation artistique, il dépeint avec précision les étapes durement franchies par un jeune homme dont les origines sociales modestes n’auraient pas du conduire au métier de cinéaste mais plutôt à celui de garagiste comme son père. Qui de nous n’a jamais rêvé de voir un jour, parmi les enfants qui fréquentent nos salles, une tête se lever fièrement en affirmant vouloir embrasser coûte que coûte une carrière artistique dans le cinéma !
Enfin, ce film est important parce qu’il illustre ce que nous aimons faire dans nos métiers : tisser des liens entre les films pour créer du sens. Par un subtil jeu de montage et de collages, des scènes de la vie quotidienne de Jacquot résonnent avec des extraits de films réalisés par Jacques Demy. Cet ingénieux emboîtement révèle que l’enfance fut une importante source d’inspiration.
Et l’enfant de 2013, spectateur de Jacquot de Nantes, ne boudera pas son plaisir en voyant certaines de ces séquences, mais aussi en reconnaissant les films que Jacquot va voir au cinéma : Blanche neige et les sept nains (8), Jour de fête (9), La Belle et la Bête (10), etc.
Jacquot, c’est un petit morceau de nous : cet amour immense du cinéma que nous voulons voir grandir et s’épanouir.
Delphine Lizot (Les Enfants de cinéma)
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Blanche-Neige_et_les_Sept_Nains
(9) http://www.citebd.org/spip.php?film357
(10) http://www.citebd.org/spip.php?film441

Jacques Demy va mourir. Agnès Varda, sa femme, capte la dernière lumière de son regard. Et met en scène ses années d’enfance et d’adolescence. Cela s’appelle Jacquot de Nantes, un film comme on n’en a jamais vu, à l’exception peut-être du Nick’s movie (11) de Wim Wenders, où celui-ci filmait les derniers jours de Nicholas Ray, son ami, lui tenait la main avant le grand passage...
Acte de cinéma, Jacquot de Nantes est la plus belle preuve d’amour d’Agnès Varda à son mari cinéaste dont elle aussi tient la main. (...)
Il y a là, comme jamais, la genèse d’un univers cinématographique peuplé de fées, de filles à marier, de veuves excentriques, de marins en goguette et de cartomanciennes. C’est la vie, mode d’emploi, et l’œuvre, mode d’emplette. (...)
Tout le film est ainsi : infiniment grave et infiniment léger, sans la moindre sensiblerie ni effet d’attendrissement facile. Si l’émotion passe ici à pleins bords, ce n’est que par les armes de la mise en scène. (...)
Le cœur de ce film qui bat si intensément, c’est avant tout l’obstination d’un enfant qui veut devenir cinéaste et rien d’autre. Impérieuse vocation d’un créateur en culottes courtes qui, avec ses premières petites caméras, met en scène, image par image, son théâtre de marionnettes en carton, dessine à même la pellicule ou organise de vrais tournages avec ses camarades de jeux. Années d’apprentissage et imaginaire : tout est là posé à jamais. Ariane Varda renoue et remonte le fil de la vie de Jacques Orphée Demy. Insoutenable légèreté de l’être (filmé).
Michel Boujut in L’Evénement du jeudi
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nick%27s_Movie

Jacquot de Nantes a été présenté hors-compétition au Festival de Cannes en 1991.

Une des scènes du film a été filmée avec une grue et des machinistes empruntés au film La Reine blanche (12) dont le tournage avait lieu simultanément à Nantes (en raison d’une insuffisance du budget).
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Reine_blanche

Agnès Varda tenait à ce que Jacques Demy soit présent lors du tournage du film. Ainsi, lorsque la maladie de ce dernier s’aggrava, le garage Demy fut reconstruit en studio pour lui permettre de suivre le tournage tout en ayant des soins médicaux.

Agnès Varda
Née Arlette Varda le 30 mai 1928 à Ixelles (Belgique).
Une des rares réalisatrices issues de la nouvelle vague dont le premier long métrage, La Pointe courte, avait Alain Resnais comme monteur...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Agn%C3%A8s_Varda

Jacques Demy
Né le 5 juin 1931 à Pontchâteau (Loire-Atlantique), décédé le 27 octobre 1990 à Paris.
Surtout connu pour ses films musicaux...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Demy

Patrick Blossier
Né le 23 septembre 1949 à Paris.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Blossier

Agnès Godard
voir fiche du film L’Enfant d’en haut
http://www.citebd.org/spip.php?film844

Georges Strouvé
Né le 29 juin 1927 à Paris, décédé le 15 août 1998 à Aix-en-Provence.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Strouv%C3%A9

Joanna Bruzdowicz
Née le 17 mai 1943 à Varsovie.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Joanna_Bruzdowicz

Edouard Joubeaud
http://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/4005-edouard-joubeaud.html

Brigitte De Villepoix
http://www.imdb.com/name/nm0212159/

Daniel Dublet
http://www.imdb.com/name/nm0239345/

extrait(s) de presse

Les Inrocks - "Jacquot de Nantes", c’est l’enfance de Jacques Demy mise en scène par Varda, un cadeau avant la mort, une alliance entre deux cinéastes bientôt séparés...
Télérama - Ceux qui ont grandi dans le soleil du cinéma de Jacques Demy ne peuvent que remercier Agnès Varda d'avoir rassemblé ces émotions dans cet hymne à la confiance, à la vie.
Evous - Une belle histoire pour les enfants, un cinéfilm pour les cinéphiles !, à mettre entre les mains de tous les cinéastes en culottes courtes.