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Sleeping beauty

Some call it loving
Usa - 1972 - 1h43
sorti en France le 26 octobre 1973
Quinzaine des réalisateurs Cannes 1973
film - version originale sous-titrée en français
de

James B. Harris

scénario : James B. Harris
d'après l'oeuvre de : John Collier
direction de la photographie : Mario Tosi
musique ou chansons : Richard Hazard
avec : Zalman King (Robert Troy), Carol White (Scarlett), Tisa Farrow (Jennifer), Richard Pryor (Jeff), Veronica Anderson (Angelica), Logan Ramsey (docteur de la foire), Brandy Herred (Majorette), Ed Rue (Mortician), Pat Priest (infirmière de la foire), Joseph DeMeo (barman)
séances : semaine du mercredi 30 avril 2014
mercredi 30 jeudi 1er vendredi 2 samedi 3 dimanche 4 lundi 5 mardi 6
18:30*
séance spéciale :
* ciné mardi : "Au pays de l'étrange" - en présence de Antoine Barraud - soirée organisée en partenariat avec Hidden circle - tarif préférentiel 2 films = 7 € (voir fiche du film "Les Gouffres").

synopsis

Une belle endormie fait la fortune d’un forain qui monnaye le baiser susceptible de la réveiller. La beauté de la jeune fille ensorcelle Robert qui se promenait là par ennui. Il la rachète à son propriétaire et l’emporte dans la villa où il demeure avec une femme également très belle mais significativement plus âgée que lui. Toutes sortes de jeux de rôle les lient... Une version baroque de "La Belle au bois dormant".

notes de production

J’ai rêvé tellement fort de toi... Tellement aimé ton ombre, qu’il ne me reste plus rien de toi.
Robert Desnos

James B. Harris, proche de Stanley Kubrick, s’inspire de l’univers de ce dernier pour l’ambiance de son film. Il fut par ailleurs son producteur sur Lolita (1), L’Utime razzia (2) et Les Sentiers de la gloire (3). Harris produit également ses propres films et apparait comme producteur au générique du Dahlia noir (4) de Brian de Palma et dans Un espion de trop (5) de Don Siegel. Par ailleurs, les liaisons entre Sleeping beauty et Eyes wide shut (6), le dernier film de Kubrick, sont troublantes de ressemblance du point de vue du traitement d’une intrigue proche et des personnages.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lolita_(film,_1962)
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Ultime_Razzia
(3) http://www.citebd.org/spip.php?film1222
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dahlia_noir_(film)
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Un_espion_de_trop
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Eyes_Wide_Shut

Si le film ne connut qu’un médiocre accueil aux Usa, où il fut considéré comme une bizarrerie, il fut reçu avec enthousiasme en France puisque Pierre Rissient (7) le fit découvrir et l’accompagna jusqu’au festival de Cannes où il fut retenu par la Quinzaine des réalisateurs. Cette notoriété lui permit de rester plus de six mois à l’affiche à Paris. Cette même année 1973, la Quinzaine retenait une autre étrangeté cinématographique aujourd’hui devenue culte : Aguirre, la colère de dieu (8), de Werner Herzog. Le film de Harris deviendra lui aussi par la suite, malgré sa mauvaise réception américaine, une réalisation culte des années 70.
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Rissient
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Aguirre,_la_col%C3%A8re_de_Dieu

Some call it loving transforme l’histoire originale de John Collier et fait de son vieil Anglais un jeune joueur de jazz. Le fait est que Harris est lui-même un jazzman. Il connaît d’autant mieux ce milieu musical puisqu’avant d’entrer dans la production et la réalisation cinématographique, il faisait partie d’un orchestre.

Some call it loving n’est pas le nom original du film de Harris. Pendant la production du long-métrage, le titre fut pendant un temps Never call it loving. Il fut par la suite renommé en Some call it loving pour insister sur l’étrangeté des relations qu’entretiennent les personnages.

John Collier est connu pour ses histoires courtes qu’il publiait notamment dans le New Yorker mais c’est pour Hollywood que sa production est la plus prolifique. Some call it loving est l’unique adaptation de son roman éponyme pour le grand écran. C’est en réalité même la seule adaptation d’un de ses récits au cinéma. Cependant, il participa à des scénarios de films illustres comme African queen (9) de John Huston ou Sylvia scarlett (10) de George Cukor.
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Odyss%C3%A9e_de_l’African_Queen
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvia_Scarlett

Le film en version originale est sous-titré Sleeping beauty et rappelle que Some call it loving est largement inspiré du conte de Madame Suzanne de Villeneuve (11). En France, le titre du film est resté Sleeping beauty alors que le Royaume-Uni opta pour un titre encore plus enchanteur et significatif de l’origine de l’œuvre : Dream castle. La modernisation intervient aussi par rapport à l’œuvre littéraire originale où la belle éveillée était justement ré-endormie à la fin par l’Anglais, dégouté de la harpie qu’il avait réveillé. Cette fin misogyne ne plut pas à Harris qui la changea. Sa filmographie revient pourtant par la suite sur des films plutôt musclés et plein de testostérone (Cop) (12), il n’empêche que sa version de Sleeping beauty est plus en accord avec les mœurs de l’époque : psychédélique et mystérieux.
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle-Suzanne_de_Villeneuve
http://fr.onceuponatime.wikia.com/wiki/La_Belle_et_la_B%C3%AAte_(conte)
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Cop_(film)

On l’a compris, Sleeping beauty est le monde fantastique du rêve, où explosent les désirs d’amour fou et les tendances freudiennes. Les personnages s’y meurent en des toilettes blanches, rouges ou noires, couleurs de la pureté, de l’amour et de la mort. Le film de James B. Harris est un univers merveilleux et vénéneux où se rencontrent Charles Perrault (13), Lewis Caroll (14), Matthew G. Lewis (15) et Bunuel (16).
Lorsque le jeune homme, à la fin du film, replonge la belle dans le sommeil, est-ce le début ou la fin de son rêve ? J’ai tant rêvé de toi, disait Desnos, qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille.
Et si c’était encore la belle endormie qui avait rêvé tout le film pour nous le faire partager et vivre, comme le peut le cinéma, cette merveilleuse et dangereuse machine à rêves.
Car le sujet de Sleeping beauty, c’est aussi le cinéma. Plus encore que le juke-box symbolique du somptueux appartement, il peut faire éclater sur l’écran des salles obscures la toute-puissance du désir. Puissance maléfique ou bénéfique, on n’a pas fini d’en discuter. De toute façon, permettre cette réflexion est un des intérêts du film de James B. Harris. Qui viendra après l’extraordinaire pouvoir de fascination secrété par son incomparable beauté plastique.
André Cornand in La Revue du cinéma image et son n° 278 (novembre 1973)
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Perrault
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lewis_Carroll
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/Matthew_Gregory_Lewis
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/Luis_Bu%C3%B1uel

Film inclassable, nous voulons bien le qualifier d’engagé si l’on veut bien nous concéder qu’il est nécessaire de s’engager aussi du côté d’au-delà. Et quoi qu’il en soit, il ne peut nous détourner de rien d’important : car il n’aliène pas le spectateur par la suggestion d’un bonheur élitaire, mais il apporte le plaisir. Le plaisir de partir vers ces lieux où on n’a ni le temps ni peut-être le droit d’aller trop souvent, mais qui existent. La vision de ce film est ce qu’on appelle un moment privilégié de l’existence...
Ce film était passé quasi inaperçu, mais la gravité, la sérénité, l’intelligence, la subtilité et la sensibilité de Sleeping beauty donnent à espérer en James B. Harris, un des cinéastes les plus exceptionnels des années à venir.
Jacques Grant in Cinéma 73 n° 183 (décembre 1973)

Entretiens avec James B. Harris
Votre film, comme beaucoup d’œuvres récentes parmi les plus intéressantes, utilise la forme de la fable et est une réflexion sur le rituel et la cérémonie.
L’élément majeur de son plaisir érotique vient de la tromperie. C’est son masochisme. Le film n’est qu’une variation sur la trahison et ce dès la première scène. Le rituel rend la trahison plus forte, en particulier sous l’aspect religieux. Si vous prenez un être aimé, si vous le remettez à un groupe de religieuses dans lequel il adopte un ordre de vie totalement différend du vôtre, c’est une forme très forte de tromperie. Et le costume de servante accentue par ailleurs l’idée de sacrifice et de soumission, liée au rapport avec la figure dominatrice de Carol White. Je voulais aussi exprimer l’idée de la répétition, comme lorsque le tango reprend ostensiblement au même moment. Mais je ne voulais pas le souligner par des dialogues, simplement le suggérer par des images.
Michel Ciment in Positif n° 158 (avril 1974 - entretien réalisé à Cannes en mai 1973)
Huit ans après "Aux postes de combat" , vous réalisez le très étrange et très beau "Sleeping beauty". Ce film donne le sentiment d’une liberté artistique totale.
Oui, c’est un film très personnel. J’ai lu une nouvelle de John Collier dans un recueil et j’y ai vu l’opportunité de dire quelque chose que je ressentais à propos des relations humaines. J’ai pris beaucoup de liberté par rapport à la nouvelle. Dans celle-ci, c’est un homme plus âgé qui achète une belle endormie présentée comme une attraction. Il se dit que s’il la réveille, ses dernières années seront formidables. Il dépense une fortune pour la ramener chez lui en Angleterre et pour la faire ranimer. Et quand elle se réveille, elle est épouvantable. Il réalise alors que les choses ne sont jamais comme on voudrait qu’elles soient...
http://www.dvdclassik.com/article/entretien-avec-james-b-harris

Le film dut être restauré par la société Les Films du Camélia du fait de son piètre état. Le négatif original fut dégraissé, nettoyé et colmaté pendant qu’on rendait aux couleurs leur éclat d’origine. La bande-son dut elle aussi subir une restauration, notamment sur les voix des acteurs, elle fut numériquement rééquilibrée et uniformisée.
Parallèlement à la sortie en salles du film (le second du réalisateur), la cinémathèque française a consacré une rétrospective des 4 autres rares films réalisés par James B. Harris, du 20 au 30 janvier 2014. Elle était assortie de 2 long-métrages de Stanley Kubrick dont Harris fut le producteur (L’Ultime razzia et Lolita).

James B. Harris
Né le 3 août 1928 à New York.
Connu pour avoir produit plusieurs films de Stanley Kubrick...
http://www.kinoscript.com/james-b-harris/

John Collier
http://www.laffont.fr/site/john_collier_&181&32229.html

Mario Tosi
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-56531/filmographie/

Richard Hazard
Né le 2 mars 1921 à Trenton (New Jersey), décédé le 20 décembre 2000 à Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Hazard

Zalman King
Né le 23 mai 1942 à Trenton (New Jersey), décédé le 3 février 2012.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Zalman_King

Carol White
Née le 1er avril 1943 à Londres, décédée le 16 septembre 1991 à Miami.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Carol_White_(actrice_anglaise)

Tisa Farrow
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=5327.html

Richard Pryor
Né le 1er décembre 1940 à Peoria (Illinois), décédé le 9 adécembre 2005 en Californie.
A connu son heure de gloire entre le milieu des années 70 travaillant notamment pour Mel Brooks et Gene Wilder...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Pryor

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Tantôt envoûtant, subversif, inquiétant et extrêmement dérangeant, "Some call it loving" convoque nos propres fantasmes tout en jouant sur un panel d’émotions contradictoires....
Festival Lumière - Au-delà de l’absence de narration classique, le film distille une atmosphère onirique somptueuse, brumeuse et voilée...
L'Express - Un film peuplé de spectres, où il est principalement question d'une belle au bois dormant réveillée par un prince charmant...
Culturopoing - Tour à tour fantaisiste, drôle, délicat ou déprimé jusqu'à l'anémie, le film questionne la représentation amoureuse et le désir, dans une analogie thématique troublante avec "Eyes Wide Shut" de Stanley Kubrick...
Chaos reigns - Oui, ce film est beau comme un rêve et cruel comme un réveil. Pour toutes ces raisons, sa redécouverte s’impose...
Les Echos - Le film se veut aussi une fable, un conte, un rêve avec des zones d’ombre à compléter par le spectateur, lui laissant à deviner le sens exact de l’œuvre, l’impliquant dans le processus créatif, un peu comme du Robbe-Grillet américain (de fait, chez Harris aussi on trouve des séquences érotiques)...