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quadrophenia

ciné répertoire
Gb - 1979 - 2h00
sorti en France le 9 avril 1980
avant-première mondiale festival de Cannes 1980
film - version originale sous-titrée en français
de

Franc Roddam

scénario : Dave Humphries, Franc Roddam, Martin Stellman, Pete Townshend
d'après l'oeuvre de : The Who
direction de la photographie : Brian Tufano
musique ou chansons : The Who
avec : Phil Daniels (Jimmy), Mark Wingett (Dave), Leslie Ash (Steph), Phil Davis (Chalky), Toyah Willcox (Monkey), Sting (l'As), Trevor Laird (Ferdy), Andy Sayce (Kenny), Kate Williams (madame Cooper, mère de Jimmy), Michael Elphick (monsieur Cooper, père de Jimmy), Kim Neve (Yvonne Cooper, soeur de Jimmy), Daniel Peacock (Danny)
séances : semaine du mercredi 23 avril 2014
mercredi 23 jeudi 24 vendredi 25 samedi 26 dimanche 27 lundi 28 mardi 29
18:30*
séance spéciale :
* mar 29 à 18h30 - ciné musique - soirée organisée en partenariat avec Hidden circle et la Nef - tarif préférentiel 2 films = 7 € (voir fiche du film "Twenty feet from stardom").

synopsis

Deux bandes rivales s’affrontent : les Mods et les Rockeurs. Pour Jimmy, être un Mod ne se limite pas à la façon de s’habiller, de se gaver d’amphétamines ou encore de rouler en scooter. C’est avant tout un mode vie. C’est sa génération. Accompagné de sa bande, il investit Brighton pour une orgie de drogues, de plaisir et d’affrontements avec les Rockeurs...

notes de production

Libre transposition de l’opéra-rock des Who (1), Quadrophenia est une œuvre puissante sur le sentiment d’isolement, voire d’aliénation, d’une génération déboussolée à qui la société est incapable de proposer le moindre modèle. Et pourtant, le film, certes tourné au début de l’ère thatchérienne, se déroule dans l’Angleterre des années 60, à une époque où le pays s’affranchit des rationnements de l’immédiat après-guerre et connaît enfin la prospérité. Cependant, la jeunesse est plongée dans un profond malaise : elle se définit par opposition aux valeurs de la génération précédente et ne parvient pas à décrypter un monde en pleine mutation sociale et économique. Porte-drapeau de cette jeunesse en plein désarroi, Jimmy, le protagoniste, ne peut ni se tourner vers ses parents qui lui répètent qu’il n’est pas normal, ni trouver la moindre satisfaction dans son boulot asservissant de coursier. D’ailleurs, les adultes du film semblent nier jusqu’à l’existence du jeune homme. Lorsqu’il rentre chez lui, Jimmy découvre ses parents, affalés devant la télévision, qui ne daignent même pas lui adresser un seul regard : leur fils est invisible à leurs yeux. Et dans une scène d’une redoutable ironie, deux cadres quinquagénaires glosent en bombant le torse du marché des jeunes que certaines entreprises souhaitent s’accaparer, ignorant superbement Jimmy, pourtant en train de vomir toute sa bile devant eux !
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Quadrophenia_(album)

Cousin pas si lointain des Droogs (2) d’Orange mécanique (3), le protagoniste se laisse alors tenter par l’expérience du collectif et rejoint les Mod’s (4), groupe de jeunes gens à la dérive qui se fédèrent autour de signes vestimentaires et de la prise d’amphétamines. Autant dire qu’il n’y a là ni revendication politique, ni engagement humaniste : leur seul mot d’ordre consiste à enfourcher leurs scooters et à affronter leurs ennemis, les Rockers. Rarement un film aura aussi justement fustigé la vacuité du conformisme issu d’un anticonformisme érigé en dogme et de l’impasse idéologique et existentielle à laquelle mène ce type de sous-culture. La musique, formidable vecteur de l’air du temps, accompagne les élans futiles des Mod’s : si les Who sont bien entendu présents sur la bande-originale, on y entend aussi des rythmes soul et R’n’B presque mélancoliques dont cette jeunesse en souffrance était imprégnée. Tout comme l’âpreté naturaliste de la photo et de la lumière ajoute au sentiment d’aliénation de Jimmy et donne au film une étrange beauté.
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nadsat_(lexique)
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Orange_m%C3%A9canique
(4) http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/quadrophenia-musique,60567-note-108692

Dans le rôle du jeune protagoniste, Phil Daniels inscrit formidablement le personnage dans la droite ligne des angry young men (5) du cinéma anglais, à l’image de Malcolm McDowell dans If… (6) de Lindsay Anderson, de Tim Roth dans The Hit (7) de Stephen Frears ou de David Thewlis dans Naked (8) de Mike Leigh. Incarnant un jeune homme insouciant, l’acteur est capable de se muer en solitaire au visage rageur arpentant les paysages urbains désolés d’une Angleterre désespérante. Car Jimmy, au bout de ce parcours initiatique, perd toutes ses illusions : il comprend que ses copains s’accrochent à leur emploi médiocre de gagne-petit et lui reprochent d’avoir abandonné le sien, sa petite amie le trahit avec son meilleur ami, et Ace Face qu’il vénérait se révèle n’être qu’un groom dans un hôtel de luxe. Mais n’est-ce pas, au fond, le meilleur moyen de devenir adulte ?
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/quadrophenia-musique,60567-note-108693
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Angry_Young_Men
(6) http://www.citebd.org/spip.php?film807
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Hit_(film,_1984)
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Naked_(film,_1993)

Alors que le film est censé se dérouler en 1964, les anachronismes sont légions dans Quadrophenia, tourné en 1979 : on retrouve ainsi des voitures, des affiches publicitaires et même des trains qui n’ont parfois pas été mis en circulation avant le milieu des années 1970.

Quadrophenia a été écrit de manière très libre, en même temps que le casting a été constitué, lui donnant un aspect bricolé. Keith Moon, batteur des Who, avait proposé à Franc Roddam de co-réaliser le film avec le groupe, ce que le cinéaste n’a pas vraiment apprécié. Moon, mort d’une overdose en septembre 1978, n’a finalement pas pu voir le film terminé.

Johnny Rotten, chanteur des Sex pistols (9), a un temps été envisagé pour jouer le rôle de Jimmy, avant que le rôle ne revienne finalement à Phil Daniels. Malgré leur relation à peine cordiale, après une nuit de fête ensemble, Pete Townshend a finalement trouvé Rotten trop intelligent pour une intrigue aussi simple. A la sortie de Quadrophenia, Phil Daniels a tellement marqué en Jimmy qu’il est resté prisonnier de ce rôle et n’a fait que quelques apparitions depuis, notamment dans le soap de la Bbc EastEnders (10).
(9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sex_Pistols
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/EastEnders

Quadrophenia a marqué les débuts d’acteur de Sting, alors chanteur du tout jeune groupe The Police (11), après avoir refusé le rôle du méchant dans Rien que pour vos yeux (12). Le film a si bien retranscrit la philosophie Mod que le courant s’en est lui-même inspiré. Sting a pris son rôle à cœur et n’a pas hésité à sortir avec de véritables Mods de Londres, qui lui ont notamment appris à danser comme dans le film. L’acteur-chanteur jouera également dans Dune (13) de David Lynch, et à nouveau pour Franc Roddam dans La Promise (14).
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Police
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/Rien_que_pour_vos_yeux
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Dune_(film)
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Promise_(film,_1985)

Avant de réaliser Quadrophenia, son premier long-métrage de fiction, Franc Roddam était surtout connu en tant que réalisateur de documentaires. Le succès du film lui a ouvert les portes de Hollywood, où il a manqué de collaborer avec Robert Redford pour un film sur la destruction de la forêt amazonienne.

La fin du film diffère de celle du concept-album, où Jimmy finit sa vie à boire du gin, déprimé, au bord des falaises. Dans le film, il s’apprête à se jeter en scooter de la falaise mais il s’éjecte au dernier moment et seul le scooter chute le long de la falaise. Le film commence d’ailleurs avec un plan de Jimmy remontant en titubant direction la route près de la falaise. Il ne s’est donc pas jeté dans la mer.

La bande originale de Quadrophenia diffère en partie de l’album dont le film est tiré. Elle n’en reprend que dix titres, dans des versions remixées par John Entwistle, et inclut en outre trois titres écrits pour l’album, mais qui en ont été écartés : Get out and stay out, Four faces et Joker James.
La bo inclut également des titres d’autres artistes des années 60 et deux titres enregistrés au tout début de la carrière des Who sous le nom de The High numbers (15).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Quadrophenia_%28film%29
(15) http://www.lastfm.fr/music/The+High+Numbers

L’Angleterre de 1964 appartenait sans conteste aux mods, et ces derniers avaient réussi à imposer toute une sous-culture basée sur un aspect extérieur très soigné, des scooters hérissés de rétroviseurs, et le rock anglais, celui des Who en particulier, expression de leurs frustrations les plus criantes. Il ressortait de tout cela un esprit de révolte qui atteignait sa véritable dimension à l’occasion des combats de plage contre les rockers. Mais le véritable ennemi commun aux deux clans, c’était cette Angleterre encore victorienne, celle des stations balnéaires en décomposition et leurs splendeurs lézardées. Eternels problèmes posés par l’accession de la génération du baby boom à la société de consommation.
Mais, au-delà de ce tableau, Quadrophenia, comme tout ce qui est très particulier, tend à l’universel. On reconnait l’angoisse existentielle, la recherche par Jimmy de son identité et le My generation (16) des Who devient vite l’hymne de toutes les générations perdues. Ainsi Londres 1964 nous fait penser au New York de la même époque, comme il nous est montré dans Les Seigneurs (17). Dans les deux cas, il s’agit d’une époque explosive qui en annonce une autre. Dans le film de Philip Kaufmann (18), on aperçoit Dylan (19) chanter que Les temps vont changer (20), dans Quadrophenia quelques slogans antinucléaires font pressentir le formidable remue-ménage des années 1967/68.
Un mot enfin pour dénoncer l’interdiction du film aux moins de 18 ans. Le cocktail rock + sexe + drogue reste encore maudit. On préfère ignorer une certaine jeunesse plutôt que de s’attaquer aux causes de son malaise.
Yves Allion in La Saison cinématographique 80
(16) http://fr.wikipedia.org/wiki/My_Generation_%28chanson%29
(17) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Seigneurs_%28film,_1979%29
(18) http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Kaufman
(19) http://fr.wikipedia.org/wiki/Bob_Dylan
(20) http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Times_They_Are_a-Changin%27

A la différence des Warriors (21), toujours scandaleusement inédit en France et qui s’apparentait plus à une bande dessinée plutôt qu’à une véritable étude sociologique sur les bandes de jeunes délinquants aux Usa, Quadrophenia nous touche car c’est une œuvre totalement ancrée dans notre réalité quotidienne. Outre une reconstitution assez minutieuse de l’Angleterre et du monde des adolescents des années 60 (surprise-parties, flirts, folie des vêtements, etc...) Roddam sait nous transcrire avec émotion et nostalgie les sentiments, les émois et les problèmes de cette génération en révolte contre une société archaïque et figée. L’incompréhension, voire l’hostilité du monde adulte nous est ainsi magnifiquement restituée dans cette scène où Jimmy, collé contre le poste de télévision, regarde les Who tandis que ses parents font des commentaires ironiques et méprisants. Les acteurs sont d’ailleurs tous remarquables et on se souviendra longtemps du regard égaré et pitoyable de Phil Daniels. La musique des Who, au lieu de dominer le film comme dans Tommy (22), souligne avantageusement les moments principaux de l’intrigue sans jamais se faire envahissante. Il est d’ailleurs à remarquer pour la petite histoire, qu’outre le succès remporté par le film en Grande-Bretagne, il a pratiquement provoqué une renaissance du mouvement Mod et les parkas (23) ont fait leur réapparition dans les rues de Londres. Certains pourront sans doute objecter que le phénomène reste purement localisé et spécifique à une Angleterre engluée dans un conservatisme désuet. Pourtant, les sentiments, les idées exprimées possèdent une valeur d’universalité que personne ne pourra dénier. Le problème de l’éthique du groupe opposée à celle de l’individu, les difficultés d’adaptation de l’adolescent au monde ambiant, les relations conflictuelles entre adultes et jeunes, les troubles psychiques qui en résultent sont des thèmes parfaitement actuels sortant du cadre étroit d’un film pourtant typiquement britannique. Nos censeurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisqu’après avoir failli subir une interdiction totale, le film devrait sortir sous peu avec une interdiction aux moins de 18 ans, ce qui est un comble pour un film destiné avant tout à un public jeune : notre censure n’est, on le voit encore hélas, pas à une aberration près. Mais après tout, c’est peut-être le réalisme cru de la peinture sociale qui a effrayé nos chastes gardiens des mœurs et qui prouve bien que Quadrophenia a parfaitement su nous représenter le monde perturbé de l’adolescence.
Philippe Ross in La Revue du cinéma image et son n° 348 (mars 1980)
(21) http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Guerriers_de_la_nuit
http://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_X
(22) http://fr.wikipedia.org/wiki/Tommy_(film)
(23) http://fr.wikipedia.org/wiki/Parka

La quadrophénie, stade avancé de la schizophrénie (24), où un individu se déquadruple, est l’histoire des Who, le reflet des quatre personnalités qui forment le groupe mais restent cependant distinctes et ont évolué d’ailleurs de plus en plus excentriquement les unes par rapport aux autres dans les dernières années. Quadrophenia est un hommage à l’image qui fut la leur à leurs débuts musicaux...
Le film de Franc Roddam n’est en rien, comme Tommy défiguré par Ken Russel (25), une adaptation musicale littérale mais se situe dans un univers cinématographique délirant, sans beaucoup de rapport avec l’original. Ici l’idée - d’où la réussite - a été de construire, à partir de la musique originale, une œuvre au fonctionnement d’abord cinématographique qui s’appuie de John Entwistle (26) et Peter Townshend (27), et les textes de ce dernier, mais sans chercher à les illustrer...
Hubert Niogret in Positif n° 231 (juin 1980)
(24) http://fr.wikipedia.org/wiki/Schizophr%C3%A9nie
(25) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_Russell
(26) http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Entwistle
(27) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pete_Townshend

Franc Roddam
http://www.commeaucinema.com/personne/franc-roddam,57232
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/quadrophenia-musique,60567-note-108691

Dave Humphries
http://www.imdb.com/name/nm0402039/

Martin Stellman
http://www.imdb.com/name/nm0826369/

Pete Townshend
Né le 19 mai 1945 à Londres.
Leader charismatique du groupe rock the Who...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pete_Townshend

The Who
Groupe de rock britannique créé à Londres en 1964...
http://fr.wikipedia.org/wiki/The_Who

Brian Tufano
Né à Londres en 1939.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Brian_Tufano

Phil Daniels
Né le 25 octobre 1958 à Londres.
Fait ses débuts comme serveur dans Bugsy Malone...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Phil_Daniels

Mark Wingett
http://www.ohmygore.com/mark-wingett-people-fr.html

Phil Davis
http://www.linternaute.com/cinema/phil-davis/
http://sherlock.hypnoweb.net/acteurs/guests/phil-davis.201.203/

Toyah Willcox
Née le 18 mai 1958 à Birmingham.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Toyah_Willcox

Sting
Né Gordon Matthew Thomas Sumner le 2 octobre 1951 à Wallsend (Gb).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sting
http://www.commeaucinema.com/notes-de-prod/quadrophenia-musique,60567-note-108694

Michael Elphick
http://www.commeaucinema.com/personne/michael-elphick,88160

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - Cette plongée en musique dans l’Angleterre des années 60 est avant tout un superbe cri de révolte qui touche encore de nos jours, par-delà ses quelques défauts de construction.
Charlie hebdo - (...) Le regard naturaliste [que Franc Roddam] porte sur cette jeunesse anglaise fait ici des merveilles. "Quadrophenia", c'est "Tommy" qui serait mis en scène par le Ken Loach des débuts (...).
Le Monde - Rarement on aura saisi la composition organique de l'extrême jeunesse, à la frontière de l'adolescence, avec autant de justesse. "Quadrophenia" est pleins d'idées aussi justes, de visages aussi marquants que ceux de Daniels ou Winstone.
Les Inrocks - Le film avance ainsi sans jamais freiner, de Londres à Brighton, comptant à la fois sur les informations qu’il distille (...) et sur le charme de son acteur, le providentiel Phil Daniels.
Télérama - Dans ses meilleurs moments, le film avance sur le fil du rasoir entre le lyrisme des Who et le réalisme de Ken Loach.
Mods de vie - « Quandrophenia » n’est pas une simple fiction, bien au contraire. Il est le témoignage fidèle d’une époque trouble de l’Angleterre...