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Ceuta, douce prison

France - 2012 - 1h30
sorti en France le 29 janvier 2014
documentaire - film francophone
de

Jonathan Millet, Loïc H. Rechi

scénario : Jonathan Millet, Loïc H. Rechi
direction de la photographie : Jonathan Millet
musique ou chansons : Wissam Hojeij
séances : semaine du mercredi 9 avril 2014
mercredi 9 jeudi 10 vendredi 11 samedi 12 dimanche 13 lundi 14 mardi 15
20:30*
séance spéciale :
* cinédoc jeu 10 à 20h30 - séance organisée en partenariat avec Sisyphe vidéo, Docks 66, Amnesty, Baobab - tarif unique 3,5 €

synopsis

« Ceuta, Douce Prison » suit les trajectoires de cinq migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc. Ils ont tout quitté pour tenter leur chance en Europe et se retrouvent enfermés dans une prison à ciel ouvert, aux portes du vieux continent. Ils vivent partagés entre l’espoir d’obtenir un « laissez-passer » et la crainte d’être expulsés vers leur pays. Le film est tourné en proximité totale avec les personnages, sans voix-off, sans adresse caméra, en immersion dans leur quotidien...

notes de production

Bienvenue à Ceuta, enclave espagnole en territoire africain (1). Véritable obsession pour les migrants africains en quête d’Europe, cette petite parcelle de terre située non loin de Tanger, sur le détroit de Gibraltar, est entourée de barbelés ; ses plages sont surveillées par des patrouilles de policiers armés. Y entrer est un défi, mais certainement pas un aboutissement car l’Europe qu’elle représente n’est pas celle de Schengen.
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ceuta

Avec ce film, nous avons voulu raconter la migration, raconter l’impalpable frontière Nord-Sud, raconter l’enclave de Ceuta à travers un autre regard, celui des migrants qui, bloqués à ses portes, fantasment sur une Europe qu’ils n’ont jamais vue. Des semaines durant, nous avons suivis au plus près nos personnages pour partager et ressentir leur quotidien, leurs doutes et leurs espérances. Pour appréhender le rêve d’Europe à travers leurs regards, à travers des enjeux purement humains. Nous avons voulu plonger le spectateur dans cette douce prison, aux cotés d’Iqbal, de Marius, de Simon, de Guy et de Nür, en immersion sans temps mort ni recul, sans voix-off ni commentaire supplémentaire.
http://ceuta-douce-prison.tumblr.com/
Le film est soutenu par Amnesty Inter­na­tional France, Migreu­rop, La Ligue des Droits de l’Homme, l’Association Européenne des Droits de l’Homme et le mouvement Utopia

Après plusieurs semaines à Ceuta à vivre avec les migrants, à comprendre leurs enjeux et à gagner leur confiance, les personnages se sont imposés d’eux-mêmes. Nous avons à peu près le même âge et nous sommes sentis très vite très proches. Ils se complètent bien. Chacun ayant une force, un moteur différent, et une façon bien personnelle de réagir à la claustration. Ils se racontent lentement, livrent sans ambages leurs difficultés, leurs angoisses. On s’attache, on comprend petit à petit leurs enjeux, ce qui les a poussés à partir. Ils donnent l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies, hantés comme ils le sont par les souvenirs de leurs pays et les horreurs croisés sur la route de l’Europe.

D’une certaine manière, le film vient chercher ce qui leur a été refusé depuis le départ de leur pays d’origine : une identité. L’histoire de leur voyage est tissée de mensonges et d’adaptation de leur situation pour échapper aux expulsions. Certains cachent leur nom, leur âge, leur véritable nationalité. Dans ce film, nous souhaitons retrouver ces jeunes hommes, en restructurant par le récit leur parcours, leurs aspirations, et en les identifiant immédiatement par leurs prénoms. Au téléphone avec leurs proches, il est difficile pour eux de raconter cette parenthèse indescriptible, ce semi-échec dans la route vers l’Europe. Alors ils demandent des nouvelles du pays, sont fiers d’utiliser un numéro espagnol, mais n’ont pas d’oreille à qui se confier. Nous avons voulu filmer la parole, libératrice et nécessaire.

Leur quotidien n’a rien d’exceptionnel – quête de travail, coups de fil, longues discussions entre eux – mais cette atmosphère de latence absolue où rien ne leur est permis, les condamne à ressasser journée après journée les traumas de leurs interminable voyage. Leurs souvenirs ressortent en résurgences ponctuelles pour certains, en répétition compulsive pour d’autres. Ils vivent très mal cette apathie forcée après un voyage si long, qui n’est ni l’échec d’un retour au pays ni le graal de l’Europe attendue.

Quand il s’agit de verbaliser, nombreux sont ceux qui nous parlent de « torture morale », d’une « prison sans verdict » dont personne ne peut connaître les règles à l’avance. Et tous sont terrifiés par l’idée d’un réveil brutal à 6h du matin, scène vue maintes fois de la police qui pénètre dans une chambre du CETI pour venir chercher un compagnon appelé à la déportation.

Nous avons voulu raconter la prison. D’abord à travers le temps. Ici l’absence de temporalité. Il n’y a pas de jours pour nos personnages, mais des saisons, des moments indéfinis, des dates floues. La notion de temps est indéterminée et indéterminable. Le film capte ce temps suspendu, ces journées qui se ressemblent, ces jours qu’on ne nomme plus. Nous avons voulu retranscrire cette dilatation du temps à travers les scènes de vie, des regards, de gestes du quotidien, des trajets, des errances ou de longues discussions interminables sur des sujets maintes fois rebattus entre eux. Le quotidien se répète sans fin, ils sont condamnés à attendre, sans savoir quoi.

Et la prison se traduit aussi par l’espace. Nos personnages se heurtent chaque jour à la méditerranée d’un côté, infranchissable, et au gigantesque mur barbelés de l’autre. Ils sont entre deux continents, entre deux destins. C’est cette notion de zone que nous avons voulu retranscrire. Cette zone carcérale, dans laquelle les trajets sont toujours les mêmes. Nous avons voulu marquer les trajets répétitifs des personnages avec des travellings qui épousent totalement leur marche. Ces trajectoires en résonance se croisent et se recroisent de manière totalement labyrinthique. Elles semblent guidées uniquement par leur voix - en off - qui surgissent et racontent les nombreuses histoires et traumas de leurs voyages jusqu’à Ceuta qui « boxent dans leur tête » jour et nuit.

Et enfin, la prison par l’appel de la liberté. L’image la plus dure est la plus redondante, c’est ce rocher de Gibraltar, cette Espagne si proche, visible de tout Ceuta, qui vient happer les regards et symboliser les espoirs.

Entretien
Comment est née l’idée du film ?
Nous sommes arrivés en repérages à Ceuta avec l’idée de faire un film sur les frontières. Il y avait aussi cette idée du mur qui nous posait question. Un mur si impressionnant et si peu médiatisé… Et puis au même moment, l’Europe toute entière s’auto-congratulait en fêtant les vingt ans de la chute du mur de Berlin. Lire un article sur le côté « arriéré » de la séparation de Berlin et se retrouver face au mur de Ceuta, c’est quelque chose. Mais, c’est une fois sur place que nous nous sommes vraiment rendus compte de l’ensemble des enjeux concentrés sur cette minuscule enclave de 18 km2. Nous avons vite constaté que cette zone tampon, entre l’Europe et l’Afrique, est en passe de devenir un des symboles de la fermeture progressive de l’Europe. Car bien plus que la frontière entre le Maroc et l’Espagne, c’est de la frontière Nord / Sud dont il s’agit ici. Ce que nous avions peine à imaginer, c’est que Ceuta est également une immense prison à ciel ouvert, où errent un bon millier de migrants, tels des fantômes dans la ville. Nous avons rencontrés des Afghans, des Congolais, des Indiens, de nombreux Subsahariens, un Cubain, un Birman, des Algériens… Et tous témoignaient des différentes routes migratoires, toutes rendues plus périlleuses – et donc plus mortelles – chaque jour. L’enclave est quasiment un point de convergence entre ceux qui veulent fermer l’Europe et ceux qui viennent de partout ailleurs et qui veulent l’atteindre. On a senti qu’il y avait là quelque chose de fort...
http://ceuta-douce-prison.tumblr.com/lesrealisateurs

Loïc H. Rechi
Journaliste et documentariste. Son amour pour les sujets à la marge l’amène régulièrement à voyager et explorer les recoins méconnus de nos sociétés. Capable d’enquêter un jour sur un tombeau nucléaire au fin fond de la Finlande, on pourra tout à fait le retrouver lendemain lâché sur un paquebot de croisière en Méditerranée, perdu dans des tunnels avec des ufologues en Bosnie ou déphasé dans des foyers de SDF à New-York. L’essence de son travail repose sur une volonté de fureter dans les limbes de la planète, de frayer avec ses extremistes, dans de longs récits, souvent écrits à la première personne, qui finissent toujours par questionner sa propre place dans le monde. Il collabore régulièrement avec Slate.fr, Les Inrocks ou Le Mouv et est rédacteur en chef adjoint de Snatch Magazine. Ceuta, douce prison est son premier film.

Jonathan Millet
Né en 1985. Il a toujours fait des images. Des années durant, il est parti filmer des pays lointains ou inaccessibles, pour en rapporter des milliers d’heures d’images. Il filme surtout les gens, mais parfois des guerres, des présidents, des jungles et des déserts, des lumières incroyables, des murs et des frontières… Il se fait surtout beaucoup arrêter. Ceuta, douce prison est son premier long métrage documentaire. Il tourne et écrit d’autres projets, sur les frontières et sur les Forums Sociaux notamment. Il réalise également des courts métrages de fiction, visibles en festivals.

extrait(s) de presse

àVoir-àLire - "Ceuta, douce prison" est d’une totale sincérité, ne jouant jamais sur le sentimentalisme ni sur le moralisme. Un beau documentaire, sensible et édifiant.
La Croix - Un film sensible et profond, qui dit toute la détresse de ces damnés cachant dans leurs silences, leurs regards et leurs sourires ce que leur dignité leur interdit d’avouer.
Critikat - Franz Kafka imagine le court récit d’un homme qui attend sa vie durant qu’on l’autorise à franchir la porte de la loi avant de s’apercevoir, à la fin de son existence, qu’elle lui était exclusivement destinée...
Fiches du cinéma - Ceuta, douce prison” agit comme une mise à nu de la fascination qu'exerce l'Europe, mais qui n'est pas une réalité tangible : plutôt un ailleurs chargé de porté tous les rêves.