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ne vous retournez pas

"Don't look now" ou "A Venezia... un dicembre rosso shocking"
Gb, Italie - 1973 - 1h50
sorti en France le 18 septembre 1974
interdit aux moins de 13 ans
film - version originale sous-titrée en français
de

Nicolas Roeg

scénario : Chris Bryant, Allan Scott
d'après l'oeuvre de : Daphné du Maurier
direction de la photographie : Anthony B. Richmond, Nicolas Roeg
musique ou chansons : Pino Donaggio
avec : Julie Christie (Laura Baxter), Donald Sutherland (John Baxter), Hilary Mason (Heather), Clelia Matania (Wendy), Massimo Serato (Mgr Barbarrigo), Renato Scarpa (inspecteur Longhi), Giorgio Trestini (l'ouvrier), Leopoldo Trieste (le gérant de l'hôtel), David Tree (Anthony Babbage), Ann Rye (Mandy Babbage), Adelina Poerio (le nain)
séances : semaine du mercredi 2 avril 2014
mercredi 2 jeudi 3 vendredi 4 samedi 5 dimanche 6 lundi 7 mardi 8
18:30*
séance spéciale :
* mardi fantastique : "les enfants terreur" - soirée organisée en partenariat avec Hidden circle - tarif préférentiel : 2 films = 7 € (voir fiche du film "Dark touch").

synopsis

Suite à la mort tragique de leur fille, les Baxter partent à Venise afin de changer d’air. John Baxter, architecte, est embauché par un mystérieux prêtre pour rénover une église. Un jour, alors que les amoureux se baladent, deux sœurs les accostent et l’une d’entre elles, voyante, leur apprend que leur enfant est toujours vivant. S’en suivent d’autres rencontres et visions étranges qui feront raviver de douloureux souvenirs du passé. ...

notes de production

Adapté de la nouvelle Pas après minuit de Daphné du Maurier (Albin Michel, 1972), le film Ne vous retournez pas est déclaré par Time out comme le 1er des 100 meilleurs films britanniques.
http://www.timeout.com/london/film/the-100-best-british-films-13

Ne vous retournez pas peut être considéré sans hésitation comme le chef-d’œuvre de Nicolas Roeg, directeur de la photographie britannique, spécialiste des couleurs violentes (Fahrenheit 451 (1), Le Masque de la mort rouge (2), Petulia (3)…) passé à la mise en scène en 1968 avec Performance (4) (co-réal. Donald Cammell) (5). La carrière de Roeg s’est hélas enlisée dans les années 80, victime de ses excès esthétisants, à l’instar de celle de son collègue Ken Russell (6). On lui doit au moins deux autres titres formidables, L’Homme qui venait d’ailleurs (7) avec David Bowie et Enquête sur une passion (8) avec Theresa Russell et Art Garfunkel. Ne vous retournez pas est un très beau film, car la coïncidence entre le maniérisme de la mise en scène de Roeg, le caractère morbide de l’histoire et la beauté croupissante de Venise donne naissance à un magnifique thriller psychologique aux frontières du fantastique et de l’occulte. En Angleterre, une fillette se noie dans un lac, et ses parents interviennent trop tard pour la sauver. Peu de temps après le drame, le jeune couple arrive à Venise où l’homme (Donald Sutherland), architecte, est chargé de restaurer une église. Son épouse (Julie Christie) fait la connaissance de deux étranges sœurs dont l’une, aveugle, est médium. Tandis qu’une série de crimes sadiques ensanglante Venise, l’architecte aperçoit une silhouette de petite fille dans les dédales de la ville et croit reconnaître son enfant décédée. À l’époque de sa sortie, Ne vous retournez pas retint surtout l’attention en raison d’une scène d’amour jugée particulièrement réaliste. Entièrement construite sur des effets de montage, qui mélangent les étapes successives d’une relation sexuelle banale, c’est aujourd’hui l’élément le plus daté du film. En revanche, Ne vous retournez pas est passionnant parce qu’il mêle des influences d’horizons divers, sorte de synthèse entre un cinéma intellectuel et un autre plus trivial. Il apparaît clairement que Roeg, petit héritier de la modernité des années 60, voudrait être comparé à Alain Resnais dans son approche cinématographique du temps, du deuil et de la mémoire. D’un autre côté, le cinéaste britannique débarqué en Italie pour y réaliser un giallo, sous-genre typiquement transalpin mêlant sadisme, fantastique et enquête policière, a sans doute vu les films de Mario Bava et quelques autres avant de commencer le sien. L’excellent film d’Aldo Lado Chi l’ha vista morire ? (9) tourné à Venise un an auparavant, présente ainsi de nombreuses similitudes avec Ne vous retournez pas. Pour rétablir l’équilibre, ou pour venger son collègue, Dario Argento ne se privera pas de piquer l’idée la plus tordue du film de Roeg, reproduite telle quelle dans Phenomena (10).
http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/02/17/ne-vous-retournez-pas-de-nicholas-roeg/
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fahrenheit_451_(film,_1966)
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Masque_de_la_mort_rouge_(film,_1964)
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Petulia
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Performance_(film)
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Donald_Cammell
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ken_Russell
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Homme_qui_venait_d’ailleurs
(8) http://fr.wikipedia.org/wiki/Enqu%C3%AAte_sur_une_passion
(9) http://www.vivadarioargento.com/2012/03/deliziosi-gialli-23-chi-lha-vista.html
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Phenomena

Ne vous retournez pas est le troisième long métrage de Nicolas Roeg après Performance et La Randonnée (11). Auparavant, il avait été un chef opérateur très apprécié, notamment pour David Lean (12), Roger Corman (13), Richard Lester (14) et François Truffaut (15). D’une manière générale, les critiques se sont toujours montrés sévères avec les techniciens passés à la mise en scène. Ce fut le cas pour Nicolas Roeg et Ne vous retournez pas fut accueilli par une volée de bois vert. Il est vrai que l’atmosphère envoûtante du roman de Daphné Du Maurier était cassée par les effets de virtuosité technique.
C’est ainsi que la scène d’amour entre Donald Sutherland et Julie Christie avait choqué (16), non pas par la vision des corps nus, mais par un montage-choc qui pulvérisait la continuité descriptive. En niant la chronologie et en insérant des images mentales, Nicolas Roeg imposait un nouveau mode de récit proche des innovations du nouveau roman français.
Des rumeurs comme quoi Christie et Sutherland avaient réellement fait l’amour pendant le tournage ont circulé pendant des années. Le rédacteur en chef du magazine Variety, Peter Bart, en a remis une couche récemment en affirmant que ce qu’on voyait à l’écran s’était réellement passé, mais Sutherland a tout nié dans une déclaration officielle.
Une réhabilitation s’imposait. Elle se fit au cours d’une rétrospective organisée dans le cadre du 9ème festival du cinéma britannique à Cherbourg en novembre 1993.
Images et loisirs
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Walkabout_(film)
(12) http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Lean
(13) http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Corman
(14) http://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Lester
(15) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Truffaut
(16) http://blog.revueversus.com/2009/08/17/analyse-dune-sequence-de-ne-vous-retournez-pas-de-nicolas-roeg/

Le fantastique n’est pas seulement une galerie de monstres. Il s’épanouit de façon privilégiée dans la description de certaines anomalies ou bizarreries de la conscience : terrain périlleux s’il en est, voie ouverte à toutes les facilités du flou subjectif/objectif, du monde des phantasmes, à toutes les tricheries du rêve pseudo-poétique. Le choix de la rigueur est pourtant la clé de réussites qui comptent parmi les fleurons du fantastique : citons Tourneur (17), Clayton pour Les Innocents (18), Altman pour Images (19), et aujourd’hui Roeg...
La beauté de la photographie, si soignée soit-elle (et Nicolas Roeg, qui a derrière lui une brillante carrière d’opérateur, est un maître en ce domaine) ne saurait suffire à pallier la moindre gratuité de mise en scène. Or, l’intérêt de Don’t look now n’est pas dans ce qu’il montre, tant il est facile de suggérer l’extravagance ou la bizarrerie par une étrangeté de façade (procédé d’un certain fantastique de Prisunic (20), dont l’exemple-type serait Nightwatch (21) de Brian G. Hutton, sorti honteusement pendant les vacances). Son intérêt, ce sont les rapports entre les choses, entre les objets ; c’est la réalisation de Roeg, et surtout son montage, d’une méticulosité extrême, qui mettent à jour un réseau de correspondances entre les objets, d’où naît un fantastique qui dépasse le décoratif ou le psychologique, un fantastique vraiment cinématographique. Paraphrasons Baudelaire (22) : les images, les gestes, les mouvements et les sons se répondent, en une ténébreuse et profonde unité. L’ubiquité que la faculté du cinéma, ce don si rare qu’on en oublie souvent de l’exploiter, soumet ici dans la trame subtile d’une fiction en marche ces correspondances qu’une certaine avant-garde s’est toujours acharnée à rassembler artificiellement et gratuitement.
Et c’est la magie du monde réel qui transparaît, c’est une inquiétude qui ne tient pas aux divagations psychologiques ou aux déformations esthétiques. Une rue déserte, un étang, un téléphone, une gargouille enveloppée dans un sac, l’antichambre d’un évêché, un rire derrière une porte : par ces temps morts, mystérieux et inexpliqués entre deux brillants morceaux de bravoure, nul mieux que Roeg n’a su rendre la trouble hostilité d’un ordre naturel contre lequel nous ne pouvons rien.
Gérard Lenne in Ecran 74 n° 29 (octobre 1974)
(17) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Tourneur
(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Innocents_(film,_1961)
(19) https://fr.wikipedia.org/wiki/Images_(film)
(20) https://fr.wikipedia.org/wiki/Prisunic
(21) https://fr.wikipedia.org/wiki/Terreur_dans_la_nuit
(22) https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire

Une fois mise en place, la mécanique inventée par Daphné du Maurier se déroulera implacablement, comme toute véritable tragédie, avec un pouvoir fascinatoire que la moindre erreur de mise en scène aurait fait éclater : pas de flou, pas de rêve facile, encore moins de cauchemar fabriqué. Cette rigueur de Nicolas Roeg nous force à accepter un monde réel où se passent des événements décalés dans le temps.
Et comme nulle image n’est gratuite, le fantastique naît, se développe, s’installe avec une rare densité : les objets, les ruelles, les canaux, les rares passants de l’hiver vénitien, les sons et les gestes se répondent, s’interpénètrent, pour composer cette symphonie noire où passe constamment le frisson du véritable fantastique, avec tout ce qu’il doit laisser apparaître de trouble dans notre réalité. En cela, la réussite est absolue. Et ce qui n’est pas le moins curieux, non seulement résiste à une seconde vision, mais s’amplifie.
Images, sons et musique, interprétation étonnante de vérité dépassée de Donald Sutherland et Julie Christie, utilisation de Venise comme jamais fait, jeux de lumière sur les gros plans de visages ou d’objets, le travail de Nicolas Roeg ne présente pas une faille : Ne vous retournez pas prend place parmi les chefs-d’œuvre d’un genre qui nous a peu souvent mené à pareille fête funèbre.
Guy Allombert in La Revue du cinéma image et son n° 290 (novembre 1974)

Moins qu’au fantastique traditionnel et folklorique, l’œuvre de Daphné du Maurier se réfère au thème du Destin et de la prémonition (d’autant plus cruelle que, même compris, l’intersigne ne permet pas d’échapper à un sort déjà tout tracé), et elle le fait sans jamais recourir à un véritable surnaturel. Visiblement passionnée par les problèmes de la chronologie et du Temps, la romancière fait intervenir de légers décalages temporels (John Baxter voit se multiplier les annonces de sa mort, et il voit même passer son enterrement conduit par Laura). à partir desquels elle tisse un réseau de rapports occultes entre les rêves et les objets, le Temps et l’Espace, elle établit de subtils chassés-croisés entre la perception du surnaturel et la psychiatrie, de troubles interférences entre des mondes parallèles.
De plus, les angoisses de Ne vous retournez pas prennent Venise pour décor, une Venise pourrissante et désolée, émergeant d’un brouillard macabre et mystique, une Venise en fait assez proche de celle de Thomas Mann (23), mais où un tueur énigmatique frappe dans la nuit blême et où les noyés dérivent sur les canaux. Impressionnant et séduisant décor pour un sujet complexe au charme un peu morbide et indéfinissable : il était inéluctable que le cinéma s’empare de ce décor et de ce sujet...
Jean-Marie-Sabatier in La Saison cinématographique 75
(23) http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Mann

Nicolas Roeg
Né le 15 août 1928 à Londres.
Une des caractéristiques du cinéma de Roeg est que ses films sont montés de manière disjointe et semi-cohérente...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Roeg

Allan Scott
Né Allan Shiah le 16 septembre 1940 à Elgin.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Allan_Scott_(sc%C3%A9nariste_%C3%A9cossais)

Daphné du Maurier
Dame Daphne du Maurier est née le 13 mai 1907 à Londres, décédée le 19 avril 1989 à Par (Cornouailles).
Plusieurs de ses romans relèvent du suspense psychologique et criminel, notamment L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca, son chef-d’œuvre, et Ma cousine Rachel...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daphne_du_Maurier

Anthony B. Richmond
Né le 7 juillet 1942 à Londres.
Remporte le British academy film award de la meilleure photographie pour Ne vous retournez pas...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthony_B._Richmond

Pino Donaggio
Né le 24 novembre 1941 à Burano (Italie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pino_Donaggio

Julie Christie
Née le 14 avril 1941 à Chukua (Assam) en Inde.
En lice pour le rôle de Honey Rider dans le premier film de James Bond 007 contre Dr No, mais le producteur Albert R. Broccoli pensait que ses seins étaient trop petits...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Julie_Christie

Donald Sutherland
Né le 17 juillet 1935 à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick).
Premier grand rôle par Robert Aldrich dans Les Douze salopards...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Donald_Sutherland

Hilary Mason
Née le 4 septembre 1917 à Londres, décédée le 5 septembre 2006 à Milton Keynes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hilary_Mason

Clelia Matania
http://www.unifrance.org/annuaires/personne/377316/clelia-matania
http://www.premiere.fr/Star/Clelia-MATANIA-348610/(view)/films

Massimo Serato
Né Giuseppe Segato à Oderzo (Vénétie) le 31 mai 1916, décédé à Rome le 22 décembre 1989.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Massimo_Serato

Renato Scarpa
http://fr.wikipedia.org/wiki/Renato_Scarpa

Leopoldo Trieste
Né le 3 mai 1917 à Reggio de Calabre, décédé le 25 janvier 2003 à Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Leopoldo_Trieste

extrait(s) de presse

Devil dead - Nicolas Roeg signe avec "Ne vous retournez pas" un exercice de style cinématographique étonnant...
Cinéma de rien - « Don’t look now » est une oeuvre marquante pour tous les amateurs de film d’angoisse car il dégage une ambiance très particulière et parfaitement maîtrisée...
Also known as - Nicolas Roeg ne montre pas vraiment les choses, mais joue relativement bien avec les émotions du spectateur. Quoi qu'il en soit, on continue de subir ces images, restant jusqu'à la fin malgré la nausée qui en découle...
Serious movies - "Ne vous retournez pas" est un film fantastique proprement unique, qui tente d’étudier de manière plausible des phénomènes paranormaux tout en laissant une totale latitude au spectateur en matière d’interprétation lorsque le rideau tombe.