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Le Masque du démon

La Maschera del demonio
Italie - 1960 - 1h28
sorti en France le 29 mars 1961
film - version originale sous-titrée en français
de

Mario Bava

scénario : Mario Bava, Mario Serandrei, Ennio De Concini, Marcello Coscia
d'après l'oeuvre de : Nikolas Gogol
direction de la photographie : Ubaldo Terzano
musique ou chansons : Roberto Nicolosi
avec : Barbara Steele (la princesse Asa Vajda / Katia Vajda), Andrea Checchi (docteur Kruvajan), John Richardson (docteur Andrej Gorobek), Ivo Garrani (le prince Vajda), Arturo Dominici (Javutich), Clara Bindi (l'aubergiste), Antonio Pierfederici (le prêtre), Tino Bianchi (Ivan), Enrico Olivieri (Constantine), Renato Terra (Boris), Germana Dominici (la fille de l'aubergiste), Mario Passante (Nikita, le cocher)
séances : semaine du mercredi 5 février 2014
mercredi 5 jeudi 6 vendredi 7 samedi 8 dimanche 9 lundi 10 mardi 11
18:30*
séance spéciale :
* mardi fantastique : "cauchemars transalpins" - soirée organisée en partenariat avec Hidden circle - tarif préférentiel : 2 films = 7 € (voir fiche du film "L'étrange couleur des larmes de ton corps").

synopsis

Dans la Moldavie du XVIIe siècle, la princesse Asa Vajda, soupçonnée de sorcellerie, est condamnée par l'Inquisition et meurt en maudissant sa propre famille, responsable de son sort. Au XIXe siècle, les docteurs Kruvajan et Gorobec, en route pour un congrès médical, découvrent en chemin le cercueil d'Asa et la réveillent par inadvertance. Celle-ci entreprend alors méthodiquement de se venger...

notes de production

Le Masque du démon est une adaptation de Vij (ou Vii, Viï, Viy, Vyi selon les traductions ; en russe Вий), conte fantastique de Nicolas Gogol.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vij
A noter une autre adaptation cinématographique : Vij de Georgi Kropachyov et Konstantin Yershov (1967) avec Leonid Kouravlev et Natalya Varleï.
http://www.hkmania.com/?p=17471

Pendant de longues années, Mario Bava s’illustrait au sein de la production cinématographie italienne comme chef-opérateur et directeur de la photo. Il travaille ainsi avec de grands noms ainsi que des réalisateurs bien moins prestigieux sur toutes sortes de métrages du drame au film d’aventure en passant par des péplums. Si doué qu’il lui arrive même de fignoler des films pour que le réalisateur en titre en récolte les mérites. Ou même, plus fort, il termine quelques films en raison de problèmes entre la production et le réalisateur en titre. C’est d’ailleurs sûrement pour cette raison que la maison de production Galatea lui donne la possibilité de réaliser un premier film. Il faut dire que Mario Bava venait de sauver les tournages de La Bataille de Marathon (1) où Jacques Tourneur s’était enlisé, ainsi que celui de Caltiki le monstre immortel (2). Ce qui nous mène à la naissance du Masque du démon...
http://www.devildead.com/indexfilm.php3?FilmID=250
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Bataille_de_Marathon
(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Caltiki,_le_monstre_immortel

Bien que Le Masque du démon soit le premier long métrage de fiction entièrement réalisé par Mario Bava (il avait auparavant collaboré à de nombreux titres pour lesquels il ne fut pas crédité), il est quasi-unanimement reconnu comme son meilleur. Au-delà, Le Masque du démon marque même un tournant dans le production des films d’horreur italiens, notamment par sa photographie très particulière, qui exerça une influence importante sur de nombreux réalisateurs. Récemment encore, un réalisateur comme Tim Burton a pu ainsi affirmer qu’il s’agissait de son film d’horreur favori.

Alors qu’il s’agissait seulement de son troisième film, Le Masque du démon propulsa d’un seul coup la jeune et plantureuse actrice Barbara Steele, qui tient ici le rôle principal (Asa Vajda) et incarne aussi sa descendante, Katia Vajda. Elle devint par la suite une icône du cinéma d’horreur italien, même si elle sut parfois élargir son registre avec des oeuvres plus ambitieuses comme Huit et demi (3) de Federico Fellini.
(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Huit_et_demi

L’effet visuel employé par Mario Bava pour corrompre les traits de Barbara Steele dans la séquence finale est exactement le même que celui utilisé par Rouben Mamoulian dans sa version de Docteur Jekyll et Mr. Hyde (4), et longtemps resté secret : un savant jeu de lumières colorées filtrant des sinuosités dessinées sur le visage de l’actrice et dévoilées par un éclairage dégressif de même teinte (l’effet n’étant possible qu’en tournage photo noir et blanc).
(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Docteur_Jekyll_et_M._Hyde_%28film,_1931%29

Dans ce film, Bava nous propose un nouveau regard sur le cinéma d’horreur de la fin des années 1950 tel qu’il a été mis en place par les films de Terence Fisher (Frankenstein s’est échappé (5), Le Cauchemar de Dracula...) (6). Il travaille donc une atmosphère gothique terrifiante avec des éléments incontournables du genre : cimetière désolé, taverne enfumée, paysans superstitieux, lande brumeuse, ruines inquiétantes, crypte malsaine, château à l’abandon... répondent présents à l’appel. Peut-être pour des raisons économiques, Bava n’a pas recours à la palette de couleurs fantastiques qu’affectionnent les productions Hammer (7) : mais son talent hors du commun de directeur de la photographie lui permet de transcender cette limitation en proposant une des plus belles et des plus subtiles compositions de noir et de blanc jamais vues sur un écran de cinéma. L’étrangeté de l’ambiance est aussi rendue grâce au grand soin porté aux décors. Ainsi, châteaux, cryptes et passages secrets sont couverts d’ornements inquiétants, de gargouilles étranges et de voussures complexes : l’ensemble est encore mis en valeur par des éclairages raffinés et des mouvements de caméra sinueux et savants...
http://www.tentacules.net/index.php?id=4093
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Frankenstein_s%27est_%C3%A9chapp%C3%A9
(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cauchemar_de_Dracula
(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Hammer_Film_Productions

Bava réussit dans La Maschera del demonio à ignorer tous les poncifs traditionnels du film de vampire et privilégie déjà la création d’un esthétisme torturé (ici très expressionniste, noir et blanc oblige) qui flatte la décomposition organique des lieux et des êtres. La crypte d’Asa, avec sa pénombre moisie, est le royaume des toiles d’araignées et des scorpions qui sortent des orbites vides des cadavres. Le jardin en ruine des Vajda est mangé par une végétation qui s’assimile à la lente reptation des vers conquérants. Tout est humide et froid, rongé par les siècles. Les chairs et les peaux se détachent par lambeaux des vieux masques de bronze.
Loi de se contenter de cette nécrophilie omniprésente, Bava y trouve un corollaire dans des touches de sadisme qui font renaître un véritable romantisme noir. Le sang gicle du masque que l’on enfonce à coups de masse sur un visage. Un fer porté au rouge mord dans un grésillement les chairs d’une belle sorcière à demi-nue.
A l’époque, ses effets spéciaux étonnèrent. Le cinéma fantastique ne nous avait pas encore habitué à de tels débordements visuels, tels un cadavre retrouvant son enveloppe charnelle ou des viscères mis à nu dans une cage thoracique.
Le film trouva cependant grâce auprès des cinéphiles, flattés par l’envoûtante poésie du gothique qui sourd de multiples images. Comment passer sous silence la silhouette d’Iavoutich, prise en contre-plongée, alors qu’il fouette du haut de son siège son attelage d’enfer ? Comment oublier ce passage du macabre équipage, filmé au ralenti à travers la forêt dans un contre-jour onirique ?
La Maschera del demonio allait connaître dans de nombreux pays des problèmes avec la censure qui n’empêchèrent ni Bava ni Barbara Steele d’atteindre du jour au lendemain une renommée mondiale (8). Mais rançon de la gloire, ce succès, venu trop vite, allait à la longue s’avérer un lourd handicap pour leurs deux carrières respectives. Les histoires du cinéma n’ont voulu retenir d’eux que cette unique association de la Belle et de la Bête. Ce qui motiva sans nul doute le refus de Bava de tourner un remake de La Maschera del demonio que lui proposèrent les étatsuniens dans les années 70. On peut penser qu’il et raison (9).
Pascal Martinet in Mario Bava (Edilig, janvier 1984)
(8) Le film est sorti avec des titres alternatifs : Black sunday / Fright / House of fright / Mask of the demon / Revenge of the vampire / The Demon’s mask / The Hour when Dracula comes / The Mask of satan.
(9) Le Masque du démon fut l’objet d’un remake en 1989, sous le même titre, réalisé par le propre fils de Mario Bava, Lamberto Bava qui fut assistant réalisateur sur de nombreux films de son père.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lamberto_Bava

Cette dissertation sur le vampirisme mêlé de sorcellerie, tournée en noir et blanc, reste unique dans la filmographie du thème. Elle s’inspire amplement du style gothique de la Hammer imprégné d’un climat victorien qui oppose puritanisme et érotisme. La photo se veut très personnelle (telle la silhouette de la calèche qui se découpe dans le brouillard ou l’apparition de la femme entourée de ses chiens). Dans le film, avoue Bava, il ne reste pas grand chose de Gogol, si ce n’est cette atmosphère très moldave. Quant à la violence de la scène d’introduction, elle choqua les censeurs de tous les pays. De ce fait, le film ne put être distribué que quelques années plus tard.
Images et loisirs

Voici l’un des plus beaux films de vampires qu’ont ai vus depuis Nosferatu (10) et Vampyr (11). D’abord, un film d’épouvante comme il en est peu, croyez-moi : à vous en faire dresser les cheveux sur la tête (à tel point que la nouvelle commission ce censure a jugé bon de l’interdire aux moins de 13 ans). Mais surtout, une œuvre d’une somptuosité plastique dont on avait perdu le souvenir dans ce genre depuis les grands anciens que je viens de rappeler. La photo est absolument splendide , les décors très soignés (arbres fantastiquement tourmentés, château inquiétant), l’atmosphère particulièrement prenante (forêts nocturnes, pénombres souterraines), les trucages excellents (la résurrection du visage de la sorcière) et la mise en scène remarquable : de nombreux et longs mouvements d’appareil créent une tension parfois insoutenable en suscitant l’attente inquiète de ce que la caméra va découvrir , et des travellings optiques très brefs et très rapides sont comme autant de mouvements de terreur. On se sent glacé plus d’une fois et en même temps la réalisation est d’une telle beauté visuelle qu’on ne songe pas un seul instant à rire de ce qui, ailleurs, n’aboutirait qu’au grand-guignol. Et puis,parfois, éclate un instant de poésie inoubliable, telle l’image de ce carrosse fantômatique traversant une forêt nocturne dans un silence que ne peuplent que les plaintes du vent.
Le scénario, inspiré de Gogol, est signé de Mario Serandrei, chef-monteur habituel de Visconti et la réalisation est de Mario Bava, opérateur déjà connu en Italie : un homme dont il faudra guetter les prochains films.
Marcel Martin in Cinéma 61 (n° 56, mai 1961)
(10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Nosferatu_le_vampire
(11) http://fr.wikipedia.org/wiki/Vampyr

Pourquoi tourner autant de films fantastiques ?
Ce sont les producteurs. Ils ont une image de moi qui est complètement fausse - je crois. Une fois pour toutes ils m’ont classée comme sorcière. D’ailleurs ils finissent par croire que je suis vraiment une sorcière, une fille un peu folle. Et puis, quand ils viennent ici, dans cet appartement un peu bizarre pour me voir, cela n’arrange pas les choses. Les gens sont intellectuellement très paresseux, ils préfèrent ne pas avoir à réviser l’image qu’ils ont de moi. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Barbara Steele in Midi-minuit fantastique (n° 12, mai 1965)

Mario Bava
voir fiche du film Les Trois visages de la peur
http://www.citebd.org/spip.php?film1161

Mario Serandrei
Né à Naples le 23 mai 1907, décédé à Rome le 17 avril 1966.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mario_Serandrei

Ennio De Concini
Né le 9 décembre 1923 à Rome, et décédé dans cette ville le 17 novembre 2008.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ennio_De_Concini

Marcello Coscia
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-70823/filmographie/

Nikolas Gogol
Né Nicolas Vassiliévitch Gogol (en russe : Николай Васильевич Гоголь) à Sorotchintsy (Ukraine) le 19 mars 1809 et décédé à Moscou le 20 février 1852.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Gogol

Ubaldo Terzano
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=57009.html

Roberto Nicolosi
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-57008/filmographie/

Barbara Steele
Née le 29 décembre 1937 à Birkenhead (Grande-Bretagne).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Barbara_Steele

Andrea Checchi
Né le 21 octobre 1916 à Florence, décédé le 29 mars 1974 à Rome.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Andrea_Checchi

John Richardson
Né le 19 janvier 1934 à Worthing (Sussex).
Particularité du personnage : il faillit succéder à Sean Connery pour incarner 007...
http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Richardson_%28acteur%29
http://www.toutlecine.com/star/filmographie/0003/00033133-john-richardson.html

Ivo Garrani
Né le 6 février 1924 à Introdacqua (Abruzzes).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivo_Garrani

Arturo Dominici
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-10315/filmographie/
http://www.premiere.fr/Star/Arturo-DOMINICI-281409/%28view%29/films

Clara Bindi
Née à Naples le 1er novembre 1927.
http://www.premiere.fr/Star/Clara-BINDI-285020/%28view%29/films

Antonio Pierfederici
http://www.ecranlarge.com/stars-filmographie-32946.php

Tino Bianchi
http://www.premiere.fr/Star/Tino-BIANCHI-283956/%28view%29/films

extrait(s) de presse

Devil dead - N'ayons pas peur des mots, "Le Masque du démon" est un chef d'œuvre indémodable...
Ecran large - Barbara Steele restera à jamais pour ces nombreux fans la vénéneuse princesse vampire du "Masque du démon".
Cinéfusion - Pour un premier film, c’est un coup de maître, dévoilant un sens du cadrage parfait et un soin apporté à l’ambiance réellement convaincante...
Au-brocoli-qui-tousse - "Le Masque du démon"est un chef-d'oeuvre du cinéma d'horreur, interprété de façon magistrale, réalisé par un génie et terrifiant à souhait (j'en connait qui n'ont pas survécu à la première scène).
Scifi universe - Mélangeant les thèmes de morts-vivants, de goules et de vampires à partir d'une légende folklorique russe, "Le Masque du démon" est une oeuvre à l'enchevêtrement d'une complexité au-dessus de la moyenne...
Cinéma fantastique - "Le Masque du démon" reste et restera un tournant capital dans l’histoire du cinéma du genre (et du cinéma italien du même coup qui y gagnera ses lettres de noblesse)...