Le Joli mai - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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Le Joli mai

ciné répertoire
France - 1963 - 2h16
sorti en France le 3 mai 1963
Prix Fipresci Cannes 1963 Lion d'or meilleure première œuvre Venise 1963
documentaire - film francophone
de

Chris Marker, Pierre Lhomme

scénario : Catherine Varlin, Pierre Lhomme
direction de la photographie : Pierre Lhomme
musique ou chansons : Michel Legrand
avec : Chris Marker, Simone Signoret
voix : Yves Montand
séances : semaine du mercredi 27 novembre 2013
mercredi 27 jeudi 28 vendredi 29 samedi 30 dimanche 1er lundi 2 mardi 3
20:30*
séance spéciale :
* mar 3 à 20h30 soirée Chris Marker tarif unique 3,5 € précédé à 18:00 d'une conférence Acrimed animée par Nils Solari (journaliste) sur le thème la "ré-appropriation populaire des médias" en partenariat avec Sisyphe vidéo, Magelis, Poitou-Charentes cinéma entrée libre dans la limite des places disponibles

synopsis

Paris, mai 1962. La guerre d'Algérie vient de s'achever avec les accords d'Evian. En ce premier mois de paix depuis sept ans, que font, à quoi pensent les Parisiens ? Chacun témoigne à sa manière de ses angoisses, ses bonheurs, ses espoirs. Peu à peu, se dessine un portrait pris sur le vif de la France à l'aube des années 60...

notes de production

Au tome 6 de ses aventures, Fantômas a pour quartier général le cimetière Montmartre. Au mois de février 1962, Fantômas semble sortir de son repère. Certains signes ne trompent pas. Au stand de tir de la maison Gastine-Remette, le temps est venu de moderniser les cibles. En ce début d’année 1962, Paris fut particulièrement mouvementé : plastiquages, puis assassinat des manifestants au Métro Charonne. Des passants évoquent les bombes atomiques, l’O.A.S. Trois soeurs conviennent que l’on peut être heureux, même sous une dictature. Dans ce ménage, c’est l’épouse qui se montre la plus réticente à donner le droit de vote aux femmes. La foule sort du Palais de Justice et évoque le procès de Salan qui s’y tient.
Au Garden-club, c’est l’arrivée du madison. Michel Gasty évoque la danse comme palliatif sexuel. Dans une gare parisienne, le trafic a été interrompu à cause d’une grève d’E.D.F. Sur le quai, les cheminots se plaignent de leurs "salaires de famine". Deux ingénieurs-conseils évoquent les mutations subies par le monde du travail. Un jeune Dahoméen confronte sa culture africaine avec la culture européenne. Lydia, couturière de théâtre, avoue vivre isolée par peur de la méchanceté et de la vulgarité. Trois soeurs parlent de leur foi en Dieu. Un ancien prêtre ouvrier raconte son parcours. Dans un bidonville, une famille regarde une série télévisée sur les extra-terrestres. Un jeune ouvrier algérien parle de sa découverte du racisme. Des élèves de Janson-de-Sailly discourent de l’Algérie française et de l’O.A.S. Au Théâtre Mouffetard, Gilbert Samson chante l’histoire d’un déserteur emprisonné...
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/marker/jolimai.htm

On peut se plaindre du temps qu’il fait, des températures anormalement basses, de la pluie trop abondante, du printemps qui ne vient pas et constater qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil. Il y a cinquante ans un parisien interrogé dans la rue par l’équipe mise en place par Chris Marker indiquait que le froid persistant, 12,5 C° en moyenne cette année là, était causé par les explosions nucléaires… A l’époque la grande peur ne venait pas encore du réchauffement climatique, mais de la guerre froide. En mai 1962 les accords d’Evian qui mettent fin à la guerre en Algérie venaient juste d’être signés. De Gaulle au pouvoir depuis quatre ans, n’avait pas encore fait voté l’élection du président au suffrage universel. Georges Pompidou, venu de la banque Rothschild occupait le poste de premier ministre depuis le 14 avril. Pour Chris Marker, La France, surtout, connaît alors après plus de vingt années de guerres, mondiale puis coloniales, son premier printemps de paix. Son projet est simple. Réaliser le portrait d’une ville, Paris, par ses habitants. Pour ce faire Chris Marker et Pierre Lhomme, son opérateur, disposent d’un nouveau matériel. La Kmt, une caméra de marque Coutant, la première alors en France à synchroniser le son et l’image. Un prototype fabriqué en deux exemplaires. L’un pour Marker, l’autre pour Jean Rouch. De quoi inventer ces films que l’on regroupera bientôt sous le terme de cinéma du réel...
http://www.regards.fr/web/Le-fond-de-l-air-est-frais-Le-Joli,6693

Le Joli mai est un portrait de Paris, telle qu’elle se montrait au mois de mai 1962. Pour faire droit à l’ample vie de la ville, et à une vie qui est une histoire, le matériau devait être des plus variés, et faire agir l’un sur l’autre l’anecdotique et l’historique, l’individuel et le collectif, le minuscule et le monumental. Les émois de Lydia, qui fait des vêtements pour ses chats, font pièce aux accords d’Evian. Le marchand de costume assume son égoïsme, l’inventeur est dans sa bulle, tandis qu’un prêtre raconte sa conversion au communisme et que les ouvriers font grève. Les bidonvilles côtoient les grands ensembles, et il se trouve encore des quartiers populaires dans l’ombre des vénérables monuments de Paris. Et pour lier tout cela le dédale des rues et le flux incessant des voitures. Paris est toute entière : cellules, sang, squelette – et esprit...
http://www.critikat.com/Le-Joli-Mai.html

Le Joli mai apparaît comme une œuvre et un document d’une importance telle qu’il prouve à l’évidence que la formule est inépuisable parce qu’elle est en contact avec la vie même, dont elle peut tirer et exprimer toute la substance pourvu que le cinéaste qui s’en fait le médiateur, le médium, ait suffisamment de lucidité devant les événements et de conscience sociale et historique dans sa vision du monde. C’est évidemment le cas de Chris Marker. L’intelligence, la compréhension des analyses qu’il a consacrées à la Chine, à la Sibérie, à Israël, à Cuba n’est plus à souligner : chaque fois qu’il décrit une réalité, il nous la donne à voir à un degré d’évidence et de clarté tel qu’on se demande si l’on n’était pas aveugle avant qu’il ne l’illumine pour nous.
La vision de Chris Marker est celle d’un homme socialement et politiquement conscient... La vérité est dialectique. La clé de sa vision, à ce point de vue, est donnée par l’une des formules finales de son commentaire : la vérité n’est peut-être pas le but, mais elle est peut-être la route...
Marcel Martin in Cinéma 63 (n° 77, juin 1963)

Si le cinéma vérité en soi n’existe pas, Le Joli mai existe, comme film fait par des gens qui ont un point de vue sur la question qu’ils montrent, des gens qui ne sont pas des enregistreurs, qui prennent parti, qui ordonnent leur film dans un certain sens. Toutes les critiques qu’on peut faire aux théoriciens du cinéma vérité tombent devant Le Joli mai...
Ne nous pressons pas de conclure : nous ne savons rien des rapports véritables de Giraudoux avec Dieu, et tout ce que nous pouvons dire, c’est que son œuvre s’inscrit dans le même rapport, vis-à-vis de notre époque où "Dieu est mort", que celle d’un Chrétien de Troyes vis-à-vis de la sienne. L’un et l’autre, partant d’une notion à leur temps, salut des âmes ou sauvetage de l’homme, en fixent au-delà des flottements ou des contradictions une image épurée qui est à la fois un modèle, un reproche et un but.
C’est naturellement Marker qui parlait ainsi de Giraudoux.
Paul-Louis Thirard in Positif (n° 54-55, juillet-août 1963)

Il est donc bien entendu que Le Joli mai est un film d’auteur, qu’il nous propose un certain nombre de clés pour comprendre Paris en 1962. Ce n’est pas un assemblage de documents à l’état brut, mais ce n’est pas non plus un film de propagande élémentaire.
Au niveau le plus anecdotique, Marker est reconnaissable aux signes familiers qu’il sème dans ses œuvres : les chats, les chouettes, Giraudoux, les bandes desinées, les martiens, les amis (Resnais, Varda, Gatti...), etc...
N’attachons pas plus d’importance qu’il ne convient à cette signature qui remplace l’inévitable plan où Hitchcock aime figurer. Cette fidélité à certains éléments est souvent une caractéristique des grands créateurs (Bunuel, par exemple)...
Le Joli mai ferait plutôt penser à une moderne comédie de mœurs qui aurait conservé de l’ancienne la fameuse règle des trois unités puisque nous avons réduit à une seule aventure, celle de la civilisation moderne, un film qui respecte par ailleurs l’unité de lieu (Paris) et l’unité de temps (le mois de mai). Il n’est pas jusqu’à ce nécessaire exposé des faits antérieurs qui n’intervienne sous la forme de ces images de février, lourdes de tout le mal à venir.
Il faut signaler pour terminer comment Marker a su pallier le nécessaire décalage entre l’actualité et le passage du film, qu’imposent les règles de la production cinématographique. C’est un des drames du cinéma - et la télévision, quand elle sera libre, le vaincra sur ce terrain - de ne pouvoir nous livrer qu’une actualité refroidie, et déjà oubliée...
Ainsi, le film dépassant son propre objet devient comme un repère, un point fixe qui nous permet de mesurer le mouvement. Le Joli mai restera un moment à jamais fixé de notre civilisation.
Guy Gauthier in La Saison cinématographique 63 (Citévox éditeur)

Une partie des entrevues a été prévue par Chris Marker. L’important, pour le réalisateur, était de ne pas effrayer les gens avec ses outils. Raison pour laquelle il commençait ses rencontres en laissant la caméra dans un coin. Une fois tout le monde détendu, il filmait.

Le Joli mai aurait pu être un très long film ! Chris Marker a enregistré plus de 50h d’images proposant un film de 7h. La version finalisée ne dure, finalement, que 2h environ.

Pierre Lhomme est chef opérateur du film mais a été crédité en tant que co-réalisateur par Chris Marker en raison de leur étroite collaboration.

Chris Marker a donné très peu d’indications à Michel Legrand pour qu’il compose la musique du film. Seul avec de nombreux instruments, il a dû composer selon son inspiration sans même voir le long métrage. Il aura fallu 50 ans pour qu’il voit le résultat...

A l’origine, le gouvernement souhaitait censurer le film, parce qu’il évoquait des problèmes d’ordre politique susceptibles de mettre à mal l’ordre public.

Un œil avisé se rendra compte qu’il y a beaucoup de chats dans Le Joli mai. Pourquoi ? Tout simplement parce que Chris Marker voue une réelle passion pour cet animal. Pierre Lhomme a donc filmé pendant plusieurs semaines tous les chats qu’il croisait.

Pour cette 66ème édition du célèbre festival, Le Joli mai a été sélectionné dans la section Cannes classics. Le film avait déjà été accueilli en 1963 et avait obtenu le prix de la Critique Internationale. Le festival célèbre donc les cinquante ans de ce long métrage !

Chris Marker
voir fiche du programme Chris. Marker tout court
http://www.citebd.org/spip.php?film1005

Pierre Lhomme
Né le 5 avril 1930 à Boulogne-Billancourt.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Lhomme

Catherine Varlin
Née Judith Haït-Hin en 1925 à Odessa, décédée le 22 décembre 2004 à Paris.
Engagée dans la résistance des Ftp-moi(Francs-tireurs partisans, main-d’œuvre immigrée) en 1944 à 19 ans, elle sera, à la Libération, journaliste pendant douze ans à l’Humanité. Elle quitte le Parti communiste en 1956 après l’insurrection de Budapest et se consacre ensuite au cinéma. Scénariste, productrice, elle participe à la création de documentaires sur l’Afrique de l’indépendance. Elle travaille alors avec le cinéaste Chris Marker, mais aussi avec Alain Resnais (La Guerre est finie) et Yves Boisset (Dupont la joie).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_Varlin

Michel Legrand
voir fiche du film Oscar et la dame rose
http://www.citebd.org/spip.php?film395

Simone Signoret
Née Simone Kaminker le 25 mars 1921 à Wiesbaden (Allemagne), décédée le 30 septembre 1985 à Autheuil-Authouillet (Eure).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Signoret

Yves Montand
Né Ivo Livi le 13 octobre 1921 à Monsummano Terme (Italie), décédé le 9 novembre 1991 à Senlis (Oise).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Montand

extrait(s) de presse

Critikat - Retour sur ce chef d’œuvre, à la fois portrait, essai et mémorial...
Libération - A Paris, les candidats feraient bien d’aller réviser ce "Joli mai", si lointain, si proche.
Le Nouvel obs - Plus d’un demi-siècle plus tard, "le Joli Mai" reste fascinant : l’approche est modeste, le propos, intelligent, l’ensemble, élégant...
Charlie hebdo - Marker et Lhomme, toujours à l'écoute de ceux à qui ils tendent leur micro, signent un essai poétique, où l'anecdotique et l'historique se font écho...
La Croix - (...) que restera-t-il de ce mois de mai ? En tout cas ce magnifique documentaire fourmillant de mille histoires, visages et recoins...
Le Monde - "Le Joli mai" est à la fois le véhicule d'un voyage temporel qui fait du spectateur de 2013 un citoyen de l'an 1962, et une oeuvre intellectuelle d'une acuité saisissante : rien de plus passionnant que de réfléchir à aujourd'hui à la lumière de ce passé-là.
Marianne - La voix d'Yves Montand, le récitant, et la musique de Michel Legrand ajoutent en poésie à ces images qui ont gardé, malgré la restauration numérique, le grain de la péllicule de l'époque...
Tf1 news - La vraie curiosité de la semaine et un emballement pour ce film rare et méconnu de Chris Marker. Le réalisateur de "La Jetée" prend le pouls d'une époque et c'est passionnant d'un bout à l'autre.