Passion - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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Passion

France, Suisse - 1982 - 1h27
Prix Vulcain de l'artiste-technicien (Raoul Coutard) Cannes 1982
film - film francophone
de

Jean-Luc Godard

scénario : Jean-Luc Godard, Jean-Claude Carrière
direction de la photographie : Raoul Coutard
musique ou chansons : Ravel, Mozart, Dvorak, Fauré, Beethoven
avec : Isabelle Huppert (Isabelle), Michel Piccoli (Michel Boulard), Hanna Schygulla (Hanna), Jerzy Radziwilowicz (Jerzy), Jean-François Stévenin (le machino), Laszlo Szabo (le producteur), Myriem Roussel (Myriem), Dominique Blanc (une femme dans le tableau d'Ingres)
séances : semaine du mercredi 8 mai 2013
mercredi 8 jeudi 9 vendredi 10 samedi 11 dimanche 12 lundi 13 mardi 14
21:00*
séance spéciale :
* mar 14 mai 17:30 conférence de Raymond Bellour entrée libre (dans la limite des places disponibles) 21:00 projection du film tarif unique 3,5 € soirée organisée dans le cadre du cycle de conférences "Parlons d’images" proposé par le Pôle Image Magelis et le Pôle Régional d’éducation à l’image en partenariat avec le Cddp, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image et l’Ecole Européenne Supérieure de l’Image. inscription conseillée : coddos@magelis.org

synopsis

Dans une usine de province, il y a une guerre d'usure entre le patron et une ouvrière qui veut créer une section syndicale. On retrouve les mêmes divisions a l'hôtel du coin entre la population locale et l'équipe des techniciens de cinéma...

notes de production

Parlons d’images n° 8
La querelle des dispositifs. Cinéma - intallations, expositions.

Conférence de Raymond Bellour
Ecrivain français, critique et théoricien, principalement connu pour ses essais sur le cinéma.
Après des études de lettres, il écrit des critiques de cinéma pour de nombreux organes de presse quotidienne ou hebdomadaire. En 1963, il fonde la revue Artsept. L’année suivante, il entre au Cnrs. En 1979, il est docteur d’État. À partir de 1986, il donne des cours à l’université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Il participe à l’exposition Passages de l’image (1989).
En 1991, avec Serge Daney, il participe à la création de la revue Trafic.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Bellour

Ce fut le travail de Serge Daney de montrer comment tant de films abusaient désormais du cinéma pour y incorporer sans retenue les images-clichés de la pub et des technologies nouvelles. Gladiator peut ainsi mélanger aujourd’hui ce qui reste de Spartacus aux rêves de synthèse d’un programme d’Imagina. Il y a d’autre part dans les bons films ceux qui resserrent avec une ferveur obstinée le cinéma sur lui-même, comme s’ii était seul encore (aux bords extrêmes de ce paysage, on trouve d’un côté Straub-Huillet, de l’autre Kiarostami !. Et il y a ceux qui témoignent avec un désespoir farouche mais allègre du nouvel état de choses, comme Daney le voyait en cernant le passage, chez Fellini et Godard, "du défilement au défilé", du naturel des images qui bougent devant un spectateur transi à une mise en action virtuelle de ce spectateur face à de nouvelles images plus ou moins immobiles.
C’est Alain Resnais concevant dans Smoking, no smoking une mise en fiction de la réalité informatique et une mimétique de la posture interactive.
C’est Chris Marker inventant avec Level five non pas le premier film intégrant le dispositif de l’ordinateur (ces premiers-là sont toujours americains), mais le premier qui associe tous les niveaux de mutation engendrés par l’ordinateur, pour la mémoire historique, le destin subjectif, la création cinématographique...

http://www.ac-nancy-metz.fr/cinemav/pointsdevue/doc1.htm

La conférence sera suivie à 21h du film Passion

Paradoxalement, Passion est un chef-d’oeuvre qui ne correspond plus à l’esthétique du chef-d’oeuvre, c’est-à-dire du produit d’un maître qui détient pouvoir et vérité. Ce film ressemble à l’oeuvre, une sorte de forme en mouvement qui sollicite le spectateur pour l’associer à l’effort de création. Il appartient à chaque spectateur de renoncer à des préjugés qu’on croyait indéracinables, de sortir de sa passivité hypnotique pour découvrir des images et des sons avec un regard neuf, de les mettre en rapport et de les investir de sens. Il y a grande mutation dans l’amour du cinéma, pour une nouvelle cinéphilie.
Beau paradoxe. Le grand créateur est un grand destructeur...
Jean-Luc Godard par Raymond Lefèvre (Edilig)

Ce Passion de Godard se veut une réflexion impressionniste sur l’usine et le cinéma, le travail et l’amour. Comme dans la plupart des films de Jean-Luc Godard, l’intrigue de Passion n’existe, pour ainsi dre, pas. Elle n’est que le prétexte aux chassés croisés de personnages évoluant dans des milieux aussi différents qu’un studio de cinéma et une usine.
Dans l’esprit de Godard, les travellings en gros plans sur les tableaux reconstitués, qui ponctuent le film, remplacent ces gros plans sur les personnages des habituels films de fiction qui privilégient l’expression des sentiments.
Images et loisirs

Une des idées de départ a été la démocratie. J’ai décidé que tout élément du film serait traité à égalité... d’une égale importance. J’ai voulu qu’un brin d’herbe, un courant d’air, un bout de ciel aient autant d’importance que l’acteur principal. Trouver la grandeur de l’ordinaire... Les histoires, il faut les vivre pour les inventer, voir s’il y a quelque chose à voir avant d’écrire qu’il faut le montrer. Moi, je vis comme dans mes films... Un parcours et un minimum d’honnêteté sont nécessaires.
Jean-Luc Godard

L’histoire de l’ouvrière et du réalisateur n’exclut pas pour autant l’arrière plan de politique contemporaine. Le film se déroule autour du 20 décembre 1981, une semaine après que le général Wojciech Jaruzelski ait déclaré la loi martiale le 13 décembre 1981 après l’émergence du syndicat indépendant Solidarnosc en 1980...
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/godard/passion.htm

Passion est un film divisé entre deux univers : une usine et un studio de cinéma. Jerzy, le cinéaste, y est partagé entre deux femmes : Isabelle Huppert et Hanna Schygulla. Godard y confronte le cinéma à ce que la peinture a produit de plus grand au cours des siècles, inventant des formes nouvelles dans l’entre de ces deux arts, avec la musique comme horizon.
C’est après avoir renvoyé du plateau Jean-Luc Bideau que Jean-Luc Godard a fait appel à Michel Piccoli pour Passion.

Passion n’est pas le premier film ou Jean Luc Godard est influencé par la peinture. Déjà dans Pierrot le fou (1965), Godard fait allusion à des grands maîtres de la peinture tel que Renoir, Picasso ou Matisse. Ainsi Godard tire les émotions de ces tableaux en les matérialisant. Pour Jean Luc Douin, ce parti pris narratif de mener Passion à travers des tableaux de maîtres, trouve son origine par le voulu obsessionnelle de Godard de savoir comment raconter et non que raconter. Premier exemple, tout comme Ingres, Godard peint des femmes nues dans son art cinématographique...
http://influencepeinturecinema.wordpress.com/commentaire-de-larticle-scientifique/

Le moins bavard et le plus esthétisant des films de Godard.
L’ouverture est superbe. A couper le souffle : un ciel incroyablement bleu, un nuage lumineux et, partageant lentement l’image, l’avancée lente et rectiligne du sillage d’un jet. Le ton est donné, Passion est un brouillon inspiré, un pot pourri ; des images fulgurantes suivies de manières de rushes. Errance et désordres de personnages hétéroclites réunis pour les besoins du tournage d’un film sans histoire, (le film dans le film), et qui, faute de rencontrer la lumière idéale, n’en finit pas de prendre du retard. Incommunicabilité, angoisse existentielle, les moments forts et les temps morts alternent. Des références culturelles aux œuvres picturales les plus connues (L’entrée des Croisés à Contantinople de Delacroix, La ronde de la nuit de Rembrandt, Lo tres de mayo du Greco) légendé par de grands moments de musique classique (Mozart, Beethoven, Fauré), les efforts du cinéaste témoignent de la passion de Godard pour le travail créatif.
Symbolisme (l’ouvrière bégaie (lire : la parole ouvrière bégaie). Représentation bestiale ou sacrée de l’amour. Vedettes mémythifiées (Isabelle Huppert bégayante, Piccoli toussotant). Un bric à brac quelquefois prenant, quelquefois lassant, un mélange de dérision, de péroraison, d’angoisse, d’amour, de rêve. Bref : Godard. Créativité ou impuissance ? Imposture ou génie ? Provocation gratuite ou recherche ? Radotage ou intuition ? A chacun, selon son humeur et sa sensibilité, de rayer les mentions inutiles.
Christian Bosséno (saison cinématographique 82)

Quelle est selon vous la place de Jean-Luc Godard dans l’histoire du cinéma ?
Vaste question ! Si on l’aborde par ce qu’il évoque lui-même à travers ses Histoire(s) du cinéma, on peut dire qu’il se place un peu comme le dernier des Mohicans, comme le témoin d’une nouveauté qui ne savait pas à sa naissance qu’elle était déjà condamnée. Si l’on prend comme appui l’épisode concernant la Nouvelle Vague dans les Histoire(s), on peut y entendre que l’avenir était déjà depuis longtemps joué dans le passé. Mais il y a une certaine ambiguïté dans cette position. D’un côté, il revendique une volonté naïve des cinéastes de sa génération qui déclaraient vouloir filmer des garçons et des filles de leur âge qui avaient les mêmes problèmes qu’eux. En même temps, il confronte cette volonté à une histoire dont à l’époque on n’aurait pas voulu savoir qu’elle était déjà jouée depuis le triomphe d’Hollywood. Du même coup, il se fait historiographe de quelque chose qui a été manqué. Mais il se fait l’historiographe de ce que le cinéma n’a pas été avec les témoignages de ce qu’il a été. Les Histoire(s) du cinéma nous disent que la puissance de l’image a été d’emblée captée par la puissance du scénario, la puissance de l’industrie, la puissance hollywoodienne, qu’il existait dans la force de révélation des images et dans leurs possibilités d’interconnexion, une virtualité balayée par l’industrie du scénario et de la vedette.
Tout ceci contribue à constituer un ensemble paradoxal parce que Godard, avec tous les extraits des films de Griffith, de Stroheim, de Hitchcock, etc., parvient à faire le film qu’ils n’ont pas fait. Mais il ne pourrait pas faire ce film « à leur place » s’ils n’avaient pas déjà fait les leurs. Il existe donc ici comme une contradiction motrice, féconde, dans la manière dont Godard se situe dans l’histoire du cinéma. Il continue à s’identifier à une sorte d’aube du cinéma qui a été balayée, parce que le cinéma était un art d’enfance qui n’a pas été reconnu comme art d’enfance et qui, comme faux adulte, est devenu la télévision, le crétinisme télévisuel. Godard se présente toujours comme le témoin de cette enfance de l’art. Et pourtant il réalise un art de la fin, un art qui n’est possible que comme reprise de celui qui a déjà été fait, comme la remise en scène de tous les films qui ont déjà été réalisés...
extrait d’un entretien avec Jacques Rancière (paru dans CinémAction)
http://simpleappareil.free.fr/lobservatoire/index.php?2007/11/25/43-jean-luc-godard-la-religion-de-l-art-reproduction-d-un-entretien-avec-jacques-ranciere

Jean-Luc Godard
Né le 3 décembre 1930 à Paris.
Commence sa carrière dans les années 50 comme critique de cinéma...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Godard

Raoul Coutard
Né le 16 septembre 1924 à Paris.
Iinterrompt ses études d’ingénieur chimiste pour partir en Indochine où il deviendra reporter photographe...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Raoul_Coutard

Isabelle Huppert
voir fiche du film La Religieuse
http://www.citebd.org/spip.php?page=cinemarecherche&id_film=1004&alpha=18&a=2013&m=4#film

Michel Piccoli
voir fiche du film Habemus papam
http://www.citebd.org/spip.php?page=cinemarecherche&id_film=686&alpha=8&a=2013&m=4#film

Hanna Schygulla
Née le 25 décembre 1943 à Königshütte (aujourd’hui Chorzów en Haute-Silésie, région alors allemande, aujourd’hui en Pologne).
Sa carrière débute lors de sa rencontre avec le réalisateur allemand Rainer Werner Fassbinder, dont elle devient l’égérie et la muse...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hanna_Schygulla

Jerzy Radziwilowicz
Né le 8 septembre 1950 à Varsovie.
Particulièrement connu pour ses rôles dans les films d’Andrzej Wajda...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jerzy_Radziwi%C5%82owicz

Jean-François Stévenin
voir fiche du film Comme un lion
http://www.citebd.org/spip.php?page=cinemarecherche&id_film=971&alpha=3&a=2013&m=4#film

Laszlo Szabo
Né le 24 mars 1936 à Budapest.
Claude Chabrol lui offre ses premiers rôles, dans Les Cousins puis A double tour, tous deux sortis en 1959...
https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A1szl%C3%B3_Szab%C3%B3

Myriem Roussel
Née à Rabat le 26 décembre 1961.
Engagée comme figurante dans Passion, elle remplace finalement une actrice tombée malade...
http://cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr/index.php?pk=59310
http://fr.wikipedia.org/wiki/Myriem_Roussel

Dominique Blanc
Née le 25 avril 1956 à Lyon.
Sa première expérience de tournage, considérée comme négative (Passion de Jean-Luc Godard), l’écarte pour un temps des plateaux de cinéma au profit du théâtre...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Dominique_Blanc
http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-2496/biographie/

extrait(s) de presse

Cahiers du cinéma - Dans "Passion", les scènes de l’usine rejouent les scènes du studio de cinéma, et vice-versa...
Il était une fois le cinéma - A l’opposé de ces films jetables d’un certain cinéma commercial, les films de Godard sont comme ces livres que l’on désire avoir toujours près de soi, pour les consulter à plaisir...
Wordpresse - Dans ce film, Godard tout comme il l’a déjà fait précédemment dans "Le Mépris", met en scène le cinéma dans le cinéma...
Larousse - Le respect de cet impératif fait de "Passion" le dernier – mais pas l'ultime – chef-d'œuvre de l'histoire du cinéma...