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disparition

rené pétillon (1945-2018)

En février 1978, dans le premier numéro d’(A Suivre), René Pétillon avait publié C’est un drôle de train, une histoire de trois pages menée tambour battant où il citait tous les auteurs de son panthéon personnel. On y trouvait des noms attendus (Alphonse Allais, Pierre Dac, Laurel et Hardy, Buster Keaton, Jacques Tati, Woody Allen…) et d’autres qui l’étaient beaucoup moins (Alfred Hitchcock, Vladimir Nabokov). Ces trois pages démontraient l’éclectisme et le goût très sûr d’un humoriste génial que le cancer vient d’emporter. Il avait 72 ans.

Complètement autodidacte, René Pétillon nait en 1945 à Lesvenen (Finistère), au sein d’une famille bretonne, caricaturalement catholique et réactionnaire. Il s’en évade dès sa prime enfance par le dessin et, déjà, un regard oblique sur le monde. Il a raconté ces années de formation dans Super Catho (dessin de Florence Cestac), sa seule et hilarante incursion dans l’autobiographie.
Mai 68 le pousse à proposer ses premiers dessins à Siné, qui le publie dans L’Enragé. Il vivra ensuite quelques années la vie incertaine des dessinateurs humoristiques, avant de se lancer dans la bande dessinée, après la découverte des premiers numéros du magazine américain Mad. Marqué par Harvey Kurtzman et son gang de dessinateurs géniaux, Pétillon pratique à son tour un humour basé sur la surenchère, l’absurde et la parodie. Moquant la tradition du récit policier hard boiled, il invente Jack Palmer, détective privé avant tout d’intelligence. Sanglé dans un imperméable mastic et coiffé d’un galurin à larges bords Palmer, nabot constamment dépassé par les événements, devient le personnage fétiche que Pétillon transporte dans tous les milieux qu’il lui plait de moquer, que ce soit le monde littéraire parisien (Les Disparus d’Apostrophes), les festivals de bande dessinée (Le Roi de la BD), la mode (L’Affaire du top model)… Se détachant progressivement de l’influence de Mad, Pétillon creuse le sillon d’une observation acérée des conventions sociales et des préjugés. Son intelligence des situations s’illustre particulièrement dans L’Enquête corse qui, sur l’île de Beauté fait rire autant les partisans que les adversaires de l’indépendance, et dans L’Affaire du voile, réflexion remarquablement nuancée sur la place des musulmans dans la France contemporaine.
Cette intelligence éclate dans les strips du Baron noir qui paraissent dans Le Matin de Paris entre 1976 et 1981. Critique acerbe et décalée du giscardisme de l’époque, ces bandes quotidiennes brillamment mises en images par Yves Got revisitent la tradition de la fable animalière et touchent à l’intemporel.
Collaborateur du Canard Enchaîné à partir de 1983, Pétillon en devient rapidement l’un des dessinateurs vedettes. Doté d’un sens aigu de la formule qui frappe, il tourne sans relâche en dérision les prétentions des hommes politiques et impose le regard d’un humoriste fasciné par l’échec et l’absurdité des conventions sociales.
Grand Prix de la ville d’Angoulême en 1989, René Pétillon venait régulièrement à Angoulême et fréquentait volontiers les expositions de La Cité. Il a laissé à notre équipe l’image d’un homme discret, curieux affable et drôle. Nous saluons aujourd’hui sa mémoire et adressons nos sincères condoléances à sa famille et à ses proches.