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le vagabond de tokyo, résidence dokudami

de Takashi Fukutani (Le Lézard noir)

Il est tout à fait étonnant que les lecteurs français aient dû attendre aussi longtemps pour découvrir l’œuvre traduite de Takashi Fukutani, l’auteur de la série Dokudami so, dont ce copieux volume rassemble un choix de nouvelles, jouit d’une très grande renommée depuis les années 1990 au Japon.

Takashi Fukutani, auteur volontairement à l’écart de l’industrie du manga, inscrit son œuvre dans le registre du Gegika, cette bande dessinée aux intentions et propos plus adultes dont Yoshirhiro Tatsumi fut l’un des inspirateurs à la fin des années 50, et plus particulièrement le Watakushi manga, "bande dessinée du moi", aux accents autobiographiques. Sa série Dokudami so, accuse notamment de nombreuses similitudes avec les thématiques développées par un autre grand du Gegika, Yoshiharu Tsuge dans L’Homme sans talent. Résidence Dokudami - le titre français de la série- met effectivement en scène, un mankaga marginal, Yoshio Hori, véritable laissé pour compte de la croissance nippone des années 80. Aspirant sans vrai résultat à satisfaire des plaisirs matériels et sensuels, notre jouisseur pathétiques alterne les boulots à la journée sur les chantiers de Tokyo, qui lui permettent tout juste de payer le loyer de sa chambre sordide de la Résidence Dokudami, ses bols de nouilles et ses virées alcooliques dans les bars à hôtesses. Vivant d’expédients dans un Tokyo emblème de l’économie capitaliste triomphante notre loser vagabond flamboyant, Yoshio Hori, est le symbole anachronique d’une forme de revendication au plaisir, sans contraintes, sans enjeu autre que la satisfaction immédiate. Drôle et sans ambages, ce portrait d’une génération marginalisée qui se dessine à travers les nombreuses rencontres de Yoshio avec des filles douteuses, des fétichistes répugnants, des vendeurs de nouilles profiteurs ou de touchants travestis se déguste d’une traite.
Le personnage de Yoshio est inspiré par la vie de son auteur, disparu prématurément au début des années 90, au terme d’un vie chaotique, précaire et dissolue. Un parcours rappelé dans un remarquable épisode conçu par Takashi Fukutani à l’occasion du 500e épisode de Résidence Dokudami dans lequel l’auteur rencontre Yoshio, son substitut de papier. Cet épisode, qui clôt la compilation du Lézard noir, vante les vertus de la rébellion. Ce qui pourrait bien être le parfait résumé de la série !
(J-Ph M)

- Achetez le livre de Takashi Fukutani : le Vagabond de Tokyo, Résidence Dokudami . Editions Le Lézard noir, 350 pages, 23 €