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disparition

gotlib (1934-2016)

Il aimait Georges Brassens, Les Beatles, Frank Zappa, Spike Jones, Tex Avery et les Monty Python. Ses maitres avaient pour nom René Goscinny, Harvey Kurtzman, André Franquin. Marcel Gottlieb, dit Gotlib est mort le dimanche 4 décembre 2016.

Il naît à Paris (il gardera toute sa vie un magnifique accent parigot) en 1934, dans une famille juive d’origine hongroise. Il suit des cours de dessin publicitaire dispensés par le dessinateur Georges Pichard et devient lettreur professionnel en 1954. Pour les éditions Lito, il illustre des livres de coloriage et de contes pour enfants. Ses premières bandes dessinées paraissent dans Vaillant en 1962, dont le héros est le jeune Nanar. La bande évolue sans cesse jusqu’à intégrer en 1964 un chien impassible dénommé Gai-Luron, qui n’est pas sans rappeler le Droopy de Tex Avery et devient rapidement le personnage principal de la série, dont l’audience grandit. Tout en publiant quelques pages dans Record en 1965, Gotlib fait son entrée dans Pilote en illustrant les Dingodossiers scénarisés par René Goscinny, qui sont plébiscités par les lecteurs.
En 1968, il se lance seul dans La Rubrique-à-brac, qui comme son nom l’indique, est un fourre-tout où Gotlib passe à la moulinette de son « humour glacé et sophistiqué » tous les sujets qui se prêtent selon lui à la parodie : les contes traditionnels, les films à la mode, la vulgarisation scientifique, les personnages célèbres, les feuilletons policiers… Avec le temps, il risque quelques pages plus intimes sur son enfance d’enfant juif pendant la guerre (« La chanson aigre-douce », qui marque de nombreux lecteurs), la naissance de sa fille Ariane… Le succès est immense et Gotlib est le héros de toute une génération de lecteurs. Il invente (en même temps que Jacques Lob) Superdupont, super-héros cent pour cent français, qu’il dessine brièvement avant qu’Alexis puis Jean Solé prennent la suite. Les Clopinettes, dessinées par Mandryka, illustrent son goût pour les calembours les plus atroces. Cinémastock (avec Alexis) met magistralement en boîte les classiques littéraires et cinématographiques. En 1971, Hamster Jovial, publié dans le mensuel Rock ‘n’ Folk, se moque de la musique rock en mettant en scène un chef scout naïf et dépassé par sa troupe de gamins délurés.
En 1972, il est l’un des fondateurs, avec Nikita Mandryka et Claire Bretécher, de L’Echo des Savanes, trimestriel de bande dessinée pour adultes qui révolutionne le marché de la bande dessinée en France. Dans les pages de ce trimestriel puis mensuel, il publie des histoires magistrales, très marquées par la psychanalyse. Il quitte L’Echo en 1975 pour fonder Fluide Glacial, dont il assure la direction éditoriale. Il découvre tout un vivier de dessinateurs humoristes (Goossens, Edika, Binet, Maëster, Dupuy et Berberian...) qui lui doivent beaucoup, tout en dessinant Pervers Pépère et en poursuivant, avec Lob et Solé, les aventures de Superdupont. Il ralentit progressivement sa production, jusqu’à ne plus rédiger que l’éditorial du mensuel.
Ces deux dernières décennies, il avait publié ses mémoires (J’existe, je me suis rencontré), qui reviennent avec pudeur sur son enfance, ravagée par la guerre et la disparition de son père dans les camps de la mort. Des monographies et expositions (en 2014 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme) lui ont été consacrées.
Marqué par l’humour nonsense des Marx Brothers, de Spike Milligan et les parodies du premier Mad, salué par Georges Perec et Pierre Desproges, mais aussi par Benoit Poelvoorde et Les Nuls, Gotlib est l’un des plus importants humoristes français de la deuxième moitié du 20ème siècle.