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disparition

yoshihiro tatsumi

(1935-2015)

Depuis plusieurs mois, des rumeurs alarmantes couraient sur sa santé. Yoshihiro Tatsumi, un des maîtres du manga japonais, est mort le 7 mars 2015.

Yoshihiro Tatsumi est né en 1935 à Osaka. Comme tous les jeunes lecteurs de sa génération, il vénère Osamu Tezuka, le père de la bande dessinée japonaise moderne. Il le rencontre alors qu’il a quatorze ans et cet événement le décide définitivement à s’orienter vers le dessin. Il publie sa première histoire à quinze ans et entame une carrière de dessinateur pour les kashibonya (librairies de prêt) et les bibliothèques ambulantes.
Dans le cours des années 1950, un petit groupe de dessinateurs souhaite renouveler le manga en s’éloignant des codes traditionnels du manga de divertissement, incarné par l’omniprésent Tezuka. Tatsumi joue un rôle déterminant dans l’émergence de cette nouvelle sensibilité en forgeant le terme gekiga (« images dramatiques »), qui désigne ces bandes dessinées d’un nouveau genre, tournées vers la description du Japon contemporain. Il dessine des dizaines d’histoires courtes qui mettent en scène des personnages en décalage avec la société dans laquelle ils vivent : petits délinquants, chômeurs, prostituées mais aussi des salariés ou des femmes au foyer écrasés par un profond sentiment d’aliénation. Le dessin de Tatsumi refuse la stylisation et la déformation des mangas grand public et son inspiration se trouve autant dans les maîtres du roman et du film noirs que du côté des grands nouvellistes. Il fonde un « atelier du gekiga » qui regroupe les principaux auteurs de cette nouvelle sensibilité, et ne durera que quelques mois et publie dans Machi et Kage, deux revues qui incarnent ce nouveau courant. Plus tard, il collabore régulièrement à Garo, la célèbre revue de mangas adulte.
On découvre Tatsumi en Europe au début des années 1980 dans les pages de la revue suisse Le Cri qui tue, qui s’emploie à faire découvrir les maîtres alors inconnus de la bande dessinée nipponne. Un premier recueil en français (Hiroshima) est publié en 1983. Il faudra attendre presque vingt ans pour que Tatsumi soit de nouveau publié en France. Entretemps, il dessine Gekiga hyoru (« une rescapé du gekiga ») vaste récit autobiographique qui est traduit en français sous le titre Une vie dans les marges. Ce récit est adapté en dessin animé par le réalisateur singapourien Eric Khoo sous le titre Tatsumi et présenté en 2011 dans la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes.
Récompensé d’un prix spécial au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2005, Yoshihiro Tatsumi a été traduit dans une dizaine de langues. Le dessinateur américain Adrian Tomine, qui a joué un rôle déterminant dans la publication de ses œuvres en anglais, l’a revendiqué comme sa principale influence.
Moins connu que beaucoup de ses pairs japonais, Yoshihiro Tatsumi a pourtant joué un rôle déterminant dans l’évolution de la bande dessinée japonaise. Son œuvre, redécouverte et remarquablement éditée en France depuis une quinzaine d’années, reste avec le temps d’une impressionnante consistance.