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nous sommes charlie

L’immense onde de choc qu’a provoqué l’ignoble attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 fait toucher du doigt la place singulière qu’occupe ce journal, on a envie de dire cette bande, dans l’imaginaire français. Celle d’un journal qui s’est placé d’emblée dans la tradition riche et ancienne de l’humour politique qui remonte à Voltaire et L’Assiette au beurre et qui, nourri des influences du New Yorker et du premier Mad, a joué un rôle central dans la libération des consciences et le recul de la censure en France depuis plus d’un demi-siècle.

Charlie Hebdo, et avant lui Hara Kiri (c’était la même boutique) est le premier journal qui a donné autant de place aux dessinateurs qu’aux rédacteurs. Et avec des plumes de la trempe de Reiser, Gébé, Fournier, Cabu, Wolinski, Willem, Charb, Tignous, Honoré, Luz, Riss… le dessin politique a retrouvé en France la place prééminente qu’il occupait au temps de Jossot, Willette, Abel Faivre… et tous ces grands dessinateurs qu’aimait tant Cabu.
Pour les plus jeunes lecteurs comme pour les journalistes étrangers que cette sanglante boucherie laisse horrifiés, il est difficile d’expliquer Charlie Hebdo, ce journal irrévérencieux né d’Hara Kiri juste avant mai 68 et qui préfigurait les fameux événements. Un canard fait par des fils de prolos politiquement irrécupérables mais clairement situés à gauche qui ont secoué la France gaullienne puis pompidolienne. En butte à la censure et à ce que l’on n’appelait pas encore le politiquement correct, ils ont obstinément creusé leur sillon et accouché d’une forme d’humour d’intervention qui a triomphé des convenances et qu’on retrouve aujourd’hui, affadi, à la télévision, dans la publicité et sur le Net. Ceux qui ont connu les années 1970 peuvent raconter comment une couverture de Wolinski montrant une premier ministre coiffé d’un entonnoir était dans la journée reprise par des dizaines de milliers de manifestants hilares. Éclectiques et refusant de se considérer comme des auteurs de bande dessinée, ils ont pourtant contribué à la faire évoluer vers une plus grande prise en compte de la politique et du réel.

Charlie Hebdo est mort en 1981 puis ressuscité en 1992. Copié de toutes parts, il a un peu perdu de son influence, mais jouait toujours le rôle de vigie, ou de poil à gratter de la démocratie, jusqu’à s’attaquer sans ménagement aux radicalismes religieux sous toutes leurs formes. Cette volonté de ne pas abdiquer devant l’intolérance lui a valu des procès, des incendies criminels, et lui aura finalement coûté la vie à douze personnes, victimes de la barbarie.

On n’oubliera pas Cabu, l’amoureux de Charles Trenet et de Cab Calloway, caricaturiste génial, dessinateur tout terrain, père du Grand Duduche du « beauf’ ». On n’oubliera pas le délicieux Georges Wolinski qui le premier mêla érotisme et politique, rédacteur en chef inspiré de Charlie Mensuel, la meilleure revue de bande dessinée des années 1970. Certains membres de La Cité avaient eu le privilège de travailler avec lui sur l’exposition d’hommage que lui avait consacré le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2005. Ils gardent l’image d’un homme affable, amical, drôle, formidable raconteur d’histoires, intarissable sur le dessin et les femmes. On n’oubliera pas Charb le rageur, l’élégant Tignous et le faussement hiératique Honoré. Ils ont payé de leur vie le fait d’être des dessinateurs d’exception. On aura une pensée pour tous ceux qui, policiers, correcteur… ont hier payé de leur vie le fait de participer à l’aventure unique qu’est Charlie Hebdo.

Les équipes de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image saluent leur mémoire et s’associent de tout cœur à la peine de leurs familles et de leurs proches.