le premier numéro d’(à suivre) - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
Acheter vos billets musée en ligne
familles et jeune public groupes scolaires et parascolaires visiteurs en situation de handicap
FR | EN
le pass sanitaire est obligatoire à partir de 12 ans pour l’accès au musée, à la bibliothèque et au cinéma
accueil > votre visite > au programme > expositions temporaires > archives des expositions > archives des expositions 2014 > 1975-1997 la bande dessinée fait sa révolution > le premier numéro d’(à suivre)

le premier numéro d’(à suivre)

par Benoît Peeters

Daté de février 1978, le numéro 1 voit le jour à la veille du cinquième Salon d’Angoulême ; il est présenté à la presse et aux professionnels lors d’un cocktail fastueux au château de Chabanes, dans les environs de Cognac. Dans un éditorial qui fera date, Jean-Paul Mougin affiche l’ambition du nouveau mensuel : « (À suivre) demandera à ceux qui sont les maîtres d’un nouveau genre de s’exprimer en toute liberté. (À suivre) présentera chaque mois les nouveaux chapitres de grands récits sans autre limite de longueur que celle que voudront leur donner les auteurs. Avec toute sa densité romanesque, (À suivre) sera l’irruption sauvage de la bande dessinée dans la littérature. »

Ces quelques lignes ne sont pas trompeuses. Long de 19 pages, le premier chapitre d’Ici Même de Tardi et Forest ouvre le numéro : Arthur Même surveille inlassablement les murs de Mornemont, le pays clos ; c’est la seule chose qui lui reste de l’ancien domaine familial. Grinçant, onirique, fantastique, Ici Même reste le récit le plus emblématique des débuts de la revue.
Le premier numéro de (À suivre) bénéficie d’un très bon accueil, même si certains le taxent d’élitisme, reproche auquel Jean-Paul Mougin répond avec vivacité dans son éditorial suivant. Très vite, le nouveau mensuel devient une référence dans le paysage de la bande dessinée franco-belge. Privilégiant l’ampleur romanesque, le journal est entièrement en noir et blanc. Il le restera pendant les deux premières années, ce qui impose d’aller chercher de nouveaux auteurs. Le pari n’est pas évident : se lancer dans la réalisation d’une histoire de cent à deux cents pages, c’est accepter de rester absent des librairies pendant un long moment.
Milo Manara, alors inconnu en France, arrive avec HP et Giuseppe Bergman, un récit brillant, qui multiplie les mises en abyme et les jeux de miroir. HP n’est autre qu’Hugo Pratt, un personnage imposant doublé d’un maître en aventures : cela contribue à faire du véritable Pratt une figure mythologique. La seconde histoire de Giuseppe Bergman, Dies Irae, met l’érotisme à l’avant-plan,ce qui provoque de vives réactions à Tournai. Quelques cases seront censurées dans le mensuel, avant d’être rétablies dans l’album quelques mois plus tard. Mais les audaces de Manara ont ouvert la voie aux autres auteurs.
Pour le Belge Didier Comès, (À suivre) va jouer un rôle décisif. Malmené par plusieurs éditeurs, rejeté de l’hebdomadaire Tintin après L’Ombre du corbeau, Comès avait presque renoncé à la bande dessinée et était devenu barman. C’est la confiance de Didier Platteau et Jean-Paul Mougin, l’amitié bientôt nouée avec Hugo Pratt, puis l’accueil enthousiaste des lecteurs qui vont lui permettre d’entamer la carrière que l’on sait. Silence, commencé dans (À suivre) en février 1979, restera son récit le plus célèbre.

Benoît Peeters