avant-propos - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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n o c t u r n e s

avant-propos

par Gilles Ciment

Chaque année, en hiver, la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image présente une grande exposition apportant une contribution majeure au Festival d’Angoulême qui se déploie dans la ville fin janvier. Ces expositions alternent des rétrospectives historiques mises en perspective par des artistes contemporains (Cent pour cent, Le Musée privé d’Art Spiegelman), des approches esthétiques et formelles (Une autre histoire, Quelques instants plus tard), et enfin des éclairages thématiques (Parodies), catégorie à laquelle appartient Nocturnes : le rêve dans la bande dessinée.
Si les rêves sont la littérature du sommeil, comme l’affirmait Jean Cocteau, les fictions ne sont-elles pas, symétriquement, de grands songes éveillés ? Lorsque la bande dessinée se nourrit de l’étoffe des rêves et met des images et des mots sur les cauchemars, elle s’engage dans une spirale vertigineuse que Thierry Groensteen, commissaire de l’exposition, a explorée pour le musée de la bande dessinée.
La superbe scénographie de Nocturnes invite le visiteur à plonger dans un espace onirique, étrange, décalé, et déroule le parcours qui va des précurseurs aux frontières fluctuantes entre rêve et réalité, en passant par les journaux de rêves, les cauchemars et l’onirisme. Le visuel de l’affiche, que l’on doit à Marc-Antoine Mathieu (auteur des aventures de Julius Corentin Acquefacques prisonnier des rêves), met en scène un rêveur chevauchant un lit qui l’emporte de nuage en nuage dans l’aube naissante. Si elle renvoie à la scénographie de l’exposition (elle-même conçue par Marc-Antoine Mathieu et Philippe Leduc pour l’atelier Lucie Lom), peuplée de lits souples qui paraissent s’envoler, cette image fait également écho à une figure récurrente des rêves et cauchemars de papier, depuis le poney Somnus qui emmène Little Nemo vers le Slumberland dans la première planche de ses aventures relatées par Winsor McCay jusqu’au Cheval blême des journaux de rêves de David B.
Ce motif est matérialisé de façon saisissante par l’étrange cheval blanc du plasticien et auteur de bande dessinée néerlandais Tobias Tycho Schalken, sculpture monumentale de deux mètres soixante-dix qui trône au cœur de l’espace.
L’exposition Nocturnes est composée d’environ deux cents pièces, principalement des planches originales, mais aussi des imprimés, des agrandissements, des sculptures, un film, puisant pour une part dans les inestimables collections patrimoniales du musée et de la bibliothèque de la bande dessinée (la Cité), et recourant pour l’essentiel aux prêts d’auteurs, de collectionneurs et d’institutions : plus de trente prêteurs extérieurs ont apporté leur concours à cet événement, en France mais aussi en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Écartant tout ce qui relève d’un fantastique ou d’un merveilleux simplement teinté d’onirisme, elle se concentre sur cet abondant corpus de rêves explicitement donnés comme tels, rassemblant ainsi une iconographie spectaculaire sur un sujet passionnant, jamais encore étudié comme tel. Un catalogue de 224 pages, comprenant 150 illustrations, paraît le 4 novembre chez Citadelles & Mazenod, en coédition avec la Cité. Richement illustré, il reprend et prolonge le propos de cette exposition anthologique couvrant tout le champ historique du neuvième art et traquant même les images de rêve jusque dans un corpus très antérieur au média moderne qu’est la bande dessinée.

Gilles Ciment
directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image