carte blanche à jean-c. denis - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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e x p o s i t i o n

carte blanche à jean-c. denis

du 31 janvier au 28 avril 2013

À l’invitation de la Cité, Jean-Claude Denis, Grand Prix 2012 de la Ville d’Angoulême, a effectué son propre parcours dans l’exposition permanente du musée de la bande dessinée, choisissant parmi les quatre cents documents présentés (originaux et imprimés) ceux qui lui paraissent les plus remarquables.

Il en a retenu une vingtaine, signalés à votre attention dans les vitrines du musée et agrémentés de courts textes de commentaire qui éclairent ses choix et témoignent d’un regard pénétrant sur des œuvres toujours singulières. De Benjamin Rabier à Nicolas de Crécy en passant par Hergé et Robert Crumb, nous vous invitons à découvrir le parcours très personnel du créateur de la série Luc Leroi dans l’histoire de la bande dessinée.
Après « le musée privé d’Art Spiegelman » en 2012, c’est un nouveau regard d’un créateur sur le patrimoine de la bande dessinée que propose la Cité.

vernissage

mercredi 30 janvier 2013 à 20h45
en présence de Jean-C. Denis
musée de la bande dessinée
quai de la Charente
Angoulême

les choix et commentaires de jean-c. denis

benjamin rabier
Dans les années 50, les livres de Benjamin Rabier, dessinés trente ans plus tôt, faisaient encore le bonheur de beaucoup d’enfants. Je ne me souviens pas précisément d’en avoir possédé un en particulier, mais leur univers m’était familier. Gédéon et ses acolytes faisaient un écho joyeux et cruel aux animaux trop bien élevés et surtout très habillés de Beatrix Potter. Casterman a eu la bonne idée de ressortir plusieurs aventures de Gédéon dans les années 80. L’occasion pour moi de redécouvrir le charme de ces histoires aux dessins souples et aux couleurs franches et harmonieuses imprimées au point litho. Avec le recul, ces pages m’apparaissent désormais teintées d’un style proche de l’Art nouveau, de ses courbes et de ses couleurs chaleureuses.

rené pellos
L’immense renommée des Pieds Nickelés les a rendus incontournables, au point que je les connais depuis mon plus jeune âge sans en avoir jamais possédé un album ni lu une seule histoire en entier. Ils sont entrés très tôt par effraction dans mon univers, grâce, probablement, à un « illustré » découvert chez des copains. Louis Forton et Pellos ont réussi à créer un archétype de voyous sympathiques et débrouillards qui m’est revenu en mémoire, un jour où je m’apprêtais à mettre en image Le Tango interminable des perceurs de coffre-fort pour un album collectif des Éditions Vents d’Ouest sur Boris Vian.

george mcmanus
J’ai découvert Bringing Up Father comme d’autres chefs-d’œuvre du début du siècle précédent (Krazy Kat, Little Nemo, Polly and Her Pals) dans les locaux de Futuropolis à la fin des années 70. J’ai surtout été frappé par la qualité graphique de ces grandes pages pleines de cases. Leur dynamisme stylisé et élégant faisait soudain apparaître comme démodé tout un pan de la bande dessinée franco-belge de mon enfance (celle des années 50-60). Bien des codes de la ligne claire redéfinie dans les années 70 semblaient en descendre en droite ligne. Leur mise en scène vivante de petit théâtre, de cinématographe, voire de cinémascope avant l’heure (dans le cas de Winsor McCay), où les personnages évoluent en pied dans le décor, est resté comme un modèle de lisibilité et d’élégance. La répétition des images de même type crée, de surcroît, une forme graphique parfaite. Tout a été inventé dans ces années-là, par ces auteurs-là.

hergé
C’est directement en album que j’ai fait la découverte d’Hergé à la fin des années 50. L’Île Noire et Le Secret de la Licorne : ces deux albums sont les seuls de la série que j’ai possédés jusqu’à ce que je sois en âge de m’en offrir de nouveaux, des années plus tard. Je me souviens clairement de leur pouvoir d’évocation. J’étais totalement absorbé, transporté. Ils offraient un univers nettement plus adulte et contemporain que celui que j’avais pu trouver dans mes lectures précédentes, sans pour autant rompre avec mes autres lectures d’enfant. Édités par Casterman en 1948 et 1949, ils m’ont toujours semblé si précieux que je les possède encore. Les reliures ont un peu souffert, mais l’humour, la vivacité du ton, le rythme du récit, les rebondissements, et la justesse de la mise en scène n’ont pas pris une ride à mes yeux. Hergé est sûrement l’un des auteurs qui m’ont le plus marqué.

e.c. segar
Le personnage de Popeye m’était familier seulement par dessins animés interposés, mais c’est encore grâce à Futuropolis que je l’ai vraiment découvert sous son meilleur jour, dessiné par son créateur même. Une poésie et une force particulières émanent de cette énergique succession des strips d’origine. La crétinerie et la violence des personnages, l’absurdité des situations n’y sont pas étrangères. Segar y met en scène un monde où pas une des valeurs humaines communément admises n’est respectée. En cette fin des années 70, cela m’apparaissait comme extrêmement salutaire et moderne. Au même moment, Charlie Schlingo en chair et en os chaloupait dans les locaux de Futuropolis et je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il était le digne successeur de Segar (sinon sa réincarnation).

spirou (le journal)
Je ne saurais pas dire si j’étais abonné ou non à Spirou, mais pendant quelques années, au milieu des années 50, j’ai eu la chance de pouvoir le lire chaque semaine. Johan et Pirlouit, Benoît Brisefer, Boule et Bill, Bobo, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, et Spirou lui-même : voilà les personnages que j’aimais retrouver. Tous les récits illustrés de façon plus réaliste (et souvent moins drôles) me laissaient de glace ou me faisaient franchement peur. Je mesure mal, cinquante ans plus tard, comment ces histoires ont pu m’influencer positivement ou exercer sur moi un effet dissuasif, mais je suis persuadé que je n’envisagerais pas la bande dessinée sous le même angle si j’avais été confronté à un autre journal. Parmi les histoires dont je tournais les pages sans les lire, figurent des chefs-d’œuvre que je découvrirais des années plus tard.

pilote (le journal)
J’ai délaissé progressivement la lecture de Spirou pour celle de Pilote au début des années 60. Les premiers numéros entrevus chez des copains m’impressionnaient par leur ton plus adulte, mais ne me parlaient pas encore vraiment. Mes préférences à cette époque vont à Astérix et Achille Talon qui sont tout à fait dans la lignée de ce que j’appréciais dans Spirou. Il me faudra vieillir de quelques années et attendre l’arrivée d’auteurs comme Fred et Gotlib et plus tard F’Murrr, Druillet, Mandryka, pour me retrouver vraiment en phase avec le journal. Au tournant des années 70, nourri par ces lectures, je réalise quelques bandes dessinées que je vais présenter au journal. Je suis reçu par le rédacteur en chef (Gérard Pradal) qui me conseille de revenir… mais nettement plus tard. Je suivrai son conseil en revenant presque dix ans après.

andré franquin
Avec Gaston Lagaffe, Franquin a inventé et popularisé un héros réfractaire à l’organisation du monde. Il était tout à fait dans l’air d’un temps qui se préparait aux changements. La jeunesse voulait avoir son mot à dire. Elle était muette jusque-là. Cet adolescent nonchalant et maladroit était la représentation sympathique et drôle de ce que je devinais déjà : l’inertie et la distraction sont une arme très efficace pour résister au pouvoir et à l’autorité. Les contrats ne seront pas signés ! J’étais particulièrement sensible à la rencontre de l’univers fantasque de Gaston avec celui très réaliste de la vie quotidienne de bureau. J’ai très vite vu en lui le prototype du héros sans qualité capable, sinon de savoir bousculer l’ordre en place, du moins de le tenir à distance et d’en limiter les effets. Le plus réjouissant est de voir que Franquin, bien plus tard, a su donner libre cours à ses idées noires sur un mode finalement très proche. Noir ou pas, l’humour est toujours là pour rappeler à quel point le monde est parfois désespérant.

hara-kiri
J’ignore si Gaston a eu la moindre influence sur le Grand Duduche, mais, de Pilote à Hara-Kiri, ce personnage créé par Cabu passe de la résistance passive à la contestation revendiquée. Le parcours me va bien. Le journal « bête et méchant » tire à vue sur tout ce qui représente une menace pour la liberté, en premier lieu, la bêtise et la méchanceté, justement. Il est aussi le versant politique et surtout politiquement incorrect de la bande dessinée post-68. Derrière la grossièreté apparente et les provocations s’expriment des idées auxquelles je suis très sensible en tant que lecteur, même si je m’en sens assez éloigné comme auteur. Reiser, Wolinski, Willem, Gébé… Chacun à sa manière dénonçait les travers de la société, proposait des alternatives, et en plus ils étaient capables de vous faire rire. Plus tard, Schlingo avec sa fantaisie surréaliste et Vuillemin pour la noirceur et la liberté de son humour sont ceux qui m’ont fait le plus rire sans arrière-pensées.

rené pétillon
C’est sans doute dans L’Écho des Savanes que je découvre Pétillon et les premiers pas de Jack Palmer pour la première fois. Je n’ai pas revu ces pages depuis ces années 70-80, mais j’en garde le souvenir de case débordant d’informations et de détails surprenants. Les grandes lignes de l’action passaient au second plan tant le résultat était fascinant. Avant de s’intéresser de plus près à l’actualité, et d’ancrer ses histoires sur des repères visibles de loin et par tous, Pétillon, dans cette première manière, donnait l’impression de s’attacher à décrire le présent, et plus précisément encore : l’instant. D’une façon ou d’une autre, il a toujours réussi à me faire entrer sans le moindre effort dans son univers et à m’y garder pour mon plus grand plaisir. J’apprécie son humour autant que ses scénarios qui sont parmi les mieux construits. Le personnage de Jack Palmer y est aussi pour beaucoup. Encore un de ces héros sans qualités apparentes, qui deviennent captivants par le talent de leur créateur à évoquer le contexte dans lequel ils évoluent.

martin veyron
J’ai assisté de près à la naissance de Bernard Lermite, et j’ai vu, dès les premières histoires, se confirmer l’inventivité et l’intelligence de l’auteur en devenir. J’ai connu Martin Veyron aux Arts Décoratifs et j’ai passé par la suite plusieurs années dans le même atelier à quelques mètres de lui. Il a toujours fait preuve de spontanéité dans la conduite de ses histoires comme dans sa façon de les mettre en images, mais ce qui m’a le plus impressionné chez lui, c’est que ce naturel allait de pair avec une grande justesse de trait, au propre comme au figuré. Regard acéré, perspicacité réjouissante, dialogues intelligents, ellipses audacieuses, il n’a jamais cessé de confirmer ces multiples qualités. Et il l’a fait avec un humour et un panache particuliers. Notre parcours commun nous a rapprochés et a également fait converger notre façon d’envisager la bande dessinée. Malgré cette proximité, il fait partie de ces auteurs toujours capables de me surprendre, et de me faire rire.

robert crumb
En l’espace de quelques années, début 70, Crumb s’impose partout. Je le découvre en même temps avec la pochette de Cheap Thrills de Janis Joplin, dans les pages bariolées du journal Actuel, et au cinéma avec la version animée de Fritz The Cat. Je suis encore étudiant à l’École des Arts Décoratifs de Paris. C’est la révélation. Avec son dessin d’apparence brouillonne, et surtout à cause des thèmes qui l’inspirent, Crumb fait naître en moi l’idée que la bande dessinée est peut-être un art à ma portée. Entre le trait lent et précis d’Hergé, et celui, rapide et plein d’énergie de Franquin ou d’Uderzo, les années 60 proposaient des modèles aboutis, portés à leur degré de perfection. Crumb débarquait dans un bouillonnement graphique fait de choses anciennes (les animaux à la Disney, les comics des années 30) sur des thèmes encore inédits (sexe, drogues, confessions intimes, fantasmes en tout genre). Plus qu’un modèle à suivre, il ouvrait la porte à de nouvelles possibilités. Un peu comme Dylan donnant simultanément un coup de vieux aux repères du folk, du rock et du blues.

nicole claveloux
Dans ces mêmes années 70, j’assiste avec délectation à l’incroyable éclosion d’une foule de talents venus de la bande dessinée, mais aussi de l’illustration. Milton Glaser, Tomi Ungerer, Philippe Corentin, Alain Le Saux, Jean Lagarrigue, Guy Peellaert, Nicole Claveloux. Les frontières entre les genres sont alors si ténues que certains illustrateurs pour la jeunesse travaillent aussi pour des magazines dits pour adultes comme Lui. Tout ça est très stimulant. Je vois dans les livres de Nicole Claveloux un prolongement graphique moderne des bandes dessinées américaines des années 20 à 30 que je découvre au même moment. Les hachures, les ombres noires, les couleurs pop, l’ambiance psychédélique, tout ça me fascine et m’influence certainement. Elle n’est d’ailleurs pas si éloignée de l’univers graphique et de l’inspiration de Robert Crumb. Depuis ces années 70 où elle publiait sans distinction chez Harlin Quist et Métal Hurlant (La Main verte 1978, Morte saison 1979), elle n’a jamais baissé la garde. Ses récents travaux d’illustrations dans des registres érotiques ou franchement pornographiques sont toujours aussi décoiffants.

mœbius
Cauchemar blanc est la première histoire de Mœbius que j’ai lue dans Pilote. Elle m’a tout de suite accroché. J’aimais déjà les aventures de Blueberry par Giraud, mais j’étais plus sensible encore à cette vision contemporaine de la société et au traitement graphique qu’il en faisait. Le trait plus rond, vibrant, naturel, les hachures… on n’était pas très loin de ce que j’appréciais chez Crumb depuis quelques années. Même si son dessin était toujours aussi virtuose, il y faisait preuve d’une plus grande spontanéité et cela rendait plus abordable sa vision. Avec Jean Giraud, c’est bien de vision qu’il faut parler. C’est dans cette veine-là qu’il m’a le plus impressionné.
De La Déviation à Arzach en passant par Le Garage hermétique, Mœbius a tout tenté. Il a visité les propres raffinements de sa pensée au point que ses dessins et les séquences narratives sur lesquels ils sont posés apparaissent comme des motifs presque organiques. Quelle plus belle façon d’envisager l’activité d’auteur ?

jacques tardi
Les Aventures d’Adèle Blanc-Sec étaient comme un pont dressé entre les bandes dessinées classiques de ma jeunesse et celles plus adultes nées dans les années 70. Avec Rumeurs sur le Rouergue, Le Démon des glaces ou La Véritable histoire du soldat inconnu, Tardi définit ce qui restera plus tard son style, son empreinte. Mais c’est avec Ici Même qu’il me fait le mieux voyager. On est en 1978, je viens de réaliser mon premier livre pour Casterman, un livre pour la jeunesse, Oncle Ernest et les ravis. Le magazine (À Suivre) est alors en préparation. Dans les bureaux, des exemplaires du numéro 0 circulent de main en main. J’ai la chance d’en récupérer un. C’est Tardi qui en fait la couverture. Les dix-neuf premières pages de cette histoire où le personnage passe sa vie en équilibre sur des murs me fascinent. Bien sûr, le scénario est de Forest, mais on y devine tout Tardi. Ses compositions, ses noirs et blanc, la souplesse de son trait, la stylisation des personnages, tout concourt à donner une sensation d’équilibre et d’élégance. Une maîtrise et une grâce qu’on retrouvera présente à chacun de ses nouveaux albums et qui lui permettront d’aborder les sujets les plus sombres d’une manière lumineuse.

raw
Si, à la fin des années 80, Futuropolis avait édité une revue de bandes dessinées, je me serais attendu à ce qu’elle ressemble à quelque chose dans le genre de Raw. On retrouvait dans cette revue éditée par Françoise Mouly et Art Spiegelman beaucoup d’auteurs déjà publiés en France (Tardi, Swarte, Kamagurka, Muñoz, Altan, Crumb, Masse, Baru, Loustal, Burns), et d’autres que je découvrais (les Américains Lynda Barry, Chris Ware, évidemment, mais aussi des Japonais comme Tsuge). Une réunion de talents présentés dans un petit format des plus classe, et mis en page avec toute l’exigence et la sophistication graphique imaginables (typos, trames, papiers différents…). Impossible de rater Maus et ses pages imprimées sur fond beige, sombres et belles comme des gravures sur bois. Il faudra pourtant que j’attende la sortie du premier tome en album pour mesurer la puissance du récit que livrait déjà là Art Spiegelman.

chris ware
C’est dans une librairie spécialisée dans les comics de Washington que j’ai feuilleté un livre entier de lui pour la première fois. Mon peu d’inclinaison pour les super-héros aux superpouvoirs m’avait tout de suite orienté vers un coin où s’étalaient les productions alternatives. Un pourcentage infime de la surface totale, mais un monde entier contenu dans chaque livre. Celui que je venais d’ouvrir me donnait l’impression d’avoir franchi un sas vers une dimension parallèle : The Acme Novelty Library. Ce n’est qu’une fois rentré en France que j’ai compris que ces « albums » aux allures d’almanach étaient de la main d’un seul et même auteur. Et que cet auteur aux talents multiples était Chris Ware. Un auteur déjà entrevu dans Raw. Je suis toujours fasciné par son incroyable capacité à jongler avec les styles graphiques, les personnages et les récits différents. Avec lui, c’est la forme qui saute aux yeux en premier, mais on devine qu’elle n’est qu’un voile jeté pudiquement sur un fond personnel et intime.

aristophane
Derrière la vibration de son dessin, Aristophane s’appuyait sur des compositions magnifiques. Une harmonie particulière qui conférait à ses histoires une poésie rare en bande dessinée. Le Cheval sans tête, ego comme x… : c’est dans l’une de ces revues rapportées du festival d’Angoulême au milieu des années 90 que j’ai découvert ses premières histoires, Les Sœurs Zabîme, Le Vieux Samson… Au-delà de la simplicité lumineuse du récit lui-même, un autre charme est à l’œuvre. La vision à la fois complexe et précise qu’il portait sur le monde extérieur et qu’il arrivait à transmettre est de celle qui reste longtemps après que le livre soit refermé. J’ai lu plus tard son Conte démoniaque et d’autres récits comme celui qu’il réalisa pour les éditions Autrement (Le Monde virtuel) avec la sensation d’avoir pu visiter, grâce à la mécanique d’un découpage typiquement bande dessinée, une œuvre envoûtante et mystérieuse.

nicolas de crécy
De Crécy bâtit des villes de toutes pièces. Elles donnent l’impression d’avoir été saisies dans l’instant, de peur qu’elles ne disparaissent. Elles sont plus vraies que nature. Les ombres qu’elles projettent sont plus justes encore. Il en va de même avec les personnages. Dès Léon La Came publié dans (À Suivre) dans les années 90 puis en albums chez Casterman, il tente des expériences inédites comme les mises en couleurs directes avec seulement deux tons différents. Il ose également éluder certaines parties du dessin pour donner aux personnages une présence picturale qui dépasse de loin une banale représentation réaliste. Il crée un style à la fois virtuose et spontané, utilisant et détournant à sa façon les codes de la bande dessinée. Une écriture poétique unique et identifiable au premier coup d’œil y compris lorsqu’elle est reprise par d’autres.