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l’enfance d’alan

d’Emmanuel Guibert (L’Association)

Nombreux sont ceux qui se languissaient d’Alan Ingram Cope, découvert dans le triptyque La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert, dans lequel le dessinateur français retraçait les souvenirs de son ami américain aujourd’hui disparu. La suite du récit du remarquable conteur qui parait ces jours-ci chez L’Association, L’Enfance d’Alan, devrait assurément les combler.

Dans le champ de la bande dessinée autobiographique l’œuvre d’Emmanuel Guibert occupe une place à part. Presque en contradiction avec le concept même de journal intime qui veut « par contrat » que l’auteur du récit est aussi l’acteur de celui-ci. A l’exception notable de l’américain Harvey Pekar (American splendor) qui confiait à d’autres dessinateurs le soin de traduire ses histoires personnelles, il n’y a guère d’exemples d’auteurs « d’autobiographie de seconde main » (l’expression est d’Emmanuel Guibert) qui se sont faits les interprètes du récit intime des autres. Depuis plusieurs années Guibert met en images les expériences vécues par des tiers. La plupart du temps des amis avec lesquels il a développé une relation de très grande intimité. C’était le cas avec Didier Lefèvre pour Le Photographe, avec Alain Keler pour Des nouvelles d’Alain ou encore avec Alan Cope, cet ami américain déjà septuagénaire quand Emmanuel Guibert fait sa connaissance et qui entreprendra de lui raconter sa vie par le menu.
L’auteur en tirera La Guerre d’Alan, récit en images de la vie d’un de ces soldats anonymes débarqués sous l’acier brûlant des plages de Normandie pour libérer l’Europe. Histoire simple et touchante d’un homme ordinaire séduit par la France. Mais il ne s’agissait là que d’une partie des confidences du vieil homme scrupuleusement enregistrées par notre auteur, qui, avec L’Enfance d’Alan entreprend de restituer les souvenirs d’avant la Guerre, retournant au plus loin des réminiscences d’Alan.
L’ouvrage s’ouvre sur cette déclaration nostalgique au passé disparu : « J’ai des souvenirs ­d’enchantement de mon pays avant la guerre. » Et nous voilà plongés au cœur de la famille Cope représentative de la middle class américaine du début du XXème siècle, modeste et sans éclat particulier. Le récit se veut minutieux et précis, essayant de recomposer les portraits, ceux des grands-parents, des parents, se remémorant une tante disparue, un cousin jamais revu. Le ton est léger lorsqu’Alan raconte ses déménagements, ses maisons, ses sorties dominicales, les visites à la famille ou comment , à l’âge de cinq ans, il fait connaissance avec l’idée de Dieu à cause d’une buanderie, de sa verge, d’une aiguille à couture, de sa mère et d’un frelon. Parfois la mélancolie ou la gravité s’installent comme lorsque le vieil homme évoque la disparition de sa mère alors qu’il n’a que dix ans. Souvenir encore vif de cette journée maudite où dans un mouvement de colère il intime à la mère chérie d’aller mourir, sans imaginer qu’elle succomberait quelques heures plus tard à une opération. Son « biographe » restitue avec intelligence toutes les nuances du récit, faisant corps de façon troublante avec les émotions d’un petit américain naïf et lucide dont la vie a commencé dans un pays qui suscitait encore l’enchantement.
(JphM)

acheter le livre d’Emmanuel Guibert : L’Enfance d’Alan. L’Association / 19€.
acheter le livre d’Emmanuel Guibert : La Guerre d’Alan (intégrale). L’Association, 336p. / 28€.

voir aussi la lecture de cet album par Jacques Samson dans neuvièmeart 2.0.
voir dans neuvièmeart 2.0 le dossier Emmanuel Guibert.