ciné môme mangapolis : la légende de la forêt - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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ciné môme mangapolis : la légende de la forêt

du 1er au 7 août 2012, cinéma de la Cité

À ne rater sous aucun prétexte : cinq courts métrages d’animation d’Osamu Tezuka, l’auteur que l’on a parfois surnommé « le Dieu du manga » (Manga no Kamisama). Ce programme est un assemblage pertinent où se succèdent dans une homogénéité évidente quatre histoires plus ou moins longues et riches en portées politique, articulées avec un chef-d’œuvre méconnu, le moyen métrage La Légende de la forêt, magnifique hommage à Emile Cohl et au Disney de l’Age d’Or.

la légende de la forêt


Mori no densetsu
Japon, 1964, 1965, 1985, 1987
accessible aux enfants à partir de 3 ans
film d’animation - version française
écrit et réalisé par Osamu Tezuka
durée 0h54

l’histoire
Pour raconter l’histoire d’une forêt menacée de destruction par l’homme, le réalisateur déroule l’histoire du cinéma d’animation en cinq courts métrages :
- La Légende de la forêt
Acte 1 : Un petit écureuil volant tombe du nid. Il survit mais va devoir se confronter à la folie destructrice d’un bûcheron.
Acte 2 : La forêt est menacée de destruction par des bulldozers. Les animaux, les elfes et les lutins tentent de la sauver...
- La Sirène
La passion d’un pêcheur et d’une sirène entravée par la jalousie des hommes...
- La Goutte
Un marin en perdition meurt de soif sur un radeau. Des gouttes d’eau suspendues au mât lui donnent espoir...
- Le Film cassé
1885. Un vrai western. Le film casse et les personnages quittent le cadre pour une ballade insolite...
- Le Saut
Une caméra suit les bonds d’un personnage qui ne peut plus s’arrêter de sauter...

du 1er au 7 août 2012
cinéma de la Cité
60 avenue de Cognac
Angoulême

+ d'info sur le film, les horaires, la bande-annonce
+ d'info sur Le Roi Léo, également à l’affiche du cinéma de la Cité.

tezuka osamu, trésor national

Lorsqu’il décède, en 1989, Osamu Tezuka a droit à des funérailles nationales organisées en l’honneur de celui que le Japon considérait comme un de ses trésors vivants. Désigné comme l’inventeur du manga moderne, parfois surnommé « le Dieu du manga » (Manga no Kamisama) rien ne semblait trop fort pour qualifier l’apport du maitre mangaka à l’histoire mondiale de la bande dessinée.
L’histoire commence le 3 novembre 1928 à Toyonaka, avec la naissance d’Osamu Tezuka au sein d’une famille bourgeoise installée dans cette préfecture d’Ōsaka. Lorsqu’il a quatre ans, la famille de Tezuka s’établit dans la ville de Takarazuka où il vivra au contact de la nature et où il découvrira le théâtre moderne de la fameuse troupe Takarazuka, revue composée exclusivement de femmes non mariées. Le jeune Tezuka grandit dans un milieu très ouvert à la littérature, ainsi qu’au cinéma, étrangers. Son imaginaire se nourrit des films de Walt Disney qui l’invitent à développer sa passion pour le dessin. Dessin pour lequel il est indéniablement doué, provoquant l’admiration de ses camarades de classe. _ Précoce, il n’a que 17 ans lorsqu’il débute sa carrière, en 1946, dans un journal pour enfants, Shôkokumin shinbun, où il dessine Le Journal de Mâ-chan (Mâ-chan no nikkichô). Parallèlement, il entreprend de brillantes études de médecine à l’université d’Osaka. En 1947, sa très libre adaptation de L’île au trésor, La Nouvelle Île au trésor, (Shin takarajima) sur un scénario de Shichima Sakai, lui vaut son premier succès : on parle de 500.000 exemplaires de cet akahon manga (« livre à la couverture rouge ») vendus ! Pour beaucoup, Shin takarajima est le point de départ d’une ère nouvelle pour le manga.
Les bandes dessinées de Tezuka, narrativement marquées par le cinéma des frères Fleisher et celui de Walt Disney, rompent avec les mangas traditionnels. Son sens de la composition des histoires, son invention du story-manga, c’est-à-dire ces récits qui forment des suites et ne consistent pas en une simple succession d’épisodes sans liens les uns avec les autres, comme il était d’usage dans les mangas pour enfants jusque là, autant que ses innovations en matière de découpage et d’organisation de ses pages, expliquent la popularité de ses mangas. Ces derniers vont même servir de modèles pour les bandes dessinées qui sont réalisées après la seconde guerre. Dans un Japon encore désorganisé, l’édition du manga qui s’installe s’intéresse vite au talentueux génie qui se montre de surcroit capable d’inventer d’amples histoires dans tous les domaines. Si on examine cette première partie de carrière du mangaka, on constate l’extrême diversité de ses sujets et la quantité d’œuvres marquantes pour l’histoire du manga : les récits d’aventure (Lost World (1948), Next World (1951), Le Roi Léo (publié de 1950 à 1954 dans le magazine Shonen Club) ; la science-fiction (Metropolis (1949), le mecha manga lui doit une de ses plus grandes figures, Astro Boy paru de 1951 à 1968 dans Shonen) ; les récits à caractère historique (Princesse Saphir qui marque le renouveau du shôjo, le manga pour filles), les adaptations de succès du cinéma (King Kong) ou de pièces de théâtre (Faust)… Tezuka collabore avec la plupart des plus importants magazines d’Osaka et de Tokyo, s’entourant rapidement de collaborateurs pour pouvoir honorer tous ses engagements. Ce travail en atelier avec des assistants va lui aussi définir un mode de production caractéristique des mangas.
En 1961 il obtient son diplôme de médecine, mais n’exercera jamais. Cette formation transpirera dans toute son œuvre empreinte d’un humanisme sincère et lui inspirera même à partir de 1973, les aventures d’un chirurgien hors pair qui exerce dans l’illégalité, Black Jack.
Passionné de cinéma d’animation, Tezuka se lance dans la réalisation, adaptant une de ses œuvres majeures, Le Roi Léo, à partir de 1963. Il en tire une série hebdomadaire, la première en couleurs, pour la télévision, qui s’est solidement installée dans les foyers nippons. En 1965, c’est au tour d’Astro boy de devenir une série animée. Le succès est à chaque fois au rendez-vous, contribuant à rendre le manga et le dessin animé quasi indissociables dans le processus de conception japonais. Pour ce faire Tezuka créé son propre studio, en 1962, Mushi productions, qui adapte en dessins animés la plupart des mangas qu’il a publiés, ou qui en produit sur des scénarios du maître. Ce studio qui multiplie les succès commerciaux, est aussi une sorte de laboratoire où Tezuka produit des courts métrages expérimentaux pour mener ses recherches sur les techniques de l’animation, entouré de jeunes animateurs talentueux qui seront bientôt les grands noms de l’anime : Rintarō, Osamu Dezaki, Yoshiaki Kawajiri… Certaines techniques caractéristiques de l’animation japonaise contemporaine sont issues du Studio Mushi.
Tezuka disparaît le 9 février 1989, à l’âge de 61 ans, laissant derrière lui une œuvre colossale de plus de 700 titres de mangas (plus de 150.000 pages), quelque 60 films d’animation et des dizaines d’auteurs empreints de son influence, parmi lesquels Akira Toriyama, Katsuhiro Otomo, Naoki Urasawa, Rintaro qui fut son assistant chez Mushi production et qui adaptera son manga Metropolis en long métrage d’animation, en 2001.
Jean-philippe Martin