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don 2011 : les pionniers de l’espérance au musée

une remarquable donation de planches de Raymond Poïvet

Dominique Poïvet, fils du dessinateur, a fait don au musée de la bande dessinée de treize planches issues d’un des plus fameux épisodes de la série Les Pionniers de l’espérance, paru en 1952-1953 dans l’hebdomadaire Vaillant.
Raymond Poïvet (1910-1999) fut d’abord, avant-guerre, décorateur, dessinateur de mode et de publicité. Si l’on considère généralement que Les Pionniers de l’espérance (sur scénario de Roger Lécureux) sont le grand œuvre de sa carrière, le reste de sa production n’est pas négligeable : il a aussi publié des récits d’aventures dans nombre de titres de la presse enfantine. Illustrateur pour la presse féminine dans les années 1950, il participe également aux premières années de Pilote, dessine dans les années 1980 sur un scénario de Jean-Pierre Dionnet (Tiriel) et, à côté de commandes qu’il réalise pour la presse jeunesse, produit seul des albums aux scénarios parfois surprenants (L’Échiquier cubique, Opus 4). Excellent pédagogue, il a travaillé pendant des années dans un atelier parisien où sont passés quelques-uns des grands noms de la bande dessinée des années 50 à 80 (Nortier, Gaty, Gigi, Mandryka…). Dans le droit fil d’une science-fiction d’aventure largement influencée par la production américaine écrite et dessinée depuis les années 1920, Les Pionniers de l’espérance ont, à partir de 1945 dans l’hebdomadaire Vaillant, enchaîné les aventures palpitantes. Le modèle du scénariste Roger Lécureux et du dessinateur Raymond Poïvet est au départ le Flash Gordon d’Alex Raymond, dont ils reprennent l’esthétique et les thématiques, avec cependant des différences de taille : là où Flash Gordon est un héros solitaire et conquérant, les Pionniers sont un groupe de quatre personnes qui représente la diversité des races et des cultures humaines (un Français, une Américaine, un Soviétique et une Chinoise). Tout en dispensant leur lot de paradoxes temporels, voyages au fond des galaxies et changements de dimension, l’œuvre s’éloigne de son modèle en prônant la tolérance, l’échange et, si l’on peut dire, « l’amitié entre les peuples ».
Mais ce qui, sur le long terme, fait le prix de la série est l’évolution graphique de Poïvet. Son classicisme initial évolue vers une épure qui privilégie les corps et leurs mouvements, alors que les décors sont simplement esquissés. Le travail à l’encre de Chine est remplacé par une technique mixte, Poïvet mêlant les traits au feutre avec l’usage du stylo-bille. Ces suites de vignettes « inachevées », témoignant d’une maîtrise éblouissante, sont pour beaucoup dans le charme particulier de cette saga qui s’interrompit en 1973.
Les treize pages qui sont entrées dans les collections, don au musée de Dominique Poïvet, fils de l’artiste, proviennent d’un des plus fameux épisodes de la série, paru entre juin 1952 et avril 1953 dans l’hebdomadaire Vaillant. À la suite d’une maladresse survenue au cours d’une expérimentation scientifique, les Pionniers se trouvent tous réduits à une taille minuscule et doivent lutter pour leur survie dans l’environnement dangereux et hostile du… jardin qui entoure la maison où ils se trouvaient. Le moindre brin d’herbe possède des allures d’arbre tropical, les araignées, lucanes, fourmis ou mouches que les protagonistes rencontrent se transforment en monstres terrifiants qui tentent de les dévorer. Une simple goutte d’eau devient un piège mortel ! D’un pinceau à la fois puissant et élégant, Poïvet dramatise le récit en accentuant les clairs-obscurs. L’entrée de ces planches dans les collections du musée (qui possédait déjà une belle sélection de planches et de dessins de Poïvet) est donc assurément un événement.