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acquisitions 2012 : la "rosalie" de calvo entre au musée

une entrée remarquable dans les collections d’originaux

Edmond-François Calvo (1892-1957), l’un des auteurs majeurs de la bande dessinée pour enfants du XXème siècle, a débuté comme dessinateur de presse dans les années 1920, puis, après avoir exercé différents métiers, est revenu à la bande dessinée à la fin des années 1930. Il a travaillé alors pour la presse jeunesse et réalisé, dès 1944, La Bête est morte !, un extraordinaire récit de la guerre pour les enfants. Celui-ci l’a rendu célèbre par l’amplitude de sa vision et de sa restitution d’un évènement majeur du siècle, avant même qu’il ne soit parvenu à son terme et par l’inventivité et l’extrême qualité esthétique de son traitement graphique et coloristique.
Il a dessiné après-guerre plusieurs séries animalières fameuses (Moustache et Trottinette, Coquin le petit cocker, Cricri souris d’appartement) et un grand nombre d’illustrations.
Son petit-fils et ayant-droit Franck Laborey ayant accepté, en 2008, de mettre en dépôt, au musée de la bande dessinée, un fonds très important de dessins et planches originales de son grand père, il a parallèlement confié à l’institution charentaise la gestion et la valorisation de cet ensemble unique, dont l’élément le plus important est l’ensemble complet des Aventures de Rosalie, dont Calvo avait fait monter sur carton et relier sous cuir l’intégralité des planches (plus une esquisse inédite).

L’œuvre d’un des plus grands noms de la bande dessinée mondiale se doit d’être conservée par une institution patrimoniale, mise en valeur et redécouverte par le plus grand nombre : le fonds déposé au musée est évidemment propice à l’étude et à la valorisation par l’exposition, la publication et par des actions de médiation touchant des publics variés. Le dépôt illustre dans sa consistance la variété de la production de l’auteur, documente en partie sa gestation et permet de traiter son inscription dans la longue durée de sa vie professionnelle. D’ores et déjà très important dans les mises en valeur muséales (rotations trisannuelles des collections permanentes, expositions temporaires), le fonds Calvo apparaît comme une ressource multiple se situant dans la continuité du parcours historique de la bande dessinée. Il était donc très important de pouvoir pérenniser par voie d’acquisition la présence de certaines de ses composantes dans les réserves et dans les vitrines d’exposition.
C’est aujourd’hui chose faite, puisque M. Laborey a consenti à céder au musée Les Aventures de Rosalie. De plus, il lui a parallèlement confié de nouvelles œuvres en dépôt. Le FRAM (Fonds Régional d’Acquisition des Musées) a par ailleurs encouragé cette acquisition exceptionnelle par l’octroi d’un subventionnement à hauteur de 50% du coût total.

les aventures de rosalie

Rosalie a été publié en 1947, chez G.P., l’éditeur de La Bête est morte !. Le personnage principal en est la « Rosalie », alors dernier modèle d’automobile de la maison Citroën, dont les aventures sont racontées en 32 pages. Avec Rosalie, les conventions de la bande dessinée animalière sont dépassées puisque le créateur donne vie à chacun des objets qu’il dessine, en les dotant d’yeux, de bouche, de bras et de jambes… Il anthropomorphise ainsi les voitures, mais aussi les maisons, les ponts, les pompes à essence, les marteaux, balais, seaux et tournevis… À la lecture, l’effet est vertigineux, presque hallucinatoire, d’autant que le rendu graphique est impressionnant. Variant les découpages, Calvo a dessiné en « couleur directe », posant les couleurs à même les planches originales. Les choix chromatiques sont hardis, le dessin est empreint d’un dynamisme constant et dénué de repentirs. Alors au sommet de son art, Calvo prend prétexte d’une histoire où abondent jeux de mots et phrases à double-sens pour déployer toutes les nuances de son talent : les pages sont découpées avec une fluidité remarquable et les couleurs sont d’une telle subtilité que l’ouvrage fut imprimé selon une technique particulière. Plutôt que de recourir à la classique quadrichromie (les trois couleurs primaires plus le noir), l’imprimeur ajouta un gris et un bleu qui élargissent notablement la palette chromatique et rendent justice à la subtilité des originaux.
Moins réputé que La Bête est morte !, Les Aventures de Rosalie en sont, du point de vue graphique, la suite et le dépassement : porté par le formidable succès du diptyque historique, Calvo s’est lancé avec confiance dans une œuvre où s’épanouit son génie du dessin coloré.
La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image est particulièrement fière de l’acquisition de ce véritable « trésor national ».