à la croisée des genres - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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à la croisée des genres

par Marie-José Lorenzini

Le propos de l’exposition Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint est de faire découvrir le double visage de plusieurs dizaines d’artistes européens qui se sont livrés, simultanément ou consécutivement à leur création de bande dessinée, à une œuvre picturale autonome.
Alex Barbier, <br>"Corps" <br>(huile sur papier, 2005)À travers la juxtaposition des planches et des tableaux d’auteurs aussi différents qu’Alex Barbier, Bazooka, Philippe Bertrand, Olivier Bramanti, Loustal, Druillet, Jijé, Mattotti, Barsony, Rochette… l’exposition ambitionne de parcourir et de questionner les rapports unissant ou éloignant, selon circonstances et auteurs, la notion d’image selon qu’elle est déclinée dans le format monumental, unique, du tableau embrassé en un coup d’œil, ou séquencée en cases et planches enchâssées, dont la narrativité fragmente le regard.
Effectivement, bien qu’exemptée, depuis plus d’un siècle, de perspective, de volume, de cadre et même de sujet, la peinture n’a cessé de conserver son statut d’art majeur et demeure – plus ou moins inconsciemment – le modèle de référence pour une grande majorité d’entre nous, quelles que soient nos sensibilités et pratiques artistiques.
Olivier Bramanti, <br>"Au bout du monde" <br>étude préparatoire 1 <br>(technique mixte sur toile, 2010)La bande dessinée, à la croisée des genres, désignée dès sa création au XIXème siècle par Rodolphe Töpffer en termes de « littérature en estampes », a peiné à faire reconnaître, au fil du temps, son originalité artistique. Non seulement auprès de ses lecteurs, requis par l’album et la publication de masse plus que par l’esquisse, la mise en couleur ou la planche originale initiales, mais aussi dans la conception même et les pratiques de ses auteurs.
Ces derniers ont quelquefois considéré leur medium, pourtant riche en complexité, voire en sophistication, comme un dérivatif plaisant, une manière de ne pas se prendre au sérieux tout en s’inscrivant dans le goût populaire contemporain.
Olivier Bramanti, <br>"Au bout du monde" <br>étude préparatoire 2 <br>(technique mixte sur toile, 2010)Certains ont conservé de leur formation aux Beaux-arts, outre une virtuosité parfois exceptionnelle, une nostalgie les poussant à se confronter sur le mode mineur au « grand genre ». D’autres ont accordé davantage de place à des intermittences de la main, de l’œil et du cœur, en s’adonnant sans crainte à l’une comme à l’autre discipline. D’autres encore, les plus contemporains parmi les auteurs, jouissent, parallèlement à la montée en puissance de la reconnaissance institutionnelle de la bande dessinée en tant qu’art, d’une relation plus naturelle et plus simple à la peinture et font des tableaux comme ils produisent des cases, des planches et des récits.
C’est tout le tissu de cette relation complexe, riche d’inflexions et de réflexion, que l’exposition du musée de la bande dessinée souhaite donner à voir, en déclinant sa double profusion d’images condensées ou multiples, minuscules ou monumentales.

Marie-José Lorenzini
commissaire de l’exposition
conservateur du musée de la bande dessinée

écouter Marie-José Lorenzini

Philippe Bertrand, "Le Baiser" (pastel sur papier, 2008)