Né en 1924 à Atlanta (Géorgie, USA), Jack Davis montre de grandes dispositions pour le dessin dès son enfance et publie professionnellement dès l’adolescence. Son passage sous les drapeaux est l’occasion de créer une série publiée dans un magazine de l’US Navy. Rendu à la vie civile, il suit des études à l’université de Géorgie et réalise ses premiers dessins publicitaires. Il se lance dans la bande dessinée en travaillant comme assistant sur des séries déjà existantes. Une date marquante de sa carrière, et de l’histoire de la bande dessinée est 1951, quand il entame une collaboration extrêmement fructueuse avec E.C. Comics. Qu’on en juge : il s’illustre dans les horror comics (Vault of Horror, Tales from the Crypt, Haunt of Fear…), les war comics (Two Fisted Tales, Frontline Combat), et bien sûr l’humour. Il fait partie du petit groupe qui lance, sous la houlette d’Harvey Kurtzman, Mad en 1952, avec le succès et le durable impact que l’on sait. Il publie également dans tous les titres (Cracked, Panic, Crazy…) qui, à la suite de Mad, exploitent la veine parodique. Tout en participant à Trump, Humbug et Help !, successivement lancés par Harvey Kurtzman, et de prêter main forte au même Kurtzman et Bill Elder pour quelques épisodes de Little Annie Fanny dans Playboy, il se tourne avec succès vers l’illustration publicitaire, les affiches de films, le story-board de dessins animés et les illustrations pour la presse magazine.
Son style élégant et nerveux, son goût des compositions dynamiques et son talent remarquable pour la caricature en font un rare exemple d’artiste aussi à l’aise – et aussi génial – dans le dessin « sérieux » que dans l’humour le plus débridé. La planche de Marked Man que nous présentons cette semaine a paru dans Incredible Sience Fiction (No.32 daté novembre-décembre 1955) et relève du registre « sérieux », encore qu’on puisse s’interroger sur la possibilité d’un second degré dans une histoire qui fonctionne, comme la plupart des récits publiés à l’époque par E.C. Comics, sur le principe d’un récit dont la chute en dernière page renverse complétement le développement logique du scénario. Marked Man raconte, dans le registre « la solitude des chefs », l’histoire d’un militaire du futur, assigné aux missions interstellaires les plus dangereuses, et habitué à prendre sans hésiter les décisions les moins faciles, y compris celles qui entraînent la mort d’innocentes victimes. On le voit, dans les premières pages de l’histoire (scénario de Jack Olek, non crédité), rejoindre ses quartiers après qu’un jugement, qu’on imagine sans merci, ait été rendu contre lui. Seul, en un flash-back qui occupe tout le reste du récit, il se remémore l’ensemble de son parcours, jalonné de morts et de sacrifices jusqu’à, à la dernière page, la fameuse chute, dont nous de dévoilerons rien.
L’expressivité de Jack Davis se traduit dans le trait et les postures des personnages, l’usage très inventif de l’avant-plan et du contraste entre le noir et le blanc (ainsi dans la troisième case, la fusée sur un fond de décor presque uniformément blanc). On notera également l’exploitation très classique de certaines conventions propres à la narration de bande dessinée comme le monologue en « texte off » qui va de pair avec des cases dont les traits « en nuages » signifient l’évocation d’un passé révolu.
Du parcours incroyablement prolifique de ce génie du dessin qu’est Jack Burton Davis, on retient habituellement son passage chez E.C. Comics où il dessina des récits d’horreur, de science-fiction et d’humour (pour le premier Mad). Mais il a également travaillé pour la publicité, le cinéma, la télévision, illustré les couvertures des plus grands magazines américains des décennies 50 à 80... Son trait, souple, expressif et élégant est reconnaissable entre tous et a marqué deux générations de dessinateurs, au premier rang desquels Jean Giraud/Moebius.

















