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Tardi, Jacques

griffu

collection du musée de la bande dessinée

On connaît l’attachement de Jacques Tardi au genre policier, et sa bibliographie contient un nombre important d’adaptations de romans noirs français. Il a mis en bande dessinée les romans de Léo Malet (la série des Nestor Burma, d’après Les Nouveaux mystères de Paris), mais aussi des titres de Géo-Charles Véran, Pierre Siniac, Didier Daeninckx, Daniel Pennac, Jean Vautrin et du regretté Jean-Patrick Manchette, dont plusieurs textes adaptés par Tardi ont paru ces dernières années. Cette planche extraite de Griffu résulte de la collaboration de Manchette et Tardi sur un projet original, initié en 1977, à l’occasion du lancement de l’hebdomadaire BD par les éditions du Square. L’action de Griffu (qui est le nom du détective privé héros de l’histoire) se déroule essentiellement dans le Paris contemporain et s’ouvre sur une image de quartiers vétustes livrés à la démolition. L’intrigue roule précisément sur les rénovations immobilières, et les magouilles politico-financières qu’elles font naître. Le récit est raconté en texte off, du point de vue de Griffu, chargé d’une enquête qui l’amènera à découvrir pour son malheur des choses qu’il n’aurait jamais dû connaître. Mélange de noirceur et d’humour sardonique, l’histoire se conclut par un bain de sang, les principaux protagonistes de l’histoire se révolvérisant les uns les autres dans les dernières pages. Il est notable que, dans cette histoire, aucun personnage, y compris le héros, ne suscite l’empathie ou la sympathie du lecteur. Griffu est la première incursion notable de Tardi dans la description de la période contemporaine, lui qui jusqu’alors avait dessiné le Paris de la Belle-Époque dans les Aventures d’Adèle Blanc-Sec. Comme le montre cette planche, l’approche photographique des décors qui est la sienne dans cette histoire, cohabite avec des éléments moins « réalistes » comme les visages un peu caricaturaux des protagonistes ou même l’usage très « cliché » de l’imperméable, qui identifie immédiatement le personnage comme un détective privé. Le papier peint à bandes verticales et les hauts de case occupés par d’épaisses barres noires (qui « écrasent » symboliquement les personnages placés en dessous) sont autant de « signatures » visuelles que les amateurs de Tardi connaissent bien.


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