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e x p o s i t i o n

chercher la vie : migrants en guyane

photographies de Frédéric Piantoni
du 10 juin au 2 octobre 2011

Le projet de l’exposition Chercher la vie : Migrants en Guyane. Photographies de Frédéric Piantoni est né de la découverte, à l’été 2010, de photographies soigneusement conservées dans une boîte Ilford, sur l’étagère d’une bibliothèque de chercheur. Lou, Carmen, Adriano et les autres étaient là, étrangers en Guyane et qui prenaient chair dans les propos de Frédéric Piantoni : une chair faite d’ailleurs et d’exil, d’espoirs et de désillusions.

Le Musée des cultures guyanaises présente
Chercher la vie : migrants en Guyane
Photographies de Frédéric Piantoni

Géographe, Frédéric Piantoni travaille depuis une quinzaine d’années sur les processus migratoires en Guyane française. Les résultats de ses recherches, abondamment publiés, restent malgré tout circonscrits au milieu scientifique.
Quant à ses portraits de migrants, ils n’ont encore jamais été exposés ni
publiés.

L’annonce de la célébration d’une Année 2011 des Outre-mer français a ainsi été le déclencheur d’un projet d’exposition de cet ensemble pour, en accord avec les organisateurs de cette année de manifestations, contribuer à « changer le regard » sur les Outre-mer.
Le travail s’est engagé ainsi : à partir des photographies en noir et blanc et de ce que chacune avait à dire de l’ « être migrant » aujourd’hui, en Guyane. En cheminant avec les mots, classiques, de toute enquête sur les migrations : les parcours, l’attente, les quartiers, l’immigration féminine, les frontières. La couleur n’est venue que dans un second temps, pour offrir un autre cadrage ou, en usant d’une métaphore géographique, changer l’échelle du regard : fine pour les portraits en noir et blanc, globale pour les panoramiques couleur.
Les étrangers représentent officiellement 37% de la population de la Guyane, pour 109 nationalités recensées. Haïtiens, Surinamiens, Brésiliens… Tous tentent ici de « chercher la vie » (chèché lavi), expression haïtienne qui désigne à la fois l’exil individuel et la recomposition volontaire dans l’ailleurs, la prise en main de son destin. L’exposition et l’ouvrage qui l’accompagne rappelleront utilement leur existence et leur contribution au riche « creuset » guyanais.

quatre séquences thématiques

L’exposition rassemble des photographies couleur et noir et blanc, toutes réalisées par Frédéric Piantoni entre 2006 et 2010, en Guyane française et sur ses marges (rive surinamienne du fleuve Maroni, rive brésilienne du fleuve Oyapock)

le chemin n’est jamais celui prévu - les parcours
Emigrer… Immigrer… Ce processus recouvre quatre temps : quitter, franchir la limite qui qualifie l’étranger, puis entrer et, enfin, circuler. Aventure humaine aux déterminants multiples (politiques, économiques, familiaux, environnementaux), individuelle ou collective, choisie ou contrainte, elle mobilise l’ascendance et la descendance. Elle s’inscrit dans un dessein dépassant les individus dans le temps et construisant des géographies multipolarisées entre pays d’origine, d’accueil et de relais, structurées entre elles par des faisceaux de relations (commerciaux, fiduciaires, affectifs, politiques). « Veille sur tes frères qu’ils s’établissent » : l’injonction absolue tirée du film d’Elia Kazan America America montre à la fois les ambitions et les solidarités émanant des liens familiaux et communautaires au-delà de la première génération d’immigrés.
Immigrer est un parcours. Cependant le chemin n’est jamais celui prévu. En mouvement, en errance parfois, le migrant se nourrit d’opportunités, loin des ambitions du départ et les représentations qui constituaient le projet migratoire initial. Il est question d’instinct, d’intelligence, de concurrences et d’innovation si les compétences sont redondantes dans la société d’accueil. Le décalage entre les déterminants migratoires et le vécu, reste pourtant à la racine des ambitions de réussite. Il produit aussi des déceptions, des images idéalisées, des fuites. Si l’immigré est projeté dans de nouveaux réseaux corrélatifs aux stratégies d’adaptation, sa position est tributaire de son statut administratif et de sa capacité financière à son arrivée.
Enfin, l’impératif de reconstruction sociale s’inscrit dans une trilogie permanente – ici, là-bas, ailleurs – porteuse de solidarité et d’enfermement obérant des trajectoires collectives, mais produisant des modèles, une élite au parcours plébiscité. Entre intégration et assimilation, la capacité à jouer des identités selon le contexte et les systèmes de normes sociales, à recomposer les termes du discours et des activités, reste une ressource constitutive des réseaux socioéconomiques.

des lieux d’échanges, de détresse et de dépendance… - les quartiers
Les quartiers d’immigration sont plus qu’une résidence par défaut. Ils sont les premiers ancrages des parcours, sas et interfaces entre la vie d’avant et celle projetée. Ils sont les lieux où s’expérimentent la construction de l’ici, le là-bas et l’ailleurs. De cette confrontation entre le partage de pratiques communes et les stratégies à déployer pour s’intégrer à la société d’accueil, ils sont des lieux d’échanges, de détresse et de dépendance, où la précarité de ceux qui recommencent une vie reste une référence à dépasser pour soi ou pour la descendance. Pauvres, mais non misérables, ils ne sont pas les espaces urbains d’exclusion, de déclassés du système social que les institutions considèrent et traitent en tant que tels dans une commode catégorisation. Ils sont les Miguel Street de V.S. Naipaul et les Texaco de P. Chamoiseau : une re-ssource et une re-construction faites d’emprunts, de solidarités, de conflits, de notabilités et de hiérarchisation sociales informelles selon l’ancienneté, le lieu d’origine et le bagage scolaire. Le sentiment d’appartenance au quartier constitue un des premiers éléments de reconnaissance. Ainsi dans les manifestions publiques, celle du Carnaval en particulier ou celle du sport se distinguent des groupes qui font référence explicitement aux origines et au quartier.
Ces quartiers naissent sur des défrichements forestiers ou du parcellaire privé non occupé. La dimension collective de l’occupation sans titre (illégale) de la terre est un gage de sûreté, comme l’organisation interne de la nouvelle implantation. Cette structure, souvent associative, joue le rôle d’une véritable gouvernance interne, en s’imposant comme l’interlocuteur essentiel lors des opérations d’aménagement (Résorption d’Habitat Insalubre par exemple), légitimant l’implantation de chacun des adhérents sur une parcelle. Les « propriétaires ou supposés », en sont conscients dans la majorité des cas. Les raisons de l’adhésion à l’association de quartier sont donc, logiquement, liées à la possession d’un terrain, autant qu’à l’obligation de s’inscrire dans un réseau d’entraide et de solidarité. Dans le cas de stratégies résidentielles, emmenant les immigrés à changer d’adresse, ces lieux restent empreints de l’expérience d’une vie collective tour à tour honnie ou réifiée.

circuler librement… une précieuse ressource - femmes migrantes
L’immigration des femmes, en Guyane, s’inscrit le plus souvent dans le deuxième temps des mouvements migratoires. Elles rejoignent les hommes, mais leurs démarches se caractérisent par une indépendance en matière d’activité. Possédant souvent des compétences professionnelles et une scolarisation élémentaires, elles bénéficient des effets indirects du travail masculin. On les retrouve dans la petite restauration, la revente de produits alimentaires vivriers, les services domestiques, et la prostitution. D’autres sont à la tête de véritables petites PME informelles articulant transports, réseaux de revendeurs, achats de terrains, locations de logements dans les quartiers illégaux et spéculation foncière. Comme pour les hommes, la régularisation administrative permet la circulation qui devient, dans le contexte régional, une ressource.
Ces situations se différencient suivant les contextes urbains et ruraux dans lesquels s’implantent les migrants, suivant la durée de l’établissement, suivant les étapes du voyage depuis le pays d’origine et suivant la présence antérieure d’une partie de la famille. Si quelques unes viennent avec un ou deux enfants, il est plus fréquent que ces jeunes femmes, également indépendantes sur les plans matrimonial et affectif, reconstruisent une cellule familiale en Guyane.

distance, patience, lassitude et résignation - les frontières
En Guyane, les frontières sont d’eau. Celles, d’abord, des estuaires étendus du Maroni et de l’Oyapock ; officielles et propres, elles sont de celles que l’on matérialise aisément sur les cartographies géopolitiques riches d’aplats pastels et de ciselés bistres tiretés. Celles, ensuite, des sauts, perpendiculaires aux premières qui marquent les fractures des pays internes des descendants de Noirs Marrons et des Amérindiens. Celles, enfin, des canaux de drainage fluctuant au flot et au jusant, arrimés aux mangroves - Rot bot Crik – qui marquent les hiérarchies, les périphéries, les cloisonnements urbains et les stratégies résidentielles ; qui d’une adresse diront l’origine et l’appellation, parfois stigmatisantes.

biographie

Frédéric Piantoni est né en 1971 à Arles et vit aujourd’hui à Cayenne.
Docteur en géographie, il est maître de conférences à l’université de Reims depuis 2002 et chercheur au CEPED - Centre Population et Développement (UMR 196). En délégation à l’Institut Recherche et Développement de Cayenne, il travaille depuis plus de quinze ans sur les processus migratoires en Guyane française, notamment dans le bassin du Maroni. Ses thèmes de recherche portent sur les réseaux transnationaux et les flux migratoires entre la Guyane française, le Nord du Brésil, Haïti, le Suriname et le Guyana.
Frédéric Piantoni pratique la photographie depuis 1989, travaillant principalement le portrait (noir et blanc argentique, numérique). Il a été le photographe officiel de la Cinémathèque française de Grenoble (1990-1993), et quelques unes de ses photographies ont été exposées à Grenoble (Maison du Tourisme, 1992) et Sao Paulo (Agence française, 1994). A l’université de Reims, il a créé et coordonné une unité d’enseignement transversale « photographie et géographie », illustrant le rapport étroit entre la représentation de l’espace et sa formalisation photographique (2005-2008) ; et récemment, à Kourou, F. Piantoni a animé un atelier sur la photographie, au sein d’une association de prévention de la délinquance (octobre 2009 - mars 2010).

publications

L’enjeu migratoire en Guyane. Une géographie politique, Ibis Rouge éditions, Paris, Matoury, 2009, 440 p.
La question migratoire en Guyane : histoire, société et territoires, Hommes et migrations, n°1278, Paris, 2009, p. 198-216.
Histoire de l’immigration en Guyane française, rapport final de recherche, Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des Chances, Ministère de la Promotion de l’Egalité des Chances, Paris, 2008, 225 p.
« Mobilités et recompositions territoriales dans l’estuaire transfrontalier du Maroni », in Calmont André, Audebert Cédric, revue Terres d’Amériques, numéro thématique Dynamiques migratoires dans la Caraïbe, Karthala, Paris, 2008, p. 288-322.

fiche technique

Exposition itinérante produite et présentée par le Musée des cultures guyanaises, dans le cadre de l’Année 2011 des Outre-mer français.
35 tirages argentiques noir et blanc
15 tirages numériques couleur, incluant 9 photographies panoramiques

Commissariat Katia Kukawka et Frédéric Piantoni
Avec la participation de Denis Roche et Marion Trannoy
Tirages Nathalie Loparelli, Fenêtre sur cour Picto Bastille
Encadrement Art Image, Angoulême
Scénographie Renaud Morel
Décor, mobilier Pierre Molinaroli, Toutbois Agencement
Sérigraphie Horizon Pixel

L’exposition créée à Angoulême bénéficie du concours du Musée d’Angoulême

itinérance de l’exposition

Cette exposition sera également présentée à la Bibliothèque universitaire de La Rochelle du 5 décembre 2011 au 28 janvier 2012, puis à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration à Paris du 14 février au 20 mai 2012, avant d’entamer une itinérance en Guyane, au Brésil et au Suriname.

+ d'info dans le dossier de presse

L’exposition Chercher la vie : migrants en Guyane bénéficie du soutien de

Adriano, Maripa-Soula, 2008 © Frédéric Piantoni

Carmen. Cayenne, 2008 © Frédéric Piantoni

Cayenne, Avenue du Général de Gaulle, 2007 © Frédéric Piantoni

La Crique. Cayenne, 2008 © Frédéric Piantoni

Balata Ouest. Matoury, 2007 © Frédéric Piantoni