la planche du mois : coccobill, de benito jacovitti - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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m u s é e

la planche du mois :
coccobill, de benito jacovitti

en avril 2011 au musée de la bande dessinée

En avril, découvrez avec la planche du mois l’un des dessinateurs les plus fous de la bande dessinée mondiale : l’Italien Benito Jacovitti. Maître du style « gros nez », ses histoires sont des parodies délirantes de classiques littéraires, de western, de films policiers.. où les héros se font invariablement réduire en charpie, tandis que les cases sont peuplées de peignes, arêtes de poisson et salamis à pattes ! À admirer, sourire aux lèvres, dans la salle d’exposition permanente du musée.

Prince de la parodie, roi de la surenchère, empereur de l’humour hystérique, Benito Jacovitti (qui signait Jac ou « lisca di pesce » - « arête de poisson » - par allusion au physique efflanqué qui fut le sien dans sa jeunesse), est l’un des grands noms de la bande dessinée italienne.
Né en 1923, il publie ses premiers dessins en 1939 et sa première bande dessinée l’année suivante. Il fera l’essentiel de sa carrière dans des revues pour enfants, dont Il Vittorioso (très proche de l’église catholique et romaine), Il Giorno dei ragazzi, Il Corriere dei piccoli, avant d’être accueilli à partir des années 1960 par des titres plus adultes comme Linus ou Comic Art. Après la guerre il fut ponctuellement traduit en France dans Coq Hardi et en Belgique dans Le Moustique, mais c’est dans les années 1970 que les lecteurs de Charlie Mensuel purent prendre la mesure de l’humour délirant qui était le sien. Il a également travaillé pour des revues « de charme » et a même publié dans les années 1980 sa propre version, décoiffante, du Kamasutra. Il est mort à Rome en 1997.
Parodiant Mandrake the Magician (Mandrago il Mago), réécrivant à sa manière les aventures d’Ali Baba, Don Quichotte ou Zorro (alias Zorry Kid), se moquant du film noir (Jack Mandolino) ou du western (Coccobill), Jacovitti y insuffle une folie toute personnelle. Les péripéties sont réduites à une suite de gesticulations outrancières, les cases sont jonchées d’arêtes de poisson, de peignes, de salamis à pattes… Les personnages, invariablement renversés, boxés, piétinés, troués, découpés, explosés… ne sont que des marionnettes aux prises avec un destin absurde et hilarant.
Car le rire est la seule réaction devant une telle folie éruptive, d’autant que Jacovitti est l’un des plus grands maîtres du style « gros nez ». Directement inspiré de l’esthétique toute en rondeurs de Felix the Cat et surtout de Disney, Jacovitti l’a poussé vers des extrêmes très personnels, et son style se reconnaît au premier coup d’œil. Coccobill est sa série la plus connue en Italie, et celle qui sera la plus traduite en français. Le musée de la bande dessinée en possède plusieurs planches, qui se signalent par une mise en couleur au verso (l’auteur donnait ainsi ses indications chromatiques à l’imprimeur, qui les reprenait par transparence, sur la table lumineuse), et une grande sûreté dans l’exécution : peu ou pas de repentirs mais, au contraire, une grande minutie dans le tracé des lignes : ce qui semble de banals traits de contours exécutés au pinceau se révèlent être, quand on y regarde de très près, un enchevêtrement de fines lignes de plume qui donnent une vibration unique au graphisme de Jacovitti.