féroces tropiques - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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féroces tropiques

de Thierry Bellefroid et Joe G.Pinelli (Dupuis)

Heinz von Furlau vogue vers la Papouasie à bord du Kaiserin Augusta IV. Le jeune homme est le peintre officiel choisi pour accompagner une expédition océanographique dans cette colonie allemande. Nous sommes en 1913, le monde est à la veille du premier conflit majeur du siècle et la mission pourrait bien avoir d’autres objectifs que l’étude de l’Éden indonésien que le jeune idéaliste est sur le point de découvrir.

Un premier voyage est toujours initiatique. Celui qu’accomplit Heinz ne déroge pas à la règle. Il signe à la fois son apprentissage du monde et la découverte de soi. Sa conscience socialiste et ses ambitions artistiques sont rudoyées par les militaires qui naviguent à ses côtés. Face aux temps qui s’annoncent l’Art ne semble plus rien peser s’il n’a aucune utilité aucune fonction. Heinz devient « l’homme sans nom et sans public », la substance négligeable que l’équipage n’hésite pas à abandonner aux mains d’une tribu de papous belliqueux. Commence alors le deuxième temps de l’initiation, celui où le jeune voyageur s’immerge dans la culture des « sauvages », de ces « sous-hommes » juste bons à tromper les appétits sexuels des marins ou à servir de matière à des expérimentations médicales. Heinz va rompre avec ses habitudes, reconsidérer sa pratique picturale qui va s’imprégner de la pensée de l’autre. Se fondre dans ce paradis primitif, « fauve » en diable. La beauté de cette pensée sauvage qui irradie en incarnat et vermillon dans les pages de Pinelli contraste avec la froideur des couleurs et la représentation vériste à la Otto Dix qui marquent le retour de Heinz en Europe en pleine guerre des tranchées où il n’aspire plus qu’à retrouver le paradis qu’il vient de perdre.
Le critique de bande dessinée Thierry Bellefroid signe avec Féroces tropiques un premier récit ambitieux où se mêlent considérations philosophiques et discours sur l’Art, la guerre et l’humanité. Loin d’être bavarde cette bande dessinée est portée par le remarquable travail expressionniste à la peinture à l’huile de Joe G Pinelli dont chaque image vibre d’une rare intensité. (JphM)

acheter le livre de Thierry Bellefroid et Joe G.Pinelli : Féroces tropiques. Dupuis, collection « Aire Libre », 80p./15,50€.