entretien avec robert sikoryak - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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entretien avec robert sikoryak

par Kamil Plejwaltzsky

L’auteur américain Robert Sikoryak, figure de proue des artistes impliqués dans l’exposition, a répondu aux questions du magazine Zoo.

Au cours de l’exposition Parodies : la bande dessinée au second degré, les visiteurs pourront être interpellés par l’une des planches originales présentes. On y voit Charlie Brown en proie à une situation des plus angoissantes : le personnage de Charles Schulz y incarne le Grégoire Samsa de Kafka métamorphosé en cafard...
Robert Sikoryak, l’auteur de ce crime littéraire, n’est pas encore traduit en français. Cela ne saurait tarder. D’autres méfaits du même ordre sont à compter parmi ses antécédents, car le modus operandi de Sikoryak consiste à faire interpréter des classiques de la littérature par des classiques de la bande dessinée américaine (Les Hauts de Hurlevent par les créatures de Tales From The Crypt, Crime et Châtiment par Batman, En attendant Godot par Beavis et Butthead, etc.) Ce joyeux scélarat rendra compte de son forfait le samedi 29 janvier à 17h30 dans la salle Nemo de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angouleme (d’autres individus de la meme
trempe, comme Daniel Goossens, seront auditionnés avec lui). En attendant ce rendez-vous, nous avons entendu la confession du suspect.

Comment avez-vous été amené à faire ces parodies ?
Vous savez, il y a une tradition assez ancienne d’adaptation de classiques de la littérature dans notre culture. La série Classic Illustrated s’y est attelée dès le début des années 40. Ces adaptations étaient souvent fidèles, assez bien retranscrites. Mais en dépit de cela - en tant que comics - elles étaient également ennuyeuses et plutôt pauvre graphiquement. Dès sa création au début des années 50, le magazine Mad s’est amusé à parodier les grands classiques de la littérature ou les grandes figures de la bande dessinée américaine. Tout cela sous l’impulsion de Harvey Kurtzman qui avait la double casquette de rédacteur en chef et d’auteur. Le traitement des oeuvres qu’il parodiait était efficace tout en restant pointu. Une chose est
sûre, sa démarche m’a grandement influencé. Ma toute première parodie littéraire a été Inferno Joe. Elle revisite La Divine Comédie de Dante dans le style des comics de Bazooka Joe que l’on pouvait trouver dans les paquets de chewing-gum du même nom. À vrai dire, moi et mes frères nous nous amusions déjà à faire nos propres parodies quand nous étions encore adolescents. Mad nous avait grandement influencés.

Comment procédez-vous pour réaliser vos parodie ?
Dans le cas de ma version de Crime et Châtiment de Dostoïevski, j’ai réuni un grand nombre de rééditions de Batman des années 50 pour pouvoir m’imprégner de leurs techniques de narration, de composition et de dessin. Pour cet exemple, je me suis tout particulièrement Inspiré du style de Dick Sprang que je considère comme l’artiste le plus important de l’époque sur cette série. J’ai fait des photocopies de certaines de ses cases. Je les ai remontées, puis collées en fonction de leurs spécificités pour les rassembler ensuite dans un classeur : cela m’a servi de référence pour la conception de mes planches. En parallèle, j’ai dégagé les grandes lignes du roman pour les adapter aux contraintes narratives de la bande dessinée. Je pousse le vice jusqu’à imiter le lettrage des Batman de l’époque. Ce qui prime, c’est de respecter les intentions des deux œuvres : le style du comics et la trame du roman.

Selon quels critères avez-vous relié les bandes dessinées avec les œuvres littéraires ? Pourquoi par exemple avoir juxtaposé L’Étranger de Camus avec
Superman ?

J’ai toujours éprouvé un grand plaisir à jouer avec les similitudes et les disparités entre les personnages des comics et ceux des œuvres littéraires. Dans ce cas précis, les deux protagonistes, Meursault et Supennan, sont des orphelins et des sortes de marginaux. Les deux ont été consacrés à peu près à la même époque. Leurs motivations et leurs personnalités ne peuvent pas être plus différentes, comme le sont aussi leurs lecteurs, bien évidemment. En confrontant ces deux œuvres que j’admire, j’espère avoir réussi à produire autant d’étincelles autour de leur individualité que d’évidences autour de leur individualisme. Je tente aussi de souligner à travers ma démarche le caractère absurde qui réside dans toute volonté d’adaptation d’une œuvre.

Avez-vous de nouveaux projets ?
J’ai commencé à travailler sur plusieurs histoires pour un second tome de
Masterpiece Comics. Il y a tant d’artistes et d’écrivains à qui je souhaitais rendre hommage... En tout cas, je peux d’ores et déjà évoquer parmi les auteurs présents : Hank Ketcham, Jack Ktrby, E.C. Segar, Herman Melville, Charles Dickens et Gustave Flaubert.

Entretien paru dans Zoo No.29 (janvier 2011).
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Avec l’aimable autorisation de Zoo.
Remerciements : Daniel Mendelson et Olivier Thierry
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