la chenille - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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la chenille

de Suehiro Maruo adapté de Edogawa Ranpo (Le lézard noir)

Lorsque le lieutenant Sunaga est rapatrié du front russe où il a été blessé, il n’est plus que le souvenir du beau et vaillant soldat qui avait quitté son épouse, quelques semaines plus tôt, sur la promesse d’un retour rapide. C’est en effet un homme-tronc, sourd et muet, qui est rendu à la belle Tokiko qui désormais est condamnée à s’occuper de l’invalide. S’instaure alors une nouvelle relation entre la femme et son mari qui repose sur le désir morbide de Tokiko à l’égard de la monstrueuse chenille qu’est devenu Sunaga.

La Chenille, nouvelle d’Edogawa Ranpo, adaptée par son compatriote Maruo, appartient à la veine eroguro (érotico-grotesque) de celui que l’on considère comme le père du roman policier japonais. Ce courant littéraire qui voit le jour dans les années 1920, combine plusieurs influences : les œuvres d’occidentaux comme le Marquis de Sade, de Georges Bataille et certaines représentations de la déliquescence issue de la tradition bouddhiste. Datant de 1929, ce texte qui a pour arrière-plan le conflit russo-japonais, s’insinue dans les méandres de la perversité sexuelle à la suite de cette épouse qui découvre un nouveau plaisir dans les tourments qu’elle inflige à son mari infirme. Digne héritier d’Edogawa Ranpo, l’énigmatique Suehiro Maruo est un artiste mangaka qui depuis les années 1970, marque de son empreinte inimitable, le champs de la contre-culture japonaise. Son œuvre témoigne de la fascination que lui inspirent la violence, le sexe, le grotesque, les corps anormaux et mutilés, l’onirisme inquiétant et les atmosphères oppressantes des romans d’Edogawa Ranpo, l’Edgar Allan Poe nippon (Edogawa Ranpo est d’ailleurs un pseudonyme, transcription phonétique du nom Edgard Allan Poe). Maruo a déjà adapté L’Ile Panorama du même Edogawa Ranpo, transposant au plus juste les images cauchemardesques de l’écrivain. L’univers graphique de Maruo est totalement unique, d’une précision quasi clinique qui contribue au malaise ambiant : les personnages campés sans afféteries sourdent d’une étonnante sensualité à travers des représentations très explicites et d’une violence rarement atteinte en bande dessinée. Moins sadique que l’œuvre originale, La chenille de Maruo se concentre sur les manifestations presque poétique de cette relation érotique grotesque que son dessin au trait cisèle en images mentales fantastiques.
(JPhM)

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