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e x p o s i t i o n

baru : dlddlt

du 27 janvier au 24 avril 2011

La Cité accueille l’exposition du Festival d’Angoulême consacrée à Baru, Grand Prix 2010. Le Président du Festival 2011 a voulu se souvenir de l’univers de labeur dont il a fait le centre de son œuvre. Une déambulation au cœur de la culture ouvrière.

DLDDLT. Mystérieuse en apparence, cette suite de consonnes se laisse assez vite deviner lorsqu’on a un peu fréquenté l’œuvre de Baru, qui a souhaité la mettre en exergue de la grande exposition que lui consacre le 38e Festival d’Angoulême. DLDDLT pour «  Debout Les Damnés De La Terre  », manière d’ancrer d’emblée le propos de l’exposition au cœur du territoire que l’auteur de L’Autoroute du soleil s’est toujours donné comme lieu d’expression privilégié : la question sociale, lancinante, et plus particulièrement l’univers du labeur et de la classe ouvrière, dont il revendique d’être l’héritier direct.
Accroché en lettres géantes à la façade du site Castro où l’exposition est installée, le slogan DLDDLT trouve à s’illustrer dès le parvis de l’édifice, en extérieur : une statue de Lénine renversée y gît, comme si on venait de l’abattre – façon pour Baru d’adresser un clin d’œil à l’imagerie révolutionnaire qui a accompagné de longue date l’histoire de la classe ouvrière, mais aussi d’en souligner les impasses et la dimension presque pathétique.
À l’intérieur, l’ensemble de l’exposition est à l’image de cette entrée en matière à la fois revendicative et distanciée : ce que Baru appelle « une déambulation au sein de la culture ouvrière, de sa grandeur à sa déchéance. » Une déambulation nourrie bien sûr de planches ou de reproductions issues de ses albums, mais aussi d’une dizaine de documents audiovisuels, soit extraits d’archives historiques, soit réalisés spécifiquement pour les besoins de l’exposition. Délibérément toutefois, le dessinateur a systématiquement souhaité s’effacer derrière son sujet : ne jamais se mettre en scène lui-même en tant qu’auteur ou acteur de son œuvre, mais exalter l’univers dont parlent ses livres, ainsi que tous ceux qui en sont les héros parfois paradoxaux.

Cet univers, le parcours de l’exposition en reprend, un à un, les points les plus saillants, sous la forme d’un enchaînement d’espaces thématiques séparés les uns des autres par des reproductions de dessins en très grand format.
Le premier volet, évidemment, met en exergue le thème de l’altérité auquel les histoires de Baru se sont constamment adossées : présence massive de populations immigrées dans les cités ouvrières – Baru lui-même, de père italien, ayant toujours mis en avant ses propres origines – et brassage de multiples cultures et origines qui ont, au fil des générations successives, façonné l’identité collective si particulière de la « classe laborieuse » à la française.
Des archives audiovisuelles viennent ici souligner le propos, en donnant des visages, des décors et une véritable texture humaine à cette immigration qui a joué un si grand rôle dans notre histoire récente.
Le deuxième volet de l’exposition est consacré à la vie dans les cités, au sens le plus quotidien du terme. C’est, au fond, la chair même des histoires de Baru, et ce qui fait l’épaisseur de presque tous ses personnages : comment les jeunes se construisent et se rassemblent dans ces environnements souvent ingrats dominés par le labeur, à travers les jeux d’enfants, le foot de rue, le sport, mais aussi les lieux ou les moments festifs comme le café, le bal, la communion, les fêtes – et avec en toile de fond, toujours, parce que c’est l’ordinaire de la classe ouvrière, les pères qui travaillent et les mères qui vaille que vaille font fonctionner les familles… Sortir, retrouver ses copains à l’extérieur, aller galoper ensemble par tous les temps comme les bandes de gosses des Années Spoutnik, parce que c’est ainsi, en se projetant au-dehors, qu’on pourra peut-être s’inventer un terrain de jeu sans limites, aussi grand que le monde.
Aucun pathos, donc, dans cette évocation de la vie des cités. Baru et son équipe de scénographes, soucieux de proposer une exposition à vivre, ont au contraire voulu mettre l’accent sur les espaces festifs, en prenant soin d’y intégrer les visiteurs  ; chacun d’eux aura ainsi le loisir, au fil de sa déambulation, de s’arrêter au passage pour une partie de baby-foot au café ou pour choisir un disque dans le juke-box.
Là encore, le discours est appuyé par de l’audiovisuel, notamment deux films sur le foot et la boxe tournés spécialement pour l’exposition par le réalisateur Jean-Luc Muller, déjà auteur d’un documentaire consacré à Baru, dont voici des extraits :


Le troisième volet de l’exposition est dédié au cœur même de la problématique du travail : l’usine. Ambiances métalliques, bruits de ferraille, documentaire sur une usine en action, chaque visiteur y est immergé par tous ses sens, avec une issue malheureusement connue : la fermeture irrémédiable des usines, les hauts-fourneaux qui s’arrêtent, et la « déchéance » de la classe ouvrière.
Le quatrième volet interroge : comment sortir de ce piège, s’en échapper  ? C’est le cœur de cette dernière section de l’exposition, que l’on pourrait appeler, en référence à l’une des œuvres les plus récentes de Baru, « la salle de l’Enragé » : avec le soutien, notamment, d’une spectaculaire suite de crayonnés d’un combat de boxe, on y raconte de quelle manière les héros de Baru prennent un jour ou l’autre la tangente pour échapper à leur condition, par le sport, par la route ou tout autre itinéraire de lutte ou de transgression sociale – mais sans jamais renier la fierté de leurs origines.

Baru n’a pas souhaité que l’exposition s’achève là. Pour boucler la boucle, il a tenu à présenter dans la section finale de l’exposition le travail d’une poignée d’auteurs qu’il tient pour des complices, engagés eux aussi dans une création et un questionnement de nature sociale – manière élégante et chaleureuse de rappeler qu’il faut toujours s’efforcer de faire une place aux autres, parce qu’on n’est rien tout seul. Message solidaire dont les protagonistes invités sont Igort, Larcenet, Chauzy, Christian Lax et Etienne Davodeau, chacun d’eux présent dans cette partie de l’exposition à travers une suite de six planches originales.

Un dernier détail, en guise de rappel des intentions de l’artiste. Tout au long du parcours de l’exposition, les planches exposées sont à consulter non pas accrochées sur des cimaises, mais sur des pupitres en acier brossé (petit clin d’œil là encore, discrètement, à cet acier que les ouvriers forgent de leurs mains) : une volonté manifeste de Baru de ne surtout pas sacraliser l’œuvre, mais au contraire de tâcher de la rapprocher le plus possible des visiteurs de l’exposition, comme une connivence partagée.
À hauteur d’homme, exactement.

(source : dossier de presse du FIBD)

baru : dlddlt (debout les damnés de la terre)

du 27 janvier au 24 avril 2011
production 9eArt+
commissariat et coordination Baru & Benoît Mouchart
scénographie Sylvie Nardy
partenaires Fnac, SNCF
lieu la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image - site Castro, niveau zéro