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exposition : parodies

focus sur cinq personnages

La parodie par l’exemple : focus sur cinq personnages clefs - Tarzan, Robin des bois, Sherlock Holmes, Conan le barbare et Harry Potter.


tarzan

Une liane, un slip léopard, un cri : tels sont les trois attributs essentiels du « seigneur de la jungle », tel que le mythe l’a consacré. Apparu pour la première fois en 1912 dans le roman d’Edgar Rice Burroughs Tarzan of the Apes, ce fils d’aristocrates anglais élevé parmi les singes ne rencontre les humains qu’à l’âge adulte. Son destin hors normes soulève des questions telles que le respect de la vie animale, les rapports entre nature et culture ou encore l’animalité de l’homme.
Adapté en bandes dessinées dès 1929, Tarzan y donnera son nom à un « illustré » français et aura de nombreux imitateurs, tels Zembla, Akim ou Ka-Zar, cependant que Sheena, reine de la jungle, et beaucoup d’autres princesses plus ou moins dévêtues, féminiseront le mythe.
Quant aux parodies, elles défient le recensement. Kurtzman et Severin dessinent Melvin of the Apes dans Mad No.2 ; le premier cité crée plus tard, avec Bill Elder, un personnage de candide nommé Goodman Beaver qui, lui aussi, rencontre Tarzan dans un épisode mémorable.
Avec Crazy Crazy (1974), sous-titré « Le livre de la jungle », Guillermo Mordillo enchaîne les variations muettes et absurdes mettant aux prises un Tarzan nain avec les différents animaux de la création.
L’un des premiers dessinateurs français à s’être approprié le personnage fut Marijac, qui créa Tar-Flan pour Coq Hardi, journal où parut aussi la parodie signée de l’Italien Jacovitti. Fred, avec Tarsinge, l’homme-zan (dans Hara-kiri en 1961) et Régis Franc avec Trazan le flippé de la jungle (dans l’album Souvenirs d’un menteur), notamment, leur emboîteront le pas. Quant à Boucq, il fera de son placier en assurances Jérôme Moucherot une sorte d’improbable synthèse entre un petit employé et un fier aventurier de la jungle.
Mais le dessinateur pour qui Tarzan semble représenter une véritable obsession est Gotlib. Les allusions à Lord Greystoke fourmillent dans son œuvre. On retiendra tout particulièrement les pages où Tarzan apprend de la bouche du Grand Singe à pousser son célèbre cri, et celles où l’on assiste à son « Petit Lever ». Gotlib parodie là plus particulièrement la version fameuse donnée par le dessinateur Burne Hogarth, champion de la musculature hypertrophiée, « à la Michel-Ange ».

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Harvey Kurtzman, Goodman Beaver Tarzan parody © Estates of Harvey Kurtzman and Will Elder - collection du musée de la bande dessinée


robin des bois

Brigand au grand coeur, Robin est la bête noire du Shérif de Nottingham. Il vit caché dans la forêt de Sherwood avec ses compagnons et détrousse les riches voyageurs comme les collecteurs d’impôt, pour redistribuer l’argent aux pauvres.
Robin est popularisé par Walter Scott et Alexandre Dumas, entre autres auteurs, puis par quantité de films, dont celui de Michael Curtiz en 1938. On le met à toutes les sauces. Ainsi, à l’écran, son univers a été hybridé avec celui de Star Trek et celui des gangsters de Chicago. La popularité du personnage ne s’est jamais démentie.
Dans la version de Mad, dessinée par John Severin, les compagnons de Robin sont rebaptisés comme les nains de Blanche Neige : Joyeux, Dormeur, Atchoum, Prof, et ainsi de suite.
Outre Gotlib, avec son « Gai-Lurobin des Bois », deux dessinateurs français se sont emparés du personnage avec malice. Chez F’Murr, « Robin des Boîtes » est un piètre archer et Lady Marianne le prend pour un crétin. Il assassine son roi, Richard « Gard de Lyon » ou « quart de lion », selon l’inspiration. Dans ce petit album (1985), où Petit-Jean se promène en kilt et le shérif de Nottingham en tenue de cow-boy, F’Murr s’inscrit clairement dans la filiation de l’esprit Mad. En atteste, par exemple, cet écriteau typique : « Par la suite d’un arrêt de travail d’une certaine catégorie de personnel, cette image se trouve privée de décor ». Larcenet, lui, représente Robin en nabot frappé par le grand âge et la maladie d’Alzheimer. Chaque fois qu’il se met à déraisonner, son compère Petit-Jean lui assène un coup de gourdin sur la tête et il retrouve ses esprits. L’action se situe, non dans la forêt de Sherwood, mais dans celle de Rambouillet. Vêtu, ici encore, comme un héros de western, le shérif local va répétant « Blood and guts ! » Quant à Lady Marianne, elle est devenue moche et tout ce que Robin trouve à lui dire, c’est « Me touche pas, vieille peau ».


sherlock holmes

Demeurant au 221B Baker Street, célibataire endurci, grand fumeur et grand sportif, mélomane jouant du violon, cocaïnomane à l’occasion, Holmes est un excentrique dont tout le monde a en mémoire la silhouette caractéristique. Avec son fidèle acolyte le Docteur Watson, Holmes est le prototype du détective récoltant et interprétant les moindres indices.
Devenu mythique, il a inspiré de nombreux autres écrivains (James Barrie, l’auteur de Peter Pan, grand ami de Conan Doyle, a écrit deux récits parodiques) et, naturellement, aussi les cartoonists. Quant au tout premier film (muet) consacré à Sherlock Holmes, c’était déjà une parodie.
Le personnage apparaît très tôt dans l’histoire de la bande dessinée. H.A. McGill en fait un chien dans Padlock Bones, The Dead Sure Detective (1904). Avant de devenir célèbre pour sa série familiale The Gumps (La Famille Mirliton), Sidney Smith se consacre brièvement à Sherlock Holmes Jr (1911). En 1910, Gus Mager dessine « Sherlocko the Monk » (monk pour monkey) et son complice « Watso » comme des singes. Trois ans plus tard, il leur redonne apparence humaine, les rebaptise « Hawkshawk the Detective » et « The Colonel », mais les attributs du héros (casquette à carreaux, loupe) demeurent les mêmes.
Dans Mad, Kurtzman et Elder s’intéressent à deux reprises au cas de « Shermlock Shomes » et du « Dr. Whatsit ». Quelque peu hystérique, le célèbre détective éborgne tous ceux qui l’approchent quand il joue du violon et, même truffé de plomb, continue à discourir interminablement ; l’enchaînement de ses déductions de plus en plus tordues finit par le rendre fou à lier.
Dans la série Baker Street, les Français Veys et Barral peignent un Holmes facétieux et imbu de lui-même, tout en s’amusant de tous les clichés ayant cours sur la Vieille Angleterre.
Quant à Pétillon, son Chien des Basketville est une improbable et délirante synthèse entre Le Chien des Baskerville de Conan Doyle et L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence, avec, de surcroît, des clins d’œil à Tintin.

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Gus Mager, Sherlocko the monk - collection du musée de la bande dessinée.


conan le barbare

L’écrivain Robert E. Howard est crédité pour avoir inventé le genre littéraire de l’heroic-fantasy, d’abord avec Kull, le roi barbare (1929) puis, trois ans plus tard, avec Conan le Barbare, dont les aventures paraissent jusqu’en 1935 dans le « pulp » Weird Tales. Originaire de Cimmérie, Conan vit dans un passé mythique, que l’auteur situe entre la chute de l’Atlantide et le début des grandes civilisations de l’Antiquité.
Le personnage a inspiré un si grand nombre d’imitations, de pastiches et de parodies (parmi lesquelles Gilbert le Barbant, de l’écrivain français Pierre Pelot), que le grand public connaît moins aujourd’hui les récits épiques et crépusculaires de Howard que la caricature du héros sous la forme d’un barbare analphabète à la musculature hors du commun. La bande dessinée américaine a donné des versions sérieuses et même grandiloquentes du personnage, notamment sous le crayon de Barry Windsor-Smith dans les années 1970, qui, à leur tour, ont inspiré les parodistes.
L’univers du Cimmérien est notamment moqué dans l’avant-dernier épisode de Little Annie Fanny, la pulpeuse et candide héroïne créée par Kurtzman et Elder pour Playboy, et dans les premiers numéros de Howard The Duck, un canard marxiste (tendance Groucho) inventé par Steve Gerber et dessiné d’abord par Frank Brunner. Howard y quitte veste et cravate pour endosser le costume du barbare et évoluer au milieu d’une population de magiciens, de monstres et de femmes dévêtues.
Un autre animal, l’oryctérope Cerebus, créé par le Canadien Dave Sim en 1977, parodie lui aussi Conan dans les premiers épisodes d’une saga qui en comptera 300 au total. Six ans plus tard, quand l’auteur envisage de porter son personnage à l’écran, il renoue avec cette inspiration et anime une séquence dans laquelle Cerebus reçoit sa première épée des mains d’un forgeron qu’il tue accidentellement en maniant l’arme.
Les dessinateurs underground, eux aussi, se sont moqués de Conan, notamment Gilbert Shelton et Jaxon, ce dernier donnant vie à « Testicles the Tautologist » en 1971. Enfin Sergio Aragonés, pilier du magazine Mad, livre depuis 1982 une version humoristique du mythe avec son Groo the Wanderer, bouffon à l’esprit étroit mais très compétent au maniement de l’épée.


harry potter

Publiés entre 1997 et 2007, les sept tomes de la saga d’Harry Potter ont été un énorme succès de librairie, et le personnage du jeune sorcier aux lunettes et à la cicatrice luttant contre le mage noir Lord Voldemort a immédiatement pris place dans le panthéon des figures mythiques de la littérature internationale. L’auteure, J. K. Rowling, serait devenue le premier écrivain milliardaire de l’histoire de l’édition.
Rien d’étonnant si une oeuvre au destin aussi météorique a immédiatement suscité son lot de parodies. Internet en regorge, et le neuvième art en a déjà fourni quelques-unes alors que, curieusement, il n’existe pas de version officielle de la saga en bande dessinée.
Dans Mad, ce sont moins les livres que les films tirés de chacun d’eux qui, à chaque sortie, ont excité la verve de Tom Richmond et Desmond Devlin. Rebaptisé « Harry Plodder » (Harry le bûcheur), le jeune héros combat « Lord Druckermort » – allusion transparente à Mort Drucker, qui signa longtemps les parodies de films dans Mad. Leur version de Harry Potter et l’ordre du Phénix (qui devient « Harry Plodder and the Torture of the Fanbase ») est très critique mais particulièrement hilarante : « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom » est ici Steven Spielberg, dont les auteurs insinuent que, de n’importe quel épisode de la série, il aurait fait un bien meilleur film. Quant à Dumbledore, il lance à Lord Druckermort : « Vous ne faites que disparaître et revenir ! Il vous manque un nez ! Et vous êtes obsédé par un jeune garçon ! Vous êtes le Michael Jackson du monde des magiciens ! »
Depuis 2005, Veys, Barral et Thomas ont publié en France plusieurs volumes d’Harry Cover, l’ensorcelante parodie, qui a pour cadre l’école de Poudrozieu, dirigée par le professeur Doryphore. On y joue au « Bourpifch » assis, non sur des balais, mais sur des cuvettes de WC. L’univers du jeune sorcier créé par J.K. Rowling est démythifié et, en quelque sorte, sécularisé : son oncle et sa tante ayant été arrêtés pour maltraitance, Harry est recueilli par une autre famille où il côtoie des adolescents rebelles. Son ennemi juré, Boldemorve, prépare un attentat pour Halloween ; il a pour repaire un restaurant fast food.
On citera enfin l’album Harry Pottarquin, de Dav, dans Les Aventures du Gottferdom Studio, une série qui mélange satire des coulisses du monde de la bande dessinée et parodie de fictions populaires.