regards sur la bande dessinée turque - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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regards sur la bande dessinée turque

Du 13 au 23 octobre, s’est tenu à Istambul le premier festival de bande dessinée, Istanbulles. L’occasion d’un regard croisé entre turcs et franco-belges et, surtout, de découvrir la vitalité de la création ottomane. Entretien avec Didier Pasamonik, commissaire général de la manifestation.

Après le dernier festival international de bande dessinée d’Alger, voici que la Turquie, qu’on ne savait pas bédéphile, tresse à son tour les lauriers du 9ème Art. Il y a donc une bande dessinée turque ?
Et comment ! Une demi-douzaine de journaux de bande dessinée turcs paraissent chaque semaine en kiosque et certains auteurs turcs sont des talents qui ne souffrent pas de la comparaison avec nos meilleurs auteurs francophones. Je pense à Kemal Aratan, Suat Gönülay, ou encore des petits jeunes comme Ersin Karabulut ou encore Memo Tembelcizer. En ce qui nous concerne, nous les organisateurs : Jean-Marie Derscheid, Berrak Hadimli et moi-même, nous avons exposé Le Chat de Philippe Geluck, les œuvres du scénariste Jean Dufaux et les dessinateurs qui lui sont attachés, une exposition Fluide Glacial et enfin une rencontre entre auteurs et éditeurs turcs. Il y avait une délégation du festival de Erevan et la présence du dessinateur israélien Michel Kichka. Les auteurs invités étaient Jean Dufaux et deux de ses dessinateurs, Philippe Xavier (Croisade) et Philippe Wurm (Les Rochester).

Comment est perçue la bande dessinée franco-belge qui était à l’honneur lors de ce Festival ?
Elle est très connue là-bas ! Tintin, Astérix, Lucky Luke, Les Schtroumpfs... sont de véritables notoriétés, en particulier parce qu’avant que la Turquie ne signe la Convention de Berne sur le droit d’auteur en février 1976, le piratage était la règle. Ces personnages ont été tirés à des millions d’exemplaires ! Depuis, la situation s’est régularisée et aujourd’hui,Cédric, Persépolis ou Corto Maltese sont traduits en turc. Mais cela reste un marché difficile car, comme dans d’autres pays dans le monde, la bande dessinée est surtout présente en kiosque et le réseau des librairies reste limité. Mais il se développe de façon exponentielle ces dernières années.

Durant ce festival, s’est tenu un débat sur les « convergences et les divergences » entre la bande dessinée franco-belge et la bande dessinée turque. Alors, divergences, convergences ?
Il est apparu évident que d’une part, le nombre d’auteurs francophones est cent fois plus important que le contingent des auteurs turcs. La caractéristique de la bande dessinée turque est qu’elle est avant tout ressentie comme politique. Dans les années où la junte militaire était au pouvoir, la bande dessinée a été le lieu de la contestation de la société civile. Un magazine comme Girgir, dont le tirage avoisinait les 500.000 exemplaires par semaine, a été le fer de lance de cette contestation, un peu à l’exemple du travail de Mad Magazine dans le combat pour les Droits civiques aux États-Unis. En un mot comme en cent, la bande dessinée turque est une BD d’opinion, ce qui la rend difficilement exportable dans nos contrées, tandis que nos BD sont davantage distractives. Mais le jour où les talents turcs changeront de registre -et ils sont en train de le faire- on va les voir publiés ici, et ça vaudra le coup !

Ce festival aura-t-il une suite ?
Oui, car il a reçu un joli retentissement, surtout du côté turc. Les plus grands auteurs turcs étaient présents lors de nos inaugurations, notamment ceux des magazines LeMan et Uykusuz, et nous en sommes très flattés. Les différentes autorités en place ont beaucoup apprécié nos initiatives et, oui, je peux vous assurer qu’il y aura une deuxième édition.

Enfin, pouvez-vous nous guider vers des lectures traduites en français ?
A part Gurcan Gürsel qui publie Foot Furieux et Les Blagues coquines chez Joker, je ne connais pas d’exemple d’auteur turc publié ici. Gürsel a été une des meilleures signatures de Gigir. Arrivé en Belgique en 1988, il y réside désormais. C’est sur qu’il mériterait d’être mieux considéré qu’il ne l’est. Pour les autres talents turcs, il faudra patienter mais les éditeurs commencent à regarder leurs travaux de très près. Ils sont d’ailleurs intéressés à une publication en France , comme l’a prouvé leur participation à l’exposition Cent pour Cent qui a été montrée à Istanbul en été 2010.

Propos recueillis par Pouria Amirshahi, Cité internationale de la bande dessinée et de l’image