bande dessinée et art contemporain : la nouvelle scène de l’égalité - la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
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bande dessinée et art contemporain :
la nouvelle scène de l’égalité

du 1er au 31 octobre 2010 (Le Havre)

La 3ème édition de la biennale d’art contemporain du Havre a choisi de consacrer la bande dessinée. Un pas de plus dans la reconnaissance d’une discipline artistique qui donne au récit graphique toute sa place dans le création contemporaine. La forme et l’esthétique sont ici considérées pour elles-mêmes et pour ce qu’elles portent d’interpellation des regards et de nos inconscients collectifs. Une exposition accompagnée de rencontres, de débats et dans laquelle, outre de nombreuses œuvres majeures, le visiteur aura le plaisir de découvrir les cheminements d’un dessinateur qui fut en résidence à la maison des auteurs de la Cité : Olivier Bramanti.
Entretien avec Jean-Marc Thévenet, Commissaire général de l’exposition.

La Cité : On connaît les préjugés qui ont longtemps - et parfois encore aujourd’hui - cantonné la bande dessinée dans un univers puéril, malgré des œuvres majeures. Les choses changent et beaucoup acceptent désormais l’idée, pourtant évidente, que, comme tous les arts, le neuvième d’entre eux s’est toujours inscrit dans son époque, comme acteur, témoin et reflet. En quoi « Bande dessinée et Art contemporain » est autre chose qu’une rencontre d’opportunités le temps d’une exposition ?
Jean-Marc Thévenet : Le propos de « Bande dessinée Art contemporain, la nouvelle scène de l’égalité » est de présenter le point de jonction existant désormais entre la bande dessinée contemporaine et l’art contemporain soit la production d’œuvres qui depuis une décennie transcende le simple propos de l’album pour franchir des frontières jusque là très hermétiques et venir sur le champ de l’art contemporain. Je pense ici très précisément aux travaux, entre autres, de Ruppert et Mulot, de Winshluss, d’Ilan Manouach, de Jochen Gerner. Ils sont désormais hors du cadre de la bande dessinée dite traditionnelle, celle qui n’a pour unique fonction que la production éditoriale et évacue donc toute la dimension artistique au sens de l’exposition. C’est bien pour cela que je considère qu’il y a cette scène de l’égalité car dans le même temps des artistes qui n’ont rien à voir, je le rappelle, avec le Pop art - car le Pop art est un tout autre sujet - conceptualise la bande dessinée tout en venant du monde de l’art contemporain, c’est le cas de Jean-Michel Alberola ou Franck Scurti.

Quelques mots sur l’exposition elle-même : comment ont été pensés la scénographie et le parcours ? Quelle a été la place des auteurs-artistes dans la conception de l’exposition ? Enfin, quels ont été vos principaux soutiens pour cette biennale ?
Afin de respecter cette scène de l’égalité : les artistes et les auteurs - car il faut encore un temps mettre en place cette appréciation sémantique - se confondent. C’est à dire que pour le plus large public qui n’est pas nécessairement un habitué des galeries d’art ou des festivals de bande dessinée, il est difficile de dire qui intervient dans le champ de l’art ou celui de la bande dessinée. Exemple, Franck Scurti présente des grandes planches de bande dessinée alors que ce n’est pas un « auteur de BD » ; Francesco Ruiz également joue sur la narration avec un découpage séquentiel. Cela ressemble un peu dans l’attribution du rôle des uns et des autres à un jeu du chat et de la souris. Le parcours quant à lui débute idéalement avec une installation de Virginie Barré qui intervient sur 150 porte de cabines de plage en reproduisant son musée imaginaire fonctionnant un peu comme une bande dessinée à ciel ouvert ; enfin les autres lieux de la Biennale sont très complémentaires dans leur réflexion les uns des autres... Quant au soutien, la Biennale est financée par un seul partenaire privé : le groupe Partouche.

Que regrettez-vous de n’avoir pu exposer à l’occasion de cette manifestation ? Après Hergé à Beaubourg en 2007 et la Biennale 2010 du Havre, quelle nouvelle étape peut-on imaginer pour un ancrage durable de la bande dessinée dans le monde des Arts ?
Dans l’élaboration d’une manifestation, il ne faut jamais avoir de regrets sinon on n’en finit pas... il faut toujours savoir remplacer une pièce par une autre, imaginer sa scénographie en fonction des contraintes. La prochaine étape devrait être la reconnaissance, enfin, par les institutions (RMN, par exemple) de la bande dessinée avec une exposition rétrospective sur le siècle écoulé. Patience, les mêmes institutions et les Français sont fous des Impressionnistes (1870), nous sommes en 2010 la bande dessinée est au top depuis 20 ans, la reconnaissance devrait intervenir vers 2100 ! Je tiens beaucoup à cette reconnaissance par les institutions culturelles françaises car cela permet de structurer le propos, de protéger des œuvres, de valoriser des artistes qui le méritent.

Entretien réalisé par Pouria Amirshahi, Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image

+ d'info sur le site de la biennale.

Vaughn Bodé, Body Boat, 1971 © Vaughn Bodé

Pauline Fondevila et François Olislaeger, Echoesland, 130 x 95 cm, 2005, Collection Michel et Colette Poitevin © Fondevila & Olislaeger

Jochen Gerner, Abstraction, planche n° 30 / 60, encre noire sur support imprimé, 17,8 x 12,7 cm, 2010 © Jochen Gerner

Christophe Blanc, Je suis la fin des haricots, sérigraphie, 62 x 40 cm, 2009 © Christophe Blanc

Brecht Evens, Les Noceurs, Tu avais envie de te battre avec une épée..., écoline, encre de chine, gouache, crayon & stylo, 42 x 34 cm, 2008 © Brecht Evens

Frederik Peeters, 10 x 10, post-Its, 80 x 80 cm, 2007 © Frederik Peeters / Atrabile

Aleksandra Waliszewska, sans titre, 36,5 x 77 cm (série de 3 dessins), 2010 © Aleksandra Waliszewska / Frédéric Magazine